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LE RECKZ DE FRANCFORT ET LE LIVRE DE RÉFUTATION

Après l'issue malheureuse du Colloque de Worms, les princes protestants, pour rendre l'unité à leur Église déchirée, résolurent de se passer à l'avcuir des lliéologiens; ils ne servaient, disaient-ils, qu'à embrouiller les questions, qu'à envenimer les (|uerelles. Aux princes seuls, chefs suprêmes deTEglise, il appartenait de prendre en main les intérêts de la religion ; ce ({u'ils auraient décidé entre eux, ils sauraient bien contraindre les docteurs à l'accepter.

Christophe de Wurtemberg, Dis du duc Ulrich (mort le 6 novembre d55()), était d'avis qu' « un synode de princes chrétiens, assiste des lumières divines, ne pouvait manquer de réussir à rétablir la concorde )), et soutenait son opinion avec chalem*. La plupart des princes luthériens entrèrent dans ses vues, môme l'Electeur Auguste de Saxe qui, les années précédentes, s'était toujours opposé à des assemblées de ce genre. Christophe avait d'abord songé à la convocation d'un « concile général protestant »; mais Mélanchlhon. consulté à ce sujet, n'avait pas approuvé ce plan. « C'est aux princes seuls », avait-il dit, « qu'il apparliout de guérir les plaies de l'Église; un concile ne pourrait (ju'attirer sur l'Allemagne de nouvelles calamités ^ et diviser plus encore les esprits. » Ecrivant à Christian 111, le !:26 janvier 1558, Mélanchthon lui fait part du désir qu'éprouvent « les grands chefs » de faire choix d'hommes instruits, craignant Dieu, lesquels, en présence de quelques princes chrétiens, lixeraient les points essentiels de doctrine et dresseraient des formules que tous pourraient approuver. « Mais, » ajoute-t-il, « il sera bien important de ne pas se noyer dans les détails, et de décider à l'avance non seulement quels sujets il conviendra de traiter, mais encore les résolutions que nous aurons à prendre, afin <ju'on ne se S('pare pas une fois de plus sans s'être bien entendu -'. »

• Kt;(;r.i:ii, I. Il, \>\, . 71-77.

LE REGi:Z DE FRANCFORT. I008. 33

On convint de faire coïncider l'assemblée des princes avec la Diète de Francfort, où la puissance impériale allait être transmise à Ferdinand.

Le 18 mars looS, les Électeurs de Saxe, du Brandebourg et du Palatinat, les comtes palatins Frédéric et Wolfgang de Deux-Ponts, le duc Christophe de Wurtemberg, le Landgrave Philippe de Hesse et le margrave Charles de Bade signaient le recez dit recez do Francfort, auquel un mémoire donné par Mélanchthon servait de basei. On reprochait aux Protestants leur désunion, disait le recez: C'était à tort. Tous adhéraient de cœur à la Confession d'Augsbourg présentée à l'Empereur en io30, confession très orthodoxe et seule capable de conduire au salut. Mais comme plusieurs écrits et discours contradictoires avaient, depuis sa publication, soulevé quelques difficultés, il avait paru opportun do s'expliquer nettement sur plusieurs articles discutés, eu particulier sur la justification, les bonnes œuvres, l'Eucharistie, et plusieurs autres questions, dites « indifférentes », relatives au culte et aux cérémonies, questions sur lesquelles, depuis l'Intérim, de violentes querelles s'étaient élevées entre les stricts luthériens, ayant Flacius à leur tête, Mélanchthon et ses disciples.

Par ces « questions indifférentes » les Protestants entendaient certains rites que plusieurs croyaient, à cause de leur peu d'importance, pouvoir conserver en toute sûreté de conscience, comme l'usage des vases sacrés, les surplis, les cierges, les images des saints, toutes choses qui, au dire dcFlacius, constituaient« un commerce criminel avec l'Antéchrist et un péché contre le Saint-Esprit ;). Le recez de Francfort déclarait qu'il ne fallait les tolérer que dans les pays où la « pure doctrine de l'Elvangile n'était ni corrompue ni persécutée »; mais que partout ailleurs ils devaient être retranchés sans exception, étant <^< des pièges dangereux pour les consciences ».

Le recez de Francfort allait être considéré comme la règle fixe et immuable de la saine doctrine.

Si,dans lasuitedes temps, quelques disputes s'élevaient sur l'un ou l'autre des articles définis, les princes se promettaient d'en conférer chrétiennement avec les membres d'Empire de leur confession : mais pour le moment tout enseignement contraire à leur très orthodoxe profession de foi ne serait souffert ni dans les églises, ni dans les écoles, et nul écrit doctrinal ne serait livré à l'impression avant d'avoir été revisé et déclaré orthodoxe par les détenteurs légitimes de l'autorité. Tout pamphlet était défendu sous les peines

» Corp. Reform., t. IX, pp. 489-307.

3i I.K UOI MA.MMII.IF.N KT \.E IIKCRZ I) lî F RA NC FO in'. l'iTiS.

les plus sévères. Aux consistoires et aux surinlendanls allaient être adressés des questionnaires indiquant exactement la manière dont ils auraient à se comporter envers toute personne suspecte dans les discussions (|tii {pourraient survenir. Du reste, aucun individu (à plus l'orte raison aucune Eglise évang(''li(jue) ne serait condamné avant d'avoir été entendu. Si ([uel(|u'un, après niùr examen, était convaincu d'avoir enseigné ou agi contrairement à la Confession d'Augsbourg, sa charge lui serait immédiatement retirée, et il serait déclaré indigne d'enseigner ou d'exercer à l'avenir le ministère paroissial. On aviserait de son hérésie les princes et membres d'Empire, afin que nul docteur d'erreur ne pût recevoir encouragement ou emploi dans n'importe quelle partie de TAllemagne.

Le zèle religieux des princes protestants était entretenu et encouragé par Maximilien de Bohême, lils aîné de l'Empereur. Ce prince avaitavoué franchementau duc Christophe de Wurtemberg ses sympathies pour la Confession d'Augsbourg. Il avait fondé les plus grandes espérances sur le Colloque de Worms, qu'il s'était un instant flatté de voir présidé par son père ^. Ce fut doncavecunvifdéplaisir, comme il l'écrivit à Christophe, 'qu'il apprit son mauvais succès; la joie qu'allaient en ressentir (( les serviteurs de Satan » affligeait son cœur. « Le Pape, écrivait-il, » vient d'envoyer un ambassadeur à mon père pour lui faire connaître toute la satisfaction que lui causent la dissolution]du Colloque et les fautes du parti protestant; il espère que mon père Taideraà délivrer l'Empire « de la peste de l'hérésie » et n'autorisera plus à ravenir'desemblablesasscmblées ouconventicules. Telle est à peu de chose près sa loyale ou, pour parler en bon allemand, son diabolique langage. » En 1557, Maximilien, pour se consoler, propageait en Pologne la doctrine protestante. Avant la signature du recez de Francfort, il pria Christophe do lui envoyer les écrits de Luther, de Mélanchthon, de Brenz « et autres théologiens de la vraie religion ». Quelques mois après, il s'ouvrit au duc du grand désir qu'il avait de voir l'union se faire entre tous les Protestants. « Ce serait \h, évidemment., » disait-il, « le meilleur moyen de tordre le cou au Pape. » Christophe lui répondit, le 13 juillet 1558, (ju'il était fermement résolu, (juant à lui, à travailler de toutes ses forces à la concorde, afin « que la tyrannie de l'Anteclirist fût cnlin abattue ». Le 17 juillet, le duc s'informait auprès de Maximilien de l'état de santé de l'Empereur, que les médecins, avait-il entendu dire, conservaient peu d'espoir de .sauver. Dans le

' Km. 4.1. Il, t, II, p. 3î;, noie Ki*.

ADVERSAIRES DU RECEZ DK FRAMIFORT. 3j

cas de sa mort, Christophe promettait de se donne sans réserve à Maximilien ^. « Quelle joie parmi les Evangéliques unis, et combien les papistes idolâtres seront affligés, » écrivait un prédicant à cette date, « si le noble Maximilieu, comme nous l'esporous tous, confessait et protégeait le pur Evangile sur le trône impérial, et devenait le pasteur suprême de tout son peuple - ! »

Mais le rccez de Francfort n'eut point les bons effets qu'on en espérait; bien au contraire, il ne servit qu'à fortifier les aversions et les rancunes.

c Dans ce document, » déclarèrent, par l'organe de DavidChytreus, les théologiens du Mecklembourg réunis à Wismar, « les articles de la doctrine sont exposés d'une manière ambiguë qui peut donner lieu aune double interprétation, et cela dans le but évident d'en faciliter la signature aux sacramentaires et autres hérétiques. » Après avoir pris connaissance de la protestation de David, le duc de Mecklembourg refusa de signer ^. Le duc de Poraéranic, le prince d'Anhalt, le comte de Ilenneberg, les villes de Ratisbonne, Nuremberg, Hambourg, Lübeck, Lunébourg et Magdebourg suivirent son exemple ^ Les théologiens de Magdebourg ne voulurent accepter aucun des articles proposés avant d'avoir mûrement réfléchi . D'ailleurs, les princes temporels, les seigneurs laïques, avaient à leur avis, fort mal agi en s'arrogeant le droit de rédiger des formules de foi sans le concours des théologiens, seuls compétents en ces matières, d'autant plus que dans leurs états plusieurs docteurs avaient, au vu et su de tout le monde, soutenu des hérésies manifestes. C'était là vraiment bàillonnerleSaint-Esprit, mettre obstacle à la répression de l'hérésie et au châtiment des faux prophètes. Si le rocez était imposé aux consistoires, une nouvelle Papauté allait infailliblement s'élever, ce que l'attitude servile de plus d'un docteur faisait déjà prévoir. Mais si les consistoires acceptaient un pareil joug, s'ils admettaient une doctrine falsifiée, les prédicants ne seraient- ils pas dans leur droit en refusant de leur obéir ?

Jean-Frédéric de Saxe combattit lerecezavec plus d'énergie qu'aucun de ses collègues, et s'efforça de grouper autour de lui un grand

1 Die Briefe Ma.virnilian's und Cliristoplis. Le Bret, t. IX, pp. 87, 107, liO, 112, 122, 124, 126. Le 18 juillet 155(3. le surintendant Nicolas Gallus écrivait au duc Jean-Albert de Mecklembourg au sujet de Maximilien, qui en route pour Bruxelles, avait traversé Ratisbonne : « Son chapelain, qui a pris femme et qui est tout disposé à embrasser la vraie doctrine, m'a fait un grand éloge de l'esprit chrétien et des bonnes dispositions de son seigneur. » Schirmacher, Johann Albrecht, Herzog von Mecklembourg, \.. II, p. 338.

2 Wider die papistischen Gr'àuel von der Messe, etc. (1558), p. 7, ^ Krabbe, Chyträas, pp. 135, 143.

* Salig, t. IIL pp. 368, 373, 383.

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nombre de Protestants. Il proposa aux membres d'Empire du cercle de la Basse Saxe d'envoyer leurs théologiens à Magdebourg pour y condamner en bloc toutes les sectes ; mais ceux-ci s'étant rffrayés dune démarche si grave, Flacius, le plus iulluent des docleurs saxons, conseilla au duc de publier, avec l'assentiment de ses frrrcs, un écrit condamnant toutes les iiérésies et d'obliger tous les prédicants de ses états à le signer. Jean-Frédéric suivit co conseil; la nouvelle déclaration, rédigée par un certain nombre de docteurs, reçut le 26 novembre 1 008 sa solennelle sanction, et fut envoyée aux surintendants, avec ordre d'avoir à la considérer désormais comme le formulaire définitif de la foi. Les prédicants furent obligés d'en donner lecture en chaire au peuple assemblé K

Cet écrit, connu sous le nom deLivrc de réfulal'wn, bien qu'assez insignifiantaupointde vue de la science, appartient incontestablement aux plus importants écrits de polémique de cette épo(iue; il jette une vive lumière sur la situation du Protestantisme à cette date; signé de noms autorisés, écrit sous la forme d'un symbole, il renferme, dans un langage souvent âpre et passionné, la condammation de toutes les sectes s'écartant quelque peu du plus strict luthéranisme. La doctrine de Luther y est déclarée seule capable de conduire au salut. Selon lui, aussitôt après la période apostolique, le mensonge et la corruption ont envahi l'Église, et l'erreur a toujours grandi dans le royaume antichrétien de la Papauté, grâce aux efforts de Satan. Mais enfin Dieu a suscité Luther, le nouvel apôtre de sa parole; une seconde fois sa divine voix s'est fait entendre au monde. «. Et pourtant, » avouait Frédéric, « on en est venu, parmi nouSj à être comme saturé, comme las et rassasié de ce verbe adorable. Contrairement à la parole de Dieu, toutes sortes de cérémonies ont été rétablies et les consciences sont tellement troublées et envahies par le doute qu'à dire le vrai, elles ne sentent plus actuellement aucune base à leur foi et qu'elles ont besoin d'être de nouveau éclairées sur ce (]u'elles doivent faire ou éviter pour obéira la parole du Seigneur'-.»

Sont ensuite condamnés, rejetés comme hérétiques et déclarés « coupables d'avoir troublé rEgliseévangélique)),Servet, Schwenck-

' PREGF.n, l. II, pp. 77, 79.

- Jo/innn Friedrichs V, des Miltlern, Ilercof/en ctt Sac/iseii, in Colles W'orl, prophetischer undtiposlolischer Schrif/ ;/egriinde7ile(^unJ'atiiliünes, \Viderle<jungen und \'erd(annif/nni/ eliirher ein Zeit her cnvider demselben (lotteswort und heiliger Schrift, auch der A ugshurgischen Confession, Apologien und der schmal' kaldischen Artikeln, atier cit Fiirderung und Widcranrichtung des Antichristliclicn l'opsttlnims eingeschlichenen und eingerissenen Coruptelen, Seelen and Irrlhunien, Icua, liioö.

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