LE LIVRR DE RÉPUTATION
feld, les Anlinomicns, les Anabaptistes, les anciens et nouveaux Z\vingliens,les défenseursdu libre arbitre, Osiander, Stancar, Major, ainsi que les Adiaphoristes, Cesderniers, c'est-à-dire les Mélanchthoniens,sontsignalés comme « les ennemis jurés de la croix de Jésus- Christ». Les fidèles sont avertis de les fuir comme des serpents venimeux, de les redouter plus que le plus subtil poison, parce que ce sont des renards rusés, plus dangereux que les loups non déguisés du papisme '. « Il faut nous décider à braver en lace ces ennemis opiniâtres qui osent compter sur une victoire certaine et sur le rétablissement de leur idolâtrie; il faut les dompter une seconde fois et leur montrer sans rien craindre que Dieu s'est réservé une race sacrée, des cœurs vraiment fervents, des chrétiens indomptables, qui jusqu'ici n'ont pas plié le genou devant l'autel de l'infernal Baal et ne sont point marqués du signe de la Bête '^. Il faut rompre à tout prix par des actes énergiques lo commerce adultère des Adiaphoristes avec la Bête de l'Apocalypse, avec l'abominable Antéchrist de Rome, dût le monde entier s'écrouler dans la terrible lutte. » « Ceux qui ne disent mot en entendant cette déclaration sont déjà souillés de l'impudicité babylonienne, et destinés à mourir dans une épouvantable impénitence. » « Lorsque nos adversaires répètent à satiété qu'ils veulent la paix perpétuelle, l'union, la concorde, il ne faut aucunement se fier à eux, et ne pas faire un seul mouvement de leur côté, même s'ils nous menaçaient d'attirer sur nous la guerre et toutes les calamités imaginables; car ce qu'il faut le plus redouter, c'est de retomber sous la tyrannie du Pape ■'. » « fous ceux qui ne donneront pas leur assentiment à ces propositions sont déjà sous l'influence du démon. Les docteurs de Saxe représentent seuls la race sacrée, les cœurs vraiment fidèles que Dieu s'est réservés pour la fin des temps. Au jugement dernier, lorscpie tout sera bouleversé dans l'univers, quelques-uns, du moins, resteront encore pour rendre témoignage à la vérité, et le Saint Esprit leur donnera le regard de l'aigle pour décerner et juger les hérésies '-. « Jeaiv-Frédéric et ses frères invitaient ensuite leurs sujets à détester de cœur les erreurs condamnées dans le Livre de réfutation, à fuir tous ceux qui oseraient les vouloir défendre, et déclaraient que quiconque s'y refuserait s'exposerait aux châtiments les plus rigoureux.
Comme le Colloque de Worms et le recez de Francfort, le Livre de réfutation ne fit (ju'aggraver les discordes. « C'est maintenant, «
' Feuille i26, 129 ".
- Feuille 123^.
■> Feuille 112 '■■, 126, 127.
♦ Feuille 132.
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écrivait Mélaiichtlion, « que nous allons être témoins de querelles, de troubles autrement graves que par le passé • ! »
Auguste de Saxe rrclama l'avis do l'université de Wittemberg sur le Livre de réfutation. Mélanclithon. au nom de tous ses collègues rédigea donc un mémoire où il déclare que ni lui ni les autres docteurs do Wittemberg n'ont jamais trempé dans les erreurs de Servet, d'Osiander, de Schv/enckfeld, de Stancar ou des Anabaptistes; pour détourner le coup qui lui est porté, il s'élève contre des principes qui avaient, il est vrai, été enseignés par des docteurs protestants, mais qui ne se trouvent pas dans le Livre de réfutation. « Nos réfutateurs, » dit-il, « veulent être tenus pour les ennemis les plus acharnés du Pape ; et cependant ils fortifient t'idolàtrio papiste et avancent certaines propositions que personne dans l'Eglise, depuis l'origine du Christianisme, pas même les papistes, n'a jamais osé soutenir : nommément que le corps du Christ est partout présent, dans la pierre, dans le bois, etc. Ces discours exécrables ont scandalisé et aigri beaucoup do chrétiens, à Brème et plusieurs autres lieux; nombre de gens instruits, honorables, beaucoup de riches bourgeois ont été chassés de Brunswick et d'Hambourg pour avoir refusé d'y souscrire. »
Autrefois Mélanclithon, en cela disciple de Luther, avait enseigné que tout arrivait en ce monde en vertu d'une nécessité irréductible, immuable, et qu'il n'y avait pas place dans la pensée du Créateur sur le monde pour les manifestations libres de la volonté de la créature; par conséquent que, ni dans nos œuvres extérieures, ni dans nos actes intérieurs, il n'y a trace de liberté. Maintenant il rejetait bien loin cette doctrine, et l'appelait insensée. « Du vivant de Luther et depuis sa mort, » écrivait-il, « j'ai repoussé cette extravagante folie manichéenne et stoïcienne que Luther et d'autres ont soutenue, prétendant que toutes les ojuvres, bonnes ou mauvaises, se produisent fatalement, sans qu'il soit au pouvoir des hommes d'y rien changer. Or il est notoire que ce discours contredit la parole de Dieu, est funeste à toute discipline et n'est qu'un horrible blasphème. La vérité, c'est (jue les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, et cette doctrine ne peut être détruite par aucun démon. Une nouvelle obéissance est nécessaire, une nouvelle obéissance est due, et ces principes doivent être maintenus contre les Antinomes (pii vont criant et répétant comme des insensés : l'homme régénéré reste juste, même s'il persiste dans des péchés (jue la conscience réprouve, comme par exemple dans l'adultère ou l'homicide. L'un d'eux m'a dit il y a (juelques années : « Dieu ne se soucie point
' Curp. licfornt., t. IX, \)\k 7Ü1, l'^S.
MÉLANCHTIIOX SUR f.E SYNODE mOTESTANT. 39
des œuvres. »Les rêveurs de Weimar n'ont pasosé condamner nettement ce blasphi'me. Une nouvelle obéissance est duc, est nécessaire; au lieu de s'en soucier, ils se l)attent à coup de sophismes et de mensonges. Il est vrai que l'un d'eux, Gallus de Ratisbonne, a rejeté les propositions dont je parle. Pour nous, nous les repoussons avec horreur et nous en appelons à tous les chrétiens craignant Dieu, nous soumettant à leur jugement; car il n'est pas juste que ceux, de Weimar soient seuls entendus '. »
Dans plusieurs pays, cette protestation excita l'indignation la plus vive. A Berlin, le prédicant de la cour, Agricola, invita le peuple, du haut delà chaire, à demandera Dieu la confusion de Mélanchthon. « Priez contre le bel archange diabolique des temps nouveaux, qui revient maintenant parmi nous et veut imposer les bonnes œuvres aux justes, afin de nous faire perdre encore une fois le Christ et son Evangile! » Tout au contraire, le prévôt de Berlin, Georges Bucholzer, écrivait à Mélanchthon : « Et moi, je réfuterai cette prière en chaire dimanche prochain et je dirai à mes auditeurs : Que Dieu détruise l'abominable diable noir qui veut établir des racears rudes et brutales parmi nous, contrairement aux commandements de Dieu -! »
C'était la guerre de tous contre tous.
Philippe de liesse envoya à Jean-Frédéric la réfutation de son livre •', que Flacius jugeait digne des plus terribles châtiments du ciel et déclarait «pernicieux et impie ». Flacius épargnait si peu Philippe que, « dans une réponse à l'écrit du Landgrave, il se demandait, eu faisant allusion à sou double mariage, si, comme le disait le Livre de la réfutation, les Anabaptistes qui s'étaient servis de l'épéo seraient seuls condamnés à périr par l'épée ? Comment, alors, faudrait-il punir leurs cousins germains, c'est-à-dire ces Anabaptistes éhontés qui bâtissaient une nouvelle Sodome et prônaient la polygamie tur(iue '' d ?
Pour prévenir une scission déclarée entre les membres d'Empire protestants, les signataires du recez de Francfort invitèrent Jean-Frédéric à une conférence; déjà le jour en était fixé, lorsque l'Electeur Auguste, craignant que le parti de ses adversaires ne l'emportât, refusa d'y prendre part"'. Le 21 mars 1559, Mélanchthon, écrivant à Philippe, cherche de nouveau à le dissuader de la pensée de réunir un synode général. Ce synode, à son avis, est très certainement nécessaire, mais quant à lui il le croit impossible. « A
' Corp. Reform., t. t. IX, pp. 763-7tJo.
- Corp, Reform., t. IX, pp. 815-816.
'^ Corp. Reform., t. IX, pp. 752,763.
* Preger, t. II, pp. 81-83.
^ Heppe, Gesch. des Protestantismus, i. I. pp. 291 et suiv.