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RESISTANCE DES COMMUNAUTES DE FEMMES DANS LE WURTEMBERG

qu'à nouvelle injonction; « car il serait à craindre que l'Empereur n'ordonnât une enquête et que Sa Grâce ne fût entraîn(^e par là dans de graves embarras^. » Le plus sage était d'imposer au plus tôt la réforme à tous les couvents de femmes, et de prendre enfin « des mesures énergiques ». Les couvents ne servaient qu'à favoriser l'idolâtrie et l'apostasie, et scandalisaient grandement les consciences^.

Ces (( mesures énergiques » furent inaugurées à PfuUingen.

Interrogées par les commissaires, les religieuses, toutes ensemble, déclarèrent « qu'elles n'avaient aucun mépris pour la Confession d'Augsbourg ni pour la réforme et religion établies, mais qu'elles espéraient n'être pas obligées de les accepter malgré leur conscience. On leur avait ôlé la messe et les exercices de leur culte. « Depuis bientôt quatre ans, » attestait le prédicant installé à PfuUingen, « tous les dimanches et jours de fète^ et de plus une fois dans la semaine, j'ai prêché au couvent sans aucun succès, bien que toutes \v.s sœurs aient assisté à tous mes sermons; ces vieilles personnes sont extrêmement entêtées; cependant quelques-unes pourraient peut-être être gagnées si l'on s'y prenait habilement. » Mais aucune ne fut (( gagnée ». Plus tard, les sœurs supplièrent le duc d'enjoindre à l'intendant qu'il leur avait imposé de cesser de les tourmenter par ses discours impies et insultants. Leur supplique se terminait par ces mots : « Nous sommes avancées en âge, nous supplions qu'on veuille bien nous laisser mourir en paix^. »

En beaucoup d'autres couvents, les commissaires de Christophe rencontrèrent les mêmes oppositions.

Les Dominicaines de Gnadenzell, à Ossenhausen, furent interrogées séparément : « mais vieilles et jeunes n'avaient qu'un même refrain : il leur était impossible d'agir contre leur conscience. Si on les traînait hors du couvent, elles seraient bien obligées de céder à la violence; mais elles refuseraient toujours d'apostasier. A Weiler, près Esslingen, le culte catholique avait été interdit aux Dominicaines qui n'avaitmt pas même la permission d'aller au dehors assister aux offices, et devaient assister au prêche protestant; cependant aucune ne voulut jamais apostasier. Puisque la foi est chose libre, puisqu'elle est un don de Dieu, disaient-elles, et qu'on leur avait assuré de plusieurs côtés que le duc avait l'intention de ne contraindre personne à changer dereligion.on devait user de miséricorde envers de pauvres femmes, et les laisser libres d'observer leurs

' Besold, Vil'//. Sacrarum Mon., pp. 106-169.

- Besold, pp. 171-172.

3 RoTHE.NHausLER, pp. 23 ct suiv. Beilagen, Documents, pp. 141-149.

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règles d'après rancienne tradition, et comme leurs privilèges et les édits tout récemment accordés par l'Emperenr leur en donnaient le droit. N'avait-il pas été décidé par le traité de Passau et le reccz d'Augsbourg qu'on ne troublerait la conscience de personne au sujet de la religion?

Chez les Dominicaines de Steinlieim sur la Murr, une seule religieuse apostasia. Protégées par l'Empereur et par les patrons du couvent, les comtes de Hohenlohe, les pauvres religieuses espéraient encore échapper à la « réforme ». Mais en 1553 le duc fit tout à coup occuper leur maison par des régiments de l'antassins et de reîtres; ils brisèrent les fenêtres, les portes de l'église, et commirent toutes sortes d'indignités dans le lieu saint. 11 fallut céder à la force. Les sœurs en appelèrent à la clémence du duc. Christophe leur promit qu'on les laisserait libres, elles et leurs vassaux, de pratiquer leur culte à Sleinheim et à Ritenau ; mais on no tint aucun compte de celte promesse. « Le 14 juillet 1556, » écrit une sœur dans son journal, « les conseillers princiers nous ont interdit l'exercice de notre religion, la messe, les cloches, etc., et nous ont ordonné de signer la Confession d'Augsbourg. Nous avons protesté hautement, disant qu'on ne tenait pas envers nous la promesse qu'on nous avait faite. Nous avons aussi demandé un délai d'un mois : on nous l'a refusé, disant qu'il fallait signer à l'heure même, sous peine d'encourir la disgrâce du duc et de le forcer à employer la violence envers nous. Alors nous avons dit que nous n'étions que de pauvres femmes, (jue nous ne pouvions résister à la force; mais que, pour ce qui était de nous, nous resterions au fond de nos cœurs fidèles à nos vœux et à notre profession religieuse, et que nous suppliions une foisencore qu'on n'opprimât point notre conscience. » Le culte catholique fut aboli dans le couvent; un prédicant vint s'y installer. Au mois de novembre de l'année suivante, les commissaires se présentèrent de nouveau, exigeant des sa3urs la signature du nouveau formulaire et la promesse de se marier. Il avait été décidé longtemps auparavant, sous le règne d'Ulrich, « que les personnes consacrées à Dieu qui auraient la chrétienne intention do renoncer à leur état et de ([uitter leur couvent toucheraient une pension viagère, et pourraient adopter n'importe quelle profession, pourvu qu'elles ne retournassent jnmais au papisme; aucpiel cas leur pension serait immédiatement supprimée ' ». On voulut melli'c cette I(M eu vigueur à Steinheim. Les commissaires écrivent dans leur rapport : « (Jn {)romit aux religieuses (|ui consentiraient à abandonner leurs

' PjiJibSiii., Aiiibrunias JJlaurcr. \>\t. oj'J üül.

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vœux pour adhérer à h Confession d'Augsbourg qu'elles pourraient jouir, leur vie durant, de la dot qu elles avaient apportée au monastère en y entrant. Mais on prévint celles qui s'obstineraient à demeurer dans le papisme qu'elles seraient obligées de quitter le pays, » A cette menace, la prieure et ses religieuses réj)ondirent d'une commune voix qu'en ce qui concernait la foi il leur était impossible de rien changer à leur résolution, parce que leur conscience le leur défendait absolument, mais qu'elles étaient persuadées que le duc ne voudrait contraindre personne. Elles protestèrent de nouveau contre le prédicant qui leur avait été imposé. « Cependant lorsque son prédécesseur était malade, :» dit le journal des sœurs, « nous lui avons porté à manger et à boire deux fois par jour, pendant six semaines. Qu'il repose en paix, amen! » I.es commissaires, au nom du duc, annoncèrent aux religieuses qu'elles étaient relevées de leurs vœux, libérées de tous les devoirs de leur profession et que la prieure n'avait pas à intervenir dans cette question. « Alors nous nous sommes toutes levées, » rapporte le journal déjà cité, « et nous avons déclaré que nous n'avions jamais recherché une pareille faveur, mais que ce que nous demandions avec instance, c'était la permission de vivre et de mourir sous l'obéissance de notre prieure; qu'elle avait toujours été pour nous la meilleure des mères, que nous ne d(''sirions qu'une chose, c'était de rester avec elle; sur quoi notredigne Mèrea déclaré qu'elle voulait vivreet mourir avec nous. » En 1560, nouvelle tentative pour convertir « ces entêtées ». « Le dimanche de Lœtare, 2i mars, Georges de Helmstadt, Sébastien Harnalt et Hippolyte Resch sont venus nous visiter,» rapporte le journal; « ils nous ont signifié la volonté du prince, disant qu'il nous fallait accepter la Confession d'Augsbourg et la réforme du Wurtemberg, et que l'exercice public ou secret de notre religion nous était interdit; que désormais nous n'avions plus aucun droit sur rien de ce qui nous appartenait. Ensuite ils ont fait prêter serment à notre intendant. Le lendemain matin, ils ont pris à part chacune d'entre nous, faisant aux plus jeunes les plus séduisantes promesses, pourvu qu'elles consentissent à sortir du couvent. Toutes lui ont répété la même chose, disant : Nous demandons humblement à Sa Grâce la permission de vivre dans notre monastère et de pratiquer toutes ensemble notre religion; nous ne pouvons accepter aucun des articles qu'on nous propose, car notre conscience s'y oppose, nous les repoussons tous. » Là-dessus les conseillers ont déclaré qu'obéissance devait être montrée au prince. Nous avons répondu : « On nous fait violence, mais nous en appelons à Dieu et au monde entier! » On exigea des vassaux de l'abbaye qu'ils prè-

00 Ri:siSTANcii: diîs communautüs de femmks dans m: wuhtkmberg.

tassent serment au duc. En vain le bailli, la municipalité et toute la commune déclarèrent-ils qu'ils n'avaient nulle plainte à formuler quant à la manière dont ils avaient été régis jusque-là; qu'ils se trouvaient heureux, qu'ils ne voulaient reconnaître d'autre autorité que celle de l'abbesse, qu'elle était leur véritable supérieure, comme de bonnes lettres scellées du sceau de plusieurs membres de l'Empire en faisaient foi : leur protestation fut inutile. Une troupe de liallebardicrs et soixante-dix reîtres se chargèrent de leur apprendre leur devoir. Le bailli, ses conseillers, le juge furent conduits à Marbach et jetés en prison. On menaça les vassaux de l'abbaye, s'ils refusaient plus longtemps de prêter serment au duc, de chasser du pays femmes et enfants, de piller de saccager le village et de massacrer tous les hommes *.

Que pouvait le gouvernement contre « cette engeance monacale, cette vermine inutile, ces femmes entêtées », irréprochables dans leur conduite, qui soutiraient patiemment qu'on abolît leur culte, qu'on les privât de toutes les consolations de la religion ne refusaient pas d'assister, tout du long de l'année, au prêche des prédicants, mais qui, fidèlement, fermement, vaillamment, persévéraient dans leur foi et dans leur genre de vie, soutenant envers et contre tous que, dans les questions de conscience, le duc n'était pas leur seigneur et n'avait aucun droit sur elles? On leur avait enlevé leurs propriétés, leurs revenus, provenant de nombreuses dotations, on avait annulé tous leurs droits et privilèges; fallait-il aller jusiju'au bout et les traîner hors de leurs couvents?

Les conseillers ecclésiastiques luthériens étaient d'avis d'expulser toutes celles qui persisteraient dans leur révolte, ou de les incarcérer toutes ensemble dans un même monastère. Mais Jean Brenz, Jacques Andrea et quel([ues conseillers laïques virent un danger dans ce dernier parti : « Il est à craindre, » disent-ils dans un mémoire présenté au duc, « que ces religieuses no se laissent pas transporter de bon cœur en un autre lieu; elles pousseront des cris lamentables, ce seront d'int(3rminables pleurnicheries, elles refuseront d'habiter un couvent commun; elles auront recoui's à leurs amis de la noblesse et de la bourgeoisie; elles invo(iueronl 1(!S privilèges impériaux jadis accordés à leurs maisons, et répéteront que

' Voy. (^c JDiiriial jniljlii'' poiii' l.i iircinièrc fois en ciilior d'après l'orij^inal conserve dans les arcliives i\r SiiiMi;,ird, Documents, pp. 178-11)3, Piakf (Jliscclleii, p[i. 49-Ü7) en avait cité la plus jurande ])ar(ic en cliani^cant rorlIiog'rai)he et en omettant certains passa^'cs, « Les pauvres sœurs, » dil-il, « ont conijuis toute notre sympathie. » Le livre de Kolhenliäuslcr contient aussi des détails circonstanciés sur le traitement iiilli^;é aux relisjieuses de Hlaubeuren, Kirchlieim, LichtcDslcrn, Keclinelsliofen, Ilerrenberg, Laufen, ISbinçen cl Markgroninsj-cn.

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