‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 386 sur 572 · JUGEMENT PORTE PAR UN CONTEMPORAIN SUR LA SITUATION CENEHALE · texte numérisé non relu

JUGEMENT PORTE PAR UN CONTEMPORAIN SUR LA SITUATION CENEHALE

l'Empereur est leur protecteur et patron suprême, que le duc lui doit obéissance et que c'est agir contrairement aux lois de l'Empire que de les expulser de leurs abbayes et communautés privilégiées. Leurs démarches et protestations pourront susciter mille embarras, querelles, criailleries. Le prince fera mieux de leur interdire sévèrement, non seulement les cérémonies papistes, mais encore leurs livres de prières et de lecture, les tableaux, images, missels. En cas de maladie, il faudra les obliger, sons peine de sévères punitions, à faire appeler un prédicant. On devra aussi leur ordonner de ne plus élire d'abbessc ou de prieure à l'avenir, et de renoncer à toute administration temporelle. L'intendant luthérien et sa femme devront, dans l'intérêt d'une bonne surveillance et pour faciliter les conversations édifiantes, prendre leurs repas avec les sœurs et ne laisser pénétrer près d'elles que des servantes luthériennes; de plus, il faudra défendre à ces servantes de remettre sans permission aucune lettre ou message. La clef de la porte d'entrée restera aux mains de l'intendant ou de sa femme. On enjoindra au surintendant do faire avec grand zèle de fréquentes inspections dans les couvents, d'y surveiller tout ce qui s'y passe, et d'édifier souvent les religieuses par des colloques chrétiens, car sans doute, près de ces femmes possédées et ensorcelées, ces sortes de conférences privées seront plus utiles que le prêche. Si, malgré tant de sages mesures, elles persistent dans leur refus d'obéissance, le duc sera suffisamment autorisé, par l'ordre de Dieu, à sévir pour tout de bon contre ces entêtées, pour l'exemple et l'instruction des autres '. »

Nous lisons, dans un écrit du temps intitulé : Plainte chrétienne et consolante, suivie d'un avertissement chrétien: « Si jamais, parmi les détenteurs protestants de la puissance temporelle, il y a place un jour^ comme nous l'espérons bien, pour un sentiment humain et chrétien, comme ils rougiront en pensant à toutes les mesures tyranniques, à toute l'inutile rigueur qui ont été employées dans les villes et principautés sans exception, et souvent pendant dix, vingt ans et plus, contre de pauvres religieuses sans défense, sans appui, souvent maladives ou très avancées en âge! Car malgré leur conscience et leurs touchants appels à la miséricorde de Dieu, on les a tourmentées cruellement pour les décider à l'apostasie. Combien ces princes sont peu logiques avec eux-mêmes lorsqu'ils vont répétant partout que leur Evangile, c'est la liberté chrétienne, et qu'ils ne veulent point l'oppression des consciences! Non, il n'y a jamais eu

' Besold, Vii'f/. Sacrai'um Mon., pp. 237-240.

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de pires tyrans que ceux ({ui n'ont pas eu honte, depuis tant d'années, de torturer les âmes, de ravir à de i)auvrcs femmes la suprême consolation des derniers sacrements et tous les secours (|u'elles peuvent trouver dans les conseils do leurs directeurs spirituels, dans leurs livres d'heures et de lecture et qui, même en présence de la mort, en dépit des prières les plus émouvantes, leur ont refusé le saint viatique! Lésâmes de plus de mille saintes femmes consacrées à Dieu crient vers lui, en appellent à son tribunal souverain, car ces pauvres créatures n'ont jamais fait de tort à personne, elles n'ont jamais rien demandé, sinon la permission do vivre et de mourir derrière les murs clos de leurs couvents, dans leur religion, et dans la plus dure pauvreté, puisqu'on les a dépouillées de tous leurs biens ! »

(( Pieux chrétien, dis-moi, m.ême si tu n'appartiens pas à notre Eglise, quel heureux résultat est-il sorti de tant d'actes tyranniques ? L'argent ravi aux églises et aux couvents s'est dissipé comme la poussière, car la malédiction d'en haut était en lui, et les Protestants eux-mêmes l'ont avoué mille fois. Les pauvres ont-ils gagné quelque chose à tous ces larcins? La misère de l'indigent a-t-elle été adoucie, ou plutôt n'est-elle pas devenue plus pesante, plus commune qu'elle ne l'était avant la scission, dans ces temps chrétiens où tous n'avaient qu'une même foi ? Interroge les populations de l'Allemagne, la réponse est certaine, et tu pourras l'entendre toimême dans chaque village, dans chaque ville que tu traverseras ! La paix est-elle enfin venue pour tous, ou bien voyons-nous régner les querelles, la discorde, les inimitiés chez les grands, les petits, les savants, les ignorants, les clercs, les laïques ? La paix est-elle du moins au foyer ? Et que dis-tu de l'éducation de notre jeunesse ? La jeune génération peut-elle être plus indisciplinée qu'elle ne l'est aujourd'hui? Tandis donc que lesnouveauxcroyants se disputent pour la foi et tous les ans établissent des confessions de foi différentes, tandis (jue chaque parti prétend mériter seul le nom d'évangéli(iue, l'homme du peuple ne sait plus auquel entendre ni ce qu'il doit croire, et la charité chrétienne périt. L'incrédulité, le blasphème, les imprécations sont tellement passés dans les mœurs qu'un très grand nombre de prédieants, dont beaucoup ont bonne intention et font de très méritoires eflorts, désespèrent presque du salut de ce peuple. »

« Dis-moi, chrétien, au cœur bon et loyal, dis-moi, franchement, quel bien est-il sorti de ce nouvel Evangile llottant et contradictoire ? Pendant ([ue les savants, ({ui se font gloire de l'Evangile, se querellent et se m.uidissent les uns les autres, attisant la haine

au cœur d'un peuple crédule, les prmces se détestcut et se i..,ln„

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