‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 408 sur 572 · NKfJOClATlONS SUR LA RÉOU VKUTUR K DU CONCILi · texte numérisé non relu

NKfJOClATlONS SUR LA RÉOU VKUTUR K DU CONCILi

gouverneur d'Enns, sY'taient montrés dès le début peu favorables au Concile. Au conseil du 5 juin, ils supplièrent l'Empereur de réllécliir encore ; si, dans les choses temporelles, le Pape semblait conciliant, dans les spirituellos, il paraissait no pas être à la hauteur de ses devoirs ; il ne travaillait pas pour la relii;ion mais pour ses intérêts; son plan était très défectueux; il refusait d'organiser le Concile d'après les décrets de Constance et de Bâle ; peut-être, au fond, il no le désirait pas, et souhaitait tout bas que l'Empereur y mît des entraves; le roi d'Espagne semblait indécis; le roi de France ne cherchait que son propre intérêt, les autres souverains ne s'en ^souciaient pas ; les prêtres redoutaient la réforme ; lesConfessionistes déconseillaient et détestaient toute idée de Concile. Les intérêts si contradictoires des Catholiques et des Protestants rendraient la promulgation des décrets très difficile : ce que le Pape déciderait par rapport aux uns et aux autres pourrait compromettre gravement la paix d'Augsbourg K Un mémoire, remis plus tard à Ferdinand par le docteur (iienger,intihie confident du prince impérial Maximilien (en secret favorable au Protestantismcj, montre dans quelle voie ce docteur, très écouté de Ferdinand, cherchait à l'entraîner. « L'Empereur, » y est-il dit, (c ne fait qu'exercer ses droits et que remplir son devoir toutes les fois (ju'à l'exemple des rois d'Israël et des Empereurs chrétiens, de Constantin àSigismond, il prend la défense do l'Ei^lise, mortellement blessée par l'indignité de ses ministres. Ces derniers sont les seuls coupables, car ils ont apostasie le vrai Christianisme pour retomber dans le paganisme, et ne songent qu'à leur intérêt personnel. »Gienger engageait l'Empereur à faire tous ses etîorts pour obtenir du Pape le calice laïque et le mariage des prêtres 2.

Bien que Ferdinand, dès l'avènement de Pie IV, eût supplié le Saint Père de rouvrir le Concile et de s'entendre à son sujet avec les rois et les princes chrétiens ^, maiijtenant que le Pape était résolu à suivre son conseil, il semblait indécis et montrait mille a[)préhensions. « Il ne faut pas tant se hâter, » disait-il, « de peur que, les choses n'étant pas mûres, ce (jui s'est passé il y a huit ans, lorsque Maurice de Saxe, arrivant brusquement à Trente, contraignit les Pères à chercher leur salut dans la fuite, ne se renouvelle sous nos yeux. » Le 20 juin, il remettait au nonce Stanislas llosus, évoque d'Ermland, un mémoire où il exprimait franchement toute sa

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* SicKiM,, pj). 4D2-VJ3. Voy. H. Loi:\vi:, Die Slelliuuj des Kaisi-rs Feninuiiid J, zum Tiicnlcr (])iicü oui Ocluhur i5(ii bis cum Mai ijüu. Üoiiu, 18S7. '^ Voy. lltiMA-NN, L'uler/iaïuiluni/cii, \). îiyi.

NKGOGIATIONS SUR LA R RO U VE RTUR E DU r.ONCILE. 1S60. 135

pensc'e. II se plaint (le Pape actuel n'en était vraiment pas responsable) ([ue le Concile n'eût pas été réuni longtemps auparavant ; la scission religieuse durait depuis quatorze ans et, pendant un si long espace de temps, la religion catholique avait été bouleversée de fond en comble; toute discipline était éteinte; les mœurs des prêtres comme celles des laïques étaient tellement corrompues que la réforme serait incomparablement plus difficile et dangereuse à effectuer qu'elle ne l'eût été quelques années plus tôt. Le clergé avait des mœurs exécrables; sa conduite, à coup sûr, n'était pas plus recommandable que celle des prédicants; ce n'était pas assez d'être catholique de conviction si l'on était hérétique par ses actes. Le Concile était absolument nécessaire aussi bien au rétablissement de la discipline partout ruinée qu'à l'unité de la foi; on y parlerait aussi de la question turque; mais il ne fallait pas songer à l'ouvrir avant un an. Toutes les puissances chrétiennes devaient y être invitées; le Pape, le présider en personne. Ce n'était pas à Trente, mais à Cologne, à Constance ou à Ratisbonne qu'il serait sage de le réunir. Il fallait le présenter comme une assemblée nouvelle, et non comme la continuation du Concile précédent, car sans cette précaution les Protestants demanderaient sans nul doute à être entendus sur les articles déjà fixés. Quant à lui, il lui serait impossible, sans s'exposer à voir la guerre civile éclater en Allemagne, de contraindre les membres d'Empire protestants à obéir aux décrets. Les Confessionistes s'étaient plaints qu'au dernier Concile on ne leur eût pas laissé la liberté qu'avaient eue les Bohèmes au Concile de Bàle; qu'on les eût traités avec moins degards et de tolérance, et den'avoir pas été assez souvent entendus en séance publique. Sur ces deux points, l'Empereur désirait que satisfaction leur fût donnée. 11 comptait aussi supplier le Pape d'autoriser le calice laïque et le mariage des prêtres jusqu'à la promulgation des décrets du Concile *. Comme Albert de Bavière, Ferdinand croyait à la nécessité d'une Diète préalable; mais en y conviant les princes, il se proposait de no faire aucune allusion au Concile, de peur que ceux-ci ne refusassent d'y paraître -.

* Il est hors de doute, » écrivait le 13 juin le cardinal Otto à Albert de Bavière au sujet de ce mémoire, « (fue Sa Majesté a les meilleures intentions du monde; mais on ne saurait s'empêcher d'avoir grand'pitié d'elle envoyant que, quand il s'agit des intérêts de la religion, elle a plus de confiance en la prudence humaine

* Dans SicKEL, pp. 55-69.

- Reimann, Unlerliandlungen, p. 59ü.

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qu'en la divine Providence, et croit gagner beaucoup par des délais et des concessions, l)ien que rien au contraire ne puisse nous nuire davantage. »«^ Que le Tout-Puissant ait pitié de notre patrie bien aimée! le mal nous a déjà tellement atteints que, pauvres créatures ignorantes que nous sommes, nous ne savons même plus discerner le temps du salut. )> « Si les Coniessionistes se montrent si opposés au Concile, c'est qu'ils savent bien que la fausseté de leur doctrine y paraîtra au grand jour; mais il ne laut pas perdre courage pour cela et répéter : Le Concile est impossible! jamais les Confessionistes n'y consentiront; ils s'y opposeront de toutes leurs forces, ils l'emporteront sur nous, ils s'empareront de nos terres, de nos gens, ils détruiront nos dernières espérances ! Non, par crainte d'une sédition injuste et que rien n'excuserait, l'autorité temporelle et spirituelle no doit pas pousser elle-même à la roue et laisser s'accomplir le désir de ceux qui soutiennent une doctrine d'erreur. » « Oh ! si nous tous à Rome, à Vienne et ailleurs nous rétl(''cliissions au compte qu'un jour nous aurons à rendre à Dieu sur nos retards, notre inexcusable apathie, notre pusillanimité! On dit : Quel concile pourrait remédier à nos maux? Taflaire est depuis trop longtemps en suspens, elle a subi de trop longs délais! A cela je réponds : 11 n'est jamais trop tard, pourvu qu'on se mette à l'œuvre animés d'une espérance surnaturelle, d'une foi sinccie et persévérante, d'une ardente charité! En des cas tout aussi désespérés, l'Eglise a toujours eu recours à l'unique remède du Concile général, contre lequel le démon, les sectes, les hérétiques et les schismatiques ont épuisé en vain toutes les ressources de leurs ruses, de leurs cabales et de leurs perfidies; toujours ils ont été vaincus par la vérité catholique. » « Si l'on prête l'oreille aux objections de nos adversaires, jamais ils ne tomberont d'accord avec nous sur le lieu, le temps et la forme du Concile. Faut-il à cause de cela rester inertes et laisser en péril la Chrétienté tout entière ?» « A coup sur, il y a moyen de rendre inutiles les pièges et les intrigues du parti opposé. Aussi je conjure Votre Grâce, pour l'amour de Dieu, de fortifier Sa Majesté Impériale, de lui inspirer du courage, et surtout l'horreur des délais K »

Mais l'Empereur continuait à « vivre dans l'angoisse ».ctpresque tous les princes temporels et ecclésiasticpies restés fidèles à l'Eglise partageaient s(^s anxiétés. Le 18 octobre, Ferdinand écrivait à Rome qu'il doutait (jue les membres d'Empire de la Confession

' V(iy. UM. 111, i-i». 18'i.-l.SU.

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d'Augsbourg, renonçassent, relativement au Concile, aux conditions dures et onéreuses qu'ils avaient posées à la Diète d'Augsbourg de lo.'iO, même dans le cas où le Pape proclamerait un Concile entièrement nouveau; mais si le Saint-Siège persistait à présenter le synodecommelacontinuationduprécédcnt, il avaitla conviction que les Protestants, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été traités la première fois comme ils se croyaient ledroitde l'être et soutenant qu'ils avaient été injustement condamnés, auraient recours aux armes, exciteraient en tous lieux la révolte, et mettraient ciel et terre en mouvement pour accabler les Catholiques, il ne fallait pas douter qu'en ce cas ils n'appelassent do puissants princes à leur aide ^.

Tandis que les Catholiques tremblaient et doutaient, les Protestants propageaient les bruits les plus sinistres « sur les horribles complots ourdis par les papistes contre les membres d'Empire Evangéliques^î. Albert de Prusse prétendit avoir reçu des renseignements sur une ligue formée contre l'Empereur et les princes catholiques pour l'extermination générale do tous les signataires rie la Confession d'Augsbourg. L'Electeur palatin mandait à Jean-Frédéric de Saxe : « A la vérité, nos ennemis no songent point à entreprendre pour le moment une grande expédition; mais ils se concertent, et veulent s'emparer des six passages les plus importants de l'Allemagne; c'est là le sujet de tous leurs discours, et ils n'attendent pour agir que le moment où le Concile, et bientôt après l'exécution deses décrets, seront des faits accomplis "». Pour mieux prouver « l'odieuse tyrannie des papistes », Christophe de Wurtemberg envoyait à Auguste de Saxe copie d'une lettre do Maximilien à Ferdinand, dans laquelle le prince se plaignait que son père ne voulût plus lui perm.ettro de garder auprès de lui son aumônier, le prédicant Sébastien Pfauser''^. Longtemps auparavant, Christophe avait calculé qu'en 'cas de guerre il lui serait facile de rassembler en peu de temps 50 000 hommes de pied et 10.000 cavaliers et de les entretenir à ses frais sans être obligé de lever de nouveaux impôts; si seulement chaque membre protestant eût promis de tenir ses prédicants en bride et de les empêcher de faire du tapage, il eût été sur de la victoire ■'. En loüO, il fut très sérieusement question de former une ligue protestante contre les pouvoirs papistes. ]Mais les Electeurs Joachim de Brandebourg et Auguste

» Voy. SiCKEL. pp. 109-110.

2 Kluckhohn, Briefe, t. I, p. 129, note.

3 Kluckhohx, Briefe, t. I, p. 120.

' Calinich, Fürsteutaff, p. 63.

^ Dépùche à l'Electeur Otto-Henri, 7 juin 1o.j7. Kurler, t. II. p. ISO.

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de Saxe ne voiiltircnt pas tontcr raventure. « Nous aurions beau prendre toutes les précautions possibles pour garder notre secret, » avait dit Auguste, « nous ne pourrions éviter (jue l'Empereur et les autres membres d'Empire n'en lussent avertis, et alors ceux de l'autre religion, unis aux potentats étrangers, saisiraient ce prétexte pour former des contre-ligues et toutes sortes de complots. L'expérience n'a que trop prouvé combien les lignes sont dangereuses, et dans quelles complications et calamités elles peuvent nous précipiter, même lorsqu'elles se forment dans un but de légitime défense. » « Les bruits qui circulent sur les prétendus armements de Ferdinand et du parti papiste ne sont que des contes en l'air, inventés par des gens turbulents, qui espèrent tirer quelque prolit des troubles excités dans l'Empire K »

« C'est chose déplorable, » écrivait le cardinal Otto le 20 juillet à Albert de Bavière, « que les bruits que les Coni'essionistes font courir sur nos prétendus armements. Ils sont tellement prévenus contre nous que, ni par le Concile ni par aucune négociation, on ne peut espérer les ramener au sentiment de la justice. » « Mais s'ils ourdissent des complots non seulement en Allemagne, mais à l'étranger, qui donc pourrait nous faire un crime de songer à nous défendre ? Comment se lier à eux, quand ils répandent sans pudeur et avec persistance tant da faussoLés contre nous, pour irriter les pauvres gens naïfs et ignorants et persécuter le peu de Catlioli(jues restés fidèles à l'antique foi? Je souffre de voir les pouvoirs ecclésiastiques et civils assister à toutes ces choses sans rien faire pour en combattre les effets. On a laissé beaucoup de bonnes occasions se perdre, on en perd encore tous les jours, à l'in-éparable dommage de toute la Chrétienté. Je m'en plains à Dieu qui, je l'espère, nous donnera à tous sa grâce au temps marcjué par sa Providence pour que nous puissions vivre en paix ; mais il faudra premièrement (jue les Catiioliciucs s'iniisseiit [»oiir la dél'eijsc commune -. »

Une brochure envoyée à Home par un prédicant indigna inol'ondément le cardinal Otto. Voici dans (jucls termes il y ("lait parlé du Concile: « Nous ne voulons avoir rien à faire avec rAuteclirist, sa sé(|uelle maudite et toute sa cabale diaholi<|ue. l^es damnés sont damnés et resteront damnés pour toute l'éternité, même s ils radotent nuit et jour sur Tf^glise et le Concile. Nous nous en tenons aux parolcsde notr.' s.iiut docteur Luther, (|ui a dit et écrit : <> L'ànepape nous a tous accablés de f.irdeaux impurs et infects; il a pris

' C.Mjyicu, Fiirsfi-n/iiff, \>[t. 27. :28, 30. - Bauiiu, pp. 17(.-10l.

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