AVANT LA RÉOUVERTURR DU CONCILE DE TRENTE
l'Eglise pour ses latrines. Il fut un temps où l'on adorait comme divines toutes les ordures qu'il laissait tomber sous lui. De même que nous refuserions d'adorer le diable et de le reconnaître pour notre maître et seigneur, de même nous ne pouvons tolérer que son apôtre le Pape ou l'Antéchrist soit notre chef et prétende nous gouverner, car son règne, c'est le mensonge et le meurtre, pour la perdition éternelle de nos corps et de nos âmes. Paraître au Concile, c'est pactiser avec le Pape et le diable. Or, tous deux sont décidés d'avance à ne rien entendre, à tout condamner, à nous exterminer sans merci, à nous faire retourner à l'idolâtrie. Nous refusons de venir baiser les pieds du Pape ; nous ne lui dirons jamais : Vous êtes mon Seigneur et mon maître ! nous lui ferons plutôt la réponse que, dans la Sainte Ecriture, l'ange fait au démon : «Que Dieu te châtie, Satan ! w Ce sont là les propres paroles de Luther i. »
Gomme les membres d'Empire protestants avaient déclaré à diverses reprises, et tout récemment à Augsbourg, qu'ils refusaient absolument de reconnaître une assemblée ecclésiastique convoquée par le Pape, peu importait, relativement à eux, que le Concile fût présenté comme la continuation du précédent ou comme une assemblée nouvelle. Par l'entremise du nonce Zacharie Deltino, évêque de Lésina, le Pape, en octobre 1560, assura Ferdinand que le Concileserait conduit d'une manière à laquelle les Protestants euxmêmes n'auraient rien à reprendre ; qu'ils seraient laissés libres, selon le désir qu'ils en avaient exprimé, d'y exposer toutes leurs opinions, tous leurs griefs, et qu'on les écouterait avec la plus grande attention. Le Pape, autant que sa conscience le lui permettrait, était disposé à leur faire toutes les concessions possibles, de manière à leur prouver qu'il n'avait vraiment d'autre désir que leur salut. Le Concile aurait pleine liberté de décider sur la réforme du clergé, ainsi que sur l'autorisation du calice laïque et du mariage des prêtres, sollicités par l'Empereur "^.
Après de longs pourparlers avec le nonce, Ferdinand consentit eniin â ce (jue le Concile se rouvrit dans le plus bref délai possible et au lieu (|iie le Pape estimerait le plus convenable. Seulement il continuait à demander qu'il ne fût pas présenté comme la
' Vun den iidWJii HurenbLasen des vermeinten Concils :u Trient (loüO) A --■*. LuriiF.ii. Sânwiti. Werken, t. XXV, pp. 125,347-348.
- Instruction pour Delfino, dans Pogia.ni, Episf., t. II, pp. 132-135. Voy. Le Pi. AT, i. I, p. 633.
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conliniiation du précédent, et pour que les IcUres de convocation fussent présentées aux Protestants par des nonces particuliers, placés sous la protection des ambassadeurs impériaux ^
Pie IV accéda à ses désirs.
Le 10 novenil)re 1500, le Cardinal Otto mandait i\ Albert de \]àvière : « Au consistoire, le Pape a déclaré liier son intention de proclamer le Concile, et. il a répété qu'il désirait se montrer envers tous, autant que la cliose serait possible, pacifique et bienveillant. Surtout il se propose d'être si paternel., si loyal et débonnaire envers les Confessionistes, qu'ils n'aient aucun sujet léi;itime de se plaindre, soit à Dieu, soit aux hommes, de la manière dont leurs réclamations seront accueillies et discutées, non plus que des articles qu'on jugera à propos de maintenir. Il se propose de charger un nonce de traiter avec eux en toute cordialité les questions sur lesquelles il sera nécessaire de s'entendre préalablement. Plaise à Dieu que Votre Grâce comprenne enfin combien les intentions do Sa Sainteté sont royales, justes, charitables, sans feintise, ni piège! Si les Confessionistes répondent ;\ son invitation, ils n'auront qu'à s'en féliciter, j'en suis persuadé, pourvu que la méfiance et les préventions trop enracinées dans leur cœur ne les aveuglent point. Ils n'ont rien à redouter de nous; notre parti ne songe à aucune entreprise; il ne fait aucun préparatif de guerre, il no pense point à attaquer. Mais si, malgré nos avances et toutes les garanties qu'on leur ofTrc , les Confessionistes s'obstinent dans leurs projets hostiles et, pour éviter la censure k laquelle ils s'attendent, prennent l'initiative, et se soulèvent séditieusement contre les Catholiques, ils s'exposeront, eux et toute l'Allemagne, aux plus effroyables calamités, car les nations étrangères ne laisseront pas opprimer le clergé; les Moscovites et les Turcs saisiront ce prétexte pour envahir, avec leurs formidables armées, Catholi((U('s et Confessionistes. C'est là ma grande terreur, et si Dieu n'a pitié de nous, rien malheureusement n'est plus certain. L'histoire n'oilrc que trop d'exemples des maux inévitables (pi'attirent sur une nation l'apostasie et la guerre civile. » « Si les Confessionistes, comme ils le prétendent, sont vraiment portés vers la paix, il ne tient qu'à eux de se montrer conciliants, é([uitables, dv, mettre leur confiance en Dieu et en la justice. d'exposer leurs griefs avec des sentiments de charité, au li<'n d'aj>porter à la discussion un es[)ritdo haine et des i-essentiments amers. On n'usera envers eux d'aucun |)ro('(''(l('' injuste ou blessant; mais s'ils veulent s'emporter ou faire du tapage, cpTils prennent garde
' \oy. Hi'.iMANN, t'iiti-rhdndiiuiiirn, j>|). ül'8 GIO.
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que la chaudière ne se renverse sur eux! Les Catholiques trouveront au-dedans et au dehors de l'Empire, du cûté de Dieu et du côté des hommes, plus de secours qu'ils ne se l'imaginent. Les étrangers n'attendront pas que la guerre vienne les trouver dans leur pays; ils aimeront mieux voler au secours des Catholiques d'Allemagne que d'assister à l'invasion de leurs propres états. La paix est préférable pour les deux partis; elle frayera beaucoup mieux la voie à la conciliation religieuse que la révolution et la violence^, «
Par une bulle du 29 novembre, l'ouverture du Concile futlixéeau jour de Pâques de l'année suivante. La bulle ne disait pas nettement qu'il cpntinuerait le synode précédent, mais seulement que « la suspension du Concile était levée ».
Le 21 décembre, le Cardinal Otto, écrivant au duc de Bavière, lui fait part une fois encore des espérances que fait naître en son cœur la reprise du Concile : '< Dieu s'apprête à réaliser pleinement et réellement les bonnes, loyales, charitables et paternelles intentions du Saint Père; en envoyant son nonce aux Coni'essionistes, PielYa voulu leur prouver, à eux et au monde entier, la charité dont son âme est pénétrée, et faire comprendre à tous ce qu'on peut attendre du Concile, c'est-à-dire la fin des haines, des ressentiments, des méfiances réciproques. Il désire que, pénétré de charité chrétienne et de douceur, chacun entende tranquillement les raisonsde son adversaire et rende pleine justice à ses intentions, afin que, parla miséricorde du Dieu Tout-Puissant, la paix soit enfin conclue, que tous les nuages qui obscurcissaient les divines vérités soient dissipés et les points en litige fixés au contentement de tous '-. »
Le Pape avait chargé le nonce Delfino d'aller inviter au Concile les évoques et princes de la Haute-Allemagne, et il avait envoyé le nonce Commendone, évéque de Zante, à ceux de la Basse-Allemagne. Selon le désir de l'Empereur, les deux nonces, accompagnés de ses ambassadeurs, s'étaient rendus en premier lieu à Nau m bourg, où les princes protestants, réunis en une brillante assemblée, traitaient en ce moment des intérêts de leur religion.
» Bauer, pp. 222-223.
- Bader, pp. 23:{-2;rt.