LA QUESTION DU CKLIBAT DES PRETRES AU CONCILE
tous côtés du mépris général dont les ministres étaient l'objet, comme Luther l'a lui-même maintes fois constaté : « On ne voit rien dans les ecclésiastiques qui mérite l'éloge, » avait-il écrit ; « ceux qui vivent dans l'état du mariage sont méprisés et chassés; tous sont devenus le rebut, le fléau, les boucs émissaires des populations ^. » Le peuple continuait à regarder comme illégitimes les mariages des clercs; les juristes protestants de Wittemberg refusèrent pendant très longtemps de reconnaître la validité de ces unions et n'autorisaient point les enfants qui en étaient issus à recueillir l'héritage de leurs parents. « Jusqu'à présent, »écrivait Luther en 1536, « je n'ai pas rencontré un seul juriste qui ait voulu consentir à prendre mon parti contre le Pape dans cette question, de sorte qu'ils refusent de transmettre à mes enfants mon honneur et mon cliétif héritage. Ils en usent de même avec tous les prêtres 2. »
Dans les territoires gouvernés par des autorités catholiques, le mépris du peuple pour les prêtres de mauvaises mœurs aussi bien (jue pour les prêtres mariés ou vivant dans le concubinage avait prodigieusement augmenté. Tant d'ecclésiastiques menaient une vie scandaleuse que l'Empereur et le duc Albert de Bavière, « en des temps si difficiles et si tristes, » regardaient la suppression du célibat comme absolument nécessaires! le Pape ou le Concile, disaientils, pouvaient se résoudre à légitimer le mariage des clercs et qu'il n'y ait plus de tache infamante sur les prêtres mariés, le concubinage disparaîtrait bien vite, et le peuple reviendrait à son ancien respect pour ses pasteurs.
Ferdinand fit donc représenter aux Pères du Concile que le désir de voir le célibat aboli était devenu général dans le clergé catholique allemand, où, sur cent curés, à peine en eût-on trouvé un seul qui ne fût pas ou publiquement ou secrètement marié. Si ces curés devaient tous être destitués, les églises, faute de pasteurs, allaient être abandonnées, ou bien, pour ne pas perdre leurs moyens d'existence, les prêtres adhéreraient à la foi nouvelle et feraient cause commune avec les Protestants contre l'Église Catholique. La défection des pasteurs unirait par forcer les évêques euxmêmes à abandonner leur troupeau. Mieux vallait amnistier les coupables que laisser les paroisses sans direction et livrer les âmes aux ennemis de l'Eglise '^.
L'ambassadeur du duc de Bavière s'exprima avec encore plus
* Voy. sur ce sujet de nombreuses citations de Luther, dans Döllinoer, t. I, pp. 298 et suiv.
^ DE Wette, Lather's Briefe, t. II, p. 36, Voy. t. V, p. 716. ^ Uaynald, ad a. 1562. n' 60; ad a. 1563, n"^ 138, 139; ad a. 1364, n" 29. IV 11
iGi l..\ nUKSTION DU CKI.IlîVT DFS PRKTRES AU CONCILR. 1562.
d eneryie. a Prestjue lous les prc'tres d'Allemagne, » dit-il, « sont marirsou vivent encojicnbinntje, et cet élatde choses choque si fort le peuple (ju'il a pris en haine le sacerdoce et les prêtres, les docteurs et la doctrine et qu'il aime mieux adhérer à n'importe quelle secte que revenir à l'Eglise, (juelques évêques, il est vrai, ont cherché à remédier au mal, mais la plui)art restent dans l'indiUérence et l'apathie. Les anciennes lois ecciésiasticiues ne peuvent plus être maintenues dans toute leur rigueur ; beaucoup de doctes personnages, très au lait des affaires d'Allemagne ', voient dans l'esprit du temps reffet d'une puissance occulte qui pousse non seulement les gens de mœurs légères, mais les bons catholiques à renoncer plutôt aux bénélices et à se marier, (ju'à accepter un emploi ecclésiastique à condition de garder le célibat pour faire partie d'un corps aussi corrompu que l'est le clergé catholique. De là vient qu'un très petit nombre de gens instruits se présente pour recevoir les saints ordres ; de là Teffroyahle ignorance du clergé, la force de l'hérésie et l'impuissance de l'Eglise à la combattre. On ne peut obvier au défaut de prêtres vraiment capables et instruits, on ne peut espérer le renouvellement moral du clergé que si, conformément à l'usage de l'antique Eglise, on admet les clercs mariés aux ordres majeurs, et on autorise les prêtres qui ont déjà pris femme à les conserver, comme la Sainte Ecriture le leur permet. Dieu n'a jamais exigé le célibat des prêtres; l'histoire atteste que des chréliens mariés ont été admis à la prêtrise, bien plus, qu'ils ont quelquefois exercé les fonctions épiscopales 2. »
L'orateur rappelait aussi le constant usage de rÉgiise grecque. Cependant cette Eglise elle-même n"a jamais admis en principe le mariage des prêtres. Depuis le synode de Constant inople (09^2), elle a toujours enseigné que les chrétiens mariés peuvent recevoir les ordres et vivre ensuite dans l'état du mariage, pourvu qu'ils n'aient point contracté de secondes noces et n'aient pas épousé de veuve ou de personne de mauvaises mœurs. Quant au prêtre (jui se présente aux ordres majeurs étant encore célibataire, elle lui interdit le mariage; elle défend au prêtre marié de contracter une seconde union; enlin , elle exige ([ue le prêtre marié élevé à l'épiscopat envoie sa femme dans un couvent •'.
En Allemagne, Frédéric Nauséa, évêque de Vienne, Jules Pllug, évêquede Naumbourg, Michel Helding, évêque de Mersebourg, émi-
I ... a cssc nunc in (ïcrmaiiia .sn'ciiluin (|ii:ni(lain ucctillani n.'iUiiM' \iiii. »
ï U.vvNALi), ail a. 1562, n* ti2.
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