LA « RÉFORME DES PRINCES )) AU CONCILE
loisir pour les examiner de nouveau ; mais les Protestants ne voulaient entendre parler d'aucune discussion sur les délimitations des deux pouvoirs, d'aucune loi supérieure réglant les rapports de lEglise et de l'Etat.
Le cardinal Morone dit aux ambassadeurs impériaux qui, au nom de Ferdinand, insistaient pour que les articles de réforme fussent ou complètement abandonnés ou du moins ajournés, qu'il s'étonnait de voir l'Empereur, si ardent d'ordinaire pour la répression des abus, se mettre maintcnantdu parti des princes. Tandis quele Pape, comme ses prérogatives lui en donnaient le droit, avait laissé la liberté au Concile de décider sur toutes les questions sans so croire obligé de les lui soumettre, l'Empereur supprimait sans hésiter tel ou tel article qui lui déplaisait ^l « Le décret de réforme^ » écrivait-il, « a d'abord été remis aux ambassadeurs des princes temporels afin que sur leurs observations on y apportât des modifications, et qu'ensuite il fût rendu aux Pères du Concile. Quelques articles ayant provoqué leurs critiques ont été ou corrigés ou complètement retranchés. Prenant à part chacun d'eux, nous les avons priés avec instance de nous dire toute leur pensée. Si donc il s'y trouve encore quelque chose qui les blesse, la faute n'en est pas à nous, mais à ceux qui se sont tus. Abandonner le projet, en remettre à plus tard la publication^ nous ne le pourrions sans causer le plus grand scandale et sans remettre toute chose en question. Presque tous les évoques sont persuadés que la réforme du clergé est indispensable, mais qu'il faut commencer par écarter les obstacles qu'oppose à leur autorité le pouvoir temporel, car ils se plaignent de n'avoir aucune liberté d'action dans leurs diocèses. Si ces obstacles ne sont pas retranchés, non seulement la réforme sera incomplète, mais elle échouera totalement, et toutes les peines que Votre Majesté et nous avons prises seront vaines. » « Tout ce que renferme le projet est conforme non seulement au droit canon, mais encore aux lois précédemment édictées par de pieux Empereurs. A cause des circonstances difficiles où nous nous trouvons il se tait sur quantité d'injustices dont le clergé est yictime, sur une foule d'attentats commis envers l'autorité ecclésiastique. On a évité avec le plus grand soin tout ce qui pouvait compromettre la paix ou retarder les efforts que nous devons tous faire pour repousser l'ennemi héréditaire delà Chrétienté. Comme les adversaires de notre religion n'ont pas de plus ardent désir que devoir l'épiscopat et le clergé proscrits et dépouillés, il convient que le Concile et les
1 BUCHOLTZ, t. VIII, p. 610.
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princes catholiques prennent leur défense et réclament pour eux la liberté de remplir leur devoir, d'autant plus que, grâce aux lois nouvelles ou précédemment édictées, nous espérons avoir à l'avenir pour évêques des hommes instruits, sages, irréprochables dans leurs mœurs, pieux, et dignes de tout respect. Le peuple ne saurait être ramené par des prélats sans autorité, des vices à la vertu, de l'hérésie à la véritable foi i. »
Mais les puissances temporelles ne voulurent rien entendre.
L'extrême lenteur des discussions jetait les plus vives alarmes parmi les Catholiques. L'ambassadeur de Venise, Girolamo Sorenzo, écrivait en 1563 : « Le cardinal Garpi, doyen du Sacré-Collège, homme véritablement éclairé et excellent, m'a avoué que, lorsde sa dernière maladie, il suppliait Dieu de le retirer de ce monde, pour ne pas assister à la mort et aux funérailles de Rome. D'autres cardinaux, très dignes de respect, déplorent continuellement la détresse de l'Eglise en ces temps malheureux, et tiennent le mal pour d'autant plus grave qu'ils n'aperçoivent aucun moyen d'y porter remède, si ce n'est l'intervention directe de la miséricorde de Dieu -. »
« Mais c'est précisément quand tout semble perdu aux yeux des nommes, » écrivait le cardinal Otto, « que nous devons avoir le plus de confiance dans le secours de Dieu , Notre Seigneur Jésus- (Christ, soutenant Pierre de sa main puissante, marche encore sur les eaux •^. »
Pendant ce temps, en Allemagne, les Protestants étaient plus que jamais désunis, les décrets de Naumbourg n'ayantjfait qu'augmenter leurs malentendus et leurs querelles.
» 28 août 1503, voy. Siçkkl, pp. 588-590.
- Relation du mois de juin 1563, dansÄLnEui, ser. II, vol. I\', p. 82. Voy. aussi dans la relation de Gaieazzo Cusano (17 inail553), la plirase suivante :... « clie si puo comprar liormai lacera per far l'essequio al cadavcro deila chiesa... » Sickel, 1). 49G.
^ Voy. plus haut, p.ltili, note 2.