‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 419 sur 572 · LA RELIGION ET LES MOEURS A BRÈME · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET LES MOEURS A BRÈME

fession d'Augsbourg, » disait-il, « a été rédigée dans dos circonstances particulières, dans le but évident de complaire à l'Empereur et au Pape qu'elle na réussi qu'à irriter davantage. Au sujet de l'Eucharistie, elle approuve purement et simplement la doctrine papiste, et l'Apologie va plus loin encore. Dans l'édition qu'on m'a présentée, les articles ne sont pas les mêmes que ceux de la première édition; ils ont été changés ou abrégés. Or, je me demande si quelqu'un a le droit de modifier une confession de foi que l'Empereur a solennellement approuvée, ainsi que tous les membres du Saint-Empire. » Hardenberg et ses partisans prétendaient que « l'abomination papiste » ne pourrait être extirpée qu'à daterdujour où la doctrine luthérienne sur la présence réelle du corps et du sang de Jesus-Christ présents dans l'Eucharistie serait partout enseignée et tenue pour véritable i. Dans la ville, v des querelles détestables » troublaient la paix des citoyens, et la discorde était telle qu'on n'y connaissait plus les liens de parenté ou d'amitié. « Dans les boutiques de barbier, danslesclubs et les tavernes, on ne s'entretenait que delà nouvelle doctrine sur l'Eucharistie; on se demandait comment, depuis tant de siècles qu'on mangeait le corps du Christ, il en pouvait rester encore quelque chose, s'il était permis d'avoir des bottes, ou telou tel pourpoint, le jouroù l'on recevait le dieu de pain de pasteurs-? » Les adversaires d'Hardenberg l'accusaient d'avoir élé jusqu'à dire que le Christ, abîmé dans les angoisses de l'agonie, n'avait pas su au juste ce (ju'il disait le jour où il avait institué l'Eucharistie 3. Au Conseil, la fraction strictement luthérienne nomma surintendant Tilmann Hessus; à peine élu, celui-ci déclara qu'il avait reçu d'en haut la mission de chasser l'hérétique Hardenberg, le scélérat maudit, l'enfant du démon, et tous ses vils partisans. (( Quoi ! » s'écria-t-il un jour, « si les prêtres de la cathédrale égorgeaient les citoyens de notre cité dans un affreux repaire, s'ils y violaient vos femmes et vos filles, le conseil les laisseraitil faire? Autoriserait-il ces forfaits? Eh bien, la cathédrale de Brème est devenue un bouge spirituel où règne le dévergondage le plus abject; là, chaque jour, des milliers d'àmes sont assassinées; là, le brandon incendiaire de la fausse doctrine est jeté au milieu de nous. Le Conseil est obligé en conscience de chasser du temple les blasphémateurs maudits ! » A son tour Hessus, dans ses discours, criblait son adversaire des plus violents outrages, livrant tous ses

* Walirhaffie Widerlerfiuuj, p. 7.

- Yoy. WiLKENs, pp. 7o, 81. Sur les troubles de Brème entre 1547 et 1556, voy. Brein und Verdiscke BibL, t. III, pp. 683-812. ^ Voy. Back-meister, Chrisllidie Einleitung, p. 118.

1S2 l.A RF.I.ir.ION F.T LR S MOEURS A l'.RKMR. \t')i'A.

partisans à Satan, aïKjuel, disait-il, leur clicf appartenait depuis longtempi;. Bientôt Hardenberg ne lu!: plus en sécurité dans sa propre maison. Toutes les nuits, il s'attendait à quelque assaut; il fut enfin obligé de se cacher chez un ami, tellement Hessus et les prédicants de son parti excitaient contre lui la liaine populaire *. Christian III, roi de Danemark, surnommé « le saint » par les strictes luthériens, eût mieux aimé, disait-il, voir en cendres le dôme de Brème ({ue d'y tolérer une doctrine hérétique sur l'Eucharistie, et selon lui le Conseil était obligé de chasser l'impie -. La diète du cercle delà Basse-Saxe décida à la grande majorité qu'Hardcnberg devait être expulsé de Brème, « de peur que le terrible drame de Munster ne vînt à s'y renouveler •> ».

Hardenberg chercha un refuge à Emden. Hessus quitta également la ville, mais son départ ne fit qu'augmenter le trouble, car Simon Musaeus, qui le remplaça, combattit avec une passion sans égale ses adversaires religieux et continua à entretenir l'agitation populaire. Musaeus s'était juré a de n'accorder aucun repos à son corps avant que la malheureuse Brème, dont la troupe impie des Sacramentaires avait fait une nouvelle Sodome, fût entièrement purifiée do toute erreur sur l'Eucharistie». 11 était résolu, disait-il, à poursuivre son but envers et contre tous, même s'il ne pouvait être obtenu « qu'au moyen du souffre et de la poix ». Il répétait tous les jours que le devoir du Conseil était do mettre à mort tous les Sacramentaires '*.

Dans un nouveau règlement ecclésiastique, Musaeus reconnut à tons les prédicants de son parti le droit de prononcer l'excommunication contre les hérétiques et les blasphémateurs. Lorsque le Conseil, sur la proposition du bourgmestre Daniel de Buren, voulut lui adresser quelques représentations à ce sujet, disant que Luther s'était montré moins rigoureux, bien qu'à Wittemberg il y eût de son temps beaucoup d'erreurs à combattre, Musaeus répondit qu'il avait entendu de ses propres oreilles Luther excommunier en chaire le gouverneur de la ville pour cause d'impudicité, le poète Lemnins pour des vers inconvenants, et même leducGeorges de Saxe et rarcheveijue de Mayence. Si l'excommunication devait causerdu tapage, ou si les amis, beaux-frères ou cousins des coupables devenaient l'objet du mépris public, il ne fallait [las y faire grande attention; car une seule chose importait : soustraire les âmes aux pièges et à la rage du démon.

' Cor/). Itrforin., i. I.\, KiSd, mdIcI. Von . Doi.i.inci-.k, l. N. p. i02.

- W'ii.Ki.vs, ]K 77.

•' V(iy. ces <l(''lilM''r.iIi()ii> il;iiis L(is(.iii;ii, //ist. motir.tin, I. Il, pp. -4.'> et suiv.

♦ \\'\\:i\:, A/l/Z/iei/iin /<-ii, i. I, p. (H).

TROUBLES URLIGIEUX A MAGDEBOURG. 1561. 183

Lo Conseil, dont la iiinjurilé était de l'avis de Musaeus,ropritconti'e les disciples d'ilai'deiiberg le décret autrefois porté coiiln^ les Anabaptistes. Daniel deBnren, atteint par cedécret, convoqua alors tous ses partisans dans lo dôme (19 janvier 13(52). Un tumulte effroyable se produisit. (( Lo seigneur Omnes, » armé de haches et d'arquebuses, menaça de hacher en morceaux les conseillers accourus au bruit, ou bien de les jeter tous par la fenêtre. Ceux-ci, épouvantés, cédèrent. Musaeus et l'un de ses plus fougueux disciples furent expulsés, et les prédicants reçurent l'ordre do ne jamais prononcer le nom d'Hardenberg en chaire. Le Conseil décréta qu'à l'avenir les questions religieuses ne seraient plus discutées qu'avec l'assentiment de toute la commune. Douze prédicants suivirent volontairement les bannis dans leur exil; un grand nombre d'habitants do Brème, parmi lesquels beaucoup de conseillers, allèrent chercher auprès des nobles de Basse-Saxe un refuge loin de «. leur hérétique patrie ».

Hambourg et Lübeck rompirent toute relation commerciale avec Brème, leur ancienne alliée; Dantzig mit l'embargo sur ses navires, marchandises et expéditions. Beaucoup de seigneurs de Basse- Saxe et de Westphalie, en particulier les comtes d'Oldenbourg, d'Hoja et de la Frise occidentale, refusèrentl'entrée de leurs possessions aux habitants de Brème, devenue, disait-on, une seconde Munster. La guerre fut sur le point d'éclater entre les doux villes h propos de l'Eucharistie. Enfin, en 1568;, la paix sembla rétablie. Mais (( les rancunes personnelles, les propos insultants allaient leur train, et le commerce et l'industrie souffrirent plus qu'on ne saurait dire de ces funestes dissensions ».

A Brème le Calvinisme finit par l'emporter ^.

Chassé de Brème, Tilmann Hessus se rendit à Magdebourg, oîi il ne tarda pas à être élu surintendant. Il rêvait de faire de cette ille, devenue « la véritable chancellerie de Dieu depuis les jours de l'Intérim impie », la nouvelle Jérusalem de l'Allemagne. Il se proposait d'en chasser tous les corrupteurs de la pure doctrine luthérienne et d'etîaccr les derniers vestiges « du papisme maudit ».

* Voy. Löscher, t. II, pp. 2öS et siiiv. HäBi;RLiN, t. VI, pp. 351 et suiv. Voy. p. 390, en note, la liste des divers écrits de polémique publiés à cette épocjue. Walte, pp. 62 et suiv.

184 TIinUBLKS RRLir.IEUX A M A T. n RBO IJ RG. 1561.

Rcaucoiip se groupèrent autour de lui pour coml^altre les Catholiques.

L'édit de religion de 155i avait déclaré que « les papistes endurcis » n'étaient plus des chrétiens, mais des idolâtres ; que le cimetière où dorment et se reposent les bons chrétiens devait leur être fermé, parce qu'il ne pouvait y avoir aucun contact entre les ossements des justes et les restes impurs des ennemis déclarés de Jésus-Christ. Ce relus de sépulture chrétienne visait particulièrement « les prêtres de Baal;, les moines, les religieuses , et toute l'engeance cléricale ». L'édit avait de plus ordonné que les parents et tuteurs qui n'empêcheraient pas les jeunes gens dont ils avaient la charge de se faire prêtres de l'Eglise romaine, d'entrer au couvent ou de recevoir un bénéfice, seraient exclus des sacrements et ne pourraient nommer un enfant au baptême ni être inhumés dans le cimetière commun, car il était écrit : « Ne prenez pas sur vous le joug des inlidèles. Dieu défend d'adorer le démon ', » Cependant, en 1557, les Catholiques avaient obtenu certains adoucissements, A Walrairstedt un contrat avait été passé entre le clergé catholique et la ville , en vertu duquel le chapitre et le clergé de l'église collégiale restaient en possession « de leurs propriétés et objets précieux »^ et étaient autorisés « à conserver à perpétuité leur culte, usages, cérémonies, sans crainte d'être jamais troublés dans leur religion ». Ce contrat était dû en grande partie à l'initiative de Pfeil, ancien syndic do Hambourg, qui, bien que protestant zélé, était d'avis d'accorder aux Catholiques une certaine tolérance, et voyait dans la concorde de tous les chrétiens l'unique salut de la ville. Mais Ilessus combattit cette sage politique, décriant IMeil comme un faussaire, un hypocrite dont la condescendance était plus funeste à Magdebourg que dix. sièges, et qui avait osé af)peler la bigotterie de la prêtraille papiste i< l'ancienne religion ». Pi'eil lui ayant rappelé que cette expression se trouvait dans le recez de la Diète, Hessus répondit : « Le jour oîi l'Empereur, les Electeurs ou membres du Saint-Empire ont appelé ainsi le papisme, ils ont renié Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit-. »

Hessus trouva de fidèles auxiliaires, « d'irréconciliables ennemis de l'idolâtrie et des ministres de Baal, » dans les deux professeurs exilés diéna, Mathieu Judex et Jean Wigand. 11 les regardait tous deux comme les « vénérables proscrits de Jésus-Christ », et les exhortait à travailler avec lui« à l'allumer le l'eu divin dans la bour-

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