‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 422 sur 572 · SITUATION MORALE ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE · texte numérisé non relu

SITUATION MORALE ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE

même la ville et le bailliage de Kreuzbourg. Les Etats s'en plaignirent. « Ces saints personnages, » déclarùrcnt-ils ä la Diète do Prusse, « ont extorqué au duc toute espèce de présents : de riches habillements, des propriétés, des carrosses, delarabre précieux, des forêts, des céréales. Une bonne partie des domaines de l'Etat sont chargés d'hypothèques et livrés à des mains étrangères ; le trésor elles revenus du prince sont épuisés, et c'est à peine s'il lui reste de quoi suffire aux besoins journaliers. Des sommes fabuleuses, grossies d'intérêts énormes, sont réclamées tous les jours. » Scalich, au nom du duc, ayant emprunté dix mille florins à la ville de Königsberg, en retint sept mille pour son compte, en donna deux mille à un muletier, de sorte que mille seulement entrèrent dans la caisse ducale i. En Prusse, tout le monde criait misère, et se plaignait des nouveaux impôts et de la détresse générale.

Scalich prit la fuite à temps. Funck, mis au cachot et chargé de chaînes, fut condamné à mort par une cour de justice. Leduc avait depuis longtemps abandonné « l'hérésie d'Osiander, qu'il avait favorisée durant tantd'années», et Funk, son chapelain, avait rétracté du haut de la chaire son ancien enseignement. Cependant, dans l'acte d'accusation porté contre lui, les Etats lui font un crime d'avoir adhéré de cœur pendant de longues années à la doctrine « du grand hérétique Oslander »; d'avoir protégé et établi l'hérésie par la violence, de sorte que beaucoup de pieux ecclésiastiques et docteurs « avaient été exilés à cause de lui ; » d'avoir conseillé, rédigé et propagé un formulaire reUgieux sans leur permission; d'avoir retranché l'exorcisme des cérémonies du baptême, imposant aux pasteurs « un mode très défectueux d'administrer ce sacrement » ; enfin d'avoir fait jeter en prison ou exiler tous ceux qui avaient refusé d'accepter les nouvelles lois religieuses. Tous les efforts d'Albert pour sauver son chapelain furent inutiles : Funk et deux conseillers, ses complices, furent décapites comme malfaiteurs et perturbateurs de la paix publique. Pendant l'exécution, la foule rassemblée autour de l'échafaud entonna le cantique : « Viens, Esprit de lumière! Eclaire-nous, céleste vérité ^l »

A la requête des Etats, Mörlin, (c cette colonne de la pure doctrine, » chassé douze ans auparavant par le duc, fut rappelé, et nommé évêque de Samland.

Assisté de Martin Chemnitz, théologien du Brunswick, Mörlin

1 HARTKNOCH,pp. 453-456. Erläutertes Preussen, t. III, pp. 284-297. Biczko t IV pp 272 et suiv. Hase, pp. 294-329, 329, 3o0. Vulp.us, t. X, pp. 39-53.' Vulpîus ne cache point son intime conviction : Selon lui, Scalich était « la créature des Jésuites ! »

^ Hase, pp. 354 et suiv.

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dressa un nouveau fonuulaire « conforme dv, tous [joints à la Confession d'Augsbourg et aux articles dcSnialkalde ' ». Ce formulaire coii(lanniaitoxj)licit<-ni('nl, avec beaucoup d'autres erreurs, riiérésie d'Osiauder. Le duc lui donna solennellement sa sanction, et le déclara obligatoire pour la Prusse à perpétuité. Les prédicants et docteurs de théologie s'engagèrent par serment à n'enseigner (jue d'après lui-.

Nous lisons dans un édit de religion publié pou de temps après : « Comme, en général, on entretient très cliétivement les pauvres curés et qu'on a d'eux si peu de soin (ju'ils n'ont guère (|ue des croûtes de pain à manger, personne ne seprésonle pour étudier la théologie d'une manière sérieuse etintelligente; les rares jeunes gens qui nous viennent n'ont pas même de (juoi se nourrir; aussi étudient-ils supeiiicielleineut , enseignant ensuite ce (|u"eux-nicmes n'ontpas bien compris, de sorte (pi'un aveugle en conduit un autre : c'est pourquoi la bonne doctrine est partout en oubli, Dieu retire sa bénédiction, et le pays s'appauvrit. Comme dit le prophète Aggée, nous mettons notre argent dans une bourse, percée-'. »

Albert ne survécut que deux ans à son chapelain. Ses dernières années furent assombries par la pensée du lamentable état où il laissait l'Eglise et son pays.

« Malhcureusemenl, » répétait-il, « il y a peu de bons pasteurs parmi nous ; nous ne 'connaissons ([ue des mercenaires, que des corbeaux avides. » Le mécontentement de ses sujets était si général (pi'il se j)laignail de n'avoir pas un seul ami sur lequel il pût compter, et répétait souvent (|ue le métier de berger lui eût semblé beaucoup plus doux que celui de roi '^

Dans sa famille, l'ancien grand-maître de l'Ordre Teutonique n'avait rencontré c (ju'epreuves et que contradictions ». Des sept enfants (ju'il avait eus de Dorothée, princesse de Danemark, six étaient morts en bas âge, une seule lllle lui était restée. Son fds uni(|ue, issu de son second mariage avec Anne-Marie de ïirunswick, jiassait sa vie dans d<^s terreurs continuelles, trend)lant toujours d'être empoisonné par les gens de son entourage. « Ils ont tourmenté et torturé mon j)ère jus(iu"à le faire mourir, » disait-il avec amertinne, « ils en useront de mènieavec moi. Puisse Dieu les en punir jusqu'à la troisième et quatrième génération! » Souvent le prince s'abandonnait àdi' tels accès de colèic (pi'il jetait des brocs d'argent

' (Idlimi plus lai'fl sous li- ikmii de t.'ar/ius dixlriiur /'lii/cil i'iiiil .

" Hasi:, |)|). I!S4 i-l suiv.

' Wu.HiKW, h'irr/ininrdituiu/cii, I II. |i|i. 30|-3ti2.

« Hask, pp. 2:fô, 313.

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