‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 423 sur 572 · SITUATION MORALE ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE · texte numérisé non relu

SITUATION MORALE ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE

à la tête de ses convives, ou bien il était en proie à une si profonde mélancolie qu'on craignait de le voir mettre tin à ses jours *.

Durant le règne d'Albert, le pays avait été le théâtre des continuelles disputes des prédicants. Un professeur de Königsberg, David Voit, craignait pour la Prusse, dès 1567, le retour de la barbarie 2.

L'évoque Mnrlin ne tarda pas à être persécuté de la manière la plus odieuse par lesMélanchtlioniens de l'Université et par les Osiandristes, encore nombreux dans la contrée. Gomme Oslander, il fut en butte aux plus grossiers outrages jusqu'à ses derniers instants. « Il est mort en désespéré, » écrivait l'un de ses adversaires; « peu de temps avant d'expirer, il rampait par terre comme un ours ; on l'a vu gratter le sol avec ses ongles; On a été obligé d'ôter de sa chambre tous les instruments tranchants et de murer chez lui une porte qui communiquait à la rivière. » Après sa mort, une affiche placardée dans la cathédrale avertit les passants que « Mürlin venait de descendre dans les abîmes avec Lucifer ^ ».

Tilmann Hessus, élu évê([uc après lui, jouit d'un crédit illimité pendantla maladie du jeune duc. Il en profita pour excommunier ou destituer tous ses adversaires et pour faire nommer son ami Jean Wigand évoque de Poméranie. Mais peu après, il se prit de querelle avecWigand etd'autres prédicants à propos d'une question de théologie. Il soutenait que l'humanité de Jésus-Christ était « toute-puissante, toute sage et digne d'adoration in abslrarto aussi bien qu'in concreto », ce qui, selon Wigand, ne pouvait être admis que pour la nature de Jésus-Christ in concreto^ c'est-à-dire dans son union avec la nature divine.

Bientôt, dans toutes les chaires, cette question devint le thème d'interminables querelles. « Plusieurs professeurs et recteurs, » écrivait Wigand^ « enseignent maintenant aux enfants que V abstracto est un composé deaôs et de traçtum, comme les fourrures de loup et de martre que portent les grands seigneurs ne sont que les pelures séparées des loups et des martres. »

« Une véritable avalanche de disputes » seprécipita sur les étudiants et sur le peuple '■" et pénétra jusque dans les hôtelleries et les tavernes. « Dans les réunions populaires, dans les auberges, môme dans

1 Hase, pp. 79, 288, 39.5-396.

^ « Dcum oro. ut in liis reçionibiis ecclesias, politicas et œconomias clementer servet, nec sinat fleri barbaricam vastitatem, quam cum multa alla, tum vero praicipue intcstini motus portendunt.» Lettre à Cameravius. Voy. Döllixuer, t. II, p. 6t5ö, note.

^ Erlàatei'les Preiissen, t. IV, pp. 747-748. Voy. Leuckfeld, Hiit. Hesh., pp. 89-92.

i WiLKENs, pp. 206-214.

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