‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 425 sur 572 · SITUATION MORALK ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE · texte numérisé non relu

SITUATION MORALK ET RELIGIEUSE DANS LE DUCHÉ DE PRUSSE

de Samland refusait do se rétracter, il fallait se débarrasser de lui; il lui enjoignit de quitter le palais épiscopal le plus tôt possible 1.

« Wigand m'a perdu par la ruse et la perfidie, » écrivait Hessus à la duchesse de Saxe, « et cela uniquement pour prendre ma place. Je n'aurais jamais cru qu'une pareille fausseté pût se loger dans l'àme d'un théologien ! Je suis comme cette étoile dont il est parlé dans l'Apocalypse, que la queue du dragon fait tomber du ciel et précipite sur la terre 2. »

« Pour prévenir une révolution, remettre les prédicants dans le devoir, redresser les pasteurs des campagnes, faire disparaître de l'Université le levain de la haine et donner un chef à l'Eglise -'. » Wigand, en présence de toute la cour, fut chargé d'administrer l'évôché de Samland, et tous les partisans d'Hessus reçurent ordre de quitter le duché. « Des prédicants dignes et pieux, » écrivait André de Meyendorf, « ont été, par cette mesure, jetés dans une grande et cruelle détresse et forcés de s'expatrier avec leurs femmes et leurs enfants. Une abominable persécution déchire en ce moment l'Eglise de Prusse, et Wigand en est l'auteur ^^ » Les pauvres femmes des pasteurs, en proie à la misère, les prédicants exilés firent parvenir au duc une foule de suppliques. Tous accusaient Wigand, « le persécuteur des innocents, » d'être la cause de leurs maux, d'avoir agi par cupidité, d'être avare, et même usurier ^. « Dans une âme comme la sienne, il n'y a déplace que pour le diable, )) écrivait au duc le chancelier de Tubingue Jacques Andréa; « il ne mérite que l'exil ^. » A son tour, Wigand appelait ses adversaires « possédés, fanatiques, fripons », et peignait la situation sous les couleurs les plus sombres : « Une troupe de hâbleurs et de brouillons troublent et égarent non seulement le peuple crédule, mais jusqu'aux personnes cultivées. Ils se précipitent c( mme des fous chez les habitants, dans les petites boutiques, d ms les brasseries; ils vantent, ils propagent en tous lieux leurs opinions scandaleuses et fausses. Les enfauts eux-mêmes, que le Christ a défendu de scandaliser, sont égarés par ces pervers, car on leur inculque dès le bas âge une fausse doctrine, on leur souffle la haine contre les maîtres de la parole. Les pamphlets troublent les tètes et excitent beaucoup de gens à se soulever contre l'autorité,

1 WiLKENS, pp. 212-219.

5 Trier, Anmerkun'jeii ziiin Concordienbiiche, p. 390.

3 WiLKENS, p. 219.

* DöLLiNGER, t. II, pp. 477-479.

'=> Stark, Liibecixische Kirchenhistorie, Doc, p. 478.

»DÖLLINGER, t. II, p. 478.

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aussi bien à propos de religion qu'à propos de politique; libelles, injures, calomnies détestables sont placardés sur les portes; on les répand à profusion; on injurie^, on attaque les passants en pleine rue : ces faits sont connus de tous *. »

« De plus, » répète-t-il en plusieurs deses écrits,« le peupleévangéliquc devient é|)icuri('n; il ne se souvient plus de ce (ju'il doit à Dieu, ([ui la délivré des ténèbres du pa[)isnie pour l'éclairer de la lumière de l'Evangile; il devient rude, cupide; il a toujours plus de passion pour le luxe; il s'adoiuie à la boisson. L'Eglise n'est plus assistée, et Icsprédicants n'ont plus même le moyen d'entretenir le toit de la maison do Dieu. » « Parce qu'on prêche aux gens qu'ils ne peuvent se sauver par les bonnes œuvres, ils ne veulent plus entendre parler d'aucune et négligent les pauvres. Beaucoup d'autorités civiles se jettent avec une avidité odieuse sur le bien d'Eglise, qui devrait servir à l'onlreticn des temples, des écoles, des lK)pitaux, des établissements de bienfaisance; ils les réunissent sans scrupule à leurs propriétés, sans se soucier du droit. Les écoles sont ruinées; on entend do tous côtés do tristes nouvelles de notre jeunesse; elle est, dit-on, absolument incorrigible-».

Les Calvinistes applaudiront bruyamment à la disgrâce d'Hcssus, exilé surtout à cause de Vabstractum "^ ; ils l'avaient toujours regardé « comme la créature du démon, comme l'ennemi acharné du Christ ». De son côté, le proscrit avait écrit dans son Loijal aoertisseninil à mes chers Prussiens '^ ; « Le meurtre et l'adultère ne sont ({u'un jeu conqxu'és au crime dont on se rend coupable en ayant conunorce avec les Calvinistes. »

Les Calvinistes du Palatinat surtout passaient pour d'odieux blasy)hématcurs. Les bruits qui circulaient sur leurs horribles sacrilèges ('[touvanlaient le peu[)le luthérien. On racontait(iue, dans une orgie, ils avaient mangé des hosties avec des cuillers, bien plus, qu'ils les avaient foulées aux pieds ou jetées aux chiens, et s'étaient servis à table du vin consacré. On ajoutait que dans le Palalinat les enfants ne recevaient plus le baptême qu'à l'âge de sept ans •'.

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