LES PRINCES ALLEMANDS ET LA PREMIÈRE GUERRE DE RELIGION EN FRANCE
De tous les princes du Saint-Empire, l'Electeur palatin Frédéric III, élevé dans l'amour de la civilisation et de la politique françaises, était de beaucoup le plus dévoué à la France, surtout depuis qu'il s'était attaché à la doctrine de Calvin. Une lettre de lui à Jean-Frédéric de Saxe (o mars 1560) prouve que de bonne heure il avait été instruit des complots des Huguenots.« Un grand coup sera bientôt frappé, »écrivait-il à son gendre. «D'ici au dimanche de /{eniuilscere^ tous les prêtres de France seront massacrés. ;) Bien ([u'il no puisse, dit-il, approuver de pareils actes, bien qu'il les trouve séditieux, il ignore pourtant quels sont les desseins de Dieu sur la France et dans ses propres états. Il prie Jean-Frédéric de garder le secret sur tout ce qu'il lui confie : « Je n'ai pas voulu que Votre Grâce ignorât ce qui se passe, je tenais à ce qu'elle sût que je suis engagé dans l'atlaire K » Deux ans plus tard (mai 1362), il déploreque les Huguenots de Lyon se soient contentés de chasser les moines et les prêtres et leur aient fait grâce de la vie 2. La première guerre de religion venait d'éclater en France '^. Le prince de Condo et l'amiral de Coligny, les deux principaux chefs des Huguenots, s'étaient tournés vers l'Allemagne et vers l'Angleterre prolestantes pour en obtenir des secours; ils attendaient vingt mille fantassins et
1 Kluckhohn, Briefe, t. I, pp. 126-127.
- Voy. plus haut, p. 75.
3 Le vicomte de Meaux dit au sujet des progrès du Calvinisme eu France ; « Ce qui accrédita le Protestantisme, ce fut d'abord le courage de ses sectateurs, ce furent aussi les mœurs de ses ennemis. » « La maîtresse de François l<" avait favorisé les Protestants; la maîtresse de Henri H les poursuivait. » L'établissement public et en quelque sorte otficiel des maîtresses royales remonte à François l^"". Le moment où la forte race des Valois allait avec ses entours s'abîmer et se perdre dans une débauche effrénée était précisément celui où elle se trouvait cliargée de tenir tête à l'hérésie. Comment Dieu et les hommes l'auraient-ils estimée digne d'une telle tâche? 11 est permis de voir dans les guerres de religion et leurs horreurs le résultat et le châtiment des folles joies de la renaissance : des excès fureut punis par d'autres excès >- (j)p. 41-4:2).
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dix mille reitrcs allemands, pour la fin de juillet. Frantz Holoman, jurisconsulte calviniste, écrivait à l'Electeur palatin que Condé et Goligny avaient promis de livrer Paris aux Allemands, et qu'un grand nombre de soldats, avides de pillage, se hâtaient déjà de rejoindre leur armée ^.
Puisque les Parisiens détestaient tant les Huguenots et se montraient envers eux arrogants et cruels, écrivait Coligny le 3 août 1502, le pillage de Paris serait proposé comme appât aux armées étrangères ; puisque l'argent manque pour payer la solde des reîtres, ils vivront en France aux dépens des papistes 2.
Frédéric et d'autres princes « bien intentionnés », le Landgrave Philippe de Hesse et Christophe de Wurtemberg à leur tête, avancèrent de l'argent aux Huguenots pour enrôler des soldats, ce qui n'empêchait point Christophe d'écrire à Charles IX et à Catherine de Médicis « que le roi et sa mère avaient grand tort de penser que les princes de la Confession d'Augsbourg avaient oublié l'ancienne sympathie de l'Allemagne pour la couronne de France, et qu'on les calomniait en prétendant qu'ils soutenaient les sujets rebelles de leurs majestés ^ ».
Frédéric trouvait tout naturel de soutenir les calvinistes français; mais ayant appris qu'on enrôlait pour Charles IX dans l'archevêché de Trêves, il écrivit à l'Electeur qu'il ne devait pas permettre au général Roggendorf do conduire des lansquenets au roi, parce que si de telles choses étaient tolérées, des troubles, des séditions pourraient éclater, au grand péril de la paix de religion et do la tranquillité des citoyens ^. Le rhingrave protestant Jean-Philippe recrutait des soldats catholiques et protestants pour Charles IX, et disait un jour à Paris à l'ambassadeur d'Espagne : « Les Allemands combattent pour ceux qui les payent, sans s'inquiéter du motif de la guerre '"'. »
' Kkrvyn de Lktteniiove, t. I, pp. 8;i-iS6.
* Kervyn de Lettexhovk, t. I, pp. 502-î)0i.
ä Voy. Barthoi.d, Deutschland und die llwjenotlen. pp. .']97-398.
* Kluckhohx, Briefe, t. I, pp. 290-302.
'■> Hauthold. p. o99. Tandis que beaucoup d'émincnls capitaines protestants vouaient leur éjiéc pendant (]uarante ans consécutifs au.\ Guises et à la l.iigue catholique, ou bien aux Kspaijnols dans les Pays-Bas, à peine, dit Harliiold (p. 39S), si, f)armi les Catlioliques.on trouve un seul clief de quelque mérite qui ail pris du service dans l'armée calviniste, soit en France soit dans les Pay.s-Bas. « Les Clirétiens de l'ancienne Ei;lisc ne voyaient qu'une cliose dans tout événement politique : le lrioMq)lie de leur religion; le l'ail de la grande scission leur apparaissait toujours sous un seul point de vue; au contraire, les lidèles de la nouvelle religion, incajjables de saisir l'ensemble, ou bien inditlérenls, avaient toujours l'art de se tran(piiiliser par des motifs doj.^mati(pics ou poiiliipies, toutes les fois qu'un salaire plus liaut ou d'anciennes attaches persouuellcs leur fournissaient l'occasion de se
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En septembre, Condé fit part aux princes allemands, ses alliés, des bonnes nouvelles qu'il recevait d'Angleterre. Elisabeth avait promis son assistance *. Ce n'était qu'en trahissant sa patrie que ce prince pouvait accepter de pareils secours , aussi coupable en cela que Maurice de Saxe au temps où il obtenait des troupes et de l'argent de Henri II pour combattre Charles Quint. Par le traité du 20 septembre, les Huguenots s'étaient engagés à livrer le Havre à la reine ; de plus ils lui avaient promis Calais -. « Condé et Coligny ont trahi la France, » disait le cardinal de Lorraine ; (< ils ont appelé sur notre sol les plus anciens et les plus dangereux ennemis de leur pays. » L'armée anglaise prit possession du Havre et de Dieppe « pour la gloire de Dieu et la réalisation des pieux désirs d'Elisabeth ». A Orléans, Condé était, pour ainsi dire, le roi des Huguenots. Avec l'or et l'argent pillé dans les sacristies, il fit battre monnaie; avec les cloches des églises, il fit fondre des canons. Au de sud la Loire, d'innombrables églises et couvents turent pillés et détruits; à Rouen, les toinbcaux des ducs de Normandie furent profanés; à Tours, les Huguenots jetèrent dans la Loire les reliques de saint Irénée et de saint Martin et abattirent la statue de Jeanne d"A:'c, la sainte libératrice de la France. Aucun monument de l'art et de l'antiquité ne fut épargné. La bibliothèque de Cluny, qui contenait plus de cinq mille volumes, fut livrée aux flammes. Moines et prêtres furent torturés avec une cruauté raffinée. « Trois mille religieux français, » dit le cardinal de Lorraineau Concile de Trente, « ont subi le martyre en l'espace de peu de mois pour n'avoirpas voulu trahir le siège apostolique. « Les contemporains ne parlent qu'avec horreur des actes barbares commis à la honte du nom français « pour la propagation de l'Evangile et la ruine de l'idolâtrie ». Les Catholiques, de leur côté, firenttrop souvent preuve d'uneimpitoyable cruauté. Condé marcha sur Paris soutenu par les troupes allemandes, mais il fut aussi malheureux dans cette expédition que les Anglais l'avaient été devant La Rochelle 3. Aux environs de Dreux (19 décembre 1563), le duc de Guise défit l'armée calviniste. Condé fut fait prisonnier. Coligny, élu général en chef à sa place, permit à son armée, composée en grande partie d'Allemands, de piller et de dévaster tout le pays, en attendant les renforts annoncés d'Angleterre ^.
mettre du côté des adversaires de leur Eglise. Noire margrave est un exemple de cette absence de sens moral. »
• Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 94.
'- Barthold, pp. 40S-407.
3 Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 96-H2,
* Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 119-120.