‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 444 sur 572 · ORIGINES DE LA REVOLUTIOX DES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA REVOLUTIOX DES PAYS-BAS

biens ecclésiastiques et se flattaient d'être les maîtres le jour où le gouvernement espagnol serait renversé.

Guillaume de Nassau ;, prince d'Orange, principal chef du parti de la noblesse, avait, par ses prodigalités folles, accumulé de si énormes dettes qu'elles s'élevaient déjà à 800.000 florins lors de l'avènement de Philippe H Depuis, ses embarras d'argent n'avaient fait que grandir, si bien qu'il avouait un jour à son frère Louis de Nassau qu'il n'était plus même en état de subvenir aux dépenses de sa maison i. Déçu dans l'espérance longtemps caressée d'être élu gouverneur des Pays-Bas^ il opposait une résistance systématique à tous les désirs de Philippe II. Dans son Apologie, il se vante d'avoir toujours eu l'ambition d'aff"ranchir son pays de 1'« engeance espagnole » Bien qu'élevé dans le Luthéranisme, il se donnait pour catholique à la cour de Bruxelles, et ne parlait qu'avec mépris « des sectes exécrables», et surtout des ministres, qu'il traitait de séducteurs du peuple et de bandits. Il avait écrit au Pape pour l'assurer qu'il se proposait de combattre par tous les moyens en son pouvoir «l'hérésie empestée de Calvin ». Mais, à l'époque de son mariage avec la princesse Anne, fille de Maurice de Saxe, ilfità l'Electeur Auguste la confidence de ses profondes et secrètes sympathies pour la religion protestante. « Malheureusement,') disait-il, «il ne m'a pas encore été possible de faire prêcher la sainte parole dans les Flandres ; mais je compte laisser à ma femme toute liberté de suivre sa religion; elle aura un chapelain protestant, recevra le sacrement selon le rite luthérien, et les enfants qui naîtraient de notre union seront élevés dans sa religion. » A la même date^, il écrivait à Philippe II qu'il avait exigé que la princesse Anne abjurât le protestantisme; qu'il n'aurait pu tolérer que sa femme ne fût pas catholique, et qu'il ne voulait pas qu'elle ne le fût qu'extérieurement, et veillerait à ce qu'elle s'attachât du fond du cœur à l'antique foi. En un mot, la religion n'était pour le prince d'Orange qu'une question politique. A l'entendre, il ne fallait pas s'en préoccuper beaucoup, surtout quand il s'agissait d'acquérir de l'influence et du pouvoir. Il disait à l'un de ses amis pendant les fêtes de son mariage qu'il ne désirait pas voir Anne s'absorber dans la lecture mélancolique de la Bible, et qu'il remplacerait ce livre austère par le romm d'Amidis ou d'autres récits d'amour, plus oapables de la récréer 2. Il faisait si peu mystère de ses principes immoraux qu'au

' Sur les dettes colossales des gentilshommes flamands, voy. Juste, Hist. de la Rivolatioi des Pays-Bm sous Philippe II, t. I, pp. 231 et suiv., Groen van Prinstsrjr, t. I, p-). 37 et suiv. ; voy. la lettre de Guilaume d'Orange, t. I, p. 400. Voy. Gerlache, Ilist. du royaume des Pays-Bas, p. 71.

* Voy. Groen van Prinsterer, t. I, pp. 93, lOi, 119, Gacharu, Cor. de Gull-

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