ORIGINES DE LA REVOLUTION DES PAYS-BAS
grand malheur du pays. Tout devint vénal : charges, honneurs, privilrges appartinrent au plus offrant; la justice même se vendit, et le trésor royal fut dilapidé. « Les courtisans et les seigneurs, » écrit Pontus Païen, « se livrent à la débauche. S'il leur arrive de loin en loin de se lever de bonne heure, c'est pour aller à la chasse; ils s'enivrent le jour et consacrent les nuits au jeu et à la mascarade, pour ne rien dire de pis K >) Bientôt, en beaucoup de localités, des prédications incendiaires jetèrent les esprits dans la plus dangereuse agitation.
A l'époque oiJ Granvelle était encore au pouvoir, les édits de religion condamnant les sectaires à des peines rigoureuses n'avaient été que très rarement exécutés. Pour nuire au cardinal dans l'esprit du roi, Orange et ses amis sétaient même plaints à lui des complaisances do son ministre pour l'hérésie et du peu de zèle qu'il montrait pour les intérêts de la vraie religion ^.
Les évêques d'Ypres, de Namur, dcGand, de Saint-Omer, assistés de plusieurs théologiens, s'étant assemblés à Bruxelles pour traiter ensemble des affaires religieuses, adressèrent une supplique à Philippe 11 pour le conjurer d'adoucir les édits et d'avertir l'inquisition épiscopale, la seule qui existât dans les Pays-Bas, d'agir sur l'esprit populaire c plutôt par des voies d'indulgence et de paternelle bonté que par des mesures rigoureuses ^ ». Le roi ne voulut rien écouter, et continua à exiger l'inexorable exécution des édits. Bien qu'à dater de ce moment il n'y ait plus eu d'exécutions capitales, les rebelles se servirent des édits comme d'un épouvantail propre à jeter la terreur dans toute la population. « L'intolérance et la tyrannie espagnoles deviennent tous les jours plus insupportables, » écrivait-on. « On scrute, on punit les pensées les plus secrètes des consciences. » D'ardentes prédications révolutionnaires, où il n'était question que des secours ([ue l'on pouvait attendre de l'étranger, du crime du roi, traître à ses serments, du devoir qui s'imposait aux chrétiens de secouer un joug odieux et de refuser au souverain l'obéissance, portaient à son comble l'excitation des esprits.
Lorsque parvinrent en Flandre, vers la lin de 1505, de nouveaux ordres de Philippe touchant l'exécution des édits, le parti dévoué
' l'üNTUS 1'aii:.n, Mémoires, p. 00.
- Mémoires dû (iraniie/le, t. Il, p. 3."!. (iAciiAiU), Currespüiulance de Philippe II, l. ], p. 381. Liiiuii.N VAN l'iUiNSTiKUu, l. i, pp. 71 et suiv. Voy. i la pièce iiUilulcc Cunlre l'escript du prince d'Onmije, liuUctin de la Commission rotjule d'Histoire (Ijrii.xcllcs, i«ilj, l IV, p. 114.
•• Keuvïjn Uli LjiiïJiNiiovii, t. 1, p. :^Ü4.