‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 449 sur 572 · REVOLUTION DES PAYS-BAS EN · texte numérisé non relu

REVOLUTION DES PAYS-BAS EN

repentants; d'avoir égard aux privilèges et libertés du pays, au caractère des habitants, d'agir avec mesure, prudence et modération 1. Mais Philippe n'avait tenu aucun compte de ces sages avis; il avait cru pouvoir régler, du fond de son palais d'Espagne, des intérêts très compliqués, demandant des ménagements extrêmes. Fier de s'intituler « le plus puissant monarque de son siècle », il n'acceptait aucun conseil, « Lorsque le torrent de la révolution tut sorti de son lit, » et que des centaines de couvents et d'églises dévastés l'eurent averti des terribles elîets de la fureur populaire, le cardinal fit de nouveaux etiorts pour le convaincre. 11 n'y a plus a hésiter, lui disait-il. il faut venir restaurer l'ordre et i^agner rallection des Flamands par une politique d'indulgence et de bonté. Même après tout ce qui s'est passé, le roi doit, autant que possible, respecter les libertés nationales et laisser beaucoup de coupables impunis plutôt que de s'exposer à châtier des innocents ou même des égarés. Granvclle prit surtout la défense d'Egmont, qui n'avait été que le trop docile instrument d'Orange : « Répandre le sang de ses vassaux, » disait-il, « c'est s'affaiblir soi-même "-. »

Pie V, lui aussi, exhortait le roi à se rendre au plus tôt dans les Pays-Bas pour y prendre la direction d^-s allaires. Mais Philippe ne voulut rien entendre. 11 éclata en reproches contre le légat, repoussant avec hauteur toute intervention dans ses afiaires personnelles 3. Puisque les révoltés des Pays-Bas avaient pris les armes, lui aussi trancherait la question par les armes. Le pays serait pacifié, mais par la terreur et les supplices.

Tandis qu'il repoussait les avertissements du Pape, l'invitant à l'indulgence au nom de la religion, Philippe prêtait une oreille complaisante aux conseils de Frère Laurent de Villavicencio, moine fanatique, qui lui répétait sans cesse : « Le roi David na pas eu pitié des ennemis de Dieu ; il les a tous exterminés, sans en épargner un seul. Moïse et les enfants d'Israël ont, en un seul jour, massacré trois mille rebelles; un ange, en une nuit, a misa mort plus de soixante mille ennemis du Seigneur. En agissant ainsi, ils n'ont pas été cruels; ils ont cru ne pas devoir faire grâce à ceux qui outrageaient la gloire de Dieu. Votre Majesté est roi comme David, chef de peuple comme Moïse; Votre Majesté est l'ange du Seigneur,

• Voy. les lettres^de Granvelle dans Groex van Prinsterer, t. I, LXXXVI, pp. 151, 1Ö9. Gachard, Correspondance de Philippe II, t. I, GLXXII, p. 201.

- Gachard, Correspondance de Philippe II, t. l, pp. 518, 534, 560, oJi, 599, et t. II, LI, Sur Eg-mont, voy. t. I, CLXXIV, et Groex vax Prixsterer, t. III, p. 411, et Suppl. 43.*

3 Gachard, t. I, p. 488. Kervvx de Letïeneove^ t, I, p. 470. Voy. Holzwarth, t. I, p. 401.

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car c'est ainsi que l'Ecriture appelle les rois. Les ennemis du Dieu vivant, ce sont les hérétiques, ces blasphémateurs sacrilèges, ces idolâtres, ces biHes fauves qui, sans aucun doute, détruiront dans les Flandres le sanctuaire du Dieu tout- puissant, si Ton n'arrête à temps leur rage, et les forfaits dignes de larmes qu'ils accomplissent en tous lieux *. »

Après les horreurs des brisements d'images, une sorte d'apaisement parut se faire dans les Flandres. Une grande partie des gentilshommes confédérés se retirèrent d'eux-mêmes d'un mouvement qui avait conduit à de telles abominations. Beaucoup se rattachèrent loyalement à la cause du roi. Cependant, en janvier 1567, les dépêches de la régente peignent encore la situation sous les couleurs les plus sombres : « Les choses vont de mal en pis, » écrit-elle, « et cela dans toutes les provinces. Les riches s'expatrient ^. » Au fond, l'apaisement n'était qu'à la surface. En décembre ISGO, les chefs du parti calviniste, nobles ou prédicants, se réunirent h. Amsterdam, puis à Anvers, pour aviser au moyen de résister à Philippe dans le cas où il songerait à porter la guerre dans les Pays-Bas. Us comptaient sur les Suisses, qui devaientbarrerlepassage des troupes espagnoles dans les défilés des Alpes; sur les Anglais qui trouveraient un point de ralliement dans l'île de Walcher ou à Anvers; sur les Huguenots françaisquidevaient leur prêter main forteàValenciennes. A Anvers, dans un consistoire calviniste, lecture fut donnée d'un message envoyé par un juif espagnol accrédité auprès de Soliman. Le sultan faisait dire aux Calvinistcsdes Pays-Bas «de poursuivre hardiment l'entreprise commencée avec tant do générosité », et cela avec d'autant plus de courage ([u'il préparait lui-même une grande expédition, et qu'avant peu les armées ottomanes donneraient tant de besogne au roi d'Espagne qu'il n'aurait pas même le loisir de penser aux Pays-Bas ■'.

Le parti révolutionnaire était étroitement lié à la conjuration de Grumbach et de ses complices.

Après la défaite du chevalier, l'Empereur avait dit conlidentiellemeut à l'ambassadeur d'Espagne, (jue dans les papiers de Grumbach saisis à Gotha, on avait découvert tous les secrets des conjurés ; (jue l'extermination des princes d'Empire avait été résolue; quelesconfé-

« GACHAnn, t. II, XLIII, Xl.V.

* Castillo écrivait d'Anvers le 17Janv. 1577. quo la plupart des riches de sa contiaissancc avaient (|uilté la ville. « La canaille est presc|iie cenlii])lée ; la mél.'uicolic el la déliance sont sur toutes les tiu;iires. » Ghoin van 1'ii!nsii:hi;ii, siipidénicnt 4'k

' i'our plus de drt;iils voy. ILji /.w au m, I. Il, pj). lÜl, 1U'J1:2I. I\lll^^^ m; Li:t-

T1..M10V1:, t. I, pj). ;tsü-iy3.

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dérés prétendaient n'être inspirés que par les motifs les plus purs, par le zèle le plus désintéressé, n'agirqu en vue de la prospérité et de la grandeur de l'Empire, mais qu'en réalité ils avaient formé le dessein de fonder une monarchie héréditaire en Allemagne, et d'effacer pour toujours jusqu'au souvenir de l'élection et des Electeurs. « Leur zèle prétendu pour le bien public n'avait d'autre but que de m'abuser, » écrivait l'Empereur; « j'ai appris qu'ils étaient d'intelligence avec les Flamands révoltés. Dieu merci, notre armée a marché sur Gotha aussitôt que l'ordre, lui en a été donné. Sielle avait tardé seulement de quelques mois, si on avait attendu jusqu'au printemps, comme quelques-uns le conseillaient, l'incendie se serait tellement propagé qu'il u"y aurait plus eu moyen de s'en rendre maître^. » L'Empereur écrivit aussi à Philippe pour l'informer des découvertes qu'il venait de faire. « Sans la promple résolution qui a été prise, » lui disaitil, « les conjurés pouvaient compter sur une armée si considérable qu'ils auraient été en état d'envahir et de saccager non seulement l'Allemagne, mais encore les Flandres, où ils auraient tendu la main aux rebelles, une attaque simultanée et l'union deleursmouvements avaient été concertées. Les deux partis comptaient fermement l'un sur l'autre, de telle sorte que tous les emprisonnements opérés jusque-là par Votre iMaje^té et ceux qui ont eu lieu depuis n'auraient pu suffire à prévenir le mal. » Maximilien ajoutait en s'appuyant sur les pièces découvertes à Gotha : « Les Flamands et les proscrits avaient ourdi les plus terribles complots; s'ils avaient pu nous exterminer, moi et le roi d'Espagne, ils n'y auraient pas manqué; mais Dieu, nous inspirant une résolution énergique, nous a tirés de ce péril -. »

Le comte Louis de Nassau, frère de Guillaume d'Orange, était l'un des chefs les plus ardents du parti révolutionnaire. « Au commencement de la révolution, » rappelait plus tard avec orgueil le comte Jean de Nassau, « c'est lui qui a montré le plus d'énergie; il s'est donné mille peines pour faire réussir notre entreprise, aussi bien dans les Flandres qu'en Allemagne et dans les états de plusieurs membres d'Empire évangéliques. » « C'est grâce à lui que l'Electeur

* Voy. KocH, Quellen, t. II, p. 39.

- KocH, Ouellen,\. II, pp. 40-43, et t. I, p. 54.

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