‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 453 sur 572 · DA.NGERELSRS CABALES )) DANS i/r.MPIIIE. 1oG · texte numérisé non relu

DA.NGERELSRS CABALES )) DANS i/r.MPIIIE. 1oG

contrée. Lui et ses « sujets « se livraient iuipunénienl au meurtre et au pillage. Le roi avait autorisé la polvj^'amie, et composé un livre sur (.< les grands et scandaleux abus de Tétat impur du mariage ;). Le livre de la lieslïlul'ion, de liothmann, avait été réédité par lui 1. « Prendre et dérober n'est pas un crime, » disait-il; « c'est plutôt exercer un droit; dans le nouveau royaume de Dieu, tous les biens temporels sont à Jésus-Christ; or, nous sommes ses Apôtres, par consé((uent ces biens nous appartiennent comme à

lui 2. ))

« Depuis les affaires de Flandre, » écrit un contemporain^ « le Saint-Empire était dans une agitation perpétuelle, et le vent pestilentiel (jue, depuis de longues années, soufflent dans nos pays les discordes religieuses, l'insubordination de la noblesse et du peuple, la ruine générale de la discipline, des mœurs et de la fortune publi(]ue, était encore excité par les rumeurs cpii circulaient au sujet àds intrigues et conspirations des Evangéliques contre les Catholi(|ues, et vice versa 3. »

« Cette année même, » disait-on, « une vaste conspiration contre les Catholiques va s'organiser; le margrave Hans de Brandebourg enrôle des lansquenets; la Pologne, la Suède, le Mecklembourg^ Anhalt, un grand nombre de comtes, de gentilshommes et toutes sortes de gens turbulents se sont ligués pour l'extermination générale des Catholi{(ues. » Le duc Albert de Bavière sera châtié le premier. Lui, rarchevê((ue de Salzbourg et le cardinal d'Augsbourg n'ont ([u'à se bien tenir, car le duc de Bavière est le principal chef des prêtres; rarchevô(iue de Salzbourg, l'homme puissant et riche; le cardinal, celui qui poursuit avec le plus d'ardeur la ruine de la Confession d'Augsbourg et le triomphe de la Papauté. L'incendie, le pillage, le vol, la proscription, la perte de leurs biens, voilà ce (|ui les attend, personne ne sera épargné, ni eux, ni les leurs *. »

Les querelles des membres d'Empire entre eux étaient surveillées et exploitées par la France. Dès le printemps de I5G7, les ambassadeurs de Charles IX s'étaient présentés chez les princes protestants pour les informer des projets des puissances catholi(iues et proposer une entente cordiale, une alliance offensive et défensive entre

' \'oy. sur le livre de Holliinaiin noire troisième voliune, p. 331.

* I}oL/Ttu\VKK, Pour ce «jui se rapporte au.\ Anabaptistes, voy. Zeilschr. des herijischen (ieschicklsvereinx, t. I, jtp. .311-315. (le ne fui i|u'cn 1574 que le roi du nouveau royaume de Dieu fut Iralii. Il comparut devant la juslioc avec ses roniplices, et fut brûlé vif à Cléves en 1580. Voy. Scuoi.tk.n, Die StudI CU've (Clèvcs, 1H81), p. 592.

* Von Almehrmm christcnlirlwn (llitnheii'i nnd ffii'dferlijen ijoilxeli'jcn Wesens durch einen Liebhaber der Wahrheit <jestcllt (1571), pp. 010.

* Ivi i'CKuoii.N, lirieje, i. II, p. 73, note 1.

LA LIGUE DE MAULBRONN ET LA RÉVOLUTION DES PAYS-BAS. I0G8. i>83

les protestants d'Allemagne et la couronne de France, Un libelle de provenance française prétendait que les rois d'Espagne et de Portugal, les ducs de Savoie et de Bavière, le Pape et Maximilien luimême s'étaient unis pour l'extirpation des Huguenots et des Luthériens; que l'Electeur palatin et Auguste do Saxe allaient être renversés ; que les deux frères de l'Empereur seraient élus en leur place ; (jue tous les princes qui s'opposeraient aux alliés seraient détrônés, les prédicants chassés, les partisans des nouvelles doctrines contraints dassister à la messe ou mis hors d'état de nuire par la confiscation de leurs biens, l'exil ou même la peine capitale; qu'un « patriarche », nummé par le Pape, allait imposer la religion catholi(iue à tout l'Empire, et qu'Albert de Bavière, élu premier ministre du Pape, commanderait en son nom cà l'Eglise d'Allemagne i.

11 n'y avait pas un mot de vrai dans ces étranges rumeurs; mais ce fut en vain que l'Empereur et le duc Albert essayèrent de les démentir, et les rigoureuses poursuites décrétées contre leurs auteurs ne les empêchèrent point de se propager.

Plus que tousses collègues, l'Electeur palatin prêtait une oreille complaisante aux ouvertures françaises. La position particulière où il était placé, sa frayeur de voir l'Empereur exécuter contre lui l'arrêt de la Chambre Impériale le portaient à s'appuyer sur l'étranger. Aussi prit-il l'initiative de la conférence de Maulbronn, qui réunit, en juillet 1567, le duc Christophe de Wurtemberg, le margrave Charles de Bade et lui. Les trois princes se promirent « de faire tous leurs efforts pour réunir tous les membres d'Empire protestants dans une ligue fraternelle, et pour les décider à l'alliance française; Charles IX devait être autorisé à enrôler des soldats en Allemagne en cas de guerre extérieure, pourvu qu'il promit de ne jamais attaquer les princes évangéliques, de ne pas prêter mainforte à l'Empereur pour l'exécution des décrets du Concile et de ne pas souffrir que jamais ces décrets y fussent mis en vigueur 2». « On prétend, 0 écrivait l'Empereur à Albert de Bavière le 15 octobre 1567, (( que l'Electeur palatin et le duc de Wurtemberg ont fait alliance avec la France : il faut avoir l'œil ouvert. » « L'Electeur Frédéric,)) ajoute-t-il le 8 décembre, « se conduit selon son usage; je l'ai fait avertir loyalement et sérieusement; s'il ne se soumet, il s'attirera de fâcheuses affaires -^ ))

Les princes de Maulbronn désiraient vivementdécider Auguste de

' Voyez ces passag-es dans Koch. t. II, pp. 13.5-J37. Kluckhoh.x, Briefe, t. II, pp. 50-51. Voyez, V. Bezold, 1. 1, pp. 21.

^ Kluckhohn, Briefe, t. II, pp. 66-67.

^ Briefwechsel, pp. 176-177.

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Saxe à se joindre à eux; mais l'Electeur ne croyait pas aux prétendus complots des puissances catholiques. Ce n'étaient là.ôcrivait-il, que chimère et discours oisifs, rêves de sens turbulents, désireux d'exciter les méfiances et les malentendus entre l'Empereur, les Electeurs et les princes. La ligue qu'on lui proposait ferait beaucoup de tapage et peu de besogne, « à cause des querelles et controverses qui divisaient les membres d'Empire au sujet de la doctrine et de la foi, querelles qui n'avaient pu encore être apaisées puisque l'unité de doctrine n'était pas obtenue, ce qui, sans aucun doute, donnait plus que toute autrechose audace et espoir aux adversaires ». 11 était facile de prévoir que la ligue projetée ne pourrait rien pour la concorde et que ses délibérations ne pourraient être tenues secrètes '. Une seule fois, un même sentiment unit entr'eux tous les membres d'Empire : ce fut lorsque le duc d'Albe parut vouloir étendre à toute l'Allemagne son despotisme militaire. Le 15 novembre 1566, l'Empereur, par des lettres officielles, avait autorisé le roi d'Espagne à enrôler jusqu'à dix mille fantassins et trois mille cavaliers sur le sol allemand; un mandat secret, rendu par son conseil, avait aussi autorisé Philippe à poursuivre les rebelles dans les cercles d'Empire attenant aux Pays-Bas. En conséquence, les troupes espagnoles surprirent en avril 1568 une armée de gueux en déroute près du village de Dalhem (duché de Juliers). les taillèrent en pièces et se livrèrent à toutes sortes d'exactions etde rapines dans les environs. Le duc de Juliers-Clèves s'étant plaint de ces attentats ne reçut de Madrid que de vaines excuses. Quant à l'Empereur, il ne ht rien pour obtenir au moins une indemnité de guerre ^. Sur ces entrefaites, le duc d'Albe, s'iramisçant de plus en plus dans les affaires intérieures de l'Empire, prit parti pour le Conseil de Trêves dans une querelle survenue entre celui-ci et l'archevêque, et mit à la disposition de ce dernier quelques centaines d'arquebusiers. Ua instant, on put craindre que Trêves, « cette clef du Rliin et de la Moselle, » ne se détachât de l'Empire -K Alarmés par ces événements, tous les Electeurs et quelques princes avec eux envoyèrent une ambassade à Berlin pour supplier l'Empereur de travailler à la pacilication des l'ays-Bas et obtenir de IMidippe 11 le rappel des troupes espagnoles. La Saxe et le Brandebourg, surtout, le pressaient de prendre la défense des Flandres impériales ; tous les membres (rEuq)ire olIVaient de l'aider dans cette entreprise et d'exposer pour lui corps et biens. Ils obtinrent enliii la promesse

» Kluckiiohn, Briefe, l. II, p. 180. Voy. Kuuleu, t. II, pp. 517-520.

* Voy. Zeitscltr. des öcr//i.sc/ien Geschichtsvcrciits, l. Vil, pp. 'J7-I0.'î.

* Kluckhoiin, Briefe, t. Il, j). 23G.

l'empire et la révolution des pays-cas. 1568. 28ü

qu'une députation, envoyée au nom de l'Empereur et des princes au ducd'Albc et à Guillaume d'Orange, s'efforcerait d'amener un accommodement entre les belligérants, tandis que le frère de Maximilien, l'archiduc Charles, serait envoyé en ambassade à Madrid pour déclarer au roi que, s'il ne changeait de politique, il ne serait bientôt plus possible de résister au parti qui demandait à grands cris la guerre. Philippe serait supplié de rappeler ses troupes, de prendre l'Empereur pour arbitre de la paix,et de permettre que des délégués nommés par Maximilien négociassent un armistice entre le duc d'Albe et Guillaume d'Orange.

Mais jamais il ne fut possible d'obtenir de TEmpereur une réponse claire. Après avoir consenti à l'ambassade, il dit au représentant de Philippe II, résidant à sa cour, qu'il craignait fort que l'envoi d'un archiduc à Madrid ne fût d'aucune utilité. En 1568, Philippe étant resté veuf, Maximilien songea à se l'attacher par une alliance do famille, et chargea l'archiduc Charles d'aller lui offrir la main de sa fille aînée. Avant même que Philippe eût répondu au sujet des Pays-Bas, l'Empereur lui donna à entendre« qu'il serait satisfait de toute réponse, pourvu qu'elle fût rédigée de manière à ce qu'il pût la montrer aux Electeurs ».

La réponse qu'il reçut d'Espagne fut pour lui « une amère pilule».

Philippe repoussa toute intervention étrangère relative à la religion, déclarant qu'il était décidé à ne jamais tolérer que la moindre atteinte fût portée à l'Eglise Catholique romaine, à ses institutions ou à ses lois. Ses vassaux et sujets n'avaient aucun motif, aucun droit de se plaindre de lui, encore bien moins les princes allemands. La scission religieuse avait engendré des troubles, des calamités sans nombre dans tous les états de la Chrétienté. Il s'était cru obligé de faire un exemple dans les Flandres et de sévir avec vigueur, convaincu qu'il était indispensable de dompter la dangereuse audace des agitateurs populaires. Les rois avaient sur leurs sujets un pouvoir absolu. Il avait toujours entretenu de bons rapports de^voisinage avec les princes, mais il ne pouvait s'empêcher d'être surpris qu'ils voulussent intervenir entre lui et ses peuples. Il avait accordé à leurs sujets toutes libertés et facilités de commerce ; plusieurs fois il eût été dans son droit en envahissant leurs territoires, mais sa grande modération l'en avait toujours détourné. On n'avait pas même usé de représailles avec le comte d'Emden qui, à GrÖnimgen et Over-Yssel, avait accordé libre passage aux rebelles et facilité l'entrée de convois de vivres; il eût été alors bien facile au duc d'Albe d'occuper la Frise occidentale ; mais il s'en était abstenu, se souvenant que ce petit pays appartenait à l'Empire et

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ne voulant point s'approcher de trop pris de rEmpercur. Lorsque le prince d'Oranga avait propjsâ de se jeter sur les pays de Cambrai et de Li("'ge, il s'y était opposé. L'intérêt que les princes portaient à Guillaume était tout à fait injustifiable ; Orange avait violé tous ses serments. Vassal du roi, gouverneur de Hollande, de Zélande, d'Utreclit, de Bourgogne, membre du Conseil d'Etat, il avait trahi ses devoirs, il s'était mis à la tête des rebelles; il était cause de tous les malheurs survenus, de tous les attentats impies commis dans les églises, de toutes les révoltes criminelles contre Oieu et contre le roi. Lui faire grâce et le réintégrer dans ses biens était incompatible avec le devoir, avec la dignité royale. Piiilippe, dans une lettre particulière, lit part à l'Empereur do la surprise et du chagrin que lui avait causés sa démarche. Qu'Orange ait pu rassembler en Allemagne une si grande armée contre son souverain et son maître, qu'il ait trouvé de l'appui chez les princes, les cités et les sujets de l'Empire sans que la puissance impériale ait songé un instant à y mettre obstacle, c'étaient là des laits qu'il ne pouvait excuser. 11 déplorait aussi que l'on ait fait à un rebelle Tlionneur d'envoyer un archiduc, et le propre frère de l'Empereur, intercéder en sa faveur en Espagne. Mais ce qui lui était le plus sensible, comme il le répéta à l'archiduc, c'était l'attitude peu franche de Maximilien relativement à la religion; il le suppliait de ne pas reiuser à la foi la protection qui lui était due, de rester dans le vrai et droit chemin, en un mot de remplir son devoir de prince chrétien et de lidèle catholique.

{( La pilule était amère, » et pourtant l'Empereur l'avala.

Relativement aux Pays-Bas, il écrivit à Philippe qu'il trouvait ses déclarations fondées, en grande partie, sur la raison et la justice, mais qu'il n'osait communiquer mot à mot la réponse royale aux Electeurs. Cette réponse timide lui attira une seconde semonce de Philippe. A son sens, aucune considération humaine ne pouvait empêcher Maximilien de déclarer ouvertement aux membres d'Empire ses véritables sentiments ; il lui était impossible de comprendre comment les princes pourraient se scandaliser de le voir fermement attaché à la foi de ses pères. En môme temps, Philippe chargeait le duc d'Albe d'envoyer aux Electeurs de Trêves et de Mayence copie exacte de sa réponse, alin que ces princes fussent bien éclairés sur sa véritable pensée K

Ouant à ce qm regardait la religion, l'Empereur ne se lit pas

' Hruiit, AnijiiKl nun Sdchscii iinil Friedrich III. von der i'Jalc. \)[k 338-34&. V. Bezoi.u, t. I, pj). 37-4U. IIoi.zw.vktu, l. II, \>\k Mi-'Sii.

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scrupulo de donner au roi les plus fermes assurances * ; ce qui ne l'empêcha point, en octobre 1568, d'exprimer avec tant de chaleur à l'ambassadeur de Saxe sa sympathie pour les Protestants, sympathie qui lui avait attiré, disait-il, des contrariétés et des reproches, non seulement de la part du Pape et de Philippe II, mais de la part de son propre frère, qu'Auguste Fencouragea à donner enfin franchement son adhésion à la Confession d'Augsbourg, à braver ouvertement « le moine payen qui trônait à Rome, à se débarrasser de toutes ses attaches avec la prêtraille - ». L'Electeur palatin, lui aussi, pressait Maximilien de laisser à « la vraie religion » toute liberté de s'établir à sa cour, de ne plus se laisser égarer « par les créatures de Satan » et de résister franchement aux exigences du légat 3. Bien qu'il se dît bon catholique, l'Empereur avait eu beaucoup de peine à recevoir à sa cour le légat Commendone. « N'est-ce pas une honte, » lui écrivait Albert de Bavière, « que les ambassadeurs turcs et ceux d'autres peuples barbares soient accueillis en Allemagne avec les plus grandes marques de respect, tandis qu'on l'iiit ici mille difficultés pour recevoir l'envoyé du Saint-Siège ^ ? » Le caractère peu franc de l'Empereur éveillait les méfiances de tous les partis. Le duc d'Albe, écrivant à Philippe le 18 septembre 1568, lui exprime son mépris pour sa faiblesse et sa dissimulation, et le soupçonne de songer à conquérir les Pays-Bas en s'appuyant sur la France ^. L'ambassadeur d'Espagne à Vienne finit par déclarer à Maximilien, de la part du duc d'Albe, que, pour ôter aux piinces d'Empire toute envie de témoigner leurs sympathies aux révoltés de Flandre, l'Espagne pourrait bien un jour encourager la noblesse allemande à assaillir la Saxe, le Palatinat et autres territoires princiers (pi'ils convoitaient depuis longtemps ; que si jusqu'à ce jour on n'avait pas voulu les y encourager, ce n'avait été que par égard pour lui, mais que, bientôt peut-être, on s'y verrait forcé '"'.

» KocH, Quellen, t. II, p. 100.

- Weber, Z)es KiivfiirstenAiifjnst Verhandliinjen, p. 336.

■> Kluckhohn, Briefe, t. II, pp. 272-275.

■1 WiMMER, pp. 72 et s:iiv. v. Aueti.s, Bayeras uusivarlùje Verliâlbnisse, p. 60.

^ V. Bezold, t. I, pp. 61-62.

'• V. Bezold, t. I, pp. 33-3i. Granvelle écrivait le 3 novembre 1568 à Pliilippe II : « Si les électeurs du h hin cl d'autres j)rinces allemands, malgré le préjudice que leur a causé la première expédition du prince d'Orange,/3ers?.ç/e7i/ à le favoriser, le roi pourrait occuper leurs Étals jusqu'au Rhin, en les traitant comme rebelles à Dieu et hérétiques. » G.vchaud, Corresp. de Philippe II, t. II, p. 46.

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