‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 455 sur 572 · JÜ LES PRINCES ALLEMANDS ET LES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

JÜ LES PRINCES ALLEMANDS ET LES HUGUENOTS

princes protestants aient pu s'organiser parfaitement, une nouvelle guerre de religion éclata en France au printemps de 1567, et l'Electeur palatin, hier le plus chaud partisan de l'alliance française, s'empressa d'olfrir ses services à ses coreligionnaires contre Charles IX. Comme il se donnait pour « l'instrument choisi de Dieu pour l'extermination de l'idolâtrie papiste » et disait agir sous l'inspiration directe du Saint-Esprit, il souhaitait ardemment favoriser à l'étranger l'extension « du saint Evangile )),et, comme il le disait, « calviiiiser le monde ' ».Aussi l'esprit de guerre etde conquête régnait-il à la cour de Heidelberg, surtout depuis la Diète d'Augsbourg de 1566. Du reste, ce n'était plus lui,« le pieux Josias,» qui gouvernait, c'était le docteur Olévian et deux conseillers calvinistes, Christophe Ehem, ennemi juré de la Maison d'Autriche, et Venceslas Zuleger, célèbre pour la haine profonde qu'il portait au papisme. L'Electeur était complètement dominé par ces trois fanatiques. « Avec Olévian et Ehem, » écrivait confidentiellement le docteur Ursinus à son ami Crato, « les choses se passent tout juste comme tu le pressens. Olévian gouverne Zuleger et Ehem, et ce dernier fait marcher Josias'-. » Le second fils de Frédéric, Jean-Casimir, intimement uni aux deux conseillers, était le principal moteur de la politique belliqueuse.

Jean-Casimir n'avait reçu aucune instruction, et ne s'était jamais soucié d'acquérir que les qualités qui font le chevalier accom[)li. Tout enfant, il se faisait remarquer à la cour de Nancy par son penchant prononcé pour la boisson. « Tu bois ta raison et ton intelligence, » disait à cet adolescent de quatorze ans son prre, justement alarmé •^. Le prince disait de lui-même à la fin de sa vie : « .ïe n'ai jamais été qu'un pauvre page et, depuis ma jeunesse, j'ai été fort adonné au vin. » Il était né, disaient les astrologues, sous l'influence de Mars. Neveu d'Albert Alcibiade, il avait « du sang de margrave dans les veines», etressemblait de caractère etde visage à son oncle, le sauvage incendiaire. Le monde avait besoin, selon lui, d'un nouvel Albert et d'un autre Maïu'ice de Saxe. Grand admirateur de ces princes, ses modèles, le mobile religieux tenait fort peu de place dans sa vie. S'il semblait dévoué à la cause évangélique, c'est (ju'elle lui paraissait propre à favoriser ses desseins ambitieux et cupides''.

Lorsqu'cn 1567 la lutte s'engagea dans les Pays-Bas, et qu'en

' « ii'ay trouvé au Prince l'alaliii ([uc atVoclions clicrrcs de calvinisiT le

monde. » Lettre de Lconliard de Ebbe à Louis de Nassau, 2 mars lo73. \'oy.

GllOI.N V. PllINSTDUr.H, t. VL J). 71.

" KLUcKiton.N. Friedrich der Fromme, p. 131.

* Kluckiioiin, BrieJ'r, t. I, |). ,'il .

' Voy. rexcelleiil |iorlrail ipie v. lii-zuld a tracé de Casiiiilr, 1. I. pp. 13-17.

LES PRINCES ALLEMAMUS ET LES HUGUENOTS. loG7. 2^1

France le prince de Gondé eut levé l'étendard de la révolte, on enrôla à la fois, sur le sol allemand, pour le roi d'Espagne et pour Orange, pour Charles IX et pour les Huguenots. Jean-Guillaume de Saxe, luthérien rigide, gendre de l'Electeur palatin et pensionnaire de la France, marcha au secours du « roi papiste ». Jean-Casimir, au contraire, accompagné de son épouse, rejoignit l'armée de Condé et se prononça pour les Huguenots contre le roi de France. L'Empereur envoya un ambassadeur à la cour de Heidelberg pour interdire une expédition à l'étranger, exigeant le licenciement des troupes au nom de la paix publique et en vertu de son autorité suprême, mais cette démarche ne servit à rien, non plus que les exhortations de plusieurs princes protestants. En vain Guillaume de Hesse écrivait-il le 22 octobre 1567 à Frédéric qu'il serait criminel de secourir les Huguenots; que leur prétendue guerre de religion n'était qu'un prétexte; que Condé n'avait d'autre dessein que de dépouiller le roi auquel il avait juré fidélité, et peut-être d'usurper son trône; que ce n'était point là défendre la foi; que l'Evangile condamnait de pareils projets, et qu'il ne fallait voir dans la guerre huguenote qu'une rébellion ouverte, qu'un crime, qu'une trahison digne de châtiment. «D'ailleurs, » avait-il ajouté, « soutenir les rebelles, serait s'exposer aux justes reproches des papistes qui ne manqueraient pas de deviner le véritable but poursuivi sous prétexte de religion, et s'armeraient contre nous, comme depuis longtemps ils en ont le désir. La vraie religion serait persécutée, le pays mis à feu et à sang. >) Zuleger, au nom de l'Electeur palatin^ étant allé trouver Guillaume d'Orange et son frère pour les presser de marcher contre Charles IX, ceux-ci répondirent qu'il fallait bien se garder de provoquer en Allemagne un incendie qu'ensuiteon ne pourrait étouffer qu'au prixdes plus onéreux sacrifices; qu'on devait avoir grand soin de ne pas exciter les ressentiments des « grands potentats », car pour les combattre ce ne serait pas assez de deux ou trois, mais de tous les princes de la Confession d'Augsbourg i.

Au mois de décembre 1567, la campagne de France débuta par l'effroyable dévastation des domaines du comte palatin Wolfgang. Le pauvre peuple dut alors expier l'attitude hostile que ce prince avait prise à la Diète d'Augsbourg vis-à-vis de son cousin calviniste

' Kluckiioii.n, ß/'''e/"e, pp. H3-I42. Guillaunie écrivait au prince d'Orançe, le premier novembre 1SÜ7, que la cause de leurs coreligionnaires en France « ressemblait plus à une rébellion qu'à une juste protestation ». Groex v. Pri.nsterer, t. III, pp. 138-123. " Omnes humorcs nostrac republicaî sunt in maximo motu,deus avertat ne inde fortis et indissolubilis sequatur ypoplexia, » écrivait-il le 12 novembre 13(37 à Christophe de Wurtemberg. Kluckhoun, t. II, p. 127, note 2.

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