‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 464 sur 572 · POLITIQUE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

POLITIQUE EXTÉRIEURE

des princes qu'en ce qui concernait les puissances usurpatrices qui retenaient, contrairement à toute justice, les territoires du Saint-Empire, ils avaient réfléchi très sérieusement, et qu'après avoir pesé toutes choses ils avaient reconnu qu'étant données les circonstances présentes, les difficultés et les charges actuelles, l'Empire était hors d'état, pour le moment, de se comporter comme il l'eût fallu. Au conseil des princes on fut du même avis. « Que de fois, » s'écria le grand- maître, « les membres d'Empire ont été avertis par nous des projets ambitieux de la Russie! Que de fois nous les avons conjurés d'agir! Mais jamais on n'a pris la chose à cœur; on n'a jamais voulu croire le péril aussi réel qu'il l'était etî'ectivement; maintenant il est à notre porte! »

Pendant que les membres d'Empire délibéraient à Spire, le czar Ivan IV, ayant fait alliance avec le duc Magnus de Holstein, élu ici de Livonie sous le protectorat de la Russie en 1571, vint mettre le siige devant Revel. L'Empereur en informa la Diète : « Ce qui parait certain, » dit-il, « c'est que le czar soudoie les pirates qui, depuis quelque temps, rôdent autour des Pays-Ras; il est à craindre qu'ils n'attaquent à limproviste les membres d'Empire du littoral; aussi devons- nous réfléchir au moyen de parer l'assaut moscovite; pour(]uoi regarderions-nous la perte de la Livonie comme définitive? » Mais cette fois encore personne ne sembla disposé à « agir virilement ». Les membres d'Empire prétendirent qu'il leur était impossible de conseiller une si longue et si périlleuse entreprise dans les temps graves et difficiles quon traversait. « Pour défendre quelques princes isolés, » ils trouvaient imprudent de s'en prendre à un aussi puissant personnage qu'Ivan; à leur avis, il fallait au contraire éviter tout ce qui pourrait lui fournir un prétexte de guerre, de peur d'engager l'Empire dans une campagne périlleuse, d'autant qu'on ne savait pas au juste la part que le czar avait prise au siège de Revel; il serait sage d'avoir l'œil ouvert, et l'Empereur ferait bien de prendre de bonnes informations. S'il était avéré que le Moscovite et Magnus avaient le dessein bien arrêté d'insulter l'Empire, il faudrait faire comprendre au duc, par l'entremise d'un ambassadeur, qu'en sa qualité de prince allemand et de chrétien il avait le devoir de se séparer d'Yvan; s'il ne voulait pas entendre raison, il serait temps alors de faire appel aux armées de la Basse et Haute Saxe. On pourrait aussi faire enlendre à Ivan de la même façon que, comme chrétien, il était tenu d'entretenir avec l'Empire des rapports de bon voisinage et de restituer le bien d'autrui; il était à croire qu'il se laisserait convaincre et adoucir par ces considérations. Dans

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le cas contraire, l'Empereur convoquerait une nouvelle Diète et l'on réllécliissait au parti à prendre. Les villes niarilinies seraient invitées à bien surveiller leurs jiorls; on déi'endait aux souverains voisins de l'ortilier rennenii par l'envoi de trou|)es auxiliaires, et à Lübeck de permettre le transport de vivres; mais il fallait se garder de prendre toutes ces mesures avant de s'être convaincu des intentions réelles d'Ivan, de peur (jue le Moscovite n'en prit ombraj^'e et n'y cherchât un prétexte de guerre. « Le Danemarck avait des droits sur la Livonie ; la Suède en avait sur Revel : on prierait ces puissances d'intervenir auprès du czar el de négocier un arrangement à l'amiable *.

Seuls, le Mecklembourg et la Poméranie furent d'avis de s'opposer aux empiétements moscovites. Quand ils virent (juils ne pouvaient rien obtenir, ils déposèrent une protestation par laquelle ils se déclaraient déga;;:és de toute responsabilité dans le cas d'un grand revers, ayant fait tout ce qui était en leur pouvoir pour conjurer à temps le péril de la patrie -.

L'Empereur avait proposé d'élire un amiral chargé de surveiller les passages de la mer, d'exercer la justice maritime et d'assurer au littoral de la Baltique la protection de la marine allemande ; il espérait ainsi opposer une digue puissante aux envahissements de l'étranger. Ce projet fut mal accueilli. Le conseil des princes eût été disposé à l'adopter, mais les Electeurs déclarèrent, le 8 décembre, que cette question était de la plus haute gravité et qu'il était impossible de la résoudre pour le moment '-\

Il fut ensuite question du « péril turc;). Pour l'entretien des garnisons des villes frontières et pour la construction de nouvelles forteresses, l'Empereur avait réclamé des subsides ; toutes les voix se réunirent d'abord pour les refuser; puis on délibéra pour savoir s'il ne serait pas possible de les fournir au moyen d'un nouvel impôt.

« L'impôt sur le sel, » dit l'ambassadeur d'Autriche, « a été rejeté

« • Ucichsta(jshandlun(jen de anno iSjo, I. I, fol. 4(3 "2 4(54, t. H, fol. ;]91-544 Reichsfaf/mcten, t. LXXIV, fol. ;i4-3ö. Le diicd'Albc avait vu juste le jour où il conseillait aux ineiiiljres d'Empire d'interdire à l'avenir l'exjjürtalion des canons, lances, fusils et autres armes en ilussic, prévoyant bien ijuedès ([ue la Russie se serait approprié l'cducalioii militaire et les ressources militaires de l'Europe, elle deviendrait un ennemi terrible, non seulement pour l'Empire mais pour tout l'Occident. Alt.muykk, Histoire des relulinns coinmerciales et dipluiii. des J'aijs-Bas avec le Nord de l'Europe peudunl /e XV/' siècle {IJru.\-elles, 1840), p. 373.

* '/{eirhstiu/sliandhmffen, t. 11. fol. 391.

'■' * /{i'iclis/ut/sh(indluu;/i-ii, I. 11, p. CUl . On disait au conseil des princes qu'il était dii^Mie d'uit roi d'instruire rliissem, et que c'était un dictum, <juod unicu iiavis nuiif/uuin sdtis /xissil uistrui, imilto minus inlet/ru classis. Voy. dans la jjroposiliun impériale le parai^^raplie relatif à l'cleclion d'un amiral, Kocii, t. 11, p. 30.

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