REVOLUTION DES PAYS-BAS
par an. « En Espagne, » écrivait Granvelle, « on s'entretient beaucoup du gouvernement du duc d'Albe. On assure qu'il n'aura jamais le courage d'y revenir, car il y est tellement exécré qu'on mettrait ciel et terre en mouvement pour exterminer la maison de Tolède *.»
Tout commerce fut arrêté dans 'es Pays-Bas. En vain, le duc d'Albe fit abandon du dixième pfennig pour le blé, la viande, le vin, la bière et les matières brutes servant à la fabrication, personne ne voulait plus travailler ; les denrées les plus nécessaires à la vie faisaient défaut. Comme la reine Elisabeth tardait à payer les sommes considérables qu'elle devait à la couronne d'Espagne, Albe interdit tout échange commercial avec l'Angleterre, et fit mettre l'embargo sur les navires et marchandises anglaises : c était tarir dans sa source la fortune publique.
A dater de ce jour, l'Angleterre ne fit presque plus d'affaires qu'avec Hambourg, et les Flamands eurent en perspective la ruine totale de leur industrie.
« Le mécontentement, on pourrait dire le désespoir pubhc, » écrivait Granvelle, « sert admirablement les projets du prince d'Orange, des Gueux de mer, et de tous les rebelles et ennemis du roi. ))
Le 1" avril 1372 les Gueux réussirent à s'emparer de la ville fortifiée de ßrielle, dont ils firent un point important d'opération. Les églises, les couvents furent pillés et détruits, les crucifix et les images saintes foulés aux pieds et livrés aux flammes. Cent quatre-vingt-quatre prêtres furent ou décapités ou brûlés vifs; dixneuf moururent pendant la torture. Les Calvinistes flamands voulaient faire de ßrielle une autre La Rochelle.
Au mois de mai, sans attendre l'arrivée des 1200 reîtres enrôlés en Allemagne, Louis de Nassau, d'intelligence avec Charles IX, envahit tout à coup les Pays-Bas. Le roi de France pressa alors Guillaume d'Orange de prendre les armes et de s'unir au comte palatin Jean-Casimir. Les troupes de volontaires français commandées par Louis de Nassau et d'autres chefs huguenots s'emparèrent, vers la fin de mai, de Valenciennes et de Mons. 8.000 Français devaient se joindre aux Anglais pour opérer une descente sur les côtes flamandes. La révolution éclata simultanément dans les provinces de Hollande, de Zélande, de Gueldre et de Frise. On contraignit quelques villes à se soumettre à Guillaume dOrange. Les Calvinistes firent subir d'atroces supplices aux prêtres, moines et religieuses. Le jour de la prise de Gorcum (27 juin 1572), les Gueux
' Kervyn de Lettenhove, t. II, p. 407.
340 I.A F II AN CK KT LES PaVS 15 A S.
sV'taient engag(''S par sfinienl à ne faire aucun mal aux prêtres; cependant dix-iieur dVnlro eux furent exécutés après avoir subi d'horribles tortures. Tous avaient refusé d'apustasier. Leurs cadavres furent mis en pièces par les soldats. « Ces idolâtres et ces fabricants de dieu, » comme les appelaient les Calvinistes, moururent en héros, avec une constance (|ui fait songer aux martyrs des premiers si«>cles chrétiens K
Tandis que le duc d'AIbe pressait le siège de Mons. Guillaume d'Orange, à la tétede 7.000 retires et de 17.000 lans(juenets. arrivait sur le Rhin. Bien qu'il eût promis à tous la liberté de conscience, ses soldats massacrèrent prêtres et moines de la manière la plus barbare -. Mille gentilshommes huguenots et un corps franc composé de 6.000 soldats, sous la conduite de Genlis, accoururent au secours de la ville assiégée; Charles IX en avait été informé. Deux mille soldats anglais débarquèrent à Flessingue dans le même dessein, et cependant ni l'Angleterre ni la France n'avaient encore fait aucune dt'claraliou de guerre au légitime souverain des Pays- Ikis.Le 17 juin KJ7i, larniée de Genlis fut battue j»ar l'armée du duc d'Alhe, et Genlis fait [»risonnier.On trouva dans ses papiers une lettre de Charles IX adressée à Louis de Nassau dans la(]uelle \v roi promettait d'employer toutes ses ressources pour délivrer les Pays-Bas du joug espagnol-^. A la même date, Philippe II avait reçu de lui les plus chaudesproteslations d'amitié et l'expression de tous ses regrets « de ce que quehjues-uns de ses vassaux se fussent joints aux rebelles ». « Je lui ai répondu comme si j'ajoutais foi à ses assurances,» écrivait Philippe II au duc d'Albc le 2 août '». A Paris, Coligny menaça l'ambassadeur d'Espagne, et lui déclara que s'il n'obtenait la mise en liberté des prisonniers français, il lui eu coûterait la vie, et qu'aucun Espagnol ne serait en sécurité en France •".
Mons se rendit. Le duc d'AIbe attendait encore d'Allemagne des renforts considérables. La reine Elisabeth, hésitant à rompre ouvertement avec l'Espagne, raj)pela ses troupes et ses vaisseaux.
Le moment de se prononcer était venu pour Charles IX. Coligny et les autres chefs huguenots ne cessaient de le pousser à déclarer la guerre à l'Espagne. L'occasion, disaient-ils, était on ne peut plus favorable. Les Turcs tenaient rEm{)ereur en échec , le
« Voy. IIoizwAiiTii, 1. m, pp. 23-:;i.
' Kkhvy.n I)K Lktti.mi()\ r, i III, p. G.">. « Mrs ujfiis, » «Trivail (Vangc, « se sont j)Ius allaclics aux pr<Hres cl moines. » Voy. (îiuiun van Piiinstkiikix, I. III. p. 4Si.
• Lcllrp du 27 avril 1572, voy. GAniAun, Corre/tpnndanre de l'hUippc II, I. Il, p. Ï6y.
• GACHAito, Corrrxp., t. II. p. :i7I, n" 1151.
'■• \^\^:u^i\lK^iL>, 20i, 2llü. KkiivY;< m: Li.rri..Miu\ j , I. Il, p. 407.