‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 484 sur 572 · SITUATION RELIGIRUSE EN SAXE · texte numérisé non relu

SITUATION RELIGIRUSE EN SAXE

excommunie toutes les autres, mais chaque jour les théologiens renient leur propre doctrine et repoussent aujourd'hui ce qu'ils enseignaient hier, de sorte qu'il est facile desavoir l'opinion quidomine aujourd'hui, mais qu'il est impossible de prévoir le cas qu'on en fera demain. » « Autrefois les Conciles ou les décrets des Papes mettaient un frein aux disputes des hommes; mais quel Concile, quel gouvernement, quelles lois pourraient nous mettre d'accord ? car il n'y a plus de justice, l'impunité est assurée, la licence domine. » « Oserions-nous soutenir, -» ajoutait Dudith parlant des persécutions dont les dissidents (''talent l'objet,« que les armes dont nous nous servons sont toutes spirituelles, que nous ne voulons rien entreprendre contre les consciences, et qu'il faut laisser toute liberté aux âmes *? »

La haine d'Auguste de Saxe pour les Flaciniens s'était encore accrue pendant le colloque d'Altenbourg; aussi fit-il paraître un édit plaçant tous les ministres de son Electoral dans l'alternative ou de condamner nettement la doctrine de Flacius ou de s'expatrier. En 1567, il crut utile de faire un exemple en la personne d'un de ses vassaux, le comte Wolf de Schoiiburg, qui protégeait les Flaciniens et avait (lualifié d'anticlirétien un édit du prince. 11 ne se contenta pas de confisquer ses propriétés, de la proscrire; il le fit enfermer dans un cachot de Dresde surnommé « lEmpereur », lequel, au rapport du geôlier, était depuis si longtemps dans un tel état d'infection qu'il n'étaitplus possible de le nettoyer. L'infortuné, condamné à périr asphyxié par l'odeur fétide qu'on y respirait, l'ut, au bout de quelques jours, « réduit à un état si lamentable que sa mort semblait imminente; il supplia le chancelier et les conseillers de l'Electeur d'intercéder en sa faveur auprès d'Auguste, promettant de payer une forte amende, de vendre tous ses biens pour s'acquitter, et demandant pour toute grâce qu'on le laissât libre dans sa conscience. Mais Auguste voulait une rétractation positive. « Quand bien même, » écrivait-il;, « le comte languirait jusqu'à la mort dans son cachot, nous en serions aussi peu touchés que si nous avions attaché un chien à la potence ; dès qu'il aura rendu l'âme, nous voulons et ordonnons que son cadavre demeure en sa prison, et qu'une voûte soit construite au-dessus. » Pour échapper à son horrible sort, le comte finit par déclarer, avec force démonstrations de repentir, « qu'il avait agi par esprit d'ob.stination, et demandait grâce et pardon pour le crime dont il s'était rendu coupable ^ ».

« GiLLET, Crato, t. II, pp. 271-272.

^ Pour plus de détails sur les indignes traitements infligés au comte, voy. Distel, Flacianismus, pp. 27 et suiv. La prière que Jérôme Haubold, recteur de l'Ecole

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