SITUATION RELIGIEUSE EN SAXE
En 1570, Auguste lit fondre un canon sur lequel il fit graver cette K'gende : a Les Flaciniens sont les émissaires de Satan *. »
« Les disciples de Flacius, » écrivait Nicolas Selnckker en 1570, « recherchent la faveur et l'applaudissement des gens de bas étage; dans les cabarets, les tavernes, les hôtelleries, ils tiennent les propos les plus inconvenants. Là on dispute ou tempête, et trop souvent les coups suivent les querelles. Aussi, le désordre, les émeutes, le mépris du saint ministère et de l'autorité légitime sont-ils les fruits ordinaires do cette doctrine exécrable. » « Les églises retentissent de cris sauvages, le tapage dégénère en une perpétuelle émeute qu'il n'est pres(|ue plus possible de réprimer. » « Les auditeurs trouvent du plaisir à cet état de choses, et attisent continuellement le feu. De jour eu jour le peuple devient plus impie. 11 semble que d'ici à peu de temps le monde doive s'écrouler 2. »
Comme les Flaciniens ne cessaient de répéter qu'Auguste était (( un ln'réticjue, un apostat, un tyran, et le plus odieux des mame- Incks, » le duc J(an-(iuillaume craignit (|ue l'EIcclcur, exaspéré, ne finît par vouloir se venger. Il demanda au Langrave Guillaume de l'assister de ses conseils dans la situation difficile où il se trouvait. Déjà les théologiens de \N'illeml)erg et ceux de Leipsick avaient, dans un libelle, réclamé l'appui du bras séculier contre les docteurs de léna, et les habitants de celle ville disaient tout haut que si l'Electeur paraissait avec ses comjnignies à leurs portes ils s'empresseraient de lui livrer tous les ihéulogiens llaciniens; les étudiants prenaient une altitude menaçante et annonçaient l'intention de proléger les docteurs. Un jour on put lire ces paroles placardées à tous les carrefours de la ville : « Les étudiants, qui, ce soir, ne se trouveront pas en armes sur la place du marché, sont des lâches. » Plusieurs conseillers rapportèrent à Auguste, prétendant avoir été témoins du fait, qu'à Weimar, en présence du duc,
régionale de Schonburp, faisait réciter àses élèves pendant la captivité du comte, est interessante au point de vue de l'histoire relif^ieuse de ce tenn[»s : a Seigneur, ne veux-tu plus nous regarder, oc nous exauceras-tu jjlus, nous as- tu donc rcjctés pour jamais? Qui te louera dans la mort, qui te remerciera dans l'enfer ?.. Eh bien, si tu nous humilies, tu seras humilié avec nous ; si tu nous laisses opprimer, tu seras opprimé avec nous. Comment pourrais-tu le vouloir? •> I'. 37, note!.
' Voy. l'article de Scii.midt, dans Ztilsc/trift fur die historiche Tlieoloijie de NiEDNER, 1849. pp. 73 et suiv. Voy. Distel, Archiv fur die sdc/isiscfie Gesch. Nouvelle suite, t. IV, pp. 367 et suiv. Au sujet des balles et boulets des Flaciniens sur lesquels étaient aussi gravés des sentences rimées, Toy. DisiEh, Flacianismus . p. 15.
* Christliche Verantwortunj, A-C-D'. « Les théologiens de léna, » écrit-il, a débitent du haut de la chaire, au château et ailleurs, toutes sortes d'insolences, * Le professeur Jean-PVédéric Célestinus, surtout, l'avait attaqué de la manière la plus violente; aussi Selnekker l'appelait-il « serpent venimeux, démon fanatique, homme en délire, être sans pudeur et menteur ignoble, etc. ». L'. N.