‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 492 sur 572 · LES THÉOLOGIENS DE WITTEMBERG SUR LUTHER · texte numérisé non relu

LES THÉOLOGIENS DE WITTEMBERG SUR LUTHER

étoile avec ses enfants. Des châtiments corporels furent infligés aux plus récalcitrants. L'un des comtes de Mansfeld donna un jour un si violent coup de poing à un bourgeois qui avait exprimé son attachement pour l'ancienne doctrine, (jue le sang jaillit. Les habitants furent menacés, s'ils ne se soumettaient, do perdre leur droit de pâture dans les biens communaux, et même de voir l'incendie consumer les bourgs et les villages de la vallée, un exhuma les cadavres des parents défunts des comtes de Mansfeld, pour les enterrer dans des lieux où le sul slantialisme n'eût jamais pénétré. Les discordes intérieures de la famille de Mansfeld ajoutaient encore à la détresse de leurs sujets K

Pendant que ses disciples sui)issaient une persécution si rruellp, Flacius, enproie à la misère, désespéré, « pauvre cerf aux abois, » comme il s'appelait lui-même, expirait à Francfort victime de l'implacable haine d'Auguste, « cet adiaphoriste féroce, ce satrape sacramentaire ^ », Ce (jui lui avait été le plus sensible, à lui ainsi qu'à son ami Spangenberg, c'était la haine profonde des théologiens de Wittemberg pour la doctrine et pour la personne de Luther. « Non seulement ils se sont écartés de son enseignement en plus de dix articles, « écrivait Spangenberg, « mais ils parlent de lui d'une manière insultante. Ils l'appellent philautïcum, ce qui veut dire : homme (jui n'estime (juc lui-même, auquel rien ne plait que ce qu'il a dit ou fait; philonicum et eristicum, ce qui veut dire : tison de discorde, homme coiffé desa propre opinion, qui jamais n'a trouvé rien à louer dans les autres et n'a voulu céder sur aucun point, ne cherchant que sa propre gloire et ne pouvant vivre en paix avec personne; /i///;er6o/ict<m, c'est- à-dire homme aux préjugés étroits, qui appelle une puce un chameau, parle de mille choses, en pense à peine cinq, et bavarde au hasard sans se soucier de la vérité ; polypragmonicum, ce qui signifie homme qui se mêle témérairement de toutes sortes d'affaires, qui en fait plus qu'on ne lui en demande et s'occupe de mille choses qui ne le regardent pas ; oslenlatorem

• Gewisse news Zeitiinj von der newen vorhin anerhürten Hallischen Inquisition und trübsäl igen Zustand der Kirchen zu Manssfeld ; imprimé par G. Sherer, Triumph der Wahrheit wider Lucain Osiander (Ingolstadt, 13^7), pp. 110-133. Voy. Planck, 5" pp. 40i-436. Richard, Licht und Schatten, pp. 128-129. Bien qu'en dise Richard, « l'atroce procédure » ne doit pas être attribuée « aux rancunes du parti papiste. »

^ Le « préJicant de la Concorde », Jacques Andrea, écrivait après la mort de Peucer qu'il ne doutait pas quod nunc cum omnibus diabolis cœnaturus sit Illyricus, si modo domi sunt, et nou asseclas ejus, Spangenbergium et reliquos, passim comitantur ». Pla.vck, 5', p. 3ij, note li8. Hessus dépeii^nait Flacius comme un homme a qui triste et horrendum exemplum profliçalissimre petulantiaî, projectisma; impudentiae et inauditae pertinaciae ediderit », pp. 404-403.

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ingemi, c'est-à-dire homme infatué de ses idées et pressé de se faire voir et admirer, esprit brouillon, qui passe sa vie à soutenir ses sentiments et tient tout le monde dans une servitude tyrannique *. »

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U conseiller intime de l'Electeur. Georges Craco, parlait d'un ton (le tranquille triomphe Me la persécution des Flaciniens.il était sûr do la Tiveur de S(m maître, ne se doutant guère que la victoire des cryptocalvinistcs serait do courte durée, f.e parti de ses adversaires s'était beaucoup fortilîé à la cour de Dresde depuis la publication du ratrchismede Wilteniherg et du Donjon. Le surintendant r.reser mandait à son gendre Selnekker que Wagner, prédicant de la cour, avait entendu dire à TEIecteur : « Je donnerais deux mille florins pour (jue ccslivres n'eussent pas été imprimés! Il ne faudrait pas me presser beaucoup pour <pie j'envoie au diable tous ces misérables •'': » Wagner étant mort, les efforts des théologiens de Wiltemberg pour faire nommer à sa place un prédicant do leur opinion, échourrent. Schütz, luthérien rigide, zélé pour rubi(|uité, et Georges Listenius, furent élus à sa place ; l'Electeur confia à ce dernier l'instruction religieuse du jeune prince Christian. A peine eu faveur, Lislenius, en chaire, tonna contre les docteurs de Wdtemberget contre son collègue Schütz. Son langage courageux, écrivait-il plus tard, avait mis ses jours en danger, mais il avait eu la satisfaction d'humilier ses adversaires, ce qui était un si éclatant, un si divin miracle qu'on n'en pourrait trouver un semblable dans l'histoire, et que la mémoire en serait éternelle *.

Le jour de Noël, il devint évident pour tout le monde que l'Electeur «ne portait plus dans son cœur »les théologiens deWittemberg. Il dit à Schütz: « .lo crois qu'on trouverait tout autant de scélérats à W.ttemberg quedans tout autre pays ! Apropos duCatéchisme, j'ai dû en entendre de belles de la part de mes meilleurs amis! Je ne veux pas, à cause de trois personnes, exposer mes terres et mes gens. Je ne puis souffrir qu'on abuse de ma faveur et qu'on soit Electeur a ma place; j'entends régner seul. Je puis dire en toute vérité qu'd

1 Wahrhafftiqer Bericht von den Wohlthalcn die Gott durch Martinum Liiiherumseli'ierjürnümlich Deutschland erzeyjt und von der schändlichen Undankbarkeit fiir solche grosse C«6en. Voy. Lengk>brü>>er, Erinnerung ,1'^-^

« Menzel, t. II, p. 471. note.

î Löscher, t. 111. p. 138.

Kll-ckiioh.n. Sturz der h'rijplncalvimsten, pp.^t)o-9b.

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