‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 493 sur 572 · DEFAITE DES CR YPTO CALVINISTES EN SAXE · texte numérisé non relu

DEFAITE DES CR YPTO CALVINISTES EN SAXE

n'y a point au monde de race plus mobile et moins sûre que celle des prêtres ^ I »

Auguste avait une très haute idée de ses fonctions de pontife suprême. En plusieurs circonstances il en donna la preuve. En 1566, il fit orner de peintures les panneaux d'un vieil autel dans l'église paroissiale de Wittemberg; ces panneaux existent encore. On y voit d'abord la descente du Saint-Esprit, où Luther figure sous les traits de saint Pierre. Dans le panneau représentant la Cène, les courtisans d'Auguste figurent les Apôtres, et l'Electeur le Sauveur au moment de l'institution de l'Eucharistie -. Le chapelain de la cour, Christian Schütz, écrivait un jour à Auguste (jue, lors de son entrée solennelle à Weimar, il avait été si frappé de son air de majesté « qu'il lui avait semblé se trouver en la présence de Dieu même ^ ;> .

La catastrophe approchait. En janvier 1574 parut un traité sur l'Eucharistie intitulé Exégèse '*■. Ldi doctrine calviniste y était présentée comme étant la seule véritable, la seule (jui dût rallier tous les chrétiens ; sa contradiction avec la doctrine luthérienne éclatait aux yeux les moins clairvoyants^. Le livre n'était pas l'œuvre d'un théologien de Wittemberg; il avait été composé par un médecin du Schleswig, ancien disciple de Mélanchlhon '^, Joachim

' Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. II, pp. 419-120.

* Beschreibende DarstelliuKj der alten Baa-und Kunsldenkmäler der Könicjsreichs Sachsen (Dresde 18iS:Ji, cahier I, pp. 88-8V>. Dans les fresques de l'éyiise de Sainte Marie, à Pirna, Luther est représenté sous les traits de saint Luc et Alclanchtlion sous ceux de saint Marc, cahier I, p. 63.

ä Calinich, Kampf, p. 177.

■• Ejcegesis perspiciia controversiae de cœna Domini. ^

' Planck, ai» , p. tiOü.

'■ Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. II, pp. 423-421, et 467 et suiv. Même à cette date, comme Curäus s'en j)iaignait, le dogme catholique de la transsubstantiation était encore accepté dans toute la Saxe. « Etiam ad doctis, » écrivait il en 1574, « non facile exuitur. Po[)ulus vero... auribus et oculis haerel in panis mtuitu; illum veneratur animo, gestu et adorulione ». Heppe, t. II, p. 3<S6, note. Les ministres de Rostock écrivaient en janvier lf)69 au duc de Mecklenibourtç, que leurs auditeurs prenaient ouvertement la défense de la transsubstantiation papiste que le docteur Luther avait eu tant de peine à détruire, et qu'ils remettaient en question les prétendus miracles de Slcrnberg. Wiggers, Der Saliger sehe Abendniahlsstreit, Niedner, Zeitschrift, ISiS, p. 620. L'argument principal des Calvinistes était, comme le constatent les théologiens luthériens, que si l'on maintenait le dogme luthérien de l'Eucliaristie, il serait difficile de se débarrasser des exécrables doctrines papistes sur le sacriticc, les processions, l'adoration du sacrement, etc. Karc Bekenntnis, übergeben za Torjau (1574), H', etc. «Les Calvinistes, u écrivait Back:i!oisler,« apjicUcntla Cène luthérienne diabuiica mandueatio, ils nous

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Curäus. Les docteurs de Wittemberg en firent l'éloge, le recommandèrent en chaire, le propagèrent parmi la jeunesse des écoles et jusque dans des contrées éloignées. L'écrit ne portait ni nom d'auteur ni nom d'imprimeur ; les caractères étaient français ou genevois. On avait eu soin de répandre le bruit qu'il sortait des presses de l'étranger. Malgré toutes ces précautions, on apprit bientôt que les libraires Vögelin de Leipsik, grands amis des docteurs compromis, l'avait imprime et publié. L'Electeur, auquel le vieux comte de Hennebcrg avait démontré, dans une visite qu'il lui lit un jour, que ses théologiens le trompaient indignement, (pic tous étaienten secret calvinistes et que leurnouveau livre trahissait leur vraie manière de voir, entra dans une violente colère. « Si je me savais dans le corps une seule veine calviniste, » s'écria t-il, « je demanderais au diable de me l'arracher M »

Après en avoir délibéré en secret avec les États, l'Electeur ordonna une enquête (janvier 1374). Vögelin avoua qu'il avait imprimé V Exégèse, et iut condamné à mille llorins d'amende. Il dut s'estimer bien heureux, d'en être quitte à si bon compte et quitta la Saxe, presque réduit à la mendicité "-.

On usa d'une rigueur plus grande envers Peucer, Schütz, Graco et Stössel, dont on avait saisi plusieurs lettres conlidentielles établissant leurs relations avec les calvinistes de Heidelberg et de Suisse et s'exprimant sur le compte de l'Electeur d'une façon très irrespectueuse, Schütz et Stössel avaient révélé ce ijuc lEIccleur leur avait dit en confession; ils s'étaient plaints de l'inlluence exercée par l'Electrice Anne ; ils avaient fait l'éloge de VExcgè.seel blâmé les mesures de rigueur dont Hermann, gendre de Peucer, avait été l'ubjel. Graco, lui aussi, avait trahi les secrets d'Auguste, et s'était exprimé en termes inconvenants sur le compte de l'Electrice. Le prince fut surtout blessé d'une lettre adressée par Stössel à Schütz ; celte lettre était tombée par hasard entre les mains de Listenius,qui s'était empressé de la lui remettre. Schütz était invité à se mettre

appellent cannibales et vampires. » Christliche Anleitung, p. 89. 11 est aussi question, dans les Articles de Torgaii. (v. p. 378], des blasphèmes, des scribes sacramentâires qui appelaient la manducalion par la bouche un cannibalisme capharnaïte et barbare, f.H., f. H, 2b. et se demandaient comment les Luthériens pouvaient s'appeler autrement que mangeurs de chair humaine, capharnaïles, vampires, mangeurs de Dieu, Thyeste, puisque, dans la sainte Cène, ils voyaient une nourriture corporelle et physique pour l'estomac, le gosier et le ventre. - Ils ont, » disaient-ils,« un Dieu pétri, un Dieu cuit, rôti, fabrique dans le four, devenu pain; un Dieu de sept pouces, qu'ils mangent, qu'ils mâchent, dont les débris restent dans leurs dents, qu'ils portent partout avec eux jusqu'à ce qu'ils le rejettent. » Wilke.ns pp. f)3-64.

» Planck, 56, p. 617.

s Hosi'i.MAN, fol. 236. Calinich, Kampf, pp. 112-113.

378 PERSÉCUTION DES CRYPTOCAr.VIMSTES EN SAXE. 1574.

dans les bonnes grâces de l'EIectrice Anne. « Si nous pouvions obtenir la faveur de la mère Anne, nous aurions bientôt son seigneur. » Peucer, consolant Schütz des épreuves du présent, avait écrit : « La vérité, qu'on n'a pu étouffer ni en France ni en Belgique malgré tant de sang versé, triomphera un jour ou l'autre dans ce pays *. »

En avril 1574, l'Electeur fît jeter en prison Craco, Peucer, Stössel et Schulz. Puis il convoqua à Torgau les membres les plus influents de la noblesse et leur révéla les crimes, les intrigues, les ruses dont il avait été la dupe. 11 leur dit avec quelle hypocrisie ceux qu'il avait crus si fidèles avaient tenté d'introduire en Saxe la doctrine sacramen taire ; comment il avait été honteusement et perfidement joué par les quatre prisonniers, qu'il avait crus si pieux, si fidèles, et dont il connaissait à présent les vrais sentiments. Par la faute de ces misérables, de ces fourbes et de ces menteurs, lui et les seigneurs les plus pieux de Saxe avaient été soupçonnés d'hérésie; on les accusait d'avoir renié la pure doctrine de Luther pour embrasser le Calvinisme. Les dissensions qui désolaient le pays ne venaient que de ces hypocrites, qui n'avaient pas voulu avouer franchement leurs erreurs et qui seuls avaient empêché l'union de se faire ; sans eux la secte pernicieuse n'eût jamais eu l'audace de construire son nid en Saxe. Il s'agissait maintenant d'arracher la plante vénéneuse jusqu'en ses dernières racines. La doctrine calviniste avait fait couler des fiots de sang en France et dans les Pays- Bas, et l'Electeur était fermement convaincu (jue les prisonniers voulaient renouveler les mêmes horreurs en Saxe ; aussi leur prétendue sainteté le touchait-elle fort peu 2.

Une confession de foi dressée par son ordre et connue plus tard sous le nom d\iriic/es de Torgau fut présentée aux théologiens. On menaça de la potence les entêtés qui refuseraient de la signer et de se laisser instruire. Les docteurs de Leipsick et de Wiltemberg, mandés à Torgau, reçurent ordre de répondre par un oui ou non catégorique aux questions suivantes : Adhérez-vous de cœur à la doctrine de la Cène telle qu'elle est exposée dans les articles cidessus? Détestez- vous du fond de l'àme toutes les erreurs des anciens et nouveaux sacramentaires?Les tenez-vous pour exécrables

• Voir des extraits de ces lettres dans Löscher, t. III, pp. 167-171. Peucer i Historia Carcerum, pp. 103 et suiv. Voy. Gillet, t. I, pp. 44i)-io2. Kluckhohn, Stur^ der Cryptocalvinisten, pp. 104-107. Dans une lettre adressée à la duchesse de Mecklembourg, datée du 3 juin 1574, l'EIectrice Anne, parlant de la mort prématurée de son fils Adolphe, croit y voir un châtiment du ciel, l'Electeur ayant choisi pour tenir cet enfant sur les fonts l'archicalviniste Peucer. v. Weber, ^nnn, p. o78.

ä Voy. HuT-TER, cap. VIII, fol. 68 et suiv. Calinich, Kampf, pp. 12S-131.

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