PERSÉCUTION DES CRYPTOCALVIMSTES EN SAXE. 157Ö
d'aucune cabale, de s'abstenir du pivche. de renoncer à tout ministère enseignant, et de garder dans sa maison une réclusion perpc'-tuelle. Mais l'Électeur fut inflexible. « Scbiitz, » dit-il, « est un prêtre rusé et vaniteux, indécis, venimeux, fripon, qui mérite d'être rudement châtié. »Illelaissa languiren prison pendant douze ans '. Peucer fut traité avec une rigueur atroce et exceptionnelle « pour n'avoir pas voulu abjurer la doctrine calviniste, qu'il avait depuis trente-trois ans dans le cœur » et pour avoir drclaré qu'il ne pouvait admettre le sentiment de Luther sur l'iiucharistie. Pendant de longues années, il r^sta dans son cachot. Le bourgmestre de Leipsick, Rauscher, venait continuellement, par ordre de l'Electeur, l'exhorter à renoncer à son « hérésie sntanique ». Un jour, il vint lui lire son arrêt, qui était ainsi conçu : « Peucer s'est rendu coupable de certains actes que le prince ne peut ni ne veut laisser impunis ; il est autorisé à désigner lui-même le genre de mort qu'il pense avoir mérité; sa mort est résolue. » « En entendant ces paroles, » écrivait Rauscher à l'Electeur, « Peucer se récria vivement et se (lél)attit tant qu'il put. répétant qu'il n'avait pas mérité d'être traité de la sorte par Votre Grâce. Il pleurait, il semblait en proie à une violente lutte intérieure ; son âme était dans une amère angoisse, car il avait devant les yeux le supplice qu'il allait sul)ir; cependant il répéta qu'il lui était impossible d'agir contre sa conscience. Je lui dis que même si Votre Grâce lui laissait la vie. Il devait s'attendre à être gardé dans la plus étroite captivité, parce ([uo Votre Grâce ne consentirait jamais à passer dans son esprit pour moins instruit et moins habile que lui dans l'interprétation de la Sainte-Ecriture, et qu'il ne devait pas s'imaginer que Notre Seigneur Dieu bâtirait tout exprès pour lui un paradis particulier. » Un autre jour, Rauscher avertit le prisonnier qu'il devait s'attendre à de terribles supplices, qu'on lui apprendrait son devoir avec des pinces rougies, qu'on l'enfermerait dans un cachot souterrain, qu'il y serait rongé par les vers, asphyxié par une odeur fétide, qu'on jetterait son cadavre à la voirie, et que ses enfants seraient chassés comme des mendiants. Enfin, au nom de son maître, et d'une voix solennelle, il attira sur lui la malédiction de mille démons s'il ne changeait d'opinion, et ne se convertissait à ce que l'Electeur et ses théologiens tenaient pour vérité infaillible. Peucer ne céda point; il continuait à répéter en pleurant qu'il ne pouvait agir contre sa conscience, mais qu'il s'engageait à ne jamais dire un mot à personne de ses opinions religieuses,
» Caumch, pp. 137, 173-177.