LES PREMIERS JESUITES EN ALLEMAGNE
engagés dans des liens illégitimes ou adonnés à d'autres vices, au vu et su de tout le monde. Quelque chose me dit au fond de l'àme : Oli! s'il y avait seuleraeni ici deux ou trois ouvriers vraiment zélés, ils feraient tout ce qu'ils voudraient de ce bon peuple M »
Faber, par cela même qu'il apercevait avec tant de justesse la principale cause du mal, était animé de dispositions affectueuses et paternelles pour les nouveaux croyants. Tout en lui respirait la douceur et la charité. « Je porte toujours au cœur une Ijlessure profonde,» écrivait-il à son supérieur général ; « l'apostasie de l'Allemagne, cette perle précieuse de l'Eglise, cette gloire de la Chrétienté, est un malheur dont rien ne me console ^. » « Ceux qui désirent être utiles aux hérétiques de notre temps, » écrivait-il au Père Lainez, plus tard Général de son ordre, « doivent avant tout se distinguer par une grande charité, et concevoir pour eux une véritable estime, chassant de leur cœur toute pensée qui pourrait le moins du monde diminuer cette estime. En même temps, il faut qu'ils s'attachent à gagner leur affection, afin qu'ils nous aiment à leur tour et conçoivent de nous une opinion favorable. Nous y parviendrons aisément si nous entretenons avec eux des rapports affables et si, dans des entretiens familiers, nous nous efforçons de les rapprocher de nous, sans toucher jamais aux questions sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Ce n'est point par ce tjui divise qu'il faut commencer, c'est par ce qui unit.»
Faber pensait qu'il fallait aller de la correction des mœurs à la rectification de la doctrine : « Si nous avons à traiter avec quelqu'un que l'hérésie ait déjà atteint et dont les mœurs soient corrompues, commençons par employer tous les moyens en notre pouvoir pour l'affranchir de ses vices; corrigeons doucement la vie avant de dire un seul mot de doctrine. » « Comme les Luthériens, parmi beaucoup d'autres erreurs, sont tous attachés à cette hérésie capitale qui nie le mérite de tout acte humain, comme ils méprisent les bonnes œuvres et mettent leur unique espérance dans la foi, nous devons, dans nos entretiens avec eux, aller des œuvres à la doctrine, insistant constamment sur tout ce qui est capable de leur inspirer de l'amour et du zèle pour le bien. » « Un autre point sur lequel les docteurs et les prédicants luthériens s'appuient pour défendre leurs erreurs exige notre très sérieuse attention. Ils parlent sans cesse de l'excessive faiblesse de l'homme, faiblesse qui, selon eux, le rend absolument incapable d'accepter et de pratiquer les commandements et les prescriptions
» Bartoli, Opère (Torino, 1825) l. V, p. 105. 2 Bartoli, t. V, p. 110. Vov, t. V, p. 116.