‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 514 sur 572 · CANISIUS SUR LA POLEMIQUE · texte numérisé non relu

CANISIUS SUR LA POLEMIQUE

les enfants eux-mêmes riremaintenantdel'épouvantail qu'ils avaient inventé, et le tourner eu dérision. » « Je veux donner un exemple de la logique de ces pourceaux : Quand ils disent : je me confie dans le Seigneur, cela veut dire en leur grossier langage de jésuite : Je ne crois pas que ce que Dieu a dit et promis soit vrai. » Ailleurs l'injure est encore plus ignoble : « D'autres poltrons ou patrons, devais-jc dire, de la femme sodomite de Rome, traitent les choses avec plus de discrétion, car ils font tout leur possible pour cacher les abominations de la cour du Pape, ou du moins, pour les dissimuler, au lieu que les Jésuites ont dépouillé toute pudeur. Aussi la prostituée de Babylone a-t-elle eu de su fusants motifs de devenir enceinte de ces serpents modernes ! 0 le bel et tendre enfant, issu d'un tel mariage! 0 bel enfant! ta forme, ta couleur, ta taille te font ressembler trait pour trait à ta mère, à ta mère venue de l'enfer ! Mais tu la surpasses encore par tes prostitutions, par ton impudence, comme l'Apocalypse de saint Jean l'avait annoncé au monde au chapitre XVll*. w

Après que cet écrit eut été publié en latin et en allemand, Canisius, malgré son horreur pour toute polémique, crut de son devoir de répondre, à cause du crédit dont jouissait Ghemnilz dans toute l'Allemagne protestante. « J'admire et je comprends, » écrivait-il en 1563 à Lainez, « la règle sage et prudente qui nous interdit de disputer avec les héréti(iues. Mais d'autre part la charité nous presse de venir en aide aux faibles; je pense (jue nous leur devons compte de notre foi et (ju'il est à propos ([uc nous prenions la parole, non pour attaquer et blesser à notre tour, mais pour exposer simplement l'orthodoxie de notre doctrine. Sans cela, comme la chose est déjà arrivée, beaucoup s'imagineront ([ue les calomnies répandues sur notre compte sont autant de vérités -. »

Plus se propageaient les livres et les pamphlets contre l'Eglise, plus Ganisius trouvait urgent d'exposer et de défendre la doctrine et les préceptes catholiques. Aussi souhaitait-il vivement que des écrivains instruits et éclairés, pleins de modération, ennemis de toute amertume et guidés par un zèle sincère pour la cause sacrée de la religion, entreprissent cette défense. A plusieurs reprises, il insista auprès du Général de son ordre pour qu'il fit choix, parmi les Pères

1 Vom newen Orden (1362), préface, f. A*, D-'-", E', Ii^, P?, Qi, S'.

* * Lettre datée d'Inspruck, 8 mai loö3 (voy. plus haut, p. 27, note 4). II écrivait le 31 mai qu'il était en train de traiter avec un ami de la Compagnie, qui se proposait, aidé de quelques religieux de son ordre, d'écrire une réfutation en allemand de Chemnitz. Cet ami n'était autre que Jean-Albert Wimpincnsis, professeur à Ingolstadt, qui, en 1563, publia, en effet, un ßfemoire sur la Compagnie de Jésus contre Chemnitz et Zanger.

l'UKMlERS COLLEGES UE JESUITES EN ALLE.MAUNE. 415

de la Compagnie, de quelques hommes éclairés, capables de fonder en Allemagne une sorte de collège d'écrivains ayant pour vocation spéciale la défense de rF>j;lisc.

« Je ne crois pas, » écrivail-il à François Borgia, « que les nôtres puissent rien faire de plus utile et de meilleur pour le bien général de rÉglise. Quehiues livres religieux, tout récemment publiés, ont produit ici une vive impression et donné aux Catholiques opprimés une consolation singulière, à une époque où les écrits des hérétiques sont pailout répantlus et ne sont point réfutés*. » a Je souhaite vivement, » écrivait-il encore au général Aquaviva, « que des hommes de science, choisis parmi nous, s'occupent de défendre, non seulement de vive voix mais aussi par la plume, la vérité catlioli(|ue, et qu'ayant égard aux exigences de leur temps et à l'angoisse présente de l'Église ils mettent un saint empressement à publier les résultats de leurs éludes. Je ne doute pas que de semblables travaux, fruits de l'obéissance et de l'amour du prochain, ne soient tout aussi méritoires que la conversion des sauvages -. » Canisius devait précéder ses frères dans celte voie et leur prêcher d'exemple ^.

Canisius regardait comme un des buts principaux de son apostolat la fondation de collèges destinés à devenir non seulement des centres d'action pour son ordre, des noviciats pour les jeunes clercs de la Compagnie, mais encore des maisons d'éducation, où l'instruction serait gratuite et où pourrait se former, en même temps (pie les clercs, la jeunesse de toutes les classes;

Le premier de tous les collèges de ce genre s'ouvrit à Cologne, où les mœurs chrétiennes étaient tombées dans le plus triste abaissement à la suite de la tempête révolutionnaire. Les professeurs de Ihéologie de l'Université se plaignaient amèrement du triste abandon des études. Les bons professeurs faisaient défaut, les prébendes étaient domiées par les proviseurs « à des personnes ignorantes, et qui parfois ne savaient même pas lire ». Dans les autres facultés, les choses n'étaient pas plus satisfaisantes; la faculté de médecine comptait à peine douze élèves. Les étudiants menaient une vie dis-

•' Le Ure à François Borgias, Dilliuçen, 8 septembre i570; lettre à Eberhard Mcrcurien, Augsbourg, 5 mai 1571, et Iiispruck, 1" septembre 1574, voy. plus haut. p 27. note 4.

= Sacciiinus, pp. 36l-3li-.

^ Nous reviendrons plus lard sur ce sujet.

Page 1