PREMIERS COLLÈGES DE JESUITES EN ALLEMAGNE
solue ; au collège des Trois-Rois, les titulaires causaient de tels scandales que le Conseil se vit forcé de congédier à la fois tous les élèves et de fermer provisoirement la maison. Après que Ferdinand eut demandé au conseil de Cologne «dans i'intérètdela doctrine chrétienne, de la discipline et de l'union », décharger les Jésuites d'annoncer la parole divine et d'élever la jeunesse (1555), le collège des Trois-Rois fut conlié, pour deux ans, au jésuite Jean de Reid, fils d'un bourgmestre de Cologne etvingt religieux furent désignés pour seconder son zèle. « Jean de Reidt, »ditHermann de Weinsberg dans ses mémoires, «aurait pu devenir un grand dignitaire dcl'Eglise, et pourtant il mène une vie humble et simple, prêche beaucoup et instruit le jeunesse. Il est éloquent, instruit, et donne en tout l'exemple K » La peste s'étant déclarée dans la ville, les Jésuites gagnèrent le cœur de la population par leur courageux dévouement^. Dès 1558, leur gymnase comptait cinq cents élèves environ, dont soixante internes 3. Les Pères donnaient aussi des cours de théologie, d'astronomie et de mathématiques '\ « C'est grâce à eux, à eux seuls, » écrivait le nonce Commendone en 15G1, « que l'étude de la théologie a pu se maintenir à Cologne. Comme éducateurs de la jeunesse, comme prédicateurs et directeurs des âmes et par leur conduite irréprochable, les Jésuites rendent assurément les pluséminents services et leurs collèges sont devenus les plus solides remparts de la religion catholique en Allemagne^. »
En 1560 l'archevêquede Trêves appela les Jésuites dans sa ville et bientôt les chaires de l'Université leur furent confiées. En 1561, ils étaient invités à s'établir à Mayence, et peu de temps après^ à Würzbourg. « Comme la Compagnie de Jésus compte des membres distingués et très savants, » lit-on dans le protocole du chapitre de la cathédrale de Wurzbourg (11 mai 1561), « il a été regardé comme très utile de demander au prédicateur de la cathédrale dAugsbourg, le docteur Petro Canisio, s'il ne pourrait pas envoyer ici l'un de ses religieux. Notre gracieux seigneur de Wurzbourg lui a donc fait écrire. » Le prince-évêque Frédéric de Wirsberg priait Canisius, le 3 mai, de lui donner un prédicateur pour la cathédrale. Il était, lui écrivait-il, très occupé de la pensée d'ériger dans sa ville un collège de la Compagnie de Jésus, célébra par ses vertus et sa science ^.
' E.NNEN, t. IV, pp. 663-673.
» Ennen, t. IV, pp. 696-700.
•' Reiffenberg, p. 39.
♦ Ennen, t. IV, pp. 707-708.
'■> PoGiANi, Epist., t. III, pp. 307-308.
" Wegele, Universität Warsburg, l. I, p. 109, note; t. II, p. 34.
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La première fois qu'à la prière de cliapitre de la cathédrale Canisius prêcha à Augsbourg, cinquante persouues à peine entouraient sa chaire *; mais le nombre de ses auditeurs s'accrut bien vite. Il parlait avec une telle ardeur, une si grande éloquence, que sa renommée s'étendit bientôt au loin, comme le rapporte le médecin protestant Henri Pantaléon. « Cliez les Allemands comme chez les étrangers, » dit-il, « le nom de Canisius est connu et aimé^ ». Pendant le carême, le Père prêchait tous les jours ^. Il écrivait le jour de la Toussaint loül : « Nous avons eu aujourd'hui la grande consolation de voir beaucoup de chrétiens se presser autour de la table sainte. Lu parole de Dieu croît ici à l'ombre de la patience, aussi la Compagnie de Jésus est- elle l'objet de beaucoup de calomnies. Puissionsnous être dignes de la croix que le Seigneur nous envoie '^! » « A Augsbourg, )) écrivait-il à Laini'Z vers la un de cette même année, « les indulgences du jubilé ont porté beaucoup de fruits, de sorte que maintenant nous avons énormément h faire. Le nombre des conversions est extraordinaire, et il y a foule autour des confessionnaux ^. »
Partout où Canisius prêchait, il remportait de semblables succès, et il y a peu de grandes églises catholiques où sa parolen'ait retenti, Vienne, Prague, Ualisbonne, Worms, Cologne, Strasbourg, Osnabrück et W^urzbourg furent tour à tour évangélisées par l'apôtre de l'Allemagne *^.
Mais la Bavièrcet l'Autriche restaient l'objet desa particulière sollicitude. {( Tout dépend de leur fidélité, » écrivait-il. « Si ces deux pays, les plus importants sinon les seuls états où le Catholicisme subsiste encore, tombent au pouvoir des hérétiques, c'en est fait de l'Eglise d'Allemagne \ »
Le duc Albert vénérait les Jésuites. Il les regardait comme les plus excellents prédicateurs, les plus admirables instituteurs de la jeunesse, les modèles de la vie sacerdotale et il leur avait donné toute sa confiance, même à l'époque où il espérait encore faire cesser les discordes religieuses « en temporisant, et aussi en concédant un peu ». Il écrivait à Ignace le 25 juillet looi : « Canisius professe la théologie à Ingolstadt avec un très grand succès. Aussi allons-nous
» RiEss, p. 27ß.
* Prosopograpliia herouni, etc. (Basileae, 1366;, pars III, p. oOl.
^ Lettre àHosius, 16 mars 1362; Cyprianus, Tabalariam, p. 223.
* Lettre à Salincron, Augsbourg, l'^'' novembre 1361. Voy. plus haut, p. 27, note 4. * '■> Lettre à Lainez, 20 décembre 1361. Voy. la lettre à Hosius, 29 décembre 1561, dans RiESs, pp. 293-294.
•■• RiEss.pp. 112-115, 134, 184, 207. 231, 23S, 304, 349, 361. 'Lettre à Otto d'Augsbourg-, 17 janvier 1536. Riess, pp. 179-181.