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PREMIERS COLLÈGES DE JÉSUITES EN ALLEMAGNE

le nommer vice-chancelier de l'Université i. » Le Père accepta temporairement le travail, maisnon les revenusni les insignes- de cette charge, aussi les annales de l'Université le comblent-elles d'éloges 3. Il s'efforça de remettre en usage parmi les étudiants la réception fréquente des sacrements; tous les dmianches, il réunissait ses élèves autour de lui, et leur taisait une homélie en latin, leur enseignant à s'exprimer dans cette langue aveclacilité et élégance. Une fois par semaine il faisait le catéchisme, il prêchait dans les paroisses. On rapporte à sa louange, et ce fait est intéressant au point de vue des mœurs chrétiennes de cette époque, cque lorsqu'il parlait, ses auditeurs restaient jusqu'au bout du sermon, et même jusqu'à la fin de la messe, au lieu de s'enfuir au milieu de l'instruction ou aussitôt après l'élévation, comme la plupart avaient coutume dele l'aire auparavant. On revint même, à Ingolstadt, à la pratique du jeûne ^.

« Depuis bien des années, depuis qu'on était en possession de la liberté catholique et évangélique, on n'était plus habitué à voir des personnages aussi singuliers que les Jésuites; aussi faisaient-ils sensation. Même parmi les Catholiques, ceux qui criaient volontiers à l'exagération convenaient que les pauvres et les malades les comblaient de bénédictions; que des filles de mauvaise vie se convertissaient, que des sommes dérobées étaient restituées, que beaucoup de ménages autrefois désunis vivaient maintenant en bonne intelligence, et tout cela grâce à eux : « Beaucoup pensent, » écrivaient leurs adversaires, « que c'est être troj) Jésuite que de jeûner et do courir les églises, et préfèrent rester dans leur vieille routine ^. »

Jésuite et cathohque fervent, ces mots devenaient synonymes. « il faut dire à la gloire de la Compagnie de Jésus, » lisons-nous dans un écrit daté de 1575, « que tout homme, prêtre ou laïque qui prend la religion à cœur et remplit exactement les devoirs et obligations qu'elle impose, est considéré comme un jésuite, ainsi que nous l'entendons dire tous les jours ß. » Hermann de Weinsberg écrivait de Cologne : « Notre pupille et la femme de mon frère, ainsi que les jeunes demoiselles de la maison, sont bonnes jésuites; elles vont de grand matin à la messe, et jeûnent souvent. » a Ma sœur

1 Acta Sanctoruin Julii (Antverpiae, 1731), t. VU, p. 501.

* Voy. Sachinus, pp. 56-60.

»Mederer, t. I, p. 219, et t. II, pp. ISO-lol.

* Sacciiinus, pp. 50-54. * Lettre de Canisius à Ignace, 2 nov. 1550, et 31 août 1551. Voy. plus haut, p. 27, note 4.

'•> Oh die abf/efeimten jjJuirisaïschea Jcsuiler achicr in allen Stücken su verwerfen (1569), G-.

* Christlicher Traclat, pp. 6-7.

PREMIERS COLLEGES DE JESUITES EN ALLEMAGiNE. 419

et les deux jeunes filles sont jésuites; elles boivent fort peu *. »Lorsque le duc Albert fut averti par ses conseillers qu'on accusait son fils Ernest d'être « trop jésuite», il répondit: « Félicitons-nous donc, car cela veut dire qu'il craint Dieu, qu'il estloyal et éclairé, pieux et fervent, et tout ceci ne peut être vrai sans que les enfants du monde n'en éprouvent beaucoup de déplaisir -. »

En 15o(3, Albert lit construire à Ingolstadt un vaste collège pour les Pères; trois ans après, il en fondait un autre à Munich. En 1560, il demanda au l^ère Lainez, Général de l'ordre, d'envoyer encore plusieurs de ses religieux à Munich : « Ceux de nos Pères qui travaillent parmi nous, » lui écrit-il, « se distinguent par leur vie exemplaire et leur zèle pour l'enseignement ; le zèle les consume^. »

A Vienne, où en 1552 un collège et un gymnase avaient été fondés, le nombre des étudiants s'élevait en 1554 à cent vingt, en 1558 à cinq cents environ. On enseignait aux élèves le grec et le latin ■^ En 1554, Ferdinand, écrivant à Ignace, loue le zèle des Jésuites de Vienne, et demande douze religieux pour fonder un nouveau collège à Prague '. Mais dans cette dernière ville les .Jésuites rencontrèrent la plus violente opposition et coururent même do grands dangers. « Pendant la messe, » écrivait Canisius à Ignace, « j'ai été salué au maître autel par une grosse pierre lancée par la fenêtre. Le jour de l'Ascension, tandis que le Père Cornelius disait la messe, un Bohême se jeta sur lui aussitôt après l'élévation, le traita d'idolàtrc et leva la main pour lui asséner un coup de poing, tandis qu'il lui disait en bohémien : « Pourquoi ne mo réponds-tu pas? » « Nos Pères expliquent la doctrine catholique; ils exhortent à la pénitence et aux œuvres de charité et de miséricorde ; ils visitent les malades dans les hôpitaux et dans les maisons privées, catéchisent le peuple, enseignent les rudiments des sciences et recueillent les aumônes pour les nécessiteux ; grâce à leur inlluence, beaucoup de chrétiens éloignés depuis longtemps de l'Église reviennent à une pratique fervente; beaucoup qui auparavant leur étaient hostiles deviennent leurs amis. » A Vienne et à Prague, des séminaires pour les théologiens pauvres furent annexés aux écoles des Jésuites c,

1 Weinsberrj's Gedenkbucli. Falk, Zeilscluifl für deutsche Kulturgeschichte, 1872, p. 768, et 1874, p. 734.

ä LossEN, Kölnischer Krieg, t. I, p. 558, note.

•* Adlzreiter, t. Il, p. 269.

* * Caaisius à Lainez, 20 septembre 1558.

5 Acta Sanctorum Jnlii, t. VII, p. 498.

'"' HEiiiAN>-, Sendung, p. 272.

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