NÉCESSITE DU CONCILE
Bien que l'on pût constater dans quelques pays un certain revirement d'opinion en faveur du Catholicisme^ bien qu'un notable changement se lût opéré dans les mœurs chrétiennes, les Jésuites euxmêmes ne comptaient pas sur le résultat durable de leurs eflorts ni sur l'avenir de l'Eglise d'Allemagne tant que n'aurait pas été emj)loyé ce remède depuis tant d'années regardé par tous les gens de bien conmie seul capable de restaurer la religion, de raffermir la foi, de l'asseoir sur des bases inébranlables et de remédier aux lamentables scandales du clergé : ce qui était souverainement important, c'était la reprise du Concile général. Pierre Faber, Claude Jajus, Salmeron, Ganisius exprimèrent à mainte reprise leur opinion à cet égard. Le nonce Cumniendone, aussitôt qu'il eut été à même d'étudier de près la situation, partagea leur manière de voir. « Nous avons besoin de bons maîtres et de bons prédicateurs, » écrivait-il, « il faut([u'avcc patience et charité, par leur savoir, leur bon exemple, ils délivrent les peuples de l'erreur, leur exposent la vérité catholique et les reconduisent à l'Eglise, prêchant la doctrine et administrant les sacrements dans les églises, tandis que dans les écoles la jeunesse sera enseignée. C'est ce que font pour le moment en Allemagne les prêtres de la Compagnie de Jésus, pour le salut de beaucoup d'àmes, et au grand prolit du Saint-Siège ^; mais il n'en est pas moins vrai que si le Concile n'aboutit point, c'en est fait de la foi catholique en Allemagne. Tous les autres moyens d'instruction, d'exhortation et de bon exemple ne porteront des fruits durables que s'il vient rendre le courage aux Catholiques et leur oflïir un ferme et inébranlable appui. Si, par la grâce de Dieu, il peut achever sa tâche, comme nous le souhaitons, bien que les hommes aient désespéré de son succès et qu'ils aient cherché à l'entraver de toutes leurs forces, les Catholiques d'Allemagne retrouveront une vigueur, une union nouvelles et les innombrables hésitants, les timides, les neutres, qui jadis restaient en dehors de l'un et de l'autre parti, sauront de quel côté se tourner. Sur des bases solidement affermies, ayant devant les yeux un but immuable, la réforme pourra s'effectuer. Tout dépend du Concile 2. »
« Aussi le cœur plein d'anxiété, les Catholiques regardaient sans cesse du côté de Trente. » En 1562 et 1563, des nouvelles venues de plusieurs côtés assuraient que les choses y allaient mal
* Aeusserungen gegen den Cölner Jesuiten Johann von Reidt, d'après une lettre de ce dernier datée du 24 avril 1561. Yoy. plus haut, p. 27, note 4.