RESTAURATION CATHOLIQUE EN BAVIÈRE DEPUIS
séminaire pour les enfants pauvres, rinslruction y était gratuite. A Munich encore et à Ingolstadt, il fonda deux séminaires pour les jeunes gens de la noblesse, et en confia la direction aux Jésuites. Conformément aux prescriptions du Concile, tous les professeurs de l'Université d'Ingolstadt furent invités à faire acte d'adhésion à la Confession de foi du Concile de Trente i.
A l'exemple des princes protestants, qui ne toléraient aucun cathoHque dans leurs états, Albert ordonna que tous les sectaires qui, après des remontrances réitérées^ refuseraient de rentrer dans le giron de l'Eglise, devraient aller chercher asile en un autre pays dans un espace de temps déterminé. Il écrivait à Maximilien : « Si les Catholiques ont été chassés des états des Confessionistes'pour cause de religion, pourquoi le contraire n'aurait-il pas lieu -? » Du côté protestant on attribua la nouvelle altitude du duc à l'intluence du converti Frédéric Staphylus, alors fort en faveur auprès de lui. L'auteur de « Consolation et exhortation aux chrétiens expulsés de Bavière m, livre réédité en 1564, se plaint amèrement de Staphylus, « Autrefois, » dit-il, « quand le docteur Eck vivait encore, ainsi que d'autres illustres hommes d'État, tout aussi bons papistes que lui, on n'usait pas de tant de rigueur; mais à présent, depuis que le mameluck Frédéric Staphylus est bien en cour il a voulu mériter mieux que Judas ses trente pièces d'argent, il n'a été satisfait qu'après avoir obtenu et mis en bon train la persécution actuelle 'K » De l'avis du conseil du prince, tous les séditieux qui, par leurs discours, leurs mauvais conseils, leurs perfides insinuations se rendraient, à l'avenir, suspects à l'autorité, tous ceux qui enseigneraient en secret des doctrines d'hérésie, répandraient des feuilles volantes remplies de menaces et d'invectives et s'opposeraient criminellement à leur prince, devaient être jetés en prison. Le peuple égaré devait être ramené par l'instruction de ses pasteurs, tous les sujets du duc obligés à pratiquer le culte catholique et à fréquenter assidûment le sermon ^. Les Protestants, dans les pays où ils étaient les maîtres, avaient forcé les Catholiques à assister au prêche : leur exemple devait être suivi, et les Luthériens se souviendraient que dans l'Electorat de Saxe on avait exigé la réception des sacrements selon le rite luthérien sous peine de bannissement 2.
* V. Arktix, Maximilian, pp. 162 et suiv.
* Huschberg, p. 417, note.
3 ScHELHORN, ErffôtsUchkeilen, t. II, pp. 287-2S9,
* V. Aretln, 3Iau;imiliun, pp. 147-148. '" Voy. Carpzov, Deßniiiones, p. 453.
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Albert retira la permission qu'il avait accurdéc de communier sous les deux espèces et ordonna à tous ses sujets, à l'exception des grands vassaux, d'avoir à s'abstenir du calice laïque. Celte mesure fut considérée comme « singulièrement 'oppressive et tyrannique ». Albert déclara qu'il avait découvert que ce n'était point par dévotion pour les saintes espèces que la plupart des Utraquistes voulaient la communion sous les deux esprces; mais uniquement « pour se procurer une liberté charnelle longtemps souhaitée et par attachement à leur propre sens • ». Partout, sa condescendance avait été fatale à la religion catholique. Pendant une mission populaire prêchée par les Jésuites en Basse Bavière à la demande du duc, on constata dans les pays limitrophes du comté d'Ortenbourg que sur 6.000 adultes, 2.300 environ refusaient do communier soit sous deux, soit sous une seule espèce; et que cent seulement étaient attachés au calice 2. L'évêque de Passau, appréciant la question d'après ce qui s'était passé dans son diocèse^ regardait le retranchement du calice comme un des moyens les plus sûrs d'arrêter les progrès et les empiétements du Protestantisme 3. Çanisius écrivait à Hosius qu'au dire de l'archevêque de Salzbourg la concession du calice était partout devenue « une pierre d'achoppement, une cause de scandale » ; que les paysans armés s'attroupaient, entraînaient leurs prédicants, « tout prêts à s'insurger dans le cas où l'archevêque ferait mine de leur résister '» ».
« La communion sous les deux espèces, » écrivait Albert le 22 mai 1579 à Wolf Dietrich de Maxelrain, « fait revivre beaucoup d'erreurs pernicieuses; et comme parmi les Protestants il y a autant d'opinions que de têtes quant à l'Eucharistie, j'ai interdit de nouveau le calice laïque, que l'autorité ecclésiasticpie vient de nous faire un devoir d'abolir^. » En beaucoupdecomniunes,oneût grand' peine à obtenir le retour à l'ancien rite; les femmes, surtout, s'obstinaient : « dans quelques paroisses de la seigneurie de Waldeck il fallut les menacer de la prison » . Jusfiu'en 1583 il y eut beaucoup d'exilés volontaires. Le curé catholique de Miesbach vit plus d'une fois ses jours en danger, on jetait des pierres aux Catholi(iues (jui se renflaient au sermon''. Ailleurs les choses se passèrent {)Ius tramiuillement. A Wasserbourg, par exemple, 350 personnes avaient ré-
1 V. AiU-ii.N, I». ITm.
* KiEss, )). 'S.W.
'■' Voy. WiMMi n, |i. ;JS.
' Cypiuams, TuOulariuni, pp. llHö-IlSf^.
'■■ Voy. OiiKiiMiKHi-, |»p. ;iO-()l).
'' V. Oui.H.MILIiCi, p|J.iJ2-l7.
RESTAURATION CATIlOrjOUE Ei\ RAVli'.RI-: DEPUIS löß'f. i69
clamé le calice en 1569; en 1571, presque toutes y avaient renoncé*. En 1573 l'œuvre de restauration catholique put, dans une certaine mesure, être considérée comme achevée on Bavière ; mais chez beaucoup de prêtres « l'apostasie du cœur, l'oubli de tout Christianisme » se révélaient par une conduite si scandaleuse que ce que nous savons fait véritablement frémir 2.
1 V. Aretin. Maximilian, p. 160.
2 Voy. surtout le rapport adressé à Guillaume V par le receveurdes impôts (1583). SuGENHEiM, Bayerns Zustände, pp. 542-S63.