LES PRINCES PROTESTANTS CONTRE LA RÉFORME CATHOLIQUE DE FULÜE
rieur, c'est que celui-ci, prêtre exemplaire, avait pris en main la réforme du clergé avec une grande fermeté, qu'il avait exigé le renvoi immédiat des concubines de prêtres et avait môme fait arrêter en pleine rue « la belle » du doyen, Hermann de Windliausen. Les chanoines ne pouvaient souiïrir un tel maître; « ce jésuite hypocrite » leur était odieux. Ils regardaient comme un abominable attentat « aux vieilles coutumes » l'obligation de chanter l'office, l'observance des cérémonies, l'assistance au sermon, et reprochaient à Balthazar de vivre « à la nouvelle mode jésuitique j). C'était là, en effet, heurter de front « les vieilles coutumes » des chanoines de la noblesse. Aussi Windhausen n'appelait-il Balthazar que a l'àme damnée des Jésuites )). Mais sans s'inquiéter de leur mécontentement, l'Abbé rendit plus stricte la clôture des monastères, (( lit lui-même la visite d'un grand nombre de couvents, prêcha la réforme au clergé et au peuple, rétablit les pèlerinages et les processions, et s'efforça de retrancher peu à peu la communion sous les deux espèces, que ses prédécesseurs avaient tacitement permise. Il acheta aussi aux libraires tous les livres hérétiques qui se trouvaient dans leurs boutiques et leur défendit sévèrement de rapporter à l'avenir de semblables écrits de la foire de Francfort. Ceux de ses serviteurs ou fonctionnaires qui refusèrent d'abjurer le Protestantisme furent congédiés.
Toutes ces mesures produisirent une vive impression dans tout l'Empire : « Il n'en faut pas douter, » disait-on du côté protestant, « les Jésuites ont juré de renverser le traité d'Augsbourg, et ils ont trouvé dans Balthasar un instrument docile, tout à fait propre à leur dessein ^ »
A la prière des sujets protestants de l'abbaye, qui continuaient à supplier inutilement Balthasar de leur accorder la liberté de conscience, l'Electeur Auguste de Saxe, le margrave Georges Frédéric de Brandebourg et les landgraves Guillaume et Louis de Hesse intervinrent, et sommèrent l'Abbé d'expulser « l'engeance jésuitique » de ses possessions et de laisser ses sujets libres d'adhérer à la Confession d'Augsbourg, puisque, prétendaient-ils, depuis vingts trente ans et plus la religion protestante avait été en usage dans le pays. Des délégués envoyés par les quatre princes exhortèrent les conseillers protestants et les sujets de l'Abbé à rester fidèles à (( l'Evangile » et promirent l'appui de leurs maîtres en cas de nécessité. Un certain nombre de chevaliers vint avertir Balthasar que s'il n'avait pas égard aux réclamations des princes, ceux-ci, comme
^ SpIBERT, pp. 13,17.