‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 544 sur 572 · CONTRE LES ECOLES DES JESUITES · texte numérisé non relu

CONTRE LES ECOLES DES JESUITES

vêque de Mayence et 1 cvêque de Wurzbourg, et qu'on ne savait jamais au juste de quel prélat telle ou telle localité dépendait. Les nobles profitaient de cette situation pour s'arroger des droits qui ne leur appartenaient pas et pour établir des prédicants partout où ils le pouvaient. Les liens anciens qui avaient autrefois rattaché l'abbaye au Saint-Siège étaient rompus, on ne savait plus rien de positif sur le mode d'élection, les devoirs et les droits des bénéficiaires, et le Pape serait bien inspiré en remettant Tautorité en une seule main^ capable d'entreprendre la réforme avec autorité et vigueur ^.

La seule consolation de Balthasar, c'était l'école déjà florissante desJésuites.Ellecomptait des centaines d'élèves, accourusd'un grand nombre de pays allemands ^^. Les collèges de Trêves et de Mayence étaient dans le même épanouissement 3. En 1567, des écoles semblables s'ouvrirent à Wurzbourg et à Spire, et, en 1575, à Heiligenstadt.

« De tous côtés, la jeunesse se groupe autour des Jésuites, » disaient avec amertume les Protestants, « et elle leur est si attachée qu'on ne trouve rien de comparable dans les autres gymnases, ce qui ne peut être attribué qu'à des moyens occultes. » « liest certain que les Jésuites ont commerce avec les démons. » « Ils usent de sortilèges abominables; ils oignent leurs élèves de certains onguents dont le diable a le secret, ils les attirent à eux par des liens si forts qu'il est extrêmement difficile de les séparer de ces magiciens^ et qu'ils conservent toute leur vie le désir de retourner vers eux. » « 0 artifices de Satan! L'Evangile de Dieu reste impuissant devant ces créatures du diable que l'enfer a vomies pour empoisonner toute la jeunesse allemande et perdre les Evangéliques, qu'ils ont surtout en vue de séduire! Nos écoles ont baissé dans l'estime de beaucoup de gens; il est vrai que de notre côté, grâce aux efforts de l'enfer, nous faisons très peu pour la jeunesse. Satan la rendindisciplinéeet,réussit à empêcher les princes et les autorités de fonder de bonnes écoles ; ainsi ils jettent eux-mêmes nos enfants dans la gueule des loups jésuitiques. Non seulement il faudrait chasser les Jésuites, mais on devrait les faire périr sur le bûcher comme de méprisables sorciers,

1 Theiner, t. II, p. 77.

^ KoMP, Zweite Schule, pp. 13-24.

^ Un collège dirig-é par les Jésuites avait été fondé à Mayence en 1üü8. GL•Dt^üs, Cod. clipl., t. IV, p. '•À[.

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car c'est le vrai châtiment qu'ils méritent. » « Si l'on n'agit promplement, il ne sera bientôt plus possible de se débarrasser d'eux. » ft Non seulement ils sont eux-mêmes sorciers, mais dans leurs écoles ils enseignent leur art abominable*.» A Hil<Jeslieim, on accusait les Pères d'apprendre à leurs élèves certaines formules magiques pour le mélange des poisons, et de les initier aux sciences occultes -. On disait encore que, pour hâter leurs progrès, ils avaient recours à certains sortilèges 3. Les pouvoirs protestants et les théologiens étaient <> dans une émotion étrange et bien justifiée » en constatant que de tous côtés un très grand nombre de familles évangéliques confiaient leurs enfants « aux loups et aux furies jésuitiques ». « Le diable, » écrivait .Joachim Mörlin en 1568, a empêche les pauvres parents de comprendre quelle barbare cruauté est la leur; il les aveugle de telle sorte qu'ils ne comprennent pas qu'ils feraient bien mieux de confier leurs enfants à Moloch ou à Baal qu'aux Jésuites. » « Le Pape et ses vils esclaves savent bien que tout dépend des écoles; le diable, de son côté pousse les Jésuites à fonder et à entretenir de bons collèges, afin qu'on y trouve plus de science, plus de zèle pour les études que malheureusement nous n'en avons chez nous. Et les Jésuites ne s'en prennent pas seulement à la jeunesse; ils dérobent le cœur des pieux parents, de sorte qu'ils se décident à conduire leurs enfants à leurs écoles et à les leur confier sans tant de réflexion; ils leur persuadent que bientôt et en peu de temps la carrière de ces enfants sera assurée, à cause de l'excellente instruction qu'ils reçoivent*. »Personne ne mettait en doute l'incessante sollicitude des Jésuites, leur don tout particulier pour l'éducaiion de la jeunesse. Nicolas Gallus, dans un sermon prêché àRatisbonnc,s'exprimeainsi : « Les Jésuites, ces rusés compères, mènent une vie pharisaïque pour éblouir les gens; ils sont pleins de zèle pour instruire le peuple et surtout la jeunesse, car ils ont la prétention de régénérer le monde, de relever et de fortifier l'Empire tombé dans le plus triste abaissement ^. » Comme tous les princes protestants, le landgrave Guillaume de Hesse faisait tous ses efforts pour entraver l'action des Jésuites. En lo73, au grand synode général de Marbourg, il recommande aux théologiens de combattre hardiment l'ordonnance scolaire publiée par les Pères de Eulde. « Les professeurs do théologie, » dit-il, <> ont

« Rwnr.nT, pp. 27-2S.

- Voy. l'iiLKu, p. 2fi4.

■> Sacciiinus. JJist. Soc. Jesu, t. II, p. 1i'2.

• Heshusii herzlicher Dunlîsaijun'j für die Itckcheung des Engländers Edaardi Torneri (15»i8) A 3''. 4'>, traduction dr Morlin, '•> Vom Inifistischcn, clc, frin!)^'.

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plus que d'autres, le devoir de courir sus au loup, de décrier en chaire les nouveaux docteurs, d'avertir les parents d'être sur leurs gardes de peur de tomber dans les « nouveaux trébuchets du Pape ». Les pasteurs doivent prêcher avec zèle contre les Jésuites. » Le synode défendit aux parents sous des peines sévères d'envoyer leurs enfants aux écoles des Jésuites et^ dans un écrit destiné à être répandu, s'efforça <s d'éclairer les chrétiens sur les écoles perverses et les maîtres séducteurs ». Les Jésuites sont accusés d'enseigner aux enfants que les péchés ne sont pas effacés par la satisfaction offerte sur la croix par Jésus-Christ; que seules les œuvres personnelles, aumônes, confessions, prières, etc., peuvent mettre le salut en sécurité. On leur reproche aussi « d'avoir inventé, à côté des deux demeures de l'éternité, un troisième séjour, appelé Purgatoire ». Le peuple est exhorté à fuir les loups ravisseurs, à se tenir éloigné de l'impureté babylonienne et des pièges de l'Antéchrist. Ce libelle ayant été soumis au landgrave, il le trouva beaucoup trop doux et jugea qu'il valait mieux laisser aux prédicants le soin d'avertir les fidèles, dans leurs paroisses respectives, des pièges dressés par l'engeance « jésuitique ». li nomma des enquêteurs ecclésiastiques chargés de s'informer partout exactement des familles nobles ou roturières « qui offraient leurs enfants en sacrifice à Moloch, c'est-à-dire au Pape, aux écoles et établissements du Pape* ». L'Electeur palatin Frédéric avait insisté longtemps auparavant pour qu'on s'occupât avec un soin tout particulier et non moindre que celui des Jésuites à établir partout de bonnes écoles ou à améliorer celles qui existaient déjà. « Je suis tous les jours témoin du zèle de la gent tonsurée pour fonder de tous côtés des écoles de Jésuites. Ces écoles sont dirigées par des gens instruits, éclairés, et je suis obligé de convenir qu'il s'en trouve beaucoup parmi eux-. » En 1573, Guillaume Roding, professeur au « pedagogium » d'Heidelberg, dédia à l'Electeur un livre contre les « écoles impies des Jésuites 2 ». « Si j'ai publié ce travail, » dit-il dans la dédicace de cet ouvrage, « c'est parce que je suis obligé de voir de mes yeux que beaucoup de gens qui tiennent cependant à être tenus pour bons chrétiens sont tombés dans une telle aberration d'esprit, dans une impiété si étrange, qu'ils confient leurs fils aux Jésuites pour leur éducation, et n'ont point de honte de servir ainsi le royaume de Satan. Les Jésuites sans pudeur ne sont-ils pas les plus amers

t Heppe, Generahynoden, t. I, pp. 90, 98-99, 101. Heppe, Kirchenffesch., t. II, pp. 361-362.

* Kluckhohx, Briefe, t. I, p. 696.

ä Contra impias scholas Jesuiiarum, Heidelbergae, 157 .

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