‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 548 sur 572 · PROGRÈS DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU PROTESTANTISME

Pape ses hypoci-ites protestations de fidélité *; Rome ne confirma jamais son élection, ce qui ne l'empêcha pas de garder son siège.

L'évêché de Minden était presque entièrement protestant sous l'évêque Georges, duc de Brunswick- (1486). Son successeur Hermann, comte de Schauenbourg, bien qu'il eût donné par serment son adhésion à la confession de foi du Concile de Trente, bien qu'il eût juré une inviolable fidélité « au représentant . du Christ », gouverna en prince protestant. Lors de la visite du nonce Trivio à Minden (1575), les chanoines de la cathédrale lui donnèrent de grandes marques de respect, l'assurèrent de leur fidélité envers le Saint-Siège et se plaignirent des attentats dont ils avaient été victimes et de tout ce qu'ils avaient à souffrir pour leur foi. « Mais, » ajoutèrent-ils, « toute résistance est impossible; le Conseil ne permet à personne de paraître à l'église catholique, et va jusqu'à refuser la sépulture chrétienne aux parents qui envoient leurs enfants à l'école de la cathédrale ^. »

A Lübeck, l'évèque Ebrard de Holle, nommé administrateur de Verden en 1566, s'était, lui aussi, fait protestant. Lorsqu'en 1575, au moment de l'élection de Maximilien, le nonce Delfino demanda au nouvel Empereur de déposer les évéques apostats, Maximilien avait répondu qu'on n'était pas libre de rétablir la justice dans les évéchés de Lübeck, de Mersebourg et dHalbcrstadt, (|u'j1 fallait se garder d'irriter les princes protestants, de peur d'attirer sur l'Allemagne des maux plus intolérables que ceux dont on se plaignait, et qu'ainsi il était plus sage de fermer les yeux^. Le chapitre de Lübeck était encore catholique, mais les Protestants avaient établi leur culte dans la cathédrale et dans la plupart des paroisses. Ils étaient d'une telle intolérance que les prédicants, sur le bruit qu'un caiholiqut; étranger, tombé malade à Lübeck, avait reçu les derniers sacrements, faillirent exciter une émeute '".

Dans un grand nombre de villes libres, la situation était analogue, en dépit de la paix d'Augsbourg.

A Strasbourg, à l'époque de la signature de la paix. Catholiques et Protestants vivaient en assez bonne intelligence; le Conseil avait pris l'engagement de tolérer l'ancien culte dans la cathédrale et dans quelques églises; il avait également promis de n'user d'au-

1 Voy. LossEN, pp. 239, 236-259, 37o-37ö, 383. - Kampsciiulte, pp. 2o9-260.

3THE1NER, t. II, p. 471.

* Voy. la relation de Delfiuo, dans Thei.ner, t. Il, p. 4'J7. ^ Theiner, t. II. p. 473.

482 PLAINTES POIITÉES VAU LES MICMIlUnS CATUOLIOl KS CONTHE LES PROTESTANTS. l.')76

(!une violonce envers les (]iielt|iies couvents encore exislanls. Cependant, dès ioü9, la municipalité déclara (pi'il lui était impossible de protéger plus longtemps les papistes. Un dimanche, le peuple, surexcité par les prédicants, entra en tumulte dans la cathédrale pendant le service divin et s'y livra à toute sorte de sacrilèges profanations (19 novembre 1559). L'évê(|ue olli.îiant s'échappa à grandpeinc des mains des fanatiques qui en voulaient à sa vie. Après l'expulsion du clergé cathohijue, la cathédrale, pendant neuf mois, resta ouverte jour et nuit, etce ne fut que le 18 août loöO qu'elle fut fermée, et cessa de servir de lalrine publique^ Sans égard aux protestations de l'évêque et des (juatre paroisses catholiques, la municipalité affecta les églises au culte protestant. Lorsqu'en février 1570 le nonce Dellino pressa l'évêque Jean de iManderscheid de rétablir le culte catholique, celui-ci répondit que toute tentative de ce genre échouerait infailliblement, que les ordres impériaux étaient méprisés par les habitants de Strasbourg, ijui prétendaient que la cité faisait, à la vérité, partie de l'Empire, mais qu'elle avait toujours été dispensée d'obéir aux lois de l'Empire 2. La municipalité de Haguenau avait juré solennellement à Ferdinand, en 156i, « de persévérer fidèlement dans l'ancienne et trèsorlhodoxe religion des ancêtres catholiques. » Cependant, trois ans plus tard, elle demandait à Jacques Andrea, chancelier de Tubingue, d'établir la Confession d'Augsbourg dans la ville. A l'Empereur qui, le 27 juillet ir;60. rappelait la promesse qui lui avait été faite et ordonnait la destitution des prédicants et l'abolition de « toutes les nouveautés», le Conseil répondit qu'il se souvenait, en effet, d'avoir jadis promis de maintenir le culte catholique, mais (ju'il n'avait pas conscience d'avoir violé ses engagements, la Confession d'Augsbourg étant l'ancienne et véritable religion catholifpie. Les juristes romains lui avaient dicté cette réponse. «Il faut traiter avec l'Empereur d'une façon énergi(}uc et nette, » avaient-ils dit, « car dans les choses de la religion, ni la flatterie ni l'hypocrisie ne sont de mise. Dans CCS sortes d'affaires, il faut aller rondement.» A Strasbourg, une commission, charg('e par rKnq)ereur d'abolir le culte protestant, ne put rien obtenir. Maximilien, selon sa coutume, laissa faire. Quant ilagiienau et d'autres cités alsaciennes invo(|uèrent les articles de la paix de religion pour justifier leur résistance aux empiétements des Protestants, il déclara « (|iie, (juanl à lui, o.n l'o (\u'\ concernai! la paix d'Augsbourg, ceux (ju'cllc protégeait ou ne protégeai! pas, ce

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DIÈTE DE RATISBONNE. lo7G. 483

n'était point son allairo de disputer, mais seulement de maintenir le texte dans toute son intégrité. » Cette réponse encouragea peu après le Conseil de Golmar à abolir « tout vestige d'idolâtrie papiste ». Le clergé catholique;, atteint dans ses droits, s'étant placé sous la protection de la maison d'Autriche, fut déclaré (( traître à la patrie ^ ». Le Conseil défendit aux chanoines d'entretenir les écoles, et, dans les^campagnes environnantes, les prédicants prêchèrent l'apostasie aux paysans. Grégoire XIII exhorta l'Empereur à prendre la défense des persécutés, mais ne reçut de lui qu'une réponse évasive 2.

En cette même année, le Conseil d' Aalen;, soutenu par le duc Louis de Wurtemberg, qui avait succédé à son père Christophe en 1568 *, introduisit le nouveau culte dans la ville.

Sur le Rhin, en Westphalie, le Calvinisme faisait tous les jours de nouveaux progrès, et la petite ville de Wesel, dans le Bas-Rhin, méritait le surnom de «mère des Gueux». Le gymnase de Duisbourg était devenu le foyer d'une ardente propagande calviniste. La religion de Calvin pénétra également dans le comté de la Mark et dans la seigneurie impériale de Gemen. Un brisement d'images, provoqué par des prédicants calvinistes, eut lieu dans le Wittgenstein en 1574 ^.

Les membres d'Empire catholiques, dans le cahier de doléances présenté à l'Empereur en 1576, se plaignent amèrement de la cruelle situation qui leur est faite : « On ne cesse d'attenter à la paix de religion, » disent-ils. « Malgré ce qu'elle a établi, toutes sortes d'opinions et de sectes, aussi éloignées de la doctrine luthérienne que de la foi catholique, pénètrent tous les jours parmi nous sous le manteau de la Confession d'Augsbourg. Plusieurs évêques sont protestants de cœur, et n'en conservent pas moins leurs sièges. Depuis le traité de Passau, beaucoup d'évêchés ont été laïcisés^ contrairement à toute justice, et la religion catholique y aété abolie; les églises ont été pillées, les autels abattus, on s'est emparé des trésors des sacristies, les saintes espèces ont été foulées aux pieds. Bien que la paix d'Augsbourg ait garanti dans tout l'Empire le libre exercice des deux religions, bien qu'elle ait expressément ordonné de les respecter, dans beaucoup de cités, entre autres à Mulhouse, à Strasbourg, à Esslingen, à Reutlingen;, à Ulm, les Catholiques sont persécutés par les Confessionistes ; à Ulm et ailleurs, la chaire estin-

i RocHOLL, pp. 140, 14i, 165-168, 193, 203 207.

«Theiner, t. II, p. 181.

3 Zapf, S'immtl . Reformationsiirkanden der Reichstadt Aalen, Ulm, 1770.

* Kampfschültg, Einführunr/, pp. 232-242.

48* Dil"; ri; uic ha i ishü.nm;. 157 0.

terdite à nos prédiciitoars. Le conseil d'Ulm a mè-me fait arrêter un prêtre qui disait la messe dans l'église des chevaliers Teutons, au milieu des huées de la populace. Ce prêtre a été depuis jeté en prison. Dans les villes où existent encore des collégiales impériales privilégiées, les autorités ont eu l'audace de fermer nos écoles: c'est tarir la source même de notre foi. »

Lï'vêque d'Eichstädt informa à son tour ses collègues catholiques que les Luthériens avaient imposé leurs prédicants aux villages et paroisses de sou évêché; qu'en dépit des articles d'Augsbourg, ils avaient entraîné beaucoup de ses sujets dans l'apostasie, supprimé les juridictions ecclésiastiques, les taxes, dîmes et prévoies ; qu'un jour ils avaient été jusqu'à dépouiller de ses ornements sacerdotaux un prêtre qui se disposait à célébrer la messe, et l'avaient ensuite chassé de l'église à coups de poing. L'évêquc de Ratisbonne se plaignit aussi du Conseil de la cité, qui avait transformé en cabarets les couvents et les églises de son diocèse.

Les membres catholiques étaient unanimes à répéter : « Les Confessionistes, sans que nous osions nous y opposer, rendent des édits de religion, se mêlent de nos affaires privées et l'orlilienl les sujets dans leur résistance envers nous lorsque nous leur prescrivons quelque chose relativement à la religion. S'ils refusent de nous obéir, ils leur font aussitôt parvenir des secours, soit ouvertement, soit en secret. Dans les territoires protestants, les Catholiques fidèles sont l'objet de méuaiices injustes; on les tracasse, on les persécute, les autorités tolèrent et même exigent que les prédicants les insultent en chaire et les rendent odieux au peuple protestant. Non seulement les nôtres sont exclus de tous les honneurs et emplois, mais en beaucoup de localités, on va jusqu'à les emprisonner, on les condamne à de fortes amendes dès que le bruit se répand qu'eux. leurs femmes ou leurs enfants ont été assister au dehors à quelque prédication catholicjue, ou bien recevoir la sainte communion. Quand ils demandent la permission de se rendre en un pays voisin pour y vivre sous la loi d'une autorité catholique sans préjudice de leurs biens et de leurs honneurs, on ne veut pas le leur permettre, procédé injuste, vexatoire, antichréiien, et beaucoup plus dur i)Our eux que l'exil ^ »

Ce cahier de doléances fut remis à, l'Empereur à la Diète de Uatisbonnc, où la plupart des membres protestants, groupés autour de l'Electeur j);ilatin, .s(! préparaient à montrer de lelles exigences <jue le duc Albert de Bavière écrivait au cardinal Morone :

< r.nsiK.M)i:iii,i-.n, pp. î)0b-06. Liiimann, pp. lO.'i 171.

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