RÉCLAMATIONS DES PROTESTANTS A LA DIÈTE DE RATISBONNE. 157Ö
« Il est clair que nos adversaires ne se proposent rien moins que l'extinction totale de tout ce qui est encore catliolique en Allemagne *. »
La Diète de Ratisbonne s'était ouverte le 25 juin 1576. L'Empereur avait d'avance indiqué, comme devant former le principal objet de ses délibérations, le péril imminent qui menaçait l'Empire du côté des Turcs. L'armistice de huit ans obtenu du sultan pour les pays hongrois, avait été de peu d'utilité pour lui et pour ses sujets; sans y avoir égard, les Turcs avaient attaqué tantôt un point de la frontière tantôt un autre ; ils s'étaient emparés de plusieurs places fortes; ils avaient ravagé et incendié de vastes territoires et traîné des milliers de chrétiens en esclavage. Un secours prompt et de quelque durée était indispensable si l'on voulait arrêter ll'invasion et sauver la Hongrie. Le discours de Maximilien fut appuyé par les membres d'Empire de Styrie, de Garinthie, de Carniole et de Görz, qui tous réclamaient l'assistance de la Diète avec beaucoup d'ardeur, car ils redoutaient extrêmement le joug de l'ennemi héréditaire w^. « L'Empereur montre de l'énergie, » écrivaient les délégués de Francfort le 4 juillet, « il fait tout pour obtenir des scours ; mais il nous semble que la plupart des membres d'Empire sont aussi peu disposés à le satisfaire que les dignes cités. Quelque tournure que prennent les choses, il est plus que probable que les cités s'abstiendront le plus qu'elles pourront ^. »
L'Électeur palatin jugea le moment favorable pour réclamer non seulement la reconnaissance officielle de la « Déclaration supplémentaire » de Ferdinand, mais surtout pour demander « l'aftranchissement des évêques » et la suppression de la Réserve ecclésiastique. Il se flattait que ce qui s'était passé en Saxe et en d'autres lieux allait se renouveler dans les pays rhénans, » et que quelques évêques se décideraient enfin à embrasser le Protestantisme; en prévision de leur apostasie, il préparait d'avance le moyen de leur venir en aide. « Il nous semble, » écrivait-il au landgrave Guillaume
1 V. Aretin, Maximilian, p. 217.
2 HäBERLiN, t. X, pp. 18 et SLiiv. Voy. la relation de l'ambassadeur de Venise Giovanni Correro sur la situation de l'Empire et le péril turc en 1574. « Le forze dell' Imperio per oçni ragione dovria S. M. avcrle prontc, perche trattandosi di perder l'Ungheria si traita insieme dalla sicurezza di tutta Germania. Albéri, Ser. I, vol. 6. pp. 168-169.
a 'lieichsiagsacten, t. LXXVI, fol.', 17.
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de Hesse, « qu'une question de cette importance, surtout dans l'état actuel de l'Allemagne, n'est pas prise en assez sérieuse considération *. Sans aucun doute, nous avons le devoir de travailler activement à la grande œuvre de l'alfranchissement. Avant d'entrer dans aucune discussion, il faut à tout prix obtenir de l'Empereur une déclaration écrite, franche et nette , et lui signifier que nous n'abandonnerons jamais, mais au contraire que nous soutiendrons de nos conseils et autrement tout Électeur ecclésiastique ou tout évêque désireux d'embrasser notre religion. » « L'affranchissement est d'une nécessité urgente, parce que les intérêts les plus chers et la diffusion du saint Evangile en dépendent. » « La Réserve ôte aux Electeurs laïques, aux princes, comtes et gentilshommes de la Confession d'Augsbourg, toute possibilité d'établir leurs enfants dans les évêchés. Il en résulte que les héritages, les principautés, les comtés, les domaines sont continuellement morcelés, à cause de continuels partages et qu'ainsi les familles sont lamentablement ruinées 2. Gomment ne s'inquiète-t-on pas de tout ce que fait en ce moment le Pape pour protéger la superstition? Le légat Morone, envoyé à Ratisbonne par Grégoire XIll, est une tête habile et intrigante. On m'a raconté que, comme il hésitait à venir à Ratisbonne, le Pape s'était écrié : « Ou Morone ira à Ratisbonne, ou j'irai moi-même ! » Il est donc facile de prévoir ce qui va se passer. Déjà les archevêques de Mayence et de Trêves ont eu l'audace de célébrer avec une pompe inaccoutumée le jubilé du Pape; pendant les processions, on a été témoin de mille singeries. Dans les deux archevêchés, une bulle d'indulgence a été publiée; on y peut lire ces mots gravés en lettres d'or : « Pour l'union des princes chrétiens, l'extirpation des hérésies et l'exaltation de notre Mère la sainte Eglise ^. » Le Pape cherche toutes les occasions de nuire à l'Évangile, il n'a qu'une pensée : le persécuter toujours davantage et l'anéantir cnlin complètement par toutes sortes do ruses et d'intrigues, surtout au moyen de la secte exécrable des Jésuites. » « Plus ces nouveaux venus prennent pied dans l'Empire, plus ils séduisent la jeune noblesse et lui infiltrent leur poison. » « On en a vu dos exemples frappants à Fulda et dans l'Eichsfeld, où, malgré les protestations des habitants, l'exercice public de la religion protestante vient d'être interdit. Dans le margraviat de Bade les mêmes complots triomphent. Nous savons de source certaine que l'administrateur d'Hildesheim
' Ki.ucKiioiiN, Tiriefe, t. II, \>\k U2ü, 'J33.
- yoy. rinslnirtinn di; FrcdL-ric dans Haiti:iii,i.N, t. X. pp. 16,230 cl suiv.
a KuucKuoii.N, ßrit-fe, L II, pp. ÜüU, Uli!.», 1)71, 973, 979.