LE PROTESTANTISME EN AUTRICHE
minables s'étalent au grand jour. On n'entend parler que dadultère, d'usure, d'exploitation criminelle des pauvres gens; il semble réellement que notre situation ne puisse plus empirer K » « La plupart des nobles « dans le cours de toute une année, ne vont qu'une ou deux fois au prêche 2 ». « La noblesse protestante d'Autriche, » écrit Polycarpe Leiser en 1580, v est tourmentée par des haines secrètes ou publiques; la religion elle-même ne réunit point les esprits. Nos seigneurs s'enivrent et s'abandonnent à la luxure ». « Oh! que de plaintes sur leurs excès et leur vie licencieuse ne pourrais-je pas rapporter ici! ils livrent notre religion aux sarcasmes, aux mépris de nos adversaires. » « La vie licencieuse, l'absence de tout sentiment moral, » écrit de Horn le prédicant Hof mar à Leiser, « finira par attirer les Turcs chez nous, et par nous perdre tous -K »
« Parmi les Evangéliques, tout est grossièreté, licence ignoble, et les prédicants sont en général les premiers à causer du scandale. » « En Autriche il devient impossible de trouver des prédicants honnêtes, » rapportait David Schweizer, ministre à Scliöngraben. « Nous n'avons que des débauchés, des pleurnicheurs, des brouillons, des incapables, ou bien des sectaires tlaciuiens, des fanatiques dépravés, qui trompent les gens ^. » Lorsiiue les membres catholiques des Etats affirmaient que les Evangéliques n'avaient point de pasteurs capables d'enseigner purement et clairement la doctrine de la Confession d'Augsbourg, ils n'exagéraient rien. On donnait les charges ecclésiastiques à des brouillons, à des fanatiques qui n'étaient d'accord avec aucune communauté luthérienne et avaient été chassés de quelqu'autre pays à cause de leurs doctrines subversives ^.
Les Protestants eux-mêmes commençaient à se demander s'il serait possible de maintenir la religion protestante en Autriche. Un zélé luthérien, le seigneur d'Hofmann, écrivait : « Nos prédicants sont tellement impies qu'ils finiront par être cause qu'on fermera nos écoles, que les églises, les chaires seront interdites à nos ministres ^. » Huit ans après l'avènement de Rodolphe, le prédicant Haselmeyer décrivait au duc Louis de Wurtemberg, qui venait de le nommer pasteur à Eferding, la déplorable situation du Protestantisme en Autriche. « Les sectes fiaciniennes, » écrit-il, « échangent
1 WiEDEMANN, t. I, pp. 438-456. Voy. notre cinquième volume sur la question du calendrier grégorien.
i Raupach, Erläutertes evanyel. Oesterreich, t. lil, pp. 70 et suiv.
3 DÖLL1XGER, t. II, p. 652.
■* iLvuPACH, Zwiefache Zugabe, p. 74.
5 Raupach, Evangel. Oesterreich, t. 1, p. 162.
6 HüRTER, t. III, p. 194.
512 ESPÉRANCES DKS LUTHKRIKNS.
los plus grossières, les plus abominables injures; mais vis-à-vis des Luthériens, comme Pilate et Hérode, elles feignent toujours d'être d'accord et nous traitent d'homicides d'àmes. » « Dans la Basse Autriche, leur nombre s'est tellement accru que les seigneurs les plus instruits, les plus éclairés ne savent pas mieux où ils en sont que les pauvres gens. Nous jouissions auparavant de la tolérance de l'Empereur, mais il est fort à craindre que, parla faute de nos discordes, l'exercice de la Confession d'Augsbourg ne soit l)iontôt interdit dans tout notre pays *. »
. Tandis qu'en Autriche les Luthériens faisaient tous leurs efforts pour mettre du moins un peu d'ordre dans leur Église troubit'o et pour lixer la doctrine et le culte, les princes et les théologiens protestants reprenaient dans toutl'Empire avecunnouveau zèle l'œuvre si souvent tentée de la conciliation religieuse. On était décidé à créer un corps enseignant évangélique capable de contrebalancer « l'exécrable conciliabulum de Trente , d'abord , » disait Selnekker, a pour opposer une digue à la corruption des mœurs tous les jours plus effroyable parmi le peuple évangélique, ensuite pour combattre avec ensemble, fraternellement, pacifiquement, le Pape idolâtre et ses satellites damnés, los Jésuites - ». A l'Électeur Frédéric, l'ardent apôtre, le vaillant champion du Calvinisme, avait succédé, en 1570, un Électeur entièrement dévoué à la doctrine luthérienne, événement très important pour les Confessionistes. « En perdant Frédéric, » écrivait Auguste de Saxe^ « les Calvinistes ont perdu leur meilleur atout ^. »
' Kaupach, Zwiefache Zug(il>e,\>Y>- 29-31.
* Beiträge zur evangelischen Cuncordie, pp. 42-43.
ä Kllckhou.n, Briefe, t. II, p. 1014, note.