ABOLITION DU CALVINISME ET RESTAURATION UU LUTHÉRANISME DANS
l'ÉLEGTORAT PALATIN. — ÉTAT MORAL ET RELIGIEUX AU SUD
DE l'empire, d'après DES TÉMOIGNAGES PROTESTANTS.
L'Electeur Louis, autrefois gouverneur du Haut Palatiiiat, avait succédé à Frédéric III en 1576. Dès le début de son règne, il avait annoncé l'intention de rétablir le Luthéranisme dans ses états i. il ne se préoccupait aucunenaentdu testament de son père, qui lui avaitfait un devoir de maintenir le symbole et la constitution ecclésiastique en vigueur sous son règne. « Maintenant les loups vont descendre des hauteurs du Haut-Palatinat, maintenant les brebis seront dévorées, » disait à ses auditeurs le théologien Olevian -. Le jour où le nouveau souverain ht son entrée à Amberg, quelques calvinistes s'étant mêlés à la foule, on les pria de se retirer, « pour ne pas souiller les' regards du pieux Electeur 3 ». Tous les ministres qui refusèrent de rétracter l'ancienne doctrine à l'église, en présence de toute la congrégation, furent exilés sans miséricorde, ainsi que leurs femmes et leurs enfants. Les laïques eux-mêmes, à quelque secte qu'ils appartinssent, reçurent ordre ou de s'expatrier, ou d'embrasser le Luthéranisme^. Le nombre des prédicants et des maîtres d'école expulsés s'éleva à cinq ou six cents ^. « Ceux qu'on va mettre à leur place, » mandait le théologien Ursinus à son ami Crato le 20 juin 1577, « sont pour le plupart, comme je
1 Pressel, Kurfürst Ludwig, pp. S et suiv.
2 WuNDT, t. II, p. 123, note 10.
3 WiTTMANX, p. 66.
4 WiTTMA>N, pp. 67-68.
5 Voy. WuNDT. t. II, pp. 126-129. Les ministres de Neustadt mandaient en décembre 1577 au Conseil de Schaffhouse que plus de cinq cents pasteurs et instituteurs avaient été destitués, v. Bezold, Briefe J. Casimirs, t. I, p. 289, n'89.
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l'ai entendu dire, des yens igp.orauls et grossiers, qui se jettent sur la proie qu'on leur abandonne comme des vautours. Les choses en sont venues à un tel point que les honnêtes gens ne se présentent plus pour remplir les emplois ecclésiastiques, mais uniquement des hommes avides, prêts à accaparer et à dilapider sans aucun scrupule le bien d'Église. En un mot, ces nouveaux venus sont des hypocrites, des flatteurs, de véritables harpies ^. » En 1579, l'Electeur publia un décret portant que toute révolte contre les lois, toute manœuvre perlide tendant à rétablir les hérésies condamnées, seraient punies à l'égal des délits de sorcellerie - ».
Jadis, lors des innovations de Frédéric III, les Luthériens s'étaient répandus en plaintes amèrcs contre les ordres de leur prince; maintenant c'était au tour des Calvinistes à se lamenter. « Les changements de religion hnisscnt par détruire toute religion, » disaientils -l Pendant les enquêtes ecclésiastiques ordonnées par l'Electeur à plusieurs reprises, on acquit la certitude que non seulement les laïques, mais les ministres étaient, relativement à la doctrine luthérienne, d'une ignorance presque invraisemblable. En même temps, une grossièreté de mœurs, une licence si ignoble se révélait dans leurs discours et dans leurs actes (jue les protocoles d'enquête ne pourraient être reproduits sans ottcnse à la pudeur. On n'entendait tomber de la chaire que des imprécations et des injures; il n'y avait plus ni loi, ni discipline ''. Aussi le peuple était-il tombé dans une dépravation presque bestiale. Dans un discours prononcé aux Etats du llaut-Palatinat, l'Electeur, en 1577, compte parmi les charges qui lui sont imposées et rendent un surcroit de dépense nécessaire « l'envahissement croissant des vices». 11 se plaint que l'entretien des personnes accusées de sorcellerie, entretien dont le gouvernement avait de tout temps supporté les frais, diminue sensiblement ses revenus ^. Au sujet d'Amberg, un ra[)port olliciel, publié en 1581, porte : « Quant aux. mœurs de la plupart des habitants, chacun est à même de s'en rendre compte, car jour et nuit on peut les voir attablés dans les hôtelleries et les tavernes; là, on rencontre, à l'heure du prêche, beaucoup plus de chrétiens (pi'à l'église. Il est l'ré(iuent do voir une jeune fille
« SuoiioiK, j)|). 426-428. Le Calvinisme rcncuiilrait peu de. sjmpaliiic parmi le pLUi)lc. Le 24 novfiiilire L'i??, l'rsinus écrivait à l'un de ses amis : « .\()l>ililas, pracfccti, niin/istniliis, inajor jxtrs jiupiiti .sunt nohis infcnsi, ulti tnujiic inlelligunt nef/ ue curant reli(jii>nein. pars inininui nobiscuni ijeinit etea,</U(ic nihil potest. » Voy. V. Hkzoi.d, l. 1, p. 224, ii" H.
ï \ViTr.MAN.N, p. 67.
'Voy. SuDHoi-i'. p. 420.
♦ iJil WiUinann, «pii les a eus sous les yrux ; vuy. p. fil).
■' W'UT.M.VN.N, p. 7(1.
LA RELIGION ET LES MOEURS DANS l'aLLEMAGNE DU SUD. ol5
arriver déshonorée au jour de ses noces, et, ce juur-là, on se livre à la plus abominable licence; l'abus du saint nom de Dieu est tellement fréquent, même parmi les enfants, qu'il ne faudrait pas s'étonner que la terre s'entrouvrît pourengloutir tous nos blasphémateurs 1. » Dans le Palatinat-Deux-Ponts, rnème situation : « Les blasphèmes, les imprécations les plus impies, » écrivait le comte palatin Wolfgang, « sont toujours plus communs, chez les jeunes gens comme chez les vieillards. Il devient urgent de sévir : Tout homme convaincu d'avoir blasphémé la toute puissance ou la justice de Dieu, la très sainte humanité du Christ ou les sacrements, sera puni de mort, ou subira le retranchement de l'un de ses membres. Des jurons si grossiers qu'on ne peut môme les rapporter sont maintenant passés dans le langage usuel : ils seront punis par la prison, ou bien on exigera des coupables une forte amende. L'adultère passe pour un crime de peu de gravité, on ne rougit point de le commettre : ceux qu'on en a pu convaincre seront jetés en prison. Pendant quatre dimanches consécutifs, on leur fera porter trois fois autour de l'Eglise les deux pierres de péché qui y sont déposées. En cas de récidive, on les expulsera du pays ^^. » « La charité fraternelle, le soin des pauvres, » assurait le prédicant Charles Sander en 1577, « ne se rencontrent plus parmi les hommes ; ils sont rudes, grossiers, ils s'abandonnent à tous les vices ; dans les villes et villages on voit errer autour des maisons une foule de gens affamés. En vérité, au temps du papisme, nous n'avions rien expérimenté de semblable ^. »
Olevian et Widebram, tous deux chassés de l'Electorat palatin, avaientété demander asile au comte Jean de Nassau ; en 1577, ils établirent le Calvinisme dans les domaines de ce prince. Le nouveau culte fut inauguré à Diez par le brisement des images du Sauveur et dessaints. Ce jour-là, on ville comte Jean lui-même saisir une statue de la Sainte Vierge de grandeur naturelle, sculptée et dorée, œuvre d'une grande valeur artistique, et lui abattre la tête avec son épée *,
1 Wittmann, p. 71.
2 Voy, (Faber) Stoff, t. II, pp.H26-127, 1-29-133.
'^ Beiträge zur evarujelisc/ten Concordie, p. 39. Voy. ce (jue dit à ce sujet le surintendant CuDmann Flinsbach dans (Faber) Stoff, t. II, p. 51.
* Marx, Gesch. von Trier, 2b, p. 153. L'ordre suivant fut édicté en 1590 pour le comté de Diez : « Les autels seront abattus, on fera dans les toits et dans les caves des perquisitions pour découvrir partout toutes les idoles cachées, et on les
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Dans le comté (l'IIadainar, tous les autels qui existaient encore lurent abattus, les images et statues brisées ou brûlées devant la porte de l'église *. En 1572, les enijuéteurs luthériens s'étaient plaints du pende respect témoigné aux pn-dicants, de la dilapidation du bien d'église, du blaspiirme, devenu général "^ : l'introduction du Calvinisme ne changea rien à cet état de choses : les ministres écrivaient en 1580 : « Plus on détruit l'idolâtrie, plus, pour obéir à Dieu, on abat les autels, les images, et plus le peuple montre d'ingratitude envers le saint Evangile, plus il méprise le ministère de ses pasteurs, le prêche, le catéchisme, de sorte que, même aux jours de grande fête, on ne compterait pas dix personnes dans l'église; les habitants mènent une vie licencieuse, bestiale, turque; la débauche, l'impudicité, le blasphème et tous les vices s'étalent au grand jour. » « Les personnes de la plus basse condition, » écrivait dix ans plus tard Guillaume Zepper, professeur de théologie à Herborn, « les tailleurs, les cordonniers, les soldats, les niais et ceux qui jamais n'ont pu rien apprendre, sont invités à prêcher; des disciples de Schwenkleld, des sectaires de toute sorte, même des athées, ou bien les apôtres des plus exécrables erreurs, apparaissent de temps en temps dans nos églises et semblent des échappés de l'enfer; le pauvre peuple vit et meurt comme la brute. » « Les écoles sont honteusement abandonnées ; comme on s'occupe fort peu d'y faire prospérer les études, elles sont dans le plus triste abandon ; les écoles, églises, collèges, hôpitaux, hospices, menacent, ruines, ou plutôt sont déjà ruinés 3. »
Dans l'Allemagnedii Sud, les mêmes plaintes se faisaiententendre. Le prédicant Christophe Marstaller écrivait en 1575 : « L'Evangile règne, et cependant les églises s'écroulent; nos ancêtres les avaient bâties depuis le fondement jusqu'au faîte ; ils avaient fait d'énormes sacrifices pour leur construction, pour leur ornementation. Aussi Dieu leur donnait-il des années d'abondance, du bon temps, des heures paisibles; ils passaient leur vie dans la paix. Main
détruira. » A Ems, ordn; fut dounô en l")90de détruire iejü^raiid crucifix de pierre du cimetière; à la même date une autre ordonuauce cxiijea que pendant le prêche un sacristain armé d'un hAton surveiildt Idus les assistants et les empêchât de s'endormir. On mettait au nomhrc des abus à retrancher les croix placées sur les tombes au ciiiiulièrc. 11 était aussi défendu de dire en parlant d'un défunt : « Oue Dieu ait pitié lie sa pauvre .Imc! » : « (^ar l'Ecriture ne |)rescril nulle part d'assister les morts ses prières et de ses vu'ux, et il ne convient pas de mêler (piehpie chose de personnel à sa prière I » Voy. Jlcifrcïf/e nir Ndssmiisclii'u Jirforiiutlinitsi/csch . dans le o Kttt/iolilc« de Mayence, 188Ü, t. I, pp. oil-î>47,
' \VA(iNEn, t. 1, pp.Vili-a.'iS.
"Waunku, t. I, pp. 238-"2'tl.
•■ Zepjjcri l'olitia ceci. V^oy. dans (ji-osc/i, l ci-tltcidiijuny widcr Arimlil, p. iU7,