TENTATIVE DUNION DE JACQUES ANDREA
tenant, les églises ont été tellement dépouillées par les autorités que leurs toitures mêmes s'effondrent. La neige et la pluie y pénètrent, et mainte égliseres semble plus à une écurie qu'à un temple. Il ne serait plus possible aujourd'hui de faire servir les calices et les pièces d'orfèverie des sacristies aux besoins du nouveau culte; tout a disparu, les autorités ont entièrement dépouillé nos temples. De beaux et splendides ornements d'église, brodés de perles et de corail, en velours, en soie, dons magnifiques de nos pères, ont été enlevés par les seigneurs, qui en ont fait des corps de jupes et des chaperons pour leurs femmes. Aussi nos temples sont-ils maintenant si misérables qu'on n'a même plus le moyen de fournir au pasteur une aube pour monter en chaire et débiter son sermon. » « Quant à ce qui regarde les ministres eux-mêmes, ils sont très peu aidés par les autorités évangéliques. Lorsque le seigneur veut aller à la chasse, il oblige le ministre à se mêler à ses piqueurs, à ses valets; il veut qu'il crie comme un arracheur de dents, et le pauvre pasteur des âmes est obligé de suivre la meute et d'obéir. Avec cela, il vit dans des transes continuelles : « Curé, si tu me perds mon chien, je ne t'oublierai pas! » « Le commun peuple, qui comprend autant l'Evangile que la vache connaît le dimanche, gémit et répète : Depuis que la doctrine luthérienne a été prêchée parmi nous, il n'y a plus de bonheur ni de salut pour nous ; depuis ce temps, aucune étoile ne nous a lui; nous avons été visités par la guerre, la peste, l'enchérissement des denrées, les mauvaises récoltes ; un malheur a toujours succédé à un malheur i. »
Jacques Andrea, prévôt et chancelier à Tubingue depuis 'lo63, étudiait depuis longtemps avec beaucoup d'attention la situation morale et religieuse du peuple protestant. Bien que violent adversaire du papisme et de l'Eglise Catholique, il avouait que, depuis l'avènement de la nouvelle doctrine, les antiques vertus nationales avaient disparu et qu'on voyait se produire beaucoup de vices inconnus jusqu'alors. « Parmi nos luthériens, » disait-il en L^68, « on ne voit point trace d'amélioration depuis Luther; les mœurs sont licencieuses, épicuriennes et brutales; nous sommes témoins de mille excès honteux dans le boire et le manger; la débauche, l'avarice, l'orgueil, le blasphème, sont^à l'ordredu jour, et les nôtres, tout comme les papistes, entendent demeurer impunément dans leur idolâtrie; la discipline grave et chrétienne que Dieu recommande si expressément dans son saint Evangile passe pour un
1 P/arr-und Pjriindebeschneiderteufel [Uvsd, 1573) J.J, ^-''.