‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 558 sur 572 · TENTATIVE DL.MOIV DE JACQUES ANDREA · texte numérisé non relu

TENTATIVE DL.MOIV DE JACQUES ANDREA

nouveau papisme et pour une tyrannie digne des moines. •» « Nous savous maiulenant, » disent-ils, c que nous pouvons être sauvés par la seule foi en Jésus-Christ. Le Sauveur, par sa mort, a satisfait pour nos péchés, que jamais nous n'aurions pu expier par nos jeûnes, nos aumônes, nos prières et toutes nos bonnes œuvres. Laissez-nous donc eu paix avec ces œuvres, puisque nous pouvons nous passer d'elles ! » Et afin que tout le monde sache l)ien qu'ils ont en horreur le papisme et qu'ils ne mettent pas leur confiance dans les bonnes œuvres, ils n'en font aucune. Au lieu du jeûne, la gloutonnerie, l'ivrognerie le jour et la nuit; au lieu de l'aumône, l'exploitation criminelle du pauvre; au lieu de la prière, le blasphème, un blasphème si horrible qu'il dépasse ce que les Turcs peuvent proférer de plus exécrable. Au lieu de l'humilité chrétienne, l'orgueil, le faste, l'arrogance, le luxe, l'indécence des habits. Et tout cela, décoré du nom de mœurs évangéliques ! Ces pauvres gens se persuadent en outre qu'ils ont au cœur une foi robuste, qu'ils adorent un Dieu plein de miséricorde et qu'ils valent bien mieux que les papistes idolâtres et apostats. « Les excès de table, la débauche sont tous les jours plus fréquents.» « Nos chers parents, comme je l'ai entendu dire bien souvent aux vieillards, n'ont jamais confié les charges ecclésiastiques aux ivrognes, aux piliers de cabaret. Autrefois on les évitait, on les fuyait, ils étaient exclus de toute société et ne trouvaient pas à se marier. C'est ainsi qu'agissaient nos bons ancêtres, que la lumière de l'Evangile n'éclairait cependant pas encore. Comment pourrons-nous justifier notre conduite devant Dieu, nous, sur lesquels il a fait briller sa divine lumière! » « Le principal auteur des honteux excès de table, c'est le démon. » « L'excès du boire n'est généralement pas considéré comme un péché ni par les grands, ni par les petits. Ou habitue à boire les petits enfants, ceux-mêmes qui ne savent pas encore bien parler, ce qui ne se voyait jamais du temps de nos pères. Les horribles imprécations, aujourd'hui si comuuines, étaient inconnues jadis, et quand on surprenait (juelqu'un dans ce vice, beaucoup moins affreux alors qu'il ne l'est devenu, on lui faisait subir la torture, ou bien on l'envoyait en prison. »

« Selon qu'il avait été prédit, la doctrine d'Epicure règne sous le nom d'Evangile; ou n'honore l'Evangile et la vérité que des lèvres, tandis (|u'()n agit do toutes ses forces contre ses préceptes; il semble que les chrétiens n'aient été appelés à sa divine lumière que pour n'avoir plus à se préoccuper de pitié, de loyauté, de décence, de iiKtiliralicm, de charité chrétienne, et ponvoirsc livrer impunément à toutes sortes d'actes pervers. » « iMalheureuseuicnt pour nous.

TENTATIVE d'UNION DE JACQUES ANDREA. 519

nous sommes tous prophètes en ce moment, car là où deux ou trois sont ensemble et se plaignent de la façon dont va le monde, surtout parmi nous autres Allemands, ils tombent d'accord pour dire : Les choses ne peuvent durer longtemps ainsi; une catastrophe est imminente; notre état ne peut empirer! Il n'y a plus de crainte de Dieu, peu ou point de probité, plus de foi; le vice triomphe, nous serons visités avant peu par le courroux du ciel; il n'en peut être autrement^. »

Andrea « regardait comme une des causes principales d'une si terrible corruption » les querelles qui divisaient les Evangéliques dans la bien-aimée patrie. (( Nos disputes, » disait-il v troublent la foi populaire, et rendent les âmes incertaines de ce qu'elles doivent croire. » « Les Eglises protestantes, » écrivait-il en 1570 au prince d'Anhalt, « sont discréditées en tous lieux à cause de la fureur de calomnie qui les tourmente. On leur reproche avec raison leur désunion; en effet, à peine si l'on pourrait trouver dans toute l'Allemagne deux ministres entièrement d'accord sur tel ou te article de la Confession d'Augsbourg. » Andrea passait sa vie en de vaines tentatives de concorde. A plusieurs reprises, dans l'espoir d'atteindre son but, il avait été jusqu'à compromettre son renom théologique. Aussitôt après le colloque de Zerbst^^^ il avait rompu avec les Philippistes de Wittemberg, et disait maintenant de la somme théologique deMélanchthon, qu'auparavant il avait déclarée d'une rigoureuse orthodoxie, (( qu'elle était toute remplie de détestables erreurs ». Dans une suite de sermons publiés en 1573, il fait du Catéchisme de Lutherie symbole uniquede la doctrine protestante et lance l'anathème à toute doctrine qui lui est opposée. Pour complaire à Martin Chemnitz, dont il s'était rapproché, il réédita ces sermons sous forme d'articles dogmatiques sous le titre de Concorde Souahe. Le duc Jules de Brunswick approuva l'ouvrage, et, grâce à son zèle et aux efforts de Chemnitz, l'union de l'Eglise de Souabe et de celle de Basse- Saxe fut bientôt un fait accompli 3.

1 Erinnerung nach dem Lauf der Planeten gestellt (Tubin^ue, 1568), pp. 22, 49, 140, 146, 181, 191, 202. Dreizehn Predigten vom Tarken (Tubingen, 1569), pp. lOG et suiv. Voy. Döllinger, t. II, pp. 375-378.

2 Voy. plus haut, p. 367.

3 Döllinger, t. II, pp. 379-380. Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. III,

52« TENTAT IV F. d'UMON DE JACQUES ANDREA.

La restauration (lu Luthéranisme dans le Palatinat l'ut considérée parles Protestants comme un événement providentiel, et comme lavant-coureur de la conciliation prochaine. Sous l'Electeur Louis, riiostilité religieuse, qui depuis tant d'années avait séparé le Palatinat de la Saxe, cessa d'agiter ces pays. « Louis et Auguste, animés du même zèle, marchèreiit dans les mêmes voies pour le triomphe de la vraie religion. » Ils unirent leurs efforts à ceux de l'Electeur de Brandebourg, pour combattre le Calvinisme et travaillèrent avec ardeur à grouper autour d'eux tous leurs coreligionnaires.

Auguste fut le premier et le plus puissant patron de « l'œuvre de concorde ». Andrea en fut « le vrai père selon l'esprit ».

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