POLITIQUE EXTÉRIEURE DANS SES RAPPORTS AVEC L ALLEMAGNE
sacré dans un continuel péril. Avant que d'être témoin de l'abaissement sans remède du nom chrétien et allemand Jo tenterai tout, je hasarderai tout *. »
Ferdinand fut proclamé roi à la diète de Presbourg par un grand nombre de magnats, de députés de villes libres, et de membres de la petite noblesse.
A dater de ce jour, tous les ennemis de l'Empereur et de Ferdinand devinrent les amis de Zapoli.
Les rois de France et d'Angleterre exploitaient ses ressentiments, qu'ils attisaient tous deux à l'envi. Henri VIII recommandait à son ambassadeur à la cour de Hongrie d'avoir constamment en vue l'abaissement de la maison d'Autriche -, et François I" promettait à Zapoli que. lui et ses alliés, lui prêteraient au besoin un énergique appui. Son ambassadeur, Antoine Rincon, lui écrivait-il, lui donnerait à ce sujet des renseignements plus précis 3. Kincon, à la cour du roi de Pologne, se montra fort actif pour les intérêts de Zapoli. Aussi l'ordonnance du roi Sigismond, portant qu'aucun Polonais ne pourrait prendre du service en Hongrie, demeura-t-cUe comme non avenue. « Malgré la défense royale, » mandait de Cracovie l'ambassadeur de Ferdinand au chancelier Harrach, « beaucoup de Polonais quittent le pays pour aller servir le voïvode. L'ambassadeur de France se conduit en flibustier, sans la moindre vergogne. Il fait charger piques, fourches et harnais devant son hôtel, et les envoie en Hongrie. Votre Grâce ne saurait croire avec quelle sympathie on accueille ici l'envoyé de la France '*. »
Les princes allemands, eux aussi, poussaient Zapoli à s'opposer à Ferdinand ; parmi eux, les ducs Guillaume et Louis de Bavière se montraient les ennemis les plus acharnés de la maison d'Autriche, souhaitantnon seulement son affaiblissement, mais sa ruine complète.
Le principal prétexte de la politique hostile des ducs leur était fourni par la compétition qui s'était engagée au sujet de la couronne de Bohême.
La mort du roi Louis avait laissé vacant le trône de Bohême. Ferdinand d'Autriche y avait les premiers droits par ses anciens titres
• Das Ilaw Octteirpicli, ein ScliiUl der Chri'^ten/ieit, p. 39.
5 Voy. VicTon VON Ivraus, /i'«7//.sr//f? l^iplomatie im Jahre 1 3i7 . Vienne, 1871. s LeUre du :2i février io27. — Charrière, t. I, p. loC-loH.
♦ Lettres du seigneur de Logscliau, de juin à août 15:27, dms Bocholtz, t. lit, p. 214-2-2-2.
a POLITIQUE EXTKlilEURE DA.NS SKS UAl'l'UHTS AVEC l'aLLEMAGNE.
héréditaires et par les litres de sa femme, fille- et sœur des derniers rois de Bohême. Néanmoins, désireux de mettre toutes les chances de son côté, il commença par solliciter les suHragesdes grands feudataires. Il litdonc représenter auxÉtats, réunis àPrague, le 8 octobre lo2G, que la reine Anne et lui étaient les hériticrsdirecls, les parents les plus proches du roi Louis, et qu'en vertu des anciennes lois du royaume, il devait être préféré à tous ses rivaux; qu'outre cela, il était d'extraction royale, frère de l'Empereur, intimement uni à lui, et pourrait garantir à la Bohême, fief et partie intégrante du Saint- Empire, la puissante protection de Charles-Quint lequel, dans tous ses périls et nécessités, s'empresserait de lui venir en aide. Quel autre prétendant n'unissait autant d'avantages?
Mais de nombreux compétiteurs lui disputaient la couronne. L'Électeur Jean de Saxe la convoitait, soit pour lui, soit pour son fils Jean Frédéric^ ; le margrave deBrandcbourg la recherchait pour son fils Joachim, François 1^'' et Sigismond, pour eux-mêmes. D'autre part, Guillaume et Louis, ducs de Bavière, mettaient tout en œuvre pour l'emporter sur tant de rivaux. Aussi représentaient-ils en tous lieuxFerdinand comme le futur oppresseur de la Bohême, l'ennemi de toutes sesliberlés-, etsouscrivaient-ilsde grand cœur à la proposition dun de leurs chargés d'affaires, alors à Prague, qui les pressait de corrompre les membres les plus infiucnts des états de Bohême, et de les satisfaire en tout ce qui fialtait leur intérêt, pour les gagner plus sûrement, et les mettre « dans la bonne voie '^. » Weissenieldor, leur chargé d'affaires, ne tarda pas à leur écrire qu'il espérait les meilleurs résultais des sommes partout largement distribuées \ et que l'ambassadeur de France lui avait donné sa parole que, dans le cas où François 1°' ne serait pas élu, il ne songerait plus
' Voy. les délibérations des Etats de Bohême, t. I, p. 125-13Ô. « Le duc luthérien Jean <le Saxe me surprend grandement, » lisons-nous dans une lettre anonyme de Bohême,; « il s'est i)résenté, comme je le crois, avant que les Bohèmes n'aient songé à lui, car ils seraient volontiers restés longtemps encore sans roi. — Les pauvres Bohcaies ont bien longtemps prié le ciel avec ardeur, ils ont fait chanter la messe dans toutes leurs villes et bourgs, ils ont ordonné des processions et des jeûnes, pour que Dieu leur accordât un bon souverain et protecteur. Dieu veuille qu'ils soient exaucés ! » — JJelihrrutions tins Éla's di; Uuliànc, t. 1, p. 70. — Voy. la relation du seigneur de Scliônberg au duc Georges de Saxe, 6 oct. Iô2(5. — D'après les articles signés ii la diète le H oct. louchant l'élection (voy. 43-41), un l)rétendant luthérien ne pouvait prétendre au trône.
^ Voy. leurs lettres dans les Dcülicvalions des Élals de Bolit'i/ie, t. 1, p. iiÜ-i-23.
3 DélU) ■râlions d::s Èlah dr liuluUnc, t. \. p. 1-2«.
* « Le livre jaune » de Bavièie, c'est-à-dire la liste des sommes .'i fournir, nou< présente un cbilTri! de :23'i.riiJU ilorins. Encore la liste n est-elle pas complète. 11 } manque cinq noms. — Déi.béralions des LtaL de Iiavi:i\-, t. 1, p. 127.
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qu'aux intérêts de la Bavirre; si Ferdinand formait quelque entreprise contre les ducs, le roi de France, de son côté, s'était engagé à leur venir en aide « par des secours d'argent ou autrement ». En revanche, l'ambassadeur français avait obtenu des ducs la promesse (ju'ils so montreraient les alliés dévoués de François, en tout ce qui serait en leur pouvoir *.
Le jour même de l'élection (23 octobre 1526), les ducs furent informés par leur ambassadeur que l'un d'eux venait d'être élu par le collège électoral, et serait proclamé roi le jour suivant en l'assemblée générale des États. « Je prie Votre Grâce de m'accorder le don de joyeux message, » écrivait de Prague, le 23 octobre, à Fundes ducs, Gaspard Grubcr, « car Votre Grâce vient d'être élu roi de Bohême; » et Weissenfelder, ajoutant un post-scriptum àla dépêche, disait à son tour : « Je pense avoir mérité le don de joyeux message -. ))
Aussi la déception fut-elle araère lorsqu'on apprit, à Munich, que Ferdinand l'avait emporté sur tous ses compétiteurs, et qu'une ambassade solennelle avait été chargée de l'inviter à venir au plus tôt prendre possession de ses états.
Cachant néanmoins leur dépit, les ducs s'empressèrent d'offrir leurs félicitations au nouveau souverain. Ce n'éiaitpoint par animosité personnelle envers lui, assuraient-ils, qu'ils avaient prétendu au trône de Bohême. Proches alliés, cousins de Ferdinand, ils espéraient son appui en toute circonstance, et s? comporteraient toujours envers lui « comme de bons et fidèles parents ^ ».
Toutefois, à dater de ce jour, le chancelier Léonard d'Eck commença en secret ses déloyales manœuvres.
Au risque d'allumer la guerre civile en Allemagne, il résolut d'écarter à tout prix Ferdinand du trône, bien que l'élection de celui-ci fut parfaitement régulière. 11 se flattait que la défaite de l'Empereur en Italie servirait les vues de son ambitieuse politique.
En llalie, la guerre venait d'éclater.
Une dernière fois, l'Empereur (novembre Ld26) avait fait assurer le Pape de son ardent désir de voir la paix se conclure, lui donnant la solt;nnellt' assurance que ni lui ni son frère ne désiraient étendre d'un pouce leurs possessions en halie. <( Je ferai l'impossible, » écrivait-il le 30 septembre à Ferdinand, « pour obtenir la
1 Lettres aux ducs, 11 et 20 octobre 10^6, dans les Délibérations ch:s Liais de Bohême, i. I, p. I40-I4Ö.
2 Déiih'h niions des Élal-- de Boliéme,X. I, p. ioi.
' Voy l'iuslruclioii de Ferdinand, dans Muffat, p. 35.
dC iHii.rnoLi-: extkrieurf. dans ses rappouts avec l Allemagne.
paix et ma propre sécurité. Plutôt renoncer à mes avanta^^es (luc, par ma laute ou ma complicité, troubler la tranquillité de la Chrétienté. Les instructions (pie j'ai données au vice-roi de Napics pour la conclusion de la paix contiennent des concessions qui ne sauraient être plus lar^^cs, et (juc mes ennemis no peuvent souhaiter meilleures. Mais k' véritable perfurbateurde la paix, » ajoutait-il» « c'est le roi de France, (pii a résolu de me chasser coûte que coûte de l'Italie * ».
Léonard d'Eck mandait en janvier 15^7 au déléguéfrançais, alors à Coire, « que les ducs, ses gracieux seigneurs, avaient appris avec la plus vive satisfaction le mauvais succès des affaires de l'Empereur en Italie "^ ». « Si Charles, » écrivait-il aux ducs le 2 janvier, « venait à être chassé de la péninsule, non seulement il deviendrait aisé de déposséder Ferdinand du trône de Bohème, mais, au prixde très légers efforts, on pourrait venir à bout de lui ravir aussi ses possessions d'Allemagne. » Pour retarder et entraver le couronnement de Ferdinand, il fallait présenter aux magnats de Bohême les atfaires d'Italie comme extrèmemcntembrouillées et grosses de périls. De cette manière, Ferdinand serait gêné dans tous ses actes, et la confusion se mettrait partout •'. Eck disait avoir été ravi d'apprendre par Henri de Schwihau qui, de Prague, en avait informé les ducs, que Zapoli armait contre Ferdinand, et avait donné permission aux Turcs de traverser ses états pour envahir la Garniole et la Garinthie, dansie cas où Ferdinand songerait à donner l'assaut au château de Presbourg '\ « Plus on poussera Zapoli à agir contre l'archiduc, » écrivait le chancelier, «. mieux cela vaudra. Les ducs doivent persuaderau voïvode, en lui faisant de beaux contes, que Ferdinand n'a rien à attendre de l'Empire et que, personnellement, il n'a ni argent, ni ressources d'aucun genre ^. »
Dociles à ces conseils, les ducs félicitèrent chaudement Zapoli de son avènement au trône •' et s'offrirent à conclure avec lui une alliance de vingt ans ". Ils lui envoyèrent aussi la joyeuse nouvelle de la réussite de K-urs efforts : ils étaient enfin parvenus à
• Voy. Lanz, Corresponilrnz, t. I. p. :227-22S. — Bucholtz, t. III, p. îii.
* MUI-FAT, p. 11-12.
* LeUresdcs 19 el 2i janvier 1.')'27, lians les Drlilirral/ons des Èhils de Bolu'me,
t. I, p iyi-i'.t4.
♦ l.eUre du 9 février loi?, dans les Délibrraliuns des Étals de Bohême, t. I, p. I8i-I8(l.
* Dans Mun-'AT, p. <» 9.
• Inslruction des ducs | oiir ('oiir.id Posnilzcr, janvier 1527, dans Mimkat, p. 1-3.
" i'rojei d'avril l.'i-'?, voy. .Mi'k.'-at, 29-31.
POLITIQUE EXTÉIUEUaE DA.NS SES RAPPORTS AVEU LALLEMAG.NE . 17
dissuader les membres du Saint-Empire de fournir aucun secours à Ferdinand K
Lors([ue celui-ci, informé de ses déloyales menées, s'en plaignit aux ducs, témoignant son étonnement de voir « ses fidèles amis et cousins », malgré tant de protestations d'amitié, se comporter ainsi vis-à-vis delui "^, les deux frères nièrent énergiquement avoir jamais conclu aucun traité avec Zapoli; jamais, dirent-ils, ilsn'avaicnt eu le moindre rapport avec le voïvode de Transylvanie, le soi-disant roi de Hongrie; jamais ils n'avaient rien fait qui pîit léser en quel. pie
chose les intérêts de Ferdinand etd'Anne. Tout au contraire ils avaient, en toute circonstance, fait prcuvede la fidélité et du dévouement que de proches parents se doivent entre eux. Leur plus grand désir était (jue la guerre, les dissensions fussent évitées à l'avenir, non seulement en Hongrie, mais dans tous les états deFerdinand et de la reine son épouse. Si le voïvode osait un jour former quelque entreprise contre Ferdinand, les ducs étaient résolus, comme il convenait à des (( princes loyaux et chrétiens, à se montrer toujours les fidèles et dévoués cousins du roi de Hongrie ^ »,
Et cependant Eck n'avait au fond qu'une seule pensée : mettre à néant partout et toujours les desseins et les espérances de Ferdinand '*.
Ce but, il voulait le poursuivre jusqu'en Allemagne, par l'obtention de la couronne romaine pour la maison de Bavière et, pour y parvenir, il comptait sur l'appui de la France.
Dès 152i, le duc Guilkuinie avait fait part à l'Électeur Palatin Louis de son désir d'être élu roi des Romains et lui avait promis cent miile florins en échange de son sulfrage. Il ne doutait pas qu'il ne fût très facile de venir à bout, par des moyens analogues, des autres Électeurs \ En 152(3, il s'ellorça de gagner à ses intérêts le comte palatin Frédôric^ Au moment où s'organisait la ligue de Cognac, Clément Vit s'olfrit de lui-même à lui prêter cent mille ducats, s engageant en outre à l'aire tout ce qui serait en son pouvoir pour soutenir son dessein '.
' La propositioa est écrite Je la propre maiu de Eck (lo27 le 18 mai^- vor AliTFAT, p. 42-43. '
2 Iiisiructioade Ferdinand pour Sigisaiond Louis de Pollieim aux ducs de Haviè e {■2Ï avril lài7),daQs .Uuki.-.vt, p. ;3J-3S). — Délibcvalions des États de Bohriue, t.', p. i'i7-2ii». '
3 lîépoiise des ducs ù Ferdinand (2t> mai lo-27), dans Mlffat. p. i3-'»7.
* Lettre de Eck au duc Guillaume (2 déc. l.j^>7 , dans .\kr;-AT, p. 33.
* \ oy. Juitu, p. 020.
6 liuB. Lkouius, Annales d.' Luta Frideriri, p. 9i-9.j.
' Yoy. le rapport envoyé de Kome par le chargé d'affaires bavarois. Bonaventure K'nrss, dans Suùenu.'^i.m, liitijer.ts Kirch: i ail Vol'csy.tslAude, p. 10, note i'i.