‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 560 sur 572 · LE LIVRE DE TORGAU · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE TORGAU

calviniste dans l'âme. A l'entendre, l'Alcoran turc parlait mieux de Jésus-Christ que de semblables théologiens. Pour être sauve, il fallait de toute nécessité, croire que Jésus-Christ, selon son humaine nature, est présent partout, dans les pierres, dans les herbes, dans les bâtons, dans les cordes. Major ripostait tout en colère qu'on devait chercher le Sauveur dans ses paroles et dans ses sacrements, non dans les corps, et que les brigands et les scélérats dignes de la corde pouvaient l'y aller trouver si bon leur semblait. Il déclarait de plus qu'il ne se laisserait pas faire la loi par Andrea jadis apôtre d'une doctrine toute contraire; il espérait, disait-il, que l'enquête et la signature demandée pour le nouveau formulaire auraient de meilleurs résultats que les enquêtes et les signatures précédentes. Bien qu'en Thuringe il eût déjà assiste a cinq enquêtes, l'une avait toujours voulu corriger l'autre, mais aucune n'avait jamais produit de bons fruits, de sorte que les commissaires avaient fini par être chassés du pays K

« Le livre de Torgau » fut reçu sans difficultés dans le Wurtemberg à Bade, à Brunswick, dans le Meklembourg, à Lübeck, Hambourg et Lunebourg. Les ministres de ces trois villes voulaient que le nouveau formulaire fût présenté par l'autorité aux instituteurs que tous fissent connaître leur adhésion en termes clairs, nets et précis, et que si l'un d'eux usait de paroles équivoques, il fut immédiatement destitué, « comme un traître déguisé, un homme sans principes, un hypocrite et un faux frère ». D'accord avec les prédicants du Brunswick, ils décidèrent qu'aucun écrit théologique ne serait imprimé à l'avenir avant d'avoir passé par la censure, et qu'il serait défendu aux libraires de répandre des écrits de toute provenance et de tout pays. Des commissaires spéciaux furent chargés de faire exécuter la loi.

Les théologiens de Prusse donnèrent leur plein assentiment au formulaire et déclarèrent Mélancbthon « hérétique et séducteur du

peuple ».

Au contraire, ceux de Poméranie le rejetèrent avec horreur et réinsèrent d'admettre que tous les écrits de Luther eussent une autorité doctrinale. Des trois ducs du Holstein, deux refusèrent de signer. Les théologiens d'Anhalt protestèrent. « Dans les nombreux anathèmes prononcés par le formulaire, » dirent-ils, « nos ennemis seront heureux de constater qu'en l'espace de quarante-sept ans les Protestants se sont divisés en plus de cent sectes diHerentes. A cause d'eux, ne devrions-nous pas rougir de cette déplorable guerre entre

1 Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. IV, doc, pp. u0-o9.

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ministres, et ne ferions-nous pas mieux do ne pas révéler nousmêmes notre propre ignominie ^'' » « Il est dangereux et scandaleux, » écrivait à Andrea Joachim Ernst, prince d'Anlialt, le ^3 mars 1577, « de réunir tant de colloques, d'imaginer sans cesse de nouvelles phrases à double sens, d'user de termes subtils, nouveaux, contradictoires, propres seulement à fortifier nos adversaires et à troubler les Églises et les écoles. Si de cette tentative de concorde, la discorde et la persécution devaient sortir, que ses auteurs en supportent toute la responsabilité 2 1 >, « Dans les entrevues d'Andréa avec les ministres d'Anhalt, » mandait Joachim Ernest au landgrave Guillaume de Hesse, « des choses si abominables se sont passées que nous aurions horreur de les écrire ^. »

En Hesse, le livre de Torgau rencontra également une vive opposition. Andrea eut de longues conférences avec les trois landgraves; Guillaume, surtout, prenait un ardent intérêt aux questions théologiques.

Pendant un des entretiens qu'il eut avec Andrea sur rEucharislie, il voulut savoir l'opinion de son fils Maurice, alors âgé de quatre ans.« Le jeune maître a dit, » mandait Andrea le 8 août à l'Electeur Auguste : Mon avis est de s'en tenir à la parole. A table, le landgrave nous a rapporté le mot de l'enfant, mais le petit seigneur de quatre ans a corrigé aussitôt son père, disant : Non, j'ai dit qu'il fallait rester dans la parole. A vous parler franchement, je ne pense pas que tout ceci soit arrivé par hasard, et ce qu'a dit ce jeune prince doit sans aucun doute nous faire réiléchir et nous rappeler ce que dit saint Mathieu au v. 18, « qu'il faut s'en tenir au sens littéral de la parole do Dieu '' ».

Le surintendant Meyer, dans un synode réuni par le landgrave à Cassel dans le but d'examiner le formulaire de Torgau, dit : « Il y a environ un an, l'Electeur Auguste a fait imprimer le texte do la Confession d'Augshourg et plusieurs autres écrits de Mélauchthon et nous les a présentés comme la règle définitive de la foi. Depuis, les théologiens de léna en ont publié un autre ■•, et voici qu'on nous offre maintenant le livre de Torgau comme seul formulaire orthodoxe. Si nous l'acceptons, no semblera-t-il pas que tous les jours nous éprouvions le besoin de changer de religion? Dans le

' IIii'i'F,, (i'ixrli, des Protrs/an/isiiins, I. III, |>|i. i:î',tcl siiiv. « Hi:i-i'i;, t. m, pp. 1K0-1K7.

3 Hki-i'i:, t. III. p. 1H8, noie . « Ilnrni, p. '.»8'> , Piii:ssei,, Andrea, pp. 37-38.

'■' * Ordiii.lircincnldcsigiic .sous le nom de Corpim 7'/iiirin;/icitiii , iinprimr m 1Ö71, WAi.crr, l{eli(jiunslrcili(jkeilen der Ktoinr/cllutherisclien Kirclu-, I. V', p. ('i5.

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