‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 59 sur 572 · CONSKQURXCES DE L ANARCHIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

CONSKQURXCES DE L ANARCHIE RELIGIEUSE

comme suffisamment instruitpour rem:kliei'aii mal. Investi et oint par Dieu lui-môme, par lui revêtu du pouvoir sacerdotal, il avait le devoir, sous peine d'encourir la disgrâce divine et d'exposer son salut, de prrcher publiquement la parole de Dieu.

Il était impossible, cela va sans dire^de fonder une nouvelle Église, une nouvelle constitution ecclésiastique, sur un semblable principe^. Ce qui devait arriver arriva, l'anarchie religieuse ne se fit pas attendre. On vit de tous côtés surgir de nouveaux docteurs, tout aussi autorisés que Luther à interpréter la sainte parole, se vantant d'en posséder seuls la véritable intelligence et donnant leurs opinions personnelles comme le seul évangile admissible. Aussi Luther, dès 1525, laissait-il échapper cet aveu : « De nos jours, il y a autant de sectes et de Credo que de têtes. Celui-ci nie le baptême; celui-là rejette le Saint-Sacrement; cet autre veut qu'un monde intermédiaire sépare notre terre du jugement dernier. Ceux-ci enseignent que le Christ n'est pas Dieu; l'un dit ceci, l'autre cela. Point de rustre si grossier qni ne s'imagine avoir reçu une mission du Saint- Esprit, et no prenne toutes ses rêveries pour autant de révélations prophétiques 2. »

Partout où l'on avait rompu avec l'Église se faisait sentir le défaut de cette antique autorité qui jadis avait décidé de tout sans contestation, et tranché toute difficulté sans que jamais on pût l'accuser d'avoir abusé de ses droits. Le sentiment qui reliait seul entre eux tant de nouveaux docteurs, divisés sur tout le reste, c'était une aversion commune pour les doctrines et les institutions catholiques, c'était le besoin de les insulter.

A mesure qu'avait grandi l'anarchie religieuse, les sciences, les lettres, les œuvres charitables avaient dépéri : les hautes études, les établissements d'enseignement supérieur, les écoles populaires s'étaient de plus en plus désorganisés. « Les écoles nous font défaut de tous côtés, » avouait tristement Luther; « on en viendra bientôt à ce que maîtres d'écoles, curés, prédicateurs manqueront à la fois.

* Voy. Maurenbrecher, Studien und Skizzen,^. 3ii-3i6. « Quant à l'idéal que se faisait Luther de la communauté chrétienne, » dit très justement l'auteur. « des obstacles sérieux en rendaient la réalisation très difficile. Disons seulement un mot de celui que comporte le fait Ini-même. A qui eùt-il appartenu de juger si tel ou tel individu appartenait réellement à la communauté orthodoxe? Luther n"a donné aucune solution satisfaisante à cette question, ni à d'autres qui lui touchent de près; il semble ne se les être pas sérieusement posées à lui-même. D'ailleurs, la communauté n'est pas l'Eglise. Là gît précisément le point le plus ardu du problème. Il s'agit d'établir et de consolider le lien qui rattache la communauté isolée au corps de l'Eglise. Luther ne nous montre nulle part le moyeu de résoudre le problème. »

2 Lettre aux chrétiens d'Anvers. — Voy. de Wette, t. III, p. Gl.

24 FORMATION DES KGLISES I) KTAT.

Faule d'avoir do quoi vivre, ils se décideront à prendre un métier, il no nous en restera plus. »

D'aulre part, les nouvelles doctrines sur la justification par la foi seule et sur le serf arbitre avaient exercé une inlluencc également funeste sur les œuvres charitables. On avait vu s'éteindre peu à peu cette ardeur généreuse qui jadis, dans toutes les classes de la société, avait pressé les âmes de mettre à la portée de tous les biens les plus élevés de la vie. Si, comme l'enseignait Luther, les seuls mérites de Jésus-Christ suflisent pour donner à l'homme la cerlitude d'être en ét:it de grâce; si le chrétien est juslifié par cela seul qu'il croit au U('dempteur ; si son salut est uniquement attaché à la médiation du Christ sans que de son coté il soit obligé à rien; si les bonnes actions, fruits de la foi, sont sans aucune efficacité pour la vie éternelle, il est clair que des milliers de fidèles, et la plupart de ceux qui recevaient cette doctrine, allaient trouver plus simple et plus commode d'abandonner lesbonnesœuvrcsqu'ilsavaient coutume d'accomplir, et laisser de côté, avec la confession, les pèlerinages et autres exercices de dévotion, les dons charitables, les legs pour les institutions de bienfaisance, les donations pour les églises, les hôpitaux et les écoles. Ce fut ce qui eut lieu. On cessa de donner, de sorte que les établissements de charité, les fondations léguées par nos ancêtres se virent promptement menacés d'une ruine complète ^

Les efTels de la doctrine du serf arbitre furent tout aussi désastreux sous le rapport des mœurs. On se plaignait de tous côtés de la dépravation croissante du peuple.

Ni ladoctrinc de Luther, ni lenouveau culte, c'est-à-dire le prêche, n'avaient réussi à fonder une nouvelle société religieuse; on n'avait abouti qu'à désorganiser, qu'à détruire. Dans les pays où l'on refusait d'en revenir à ranti(iue autorité ecclésiastique, on craignait avec raison que l'absence de toute juridiction, de toute discipline, ne fit bientôt disparaître pres(iu'entièrement jusqu'aux vérités les {ilus essentielles du Christianisme, et qu'au milieu de ral)aissement universel des nueurs, les derniers vestiges des vertus chrétiennes ne vinssent à s'eiraccr

Dans un j)areil péril, les chefs de la révolution religieuse appelèrent la puissance temporelle à leur secours, ils mirent I Eglise au service de l'État, ils chargèrent le pouvoir temporel de régler toutes les questions de foi, lui assurèrent la légitime possession des biens

' Voy. Dùiro srcond voliiinn, p. .31(1-3:21, p. 3S0-4i.'î. Sur l.i doctrine de la jiislificalioii par la fui t^eula mise en opposition avec la doctrine calliohquc, voy. l'opiis- <ule intiluii' : Itrlcfc an incliw l\iili/a'r, p. 82 ^^S.

FOlUiATION DP-.S Kf.LlSRS d'kTAT. 25

du clerg.; et des étahlissoinont religieux, cl en môme temps lui reconnurent le droit d'inlrudni;-e et de l'aire prêcher dans leurs possessions les nouvelles doctrines érigées en religion d Étal.

C'est ainsi que l'oHinipotence delÉiat en matière spirituelle naciuit des principes do riiérrsie et lut encouragée et développée par eux. Les princes, et dans les villes libres les magistrats, devinrent les administrateurs en chef des intérêts temporels de rÉglisc comme de tous ses biens. En même t mps.dans une complète indépendance de toute autorité spirituelle supérieure, ils s'érigèrent en pontifes suprêmes des églises naissantes. L'enseignement religieux fut placé sous la haute surveillance de l'autorité civile, et rendu dépen Jant du bon plaisir ou de l'agrément du pouvoir souverain.

La double doctrine do la puissance illimitée de l'État sur les sujets et do la subordination de lÉglise à la puissance temporelle convertit aux nouvelles doctrines un très grand nombre de princes, déjà fort alléchés par l'espoir de mettre la main sur les richesses du clergé. On a vu leurs convoitises cupides dès le début de la tourmente révolutionnaire de 1525 : elles se firent jour avec plus de hardiesse encore après la défaite des rebelles. Le grand maître de l'ordre Teulonique de Prusse, le margrave Albert dcBrandcbourg, l'Électeur Jean de Saxe, le Landgrave Philippe de Hesse, les margraves Casimiret Georges deBrandebourg-Culmbach les ducs Philippe,Otton,Ernest et François deBrunswick-Lunébourg,leprince Wolfgang d'Anhalt et le duc Henri de Mecklembourg se déclarèrent ouvertement les disciples et les protecteurs du nouvel évangile.

Dans les villes libres, « l'Évangile » recrutait aussi chaque année de nombreux partisans. Les cités, comma les princes, étaient ravies de voir se consolider leur puissance territoriale par l'airranchissemcnt de toute redevance auxévêques et aux abbayes, par la confiscation des biens de l'Église, la suppression de la juridiction des évoques, et surtot par la transmission aux magistrats de l'autorité épiscopale.

Assurément, dans les villes comme dans les territoires princiers, parmi les gouvernants comme parmi les sujets, chez les lettrés comme chez les simples, « l'Évangile » comptiit un grand nombre de partisans sincères. Mais les actes rudes, grossiers, violents, qui accompagn'Tent dans toutes les classes de la société, et surtout dans les villes, l'introduction des nouvelles doctrines, ne démontrent que trop le peu de part (ju'un réel et profond besoin religieux, une préoccupation morale élevée curent sur les nombreux changements de religion (pii se produisirent àcetteépoque. t)n se servait de la « liberté évangélique » tant j rônée pour opprimer toute liberté de con-

26 LR MARGRAVE CASIMIR DE ISRANDEBOURr, ET SES ACTES.

science, et nulle part le moindre c^ard n'était montré aux convictions r('liy:ieuses des chrétiens restés lidéles à l'ancien culte.

Afin de réaliser leur dessein avec le plus de liberté possible et sans avoir à redouter d'opposition, les princes luthériens cherchèrent à former des alliances « pour la cause de l'Evangile ». Certains quVii un moment de jjérilles riches cités libres pourraient leur prêter un utile secours, ils se touriiérent vers elles, et celles-ci. autrefois les plus fermes soutiens de la jtuissance impériale, et qu'une sage politique avait toujours rendues leurs adversaires déclarés, saisirent avec empressement l'occasion (pii leur (îtait offerte, et firent cause commune avec eux contre l'Empereur.

Le margrave Casimir de Brandebourg-Cuhiibacli fut le premier qui songea à exploitera son profit la défaite des rebelles.

A répo(iue où les chevaliers brigands désolaient la Franconie, Casimir avait été « en fort mauvais renom; » bien souvent, dans ses châteaux forts, il avait offert un asile à Thomas d'Absberg et à sesaflidés *. Pendant la gueri'e des paysans, son attitude avait été plus qu'équivoque; il avait entretenu des relations suivies avec les révoltés du camp de Wurzbourg, et ceux-ci avaient pu croire un instant qu'il allait adopter les donze articles et devenir lui-même un « frère chrétien ». Mais le 10 mai loio, le comte Guillaume de llenneberg lui ayant fait remarquer qu'il serait très facile, avec l'aide des paysans et du Landgrave de Hesse, de changer l'évéché de Wurzbourg en principauté temporelle et le margrave de IJrandebourg en duc de Franconie, Casimir avait fort goûté le conseil, et aussitôt la jonction de l'armée du Palatinat avec l'armée de la Ligue Souabe, jonction qui avait eu pour résultat la complrlc défaite des paysans à Kônigshofen, il s'était tourné contre les n'ïvollés. Ses meilleures troupes furent cmployt'^es à achever de les réduire, et bientôt il devint l'un de leurs plus impitoyables bourreaux. A Kissingen, l'exécuteur public fit crever les yeux, par sou ordre, à cinquantc-scj)! bourgeois. Un peu plus tard, deux frères durent {)asser en public par la même horrible mutilation, au milieu des lamentations des femmes et des enfants. Beaucoup d'insurgés eurent les mains coupées "-. Plus de cin([uante ()ersonnes, dans les deux principautés d'Anspach et de Bayreuth, subirent la torture, et les amendes recueillies par le margrave ne s'élc-

' Vo}'. noire second vol., p. 2V!î-2ir>.

* Vuy. uolrc scconJ vol., p. ü77-'j71I, p. .'iUGiOr».

CONVENTION DKS PRINCKS AU SUJET DES AFEArRES RF:Ll(ilEUSES 27

vrrent pas à moins de cent mule florins. La noblesse de ses états lui ayant lait (|uclques représentations au snjet d'une si cupide exploitation de ses sujets, Casimir répondit « qu'en sa qualité de prince souverain il se regardait commcparraitement autorisé à agir comme il le faisait». L'aisance dont jouissaient alors les paysans odrait une riche proie à la rapacité des princes ; parmi les condamnés et les proscrits, il lie s'en trouva que fort peu dont les biens, après tant de calamités, et les dettes une fois payées, ne rapportassent pas à la vente de cinquante à cent florins. Point de village où l'on ne rencontrât des cultivateurs possédant de sept cents à mille florins *. Et Casimir ne se borna pas à rançonner les paysans et les bourgeois, il mit la main sur l'argent, les joyaux, les vases précieux des abbayes placées sous sa juridiction -.

Après la défaite des rebelles, Casimir réunit à Forsheim les princes et les magistrats des villes faisant partie de la Ligue Souabe (il juillet 152o), afin de se coucerteravec eux sur les moyens à prendre pour qu'à l'avenir les révoltes populaires fussent évitées, €t que le peuple fût instruit «de la pure parole de Dieu » expliquée selon son véritable sens, une commission élue sous l'influence du margrave présenta à l'assemblée un rapport où les récentes émeutes étaient en grande partie attribuées aux piédicants, (<- parmi lesquels il s'en trouvait beaucoup d'ignorants et de séditieux. » Pour éviter, disait ce rapport, que de pareils événements ne vinssent à se reproduire, il fallait avant tout songera faire choix « de prédicants éclairés », faisant profession d'une foi pure, et tenus d'annoncer la parole de Dieu « dans son sens littéral ». Les princes de Franconie, les magistrats des villes, les évéques de Bamberg et de Wurzbourg seraient chargésde veiller à ce que la sainte parole fûtpréchée « intégralement, commeil convenait, et parde dignes pasteurs.» « Si les évéques déclaraient ne rien pouvoir décider en matière religieuse sans l'assentiment d'un concile général, » du moins devaient-ils s'engagera« tolérer les prédicants jusqu'à ce qu'une assemblée chrétienne eût prononcé sur les points débattus ». Les évé(]nes devaient aussi promettre ({ue les « cérémonies » (expression du temps pariaquelle on entendait surtout la messe) fussent réglées selon (jue les prédicants le trouveraient bon, nécessaire et juste ; puisque désormais on ne devait élireque des pasteurs chrétiens, instruits et éclairés, il était impossible de supposer qi:e, par rapport aux « cért-monics », ces dignes personnages tissent des changements inopportuns, ou

' D'après la valeur qu'avait alors l'argent, cette somme représente le revenu d'u Dob'e. — Voy. Lange, Geschichte von liaireuth, t. I, p. 19ti-l'.i7, 21-2.

- HoPLER, Frnnlüschc Studien, l.WW, p. 266, n" 1o3-1ü4.— Voy. FriedensbüR';, Zur Vorgeschichte, p. 34, note ii.

28 l'-l'IT HELIGIRUX DU M ARGUA VF. CA SIM 111. io^lo.

missent en lionneur quelque rite capable (1(; scandaliser les fidèles. »

Le l'ormulaire de Casimir contenait en outre des explications doctrinales sur la manière dont le nouveau dogme de la justilication, les commandements de Dieu, le saint Evangile et la liberté clirrtiennc devaient être ex|tli(|ué-i aux lid'-les i-.e prince, dans ce nouvel exposé, s'éearlail sensiblement du graii 1 prineii)e de Luther sur le salut par la loi seule; mais e<) revanclie il adoptait pleinement la nouvelle doctrine politique de Luther et de Mélanclil()n sur loninipotcnce du pouvoir. Les évêquesde Wurzbourg et de Ikimberg ne pouvaient naturellement donner les mains à de pareilles d('clarations.

A Forsheim, écrivait Casimir le 17 juillet au comte Palatin Frédéric, il n'avait pas été possible de s'entendre avec les évêques; au-isi se proposait-il de se rendreà Ambergjiour voir si, entrelui, les princes palatins et les États de Franconie^ il n'y aurait pas moyen de conclure un accord dont son formulaire fournirait la base. Quant à l'approbation des évé<jues, on pouvait, selon lui, s'en passer *.

Il fut décidé qu'à Auerbach, le 1(3 août, une entrevue aurait lieu entre Casimir et le comte Palatin. Avant celte entrevue, Casimir, son frère Georges et l'Électeur Jean de Saxe convinrent, à Saalfeld, que les Électeurs de Saxe, du Palatinat, tous les Électeurs et princes auraient eutr'eux une réunion préliminaire, et conféreraient ensemble au sujet de « l'Evangile » et des mesures à prendre pour (( écarter les malentendus» qui divisaient les princes temporels et spirituels -. A Auerbach, le comte Palatin Frédéric se chargea de convoquer tous les priuces temporels de la maison de Bavière à Essbngen. Là devait être rédigée une adresse à l'Empereur, le suppüanl de hâter la convocation d'un concile général oudumoins d'un concil«; national allemand, parce qu'il était urgent de s'entendre au plus vite sur la véritable interprétation delÉcriture. Si l'Empereur ne prescrivait pas une Diète d'Empire, le Palatinat et la Saxe se verraient obligés de convoquer en assemblée générale les Électeurs et princes, afin de pourvoir au plus pressé. Les Électeurs faisaient de plus savoir à leurs sujets que désormais la parole de Dieu serait précliée selon le formulaire de Forsheim qui allait être soumis à l'approbation des membres du corps électoral et des princes du Saint- Empire, Ceux-ci étaient autorisés dès à présent à l'introiluire dans leurs états.

Ce formulaire ne conleiiail donc pas seulement uiu'. doctrine

' J<i:ir., p. G2'»-G2.S.

- Voy. ij dépôcliede l'ambassadeur d- llos<e. llj!i!i,is'>r de Weitet- Ixuiseii, suriiO'inu- .'Ni;lira'iteiil)ach, (t.uis Ni;ui)i:(:ki;ii, l'ikuiuli-::, p. l.'i-^d.

PRKLIMl.N AIRKS DE LA DIKTK o'AUGSBOUnG. 20

religieuse provisoirement imposée à tous; il renfermait en outre une invitation à tous les princes d'avoir à se réunir, avec ou sans l'approbution de TEmpcreur, pour lixer à la pluralité des sulfrages lo véritable sens de TEvangile i,

Casimir no tarda pas à déclarer sa volonté à ses sujets. Le 30 aoiit, en son nom et au nom de son frère Georges, paraissait un édit olliciel décrétant que désormais le formulaire de Forsheim aurait force de loi pour tous les prédicants de la principauté, obligés de prêcher conformément à ses articles.

Les prédicants, disait lo formulaire, ne « prêcheront désormais <|ue la parole de Dieu pure et simple. Lorsipi'ils enseignent que la foi seule suflit pour être sauvé, ils doivent aussitôt ajouter qu'une foi imaginaire, inerte, n'a point d'efficacité pour le salut ; que la foi du chrétien doit être vivante, féconde en tout temps en bonnes œuvres, constamment appliquée au service de Dieu et du prochain, les bonnes œuvres étant les inséparables compagnes de la foi. Sur la liberté chrétienne et les rapports du prince avec ses sujets, les pasteurs doivent expliquer fréquemment au peuple, en bon allemand, (;ue ce qu'il faut entendre par cette liberté n'est autre chose qu'un bien tout spirituel et intérieur, ayant son siège dans l'àme et non dans îa chair; ({u'elle signifie l'affranchisscmentpar le Christ de la loi (Je péché et de mort, et qu'il faut bien se garder d'entendre par là le droit de supprimer les taxes, rentes, impôts, dîmes ou toute autre « corvée », comme parle !e peuple. Les sujets sont obligés d'obéir aux autorités dans toutes les questions, affaires ou commandements temporels. Quand le pouvoir édicté une loi contraire à ré(iuité, le peuple est obligé de se soumettre. A supposer (lu'une autorité quelconque prive les individus d'un revenu légitime, les sujets ne doivent ni résister ni protester par des actes violents et séditieux, « puisqu'un vrai chrétien doit supporter l'injustice sans songer jamais à rendre le mal pour le mal- ;). Les prédicants (pli refuseraient de prêcher l'évangile (( pur et simple » dans le sens où l'entendait Casimir et ceux qui oseraient y mêler des « puérilités » (c'est-à-dire l'ancienne doctrine catholique), seraient punis par l'ordre du margrave dans leurs corps et dans leurs biens ^.

Mais au moment où paraissait ce document, !"édit impérial convo- ([uant les Etats à Augsbourg '' fut rendu public, do sorte que les

' JöfiG, p. 630-6 Jl.

s Vom DtR LiTK, p la^-ia.'^. — Voy. Hagev, Deiilchland's lUcr((riac/ie und religiöse VerhäHiii ne, t. III, p. 147-1 19. ' Voy. vü.\ UEu LiTii, p. IJ".

* Voy. plus h:;u|i. p. 1*.

30 l'UKLIMl.NAIRES DK LA D 1 K 1 K D ALGSBOURG.

princes luthériens et les villes résolurent d'ajourner jusque-là leurs décisions.

Au commencement de septembre ioio, les délégués des cités se réunirent à Spire. Mais comme la plupart des villes du Rhin n'y avaient pas envoyé leurs délégués, il fut impossible d'organiser cette ligue générale des cités libres que, vers la fin de juillet, dans une assemblée tenue à Ulm, on avait espéré voir s'eilectuer*. Les délibérations relatives à cet objet furent aussi remises à l'époque de la Diète d'Augsbourg, alors qu'une réunion plus nombreuse rendrait l'entente facile. Uelativcment aux qiiestionsde foi, les délégués des villes, comme l'avaient fait les princes, se plaignirent que le saint évangile lût expliqué au peupledans des sens difïérents, « d'oîi il résultait, comme l'expérience l'avait appris dans les récentes séditions, (jue les âmes étaient séduites, et que l'apostasie, la ruine de toute autorité, de toute police, devenaient inévitables. » Mais pour remédier au mal, les délégués ne voulaient pas entendre parler de revenir à l'ancienne unité de l'Église, et se bornaient à supplier l'archiduc Ferdinand d'obtenir de l'Empereur, pour les villes, le droit de parler et d'agir en matière de religion d'après un formulaire unique, conforme à la manière la plus généralement adoptée d'entendre la parole de Dieu -.

Le Landgrave Philippe de Hesse se faisait remarquer entre tous les princes luthériens par l'ardeur de sou zèle évangélique. Le 5 octobre, il envoyait son chambellan, Rodolphe de "Waiblingen, à la cour de l'Électeur Jean de Saxe, pour assurer ce prince de son entier dévouement à la cause de la « divine vérité » ,et le supplier de s'unir à lui, durant la Diète d'Augsbourg, pour s'opposer à tous les eflorts qu'allaient tenter le clergé et les papistes pour le maintien des abus et l'oppression de la vérité; l'Électeur était également prié de se rendre en personne à Augsbourg et de presser les princes amis de l'Évangile d-î prendre part à la Diète ^. Jean reçut ce message « avec une joie singulière ». 11 s'empressa de répondre ù Philippe (pie lui aussi était résolu de défendre l'Évangile de tout son pouvoir, et comptait s'entendre à cet égard avec les ducs de Mecklembourg et de Poméranic, le margrave de Brandebourg, les magistrats des villes, les comtes, et autres membres iiilhients de la noblesse, ahn (ju'il devint possible de travailler ellicacement et avec

1' Recez (les délcgiiés urbains rassemblés à Ulm, lîiio (le Jiinaiiche après saint Jacques), Ü3 juillet. — Archives de l'rancfort, «Der cröcrii Frein und lieiclisluU Abschiede, » 1525.

»* Hecez delà Diète de Spire, iliio (diin. après la Nativité de la saiute \ierge), 0 septembre. Archives de l'^rancfort. — Voy. uote 1.

» Yoy. Ujmmeu, t. 111, p. lU-i3.

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