DÉLIBÉRATIONS SUR LA QUESTION RK I.KJIEISE A LA DIKÏE DE SPIRE
on si grand nombre. Us étaient cause, aussi bien que les prédications séditieuses, de la scission qui s'était opérée *.
Mais la plupart des délégués des villes, parmi lesquels les juristes romains étaient eu grande majorité, tinrent un tout autre lan-
A la déclaration des Electeurs et des princes, qui leur fut remise .6 30 juin, ils répondirent en réclamant l'abolition immédiate des « lois et usages chrétiens y) qui, dans leur opinion, étaient radicalement opposés à la foi chrétienne et à la divine parole. Il était impossible, disaient-ils, de les tolérer jusqu'à la réunion du concile, car si les lidèles persévéraient plus longtemps dans leurs erreurs, le salut de leur âme serait en péril -.
Le 1" août, ils présentèrent à l'assemblée un cahier de doléances où étaierit exposés tous leurs griefs contre le clergé.
Les cahiers de doléances remis précédemment aux États, et tout récemment encore aux Diètes de Nuremberg (1523-lo2't), avaient également reproduit tout au long « les griefs de la nation allemande contre les prêtres et contre les déplorables abus du culte extérieur »; ces plaintes avaient toujours été suivies des plus sérieuses injonctions. Mais tout s'y rapportait exclusivement aux abus vrais ou prétendus du pouvoir spirituel dans l'exercice de ses droits, aux exigences exorbitantes et toujours pkisonéreuses delà cour de Rome, aux sentences de ban ecclésiastique prononcées à propos de contestations sur le lien et le mien, aux empiétements du clergé dans le domaine temporel, aux dispenses, à l'exploitation cupide des indulgences, aux cas réservés et autres ordonnances ecclésiastiques. Pas une seule ibis les divines bases, le fond doctrinal du Catholicisme, sa constitution ou même son culte ^ n'avaient été attaqués.
Le cahier de doléances de 1526 avait un tout autre caract'Te.
On en était averti dès le premier article, relatif aux moines mendiants. « Ces moines, » y était-il dit, « privent les ménages pauvres des villes des aumônes auxquelles ils ont droit ; de plus, comme on s'en plaint avec beaucoup d'apparence de raisonen mainte localité, ils extorquent de l'argent aux couvents de religieuses annexésà leur ordre. » Pour ces motifs, Icui' suppression était nécessaire; tous les autres couventsde moines etde religieuscsdevaient aussi ètrelermés. Il fallait confisquer les biens des monastères et les appliquer à l'avenir au soulagement de la misère. Le mariage devaitêtre permis aux prêtres, afin de mettre un terme aux scandalt-sdeleur vie privée.
« Vov. BccHOLTZ, t. III, p. 601,602.
» Voy. Kapp, t.U, p. Ü8Ö-ÜS8. - Franckfurter Reichslagsaclcn,\LU,io\. li-16.
' Voy. noire second vo!., p. 28ij, 3'i9.
4f) DKI.im-.RATIONS SLR LA QUESTION RKI.KWr.lSi: A I.A DIKTK l»K SPIUF..
Quant à la répression des abus, il était indispensable de reconnaître auxautoi'iti'S temporcllcset auxrnaj^iistrats kMlroitd'(''tablir des our(''S, des prédicateurs et autres serviteurs de ri-^giise, et d'éloigner les indignes. Les revenus des hôpitaux, le soin de les administrer, devaient être retirés aux clercs et remis aux mains des autorités et des magistrats. Les pouvoirs laïques seraient désormais investis du droit de décider sur les viandes défendues, sur le maintien ou l'abolition des jours fériés, «. selon que le réclameraient la situation particulièrc'ou les nécessités de chaque localité».
Allant encore plus avant, les villes demandaient « que par rapport aux cérémonies, c'est-à-dire à la messe, chacun eût la liberté de se comporter à sa guise, jusqu'à ce qu'un concile libre, chrétien, impartial ait fait connaître et publié ses décisions sur ce point et sur les autres obligations de la vie chrétienne, en ce qui concerne la parole divine o. Jusqu'au prochain concile, tout prédicant devait (Mrc autorisé à prêcher l'évangile librement et sans obstacle, à moins (ju'il ne vînt à troubler l'ordre ou bien à exciter les sujets contre l'autorité *. Quelques députés allèrent même jusqu'à proposer de l)rûler tous les livres de religion afin que« l'évangile pur» fût seul prêché. Mais cette motion fut repoussée -.
Ce cahier de doléances visait par beaucoup de ses réclamations à la transformation totale de l'Kglise Catholi(iue et à la transmission pure et simple de toute compétence ecclésiastique à l'autorité temporelle.
La remise de ce 'cahier le l'^'" août et l'élection qui eut lieu le même jour d'une grande commission chargée de délibérer sur toutes les affaires de la Diète décida les commissaires impériaux, le :jaoût, à une nouvelle démarche. Pour que les États, dans les questions de foi, ne prissent aucune décision importante, selon la volonté expresse del'Empereur; pourfjue lesmembres de la commission, conformément aux ordres foi-mels de Ch;irles-Quint. évitassent toute iuiiovation. toute mesure hâtive, ils résolurent de comnniiiiquer à l'assombléele texte même de l'inslrurtiou impériale. Or, selon le> termes de cette instruction, défense était faite à l'assi mbiée de prendre aucune détermination opposée à « la foi chrétienne, aux anticpieset vénérables décisions léguées par la tradition, enseignées par rb'giise. lois, cérémonies, usages ». Loiu d'enti-er dans cette voie, les Etals devaient se tenir fermement allacliésaux édiis publiés avec leur concours, conseil el volonté aux Dièles jin'-cédeutes de Worms e( de Nu-
' Be^rhvrniiss- ilcr Frci/uiul l'xcirlislrll (iiujcn tlm Gcislliihcn, 1" août. Vratikfurler Kcir/islfigsfictcii, \lAi, fol. 24-:M, piihliés par FiiiicDnNsnnio, liclvli.sl(i</ zu!^jjri/r. p.Si.'J .'öl. — Voy. IIöki.kii, Cliuriifts l'irk/ii'iiiirr, IJI-IJV.
• Seckkndoiik, t. Il, p. 43.
DÉLIBh^RATIONS SIR LA QUESTION nELIGFEUSE A LA DIÈTE DE SPIRE. *7
remborg, et veillera leur exécution dans tout l'Empire et dans leurs principautés respectives. Dans les temps troublés et périlleux que traversait l'Église, il n'appartenait qu'à un concile général do remédier au mal d'une manière énergi((ue et efficace, de travailler à la réforme si nécessaire des abus, en un mot de réviser dans son ensemble la législation chrétienne. L'initiative privée ne faisait qu'encourager et accroître l'erreur et la rébellion. Les gens du peuple, les simples, les ignorants, au lieu d'être éclairés et calmés, se vovaient fortifiés par elle dans leur chimère et dans leur penchant à la révolte * ».
A cette déclaration les Electeurs et princes se hâtèrent de répondre le môme jour que, lorsque les questions religieuses viendraient à être débattues ils se feraient fort de prouver à tous (|u'ils pouvaient accepter la responsabilité de leurs actes devant i)ieu, devant l'Empereur et devant tous les membres du Saint- Empire 2.
Dans la réponse des villes, présentée le 4 août à la Diète, il était facile de s'apercevoir du parti que les nouveaux croyants se proposaient de tirer des dissensions récemment survenues entre le Pape et l'Empereur. Maintenir les précédents édits, déclaraient les délégués d'un certain nombre de villes du nord, était impossible. L'instruction impériale, datée du 23 mars, avait été publiée à une époque où l'Empereur était encore en bonne intelligence avec le Pape; mais depuis que les armées papales avaient entamé les hostilités, il ne pouvait plus être question de réunir un concile. Le mieux serait doncd'envoyeràCharles-Quint une ambassade chargée de l'informer exactement de la situation de l'Allemagne, et de le supplier, pour éviter à l'avenir les troubles et les émeutes, d'autoriser la convocation d'un concile national, ou bien,dansle cas où la proposition ne lui agréerait pas, d'ajourner du moiusla mise en vigueur del'éditde Worms jusqu'aux décisions du futur concile général ^.
Les princes élirent une commission chargée d'examiner les traditions et cérémonies chrétiennes et d'en retrancher ce qui leur l)araîtrait répréherisible. Les évêquesde Wurzbourg, de Strasbourg, de Freisingen et Georges ïruchsess faisaient partie de cette com-
* • Fvnn/i-furter Reichsfag<'arf)^n ,XL\. fol. 3"2-3l. — Le projet présenté le 3 août ne clifTère en aucun point essentiel de la déclaration faite par les commissaifes le 3 juin. Üans l'instruction du 12 août, remise aux ambassadeurs envoyés à Ch-irles- (juinl, les Etats disent eux-nièines ne l'avoir rédij^ée que « pour achever d'éclairer l'esprit et la volonté de l'Empereur ». Ri'/chsUnjà-aclen, XLIl, fol. -43 b.
* Frankfurter fk'icltslof/sach'n, t. XLI, fol. 3ti n,
* Frankfurier Rric/tstar/sacleii, XLII, fol. 37-39, publiés par FniEDK.NSDrnc, Reichstag zu Spegr, p. io^-âai.
48 GEORGi:S DK SAXT.. SIR LA POMTIOIE RKMGIKLSK DT.S PRINCKS.
mission pour le spiiitiicl ; les princes du Palalinat, de liesse, de Bade et le conile de Solins * rej)rés('i)laii'nl les princes laïques.
Celte coniniission, dite commission des huit, iv-digea un rapport dont voici la substance.
Les sept sacrements et la me.sse étaient maintenus; il était interdit aux prêtres de; rien recevoir pour l'administration des sacrements ou pour la célébration des messes; quant à la communion, on laissait à la conscience de chacun la faculté de la recevoir sous une ou sous deux espèces. Le Souverain l'ontil'e serait supplié d'approuver cette ligne de conduite jusqu'aux décisions du futur concile. Laconimission était d'avis n qu'il serait bon de permettre aux prêtres de se marier, parce (pie beaucoup d'entre eux étaient exposés à de graves chutes par l'oi^ligation du célibat et que l'interdiction du mariage des clercs entraînait beaucoup de scandales et de dangers j). Les prédicateurs prêcheraient l'évangile d'après lesens et l'interpréta-" lion de l'Kgiise chrétienne universelle. Dans l'ordination des prêtres, il serait tenu compte de l'âge, des capacités et des mœurs des candidats, car les plaintes à cet égard n'avaient pas été le moindre motif des erreurs et des dissensions qui s'étaient produites. Toutes les paroisses seraient inspectées au moins une l'ois l'an. Les fêtes de la Sainte Vierge et des principaux saints étaient conservées, ainsi (pie le jeûne du carême, des vigiles et l'abstinence des vendredis et samedis; mais la violation de la loi du jeûne ne constituerait ])lus un péché mortel.
Tous ces articles et d'autres d'une moindre importance allaient être mis sous les \\'ux de l'Empereur et soumis à son approbation -.
A la nouvelle de la nomination de la commission des huit, Georges de Saxe, dans une instruction autograplie rédigée pour ses délégués, instruction qui allait au cœur même de la question, émettait l'avis (pi ; les plus gcands ra.iux de l'Eglise venaient de l'imniixtion des laïques dans le spirituel, et surtout des intrigues politi(iues des princes temporels qui, ne visant (ju'à tirer parti, pour eux-mêmes et pour iesiaiêrêts de leur ambition, des hautt^s dignités, ecclésiasti(pies et des biens de l'Église, a\ aient causé tout le m:i!.
« (►n parle des nombreux abus existants ; mais les plus repretta!)les. ceux dont le monde entier est maint(M)ant et surtout scandalisé, on les passe sous silence, car ceux-là viennent de nous. L'origine de l'hérésie (|u • Dum a permise jtarmi nous, c'est très évidemmeiil la manière l'êprébensible dont nos prélats ont éti'- élus, car l)i''U a dit : Celui (jui n'entre pas dans la bergiM'iepar la jiorle,
* Hankk. l. II, p. 25*.
* \oy. llüKLEn. Charit jt Pii kheimrr, L\\ l.W, von dkh Litii, 170.