‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 64 sur 572 · LE REGEZ DE LA DIÈTE DE S I' 1 U E . 1320. 8S · texte numérisé non relu

LE REGEZ DE LA DIÈTE DE S I' 1 U E . 1320. 8S

tive avant le retour de l'ambassade envoyée à Charles-Quint ^ ».

Philippe de Hesse était, entre les princes protestants, celui qui se montrait « le plus entreprenant 0. « il tient ferme pour la parole, » lisons-nous dans une chanson du temps, « lui et les siens ne craignent ni Pape, ni diable, ni ban 2. » Philippe poursuivait de vastes plans dont le point de départ et le prétexte devait être le rétablissement dans ses états du duc banni Ulrich de Wurtemberg. Le duc était alors en instance pour obtenir des membres de l'Empire sa sentence de rappel ^, et n'était préoccupé que de ses propres intérêts. « Mon ami, » disait le Landgrave au délégué d'Ulm, « puissions-nous réussir! Puissions-nous obtenir le rétablissement de votre maître, car il tient bon pour l'Évangile ^! »

Au sein de la Diète, l'irritation, l'aigreur causées par les disputes religieuses « devenaient plus vives, plusamères d'une séance àl'autre » Les princes ecclésiastiques étaient en butte aux plus violentes attaques. « On assure, » écrit Spalatin, « que dans aucune Diète précédente on n'a autant criblé d'injures le Pape, les évêques et le clergé ^'. » Les membres de la commission s'étaat pris de querelle, la Saxe et la Hesse rompirent soudain les conférences et ordonnèrent aux leurs de se disposer au départ*^.

Il était à craindre que les États ne se séparassent avant que le procès-verbal n'ait été signé, et par conséquent avant que rien n'ait été fait pour prévenir l'invasion des Turcs « homicides et incendiaires » qui s'avançaient toujours plus près des frontières. Les sommes indispensables à l'entretien du Conseil de Régence et de la Chambre Impériale n'avaient pas non plus été votées.

« En cette extrémité, » Ferdinand, en sa qualité de lieutenant impérial et de plénipotentiaire, et pour obtenir par un vote des États l'argent et les secours, dont il ne pouvait se passer, signa l'article du recez du 27 août, lequel modifiait le sens de l'éditde 1521, rendu à Worms contre Luther.

1 ' Lettres des délégués de Francfort, des 21 et 23 août 1326, dans les Reiclittaqsacten, XLI, fol. 51-53. — Voy. sur la question de l'alliance la lettre de Capito à Zwingle, 24 juillet 1526, ZuingUi 0pp., t. Vil, p. 528. — Pour plus de détails surces négociations, en particulier sarcelles avec Nuremberg, voy. Fhiede.nsburg, p. 309-314, 437-438.

' Chanson satirique sur la déception des Catholiques à propos de l'édit de Worms. — Voy. LiLIBNCRON, t. III, p. 509.

3 Déclaration d'Ulrich aux États de Spire eu 1326, dans Sattler, t. II, app.

* Hevd, t. II, p. 351.

5 Spaldlini Chron., p. 639.

« BucHOLTZ,. t. II. p. 373-374. Le 21 août Philippe «quitta Spire en secret, suivi seulement de quelques cavaliers ». Le 23 août les Electeurs du Palatinat et de la Saxe parurent pour Heidelberg. — Fbiedensbühg, p. 46U-461.

54 IE RECEZ DE LA DIÈTE DE SIMRE. lo2G.

« Dans les questions intéressant la sainte foi, la religion chrétienne, les cérémonies et usages traditionnels, » disait cet article, ((conformément à la volonté de l'Empereur, aucune nouveauté ne sera introduite, aucune décision prise. Pour obtenir l'assentiment de tous, éviter toute scission, rétablir la |)aix c;t la concorde dans toutes les classes de la société, les États déclarent qu'ils regardent la réunion d'un concile général, ou du moins d'un concile national allemand, comme le moyen le plus eüicace et le meilleur àemployer. Ce concile devra s'ouvrir dans un an et demi au plus tard. Par rapport à l'édit do \\^orms, les princes et villes, d'un commun accord, s'engagent à vivre, à gouverner et se comporter de telle sorte, eux et leurs sujets, jusqu'à l'ouverture du prochain concile, qu'ils soient en état, comme ils espèrent et ont la confiance de pouvoir le faire, de répondre de tous leurs actes devant Dieu et devant Sa Majesté Impériale *. »

« Et comme il arrive fréquemment, » disait encore le recez, « que laïques et clercs, en mainte localité, se voient injustement dépouillésde leurs revenus, redevances, prébendes, etc., et que personne ne doit être privé contre toutejustice de ce qui lui appartient, chaque autoritéaura le droit de défendre, abriter, protéger loyalement prêtres et laïques contre la violence et l'injustice, afin que, d'ici au prochain concile, l'égalité, la concorde et la paix règnententrc clercs et laïques, et que ni les uns ni les autres n'aient lieu de se plaindre de ce qu'un acte de violence ou quelque dépossession illégale ait été commis à leur endroit ". »

On ne découvre nulle trace, dans ce document, de cette reconnaissance des églises d'État que plus tard on prétendit y voir; nulle part l'oppression du culte catholique, la suppression de la juridiction des évê(iues, la confiscation des biens du clergé n'y est approuvée;

' S'eue Sammhinf/ der Reichsahschiede, t. II, p. 273-275, § 1-4,11. — A la Diète de Nuremberg (1524), il avait été décidé aiisujet de l'éditde Worms que les membres des Etats s'y conformeraieut « autant que cela leur serait possible » ; à Spire, le recez portait ; « selon que chacun se croira tenu de le faire pour obéir à Dieu et à Sa Majesté Impériale. » Toute la dillérence est là.

- A. Kluckhohn, dans un article intitulé : « La Dièle de Spire en 1526 (Sybel. llislor. Zeilsc/ir., t. iJti, p. l'.)3-218, et p. l[)ï), écrit : « Janssen donne au recez de 152(J un sensdiamétralement opposé à l'opinion généralement reçueparmi les Protestants ; il affirme que ce recez n'a jamais eu aucune manière im pli que la reconnaissance légale des églises particulières des petits états. » (^elte manière de voir avait surtout été accrédilée par Hanke, lequ( lavait affirmé (t. II, p. 382) que ces paroles du recez •' « relfUiveineiit à l'EdH de W'untis, les y/iemùres des Klal.-i, d'un comniim accord, s'engaf/etil à vivre, à f/ouveriier cl se comporler de leite sorte, eux cl leurs sujets, jusqu'à Couverture du prochain concile, qu'ils puisse7il repondre de tous leu)S actes (tevunl Itieu et devant Sa Majesté impériale, » contenaient la hase Icf/ale de la formation des églises d'Ktat en Allemagne. « Ce sont lu, » avait dit H;inket «des paroles d'une importance capitale dans l'histoire d'Allemagne. » «Kluckhohn'

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