‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 67 sur 572 · I.ÉM.ISK [»'ÉTAT ÜA>S L'KLRtlTORAT UE SA\i: DEPUIS lo^O. r;y · texte numérisé non relu

I.ÉM.ISK [»'ÉTAT ÜA>S L'KLRtlTORAT UE SA\i: DEPUIS lo^O. r;y

criplion «|iii, au bi'soiu, pouvait élre cxticut»'« à llieure même'.

Mt'laiiclilliün lédifira, pour les curés, une instrucliou (juc los iuiiiiisilcurs liirenl cliarf^r-s di- leur Iraiisnjcllre. Il cherche à yadoucir (• ■ i|ua <lr lebulant la doctrine de Luther sur la justilicaticjii parla foi seule et sur le serf arbitre. Helativemenl à rEucharislic, les lidèles sont avertis (pi'ils feront bien de eominuuier sous les deux espèces; «pic cependant les faibles qui, sans esprit d'obstination mais seulein.'Mi par faiblesse d'entendement et scrupule de conscience, ne p.. iuraienl se décider à abandonner l'ancien usage, seront excusés priKJaut quelque temps encore. Quant aux jours de fêtes, ils ne -^ .:it pas tous abolis; outre les fêtes du Sauveur. les lètesde l'Annon- .iMtion, delà Puritication,de la Visitation, de saint Jean-Baptiste, de saint Michel, des saints Apôtres et de Marie-Madeleine sont conservées. On enjoignait aux prédicants de s'appliquer à corriger la fausse interprt'lation que le peuple donnait à la doctrine de la liberté chrétienne, s'imaginant faussement que cette doctrine affranchissait les fidèles de toute obéissance envers l'autorité et les dispensait de payer les impôts. Il fallait leur faire bien conTiprendre que, par liberté chrétienne, on doit entendre ratlrancliissoment do la puissance du démon, l'abolition des cérémonies et des prescriptions mosaïstes, et enfin le bonheur de ne plus être tyranniquement obligé à l'observance des commandements de l'Église^ établis par les hommes.

Dans cette instruction, Mélanchthon insiste avec force sur la doctrine de l'obéissance passive : « Les sujets, » dit-il, c doivent être avertis (ju'ils sont rigoureusement obligés de se soumettre aux pouvoiis, même à ceux qui se montreraient durs et exigeants envers eux. Nous devons être persuadés que toute loi et ordonnance émanant du pouvoir temporel est l'expression de la volonté et de la loi de Dieu à notre égard, car Salomon a dit : « La prophétie est sur les lèvres du roi, » c'est-à-dire, ce que le pouvoir ordonne doit être observé comme étant l'ordre même de Dieu. Tout homme qui se fait gloire du nom de chrétien doit supporter volontiers toutes les charges, donner, même s'il ne doit pas, et payer, même s'il est injustement accablé d'impôts *. »

L'Électeur soumit le travail de Mélanchthon à l'approbation de Luther. Celui-ci n'y trouva pres(pie rien à redire, répétant <jiie tout y

' livnnuMiDT, Siic/isisc/n' hirchen-und SchulvUiiationen.p- 120-lil. ' Cur/i. lU'fonu.. l. X.WI.p. 29 9lJ. — Luther, dans la préface, répèle encore que l'Élecleur n'a onlonné les enquêtes religieuses que pur zèle cliariiable a cause de Dieu, et pour l'intérêt de l'cvaDgile, " car. en qualité de prince lempor«;!, il n j est pas oblige ». Lette dernière phrase est omise dans l'édition de loül».— No\. p. U.

70 l'kGLISK liKTAT HANS l'kLECTORAT DK SAXE DEPUIS 152().

était expliqué très simplement cl clairement. « Si nos opimsanls, ) rnivail-il, « triomphent de nous voir maintenant marcher à reculons, il ne faut pas Taire K'''">^e altenlioM à leur bavardaf^e. tout cela se calmera bientôt. »

Il ne lit quel(|ues observations qu'à propos des articles c<Miceriiant riùicharisti«-, blâmant aussi Mt'lanclitlion de la modération qni! conseillait aux prédicants par rapport au Pape et aux évêques. « Les prédicants doivent ensei{5'ner en chaire et devant tous, aux forts, aux l'aiblesou auxentètés, sans si et sans i/iais, la doctrine des deux espèces; il ne laut à aucun prix tolérer et excuser la communion sous une seule espèce. Ils doivent aussi s'opposer avec violence au papisme et à tout ce (jui tient au papisme, disant haulen.'iil <iu'il est déjà condamné de Dieu, avec le démon et sa secte*. ') « Nous devons, sans nous lasser, maudire le Pape et ses lois, » enseignait-il Tannée suivante en expliquant le cinciuièmc livre de Moïse; « ce n'est pas le moment de nous taire, et voici comment il nous laut parlera l'avenir: Ouchiues-uns prétendent que nous ne savons faire autre chose que maudire, damner, honnir et injurier le Pape et ses serviteurs ; cela est vrai et il n'en peut être autrement, car perdre de vue l'erreur serait en même temps oublier la grâce de Dieu et mépriser le don reçu -. y>

« Beaucoup prendront pour un signe certain de la possession du démon. » éerivait .lean Iloffmeister, prieur des Augustins de Colniar, « la faeon dont Luther continueà faireun devoiraux prédicants d'injurier et d'outrager, bien qu'il s'aperçoive bien et se plaigne auièremrnt du mépris où la rehgion est tombée, et gémisse de voir riinpié-i<- et tttus les vices prendre en Ailemagne une exten>ion cflrayante. Quel finit |)eul retirer la pauvre jeunesse de tant d'emportements et d'invectives'.' (Juand, jus(jUè dans le saint lieu cl par la bouche du prédicateur, les i)assions sont ainsi excitées, quelle inlluence peut exercer sur les âmes le culte exté-rieur '? »

IJn nouveau règlement sur le culte, rédigé par Luther, fut, sur l'ordre de IKlecleur, imposé aux lidéles. L'atlacheinenl du peuple [tour raiicieiine religion y était nu-nagé avec soin. La messe, à laquelle ^;.^ Saxons ne voulaient pas renoncer, •Hait l'objet de concessions e.on.sidérables. « Le monde, » écrivait, .Mélanchthon, « est tellement attaché à la messe. (|u'il semble <jue rien ne la |tuiNse arracher du cd'ur des honnnes'. •> Peu «l'accord sur ce point avec le foiinulaire de Philippe de liesse, le rituel de Luther reconnaît la divine inslitu-

• Sumui(L Wer/ii', l. Will. |>. :.".

*Si,mm(l. Wrrkr. l. XX.WI. p. HU.

' hieta nifinarabilui (Coloiua', l'ii.1), M M. »tcr/J. Heform., t. I. p. 8li 8i5.

i;k(;i.isk h'i-tvt d.vns l'klectorat dk saxe dki'LIs L'i-JO. ti lion (le la messe, et ne vent pas nic-me i\\u- la luv-uc laline en soit rclranelire '.

Cependant. « à canse des laïques iynoranls. » [>ntlier permit qu'elle fut aussi eéléhréeen allcinaiul.Mais s'il y consc-nlil, ee ne lut pas de son plein gré, d'auln-s l'y poussèrent, et surtout l'Kleetcur. « La messe, . disait Luilier en pleine chaire, le 14 octobre i:iiü, « est l'acte extérirur le plus iniportanl (pii ait jamaisété institué pour la consolation des chrétiens. >> (juanl à la messe allemande récemuienl innovée, il n'était pas sûr ([u'elle lût a^r.'-able à Dieu, o; Fendant longtemps, .) dit-il, «je me suis abstenu d'accorder la messe allemande, [tour ne pas donner beau jeu à ces esprits brouillons qui interviennent dans toutes les questions sans réllexion et sans jamais se demanderquelleest la voIonl<'- de Dieu ; mais , puisque de tous côtés on me conjure de l'approuver et que la puissance Ir'uqtorelle m'y engage, nous ne pouvons résister ni argumenter plus longtemps ; nous suivrons simplement la volonti- diviniï -. »

La messe fut donc conservée, mais on ne la célébrait (jue le dimanche. Des prêtres, revêtus d'habits sacerdotaux, montaient à l'autel orné de cierges allumés, et l'office était accompagné de cén'-monics et de chants qui ne ditléraient en rien d'essentiel de ce qui s'était pratiqué autrefois 3. L'élévation de l'hostie et du calice y était conservée. « L'élévation s'harmonise très heureusement avec le 5flnc/»s allemand, écrit Luther, et rappelle la recommandation que nous fit Jésus-Christ d'avoir souvenir de lui. » Bien des années après, il se félicitait encore à la pensiV" que, dans les églises de sa confession, le culte extérieur, la messe, le chœur, les orgues, les cloches, les chasubles, etc., eussent été si fidèlement conserv<'-s ; les laïques, ouïes étrangers, ne comprenant pas le prêche, pouvaient, pendant les offices, disait-il, se croire dans une véritable église papiste, tant il y avait peu de différence entre les deux cultes *.

Mais dans la messe le peuple devait ignorer <iue Luther avait retranché le canon qui est le cœur et l'essence même du Saint-

• >iiim>nll. WWke, t. XXIt. p. ■ii><.

^Siimuifl. Werkr, l. XIV. p. 278.

' Voici le conseil donné par Mélanchlhon le 10 juillet i.'ifS à un préJicant de Cobourg : « (Juod si laliiia aiissa iani aute est abolita. vide lamen. ut servetur aptus quidam ordo. non dissimilis veteri, ut retineantur vestes usitata- in sa.ris propler viciniam. Brr,r/>. /{'^/l.rm.. t. 1. p. "J'Ji-O'Jä — Dans l'instruction remise auxinquisiteuri de Saxe, en 1j:}:J, se trouve It-xplication minutieuse de la manièn; dont la messe doit ôlrc célébrée. Dans les villes et bourgades. « comme il yadesécobs dt! carrons et de-î personnes qui entendent le latin, on peut, les jours de grande fête, dire la me'ise en latin; les autres JDurs, eu allemand >•. — tticiiTER. kirchfn. or(litun;/cii. t. I, p. Hl et suiv.

» Avril loil, lettre au chancelier Brück. — Voy. de Wotte. t. \ , p. 33S.

7i> SITl'ATlON UF.I.I'.IKI'SE DANS l.'kl.KtTOUA 1 [)F. SWK. I')i7.

Sanificf; celte lacune, d'une importance si niajeuic, devait rester un secret pour le vulgaire.

' Dans le canon cl les collectes. » éerivail-il, c le célébraut (l(»il p isscr (ont ce (jui rajip-'lle la notion du sai rilice, parce (jue c ci nrst point chose (pj'on si^it libre de traiter à sa guise, d'omettre ou de conserver à son gré; là il faut de toute nécessité- supprimer, s'en scandalise cpii voudra. Mais le(>rrtrc peut fort bien s'arrangir de manic're à ce (pir l'homme du peuple ignore toujours !<• cliaiigement opère'' et puisse assister à la messe sans y découvrir aucun motif de se scandaliser '. » D.ins l'opuscule intitulé : /{''■■lif'iiirnf sur la crlrbrafion de la mesxr allemande ^ écrit sp'cialement destiné au peuple, Luther gardait le plus absolu sdcnce sur le retranchement du canon; mais nous lisons dans l'instiiiction remise à la commission d'en(]n('te : n Les prêtres savent assez les raiscjns (jui leur l'ont un devoir de sui>primer le canon: bien des livres les ieur ont suKisamment démontrées : quant aux laï.|ues, il n'est pas nécessaire de lesentretenirbeaucoupdece sujet. <>

Le peuple ne pouvait par coiisécpieut mesurer la profondeur de labime cpii séparait désormais le nouveau culte de l'ancien.

Les enijuêtcurs saxons continuèrent leur œuvre, et envoyèrent leurs r:i[>porls à ri^lecteur entre l.j^7 et L')21>. li> di-eiaraienl avoir trouvé lii plus grande partie des églises « en l'oit mauvais état ». Même aux environs de Witleniberg, un grand nombre de paroisses étaient compièlemenl abauiionnées ; parmi les pasteurs, ce n'étaient <pie lamentations, (pie misère. On rencontrait c l'ré(piemment » des pres!)ylères ruinés, des cimelières ouvei'ls où h- bétail paissait en tout«' liluTlé et déterrait les cadavres; les dotations n'existaient j)lus, ou bien les nobles les avaient confisquées; les champs et les pâturages, jadis propriétés des presbytères, avaient été vendus [)ar les coniiinmes; li's sommes provenant de la vente des calices et des ostensoirs s'éUiienl converties en « pfennings pour le cabarets. »

[)ans le cercle ('•jecioral de Wiltemburg, l<'s enepièleurs ne trouvèrent en cent quarante-cimi paroisses (aux'pielles se rallachaient encore des centaines de succursales) quo vingt et une écoles. A Meissen et dans le Voi;,'Mand, où l'eiiquête eut lieu en novembre l'iiH, (juatre-vingt-sei/e pasteurs seulement desservaient (juatre- \inyt-sepl paroisses et deux cent trente-huit communes; pour toutes ces localit'-s, il n'y avail plus (pi'iine seule école. En

' SurnmU. \\<- k-, t. WVIII.i'. Itol-.lU.*».

SITUATION RELIGIEUSE DANS l'kLECTORAT DE SAXE. l'^'H . :?.

Tliuringr, pour cent «inatrc-virigl-dix-scpl paroisses ilii'y avait (|ue neuf écoles. Les clioses étaient un peu plus consolantes dans la I)artie Iranconienno de rÉIecloral. Là, du temps du Catholicisme, « les écoles avaient abondé dans les villes et jus(iue dans les villages ».

Trop souvent les Functions pastorales étaient confiées à des mains intli^nes. Le pn''dieant dAIiorn était tisseur de lin ; tout son revenu se montait à deux llorins par an; le prédicant de Musel était un ancien garçon boulanger. Un menuisier occupait la cure de Seitenrode ; il ne savait pas même par cœur les dix commandements (le Uieu. Ces j)asteurs avaient la plupart du temps des mœurs fort irrégulières. Le prédicant de Lucka avait trois femmes et vivait habituellement avec deux. Une en(|uête postérieure révéla la vie privée d'un pn'dicant qui avait eu six enfants de deux sœurs, toutes deux, vivantes; beaucoup de pasteurs entretenaient chez eux des femmes enlevées à leurs maris.

Quant aux populations des villes et des campagnes, les rapports des enquêteurs n'étaient pas plus satisfaisants. A Holzdorf et Dubro, écrivaient-ils, les habitants étaient tellement pervertis qu'on eût peut-être sagement agi en ordonnant aux liourreaux et geôliers de chasser toute la population à travers champs pour repeupler ensuite le pays de braves gens. A Schonau et à Culpin, les paysans ne voulaient entendre parler d'aucune religion; ils insultaient les prédicants, leur disant : « Comment, avec la conduite que vous tenez, osez-vous venir nous parler de Dieu? Qui est Dieu? Qui sait si Dieu existe? Lui aussi a eu son commencement et sa tin! » A Wercho. les paysans avaient totalement oublié leurs prières; ils ignoraient les commandements et le Credo. A Zinna, ils refusaient d'apprendre le /'u(er, prétextant sa longueur. A Duben, à peine si trois hommes assistaient au prêche, et loin de respecter la maison de Dieu, ils la souillaiiMit par des actes jirofanes et indécents. A Süplilzetà.Muckrelma, l'église servait de dépôt aux tonneaux de bière de la Pentecôte. « Beaucoup de villages, comme par exemple Untertriebel, étaient c<''lèbres par leur impiét«'- et leurs nueurs exécrables. » A -Neiden, les paysans voulurent un jour lapider leur curé, et comme celui-ci portait plainte devant la justice, le juge ne lit que rire de son aventure '.

Durant leuiiuête qu'il voulut lui-même diriger en Thuringe, Mékuichllion écrivait conlidentiellement, de Iéna,à son ami Juste Jonas

' BuRKii.MtDT, Siivfis. Kifchen-u-Schulv'uiilalionem, p. 27-102. — Sciiiiidt, Juslus Mrittus,t. I, p. 2;J7. —On lit dans les documents publiés par Uirossroann qu'il n'éuit pas rare dans les villages qu'en quatre, cinq et six aus les paysans ne rerusscnl pas une seule fois la coinuiutiioii.

Ti MTÜATION lŒl.ir.IKUSK DANS i/kI-KCTOUA I I>F. SAXK, l.'i^T.

(28 août lo"!') : c Maiütciianl (iiio tu os à Wittemberg, tu aperçois mieux, sans doute, la riiiiic j)rofon(le (jui menace tout C('(jui est bien, la liaine inv<Hérée des hommes les uns coiitie les autres, la loyauté rai'prisée, l'ignorance grossière de ceux (|ui administrent les églises, et avant tout lindilltMenci' des princes pour les choses de Dieu. » « En vérité. - écrivait-il, à ce même ami au sujet de son fils alors fort malade. « !a mort serait pour mon enfant pn-jérable à la vie, s'il devait passer un jour par IT-tat lamentable où je ne sais comment je me vois précipité. » — Saisi de douleur à la vue des dissensions (jui déchirent la nouvelle église, il écrit à Myconius (5 juin l.'JiR) : <> J'éprouve une angoisse (|ui d<''{»asse toute idée lorsque je rélléchis sur les maux de notie temj)s, et je ne puis accepter aucune consolation. Personne ne hait l'évangile plus inr placablemenl que ceux-là mêmes qui se font gloire d"aj»par(enir à notre parti. Tu la^onnais cette perversité inouïe et vraiment poussée à son comble qui règne parmi les paysans ; je crains fort qu'un jour ils n'aient à expier bien cruellement leur impiété, et cela plus vite <|ue nous ne voudrions '. »Nulle part Mélanchthon ne rencontre de dévouement pour la nouvelle doctrine: « Nous ne voyons que trop, » écrit-il^ « combien le peuple nous hait "-. »

« Ceux qui se disent évangéliqucs, > écrivait à son tour Juste Jonas, « tombent dans l'impiété ; non seulement il n'y a plus de crainte de Dieti, mais il n'y a pas davantage de discipline extérieure; on est las et dégoûté du prêtre ; on méprise les pasteurs et prédicateurs plus que la balayure et l'ordure des rues. L'homme du peuple devient si hardi, si rude, si sauvage qu'il semble en vérité que l'évangile n'ait été prêché en ce pays que pour donner aux scélérats les plus dépravés la liberté de commettre imj)unément toutes sortes de crimes •'. )>

La situation empirait toujours.

I.,ors de la seconde en(]uéte, qui eut lieu sept ansaprès la première, les enquêteurs se j)laignirenl, surtout ceux du cercle de WittembcTg. (( de l'accroissement de l'impiété, du mépris et du blasj)hème de laparoledivine, de l'abandon complet de la communion, de l'attitude séditieuse ou inconvenante des fidèles pendant le service divin ». « Les vices de toute nature vont grandissant d'une manièie in<pii<''tante. » « Le proche est troublé par des disjiutes, ou par d'indécenis propos, tenus à haute voix. » A (ilobitz, pendant le service di\ in . on allait jusqu'à faire circuler des brocs de bière. Des paysans

• r'}rjj. Hrf„r„i., l. I, p. HH8.1H:». '.I8i. — \ ov. I)..i,i,iN(;kii. Itrf.n-mdh"« I I

p. .iiiî. :j()3, :h5;).

' •■ Videmim quantopere noH otiit ruitîus. •• ',,,,, /,v/<..i.i .i I, fi '.tH. » Ihm sn'hii- CapHrl Ihiinrlin (J.n30;. Ajjj.

SITIATION Hi;Lli.lErSK HANS l'kI.Ki TÛflAT MFC SAXF.. 15-7. 7;,

hlossèront un jour grirvemeiit leur piédiraiit tombr de voilure, et l'abandoiim rt'ul ensuite sans secours au luilicu des cliamps'.

Les plaintes de Luther au sujet d'un si lamentable état de choses sont vraiment émouvantes : «On ne saurait, » écrit-il, «se faire une idéedu méprisquelepi'upie témoigne aux prédicateurs de l'évangile, l'avsans, bourgeois et nobhs enlèvent à l'envi des presbytères Icblé, l'avoine, r<»ini'<^tt<'>ul ccqu'ils veulent. Les nobles, en particulier, se servent de leur pasteur pour allumer les poêles, Taire leurs messages, porter leurs lettres; ils s'emparent des redevances et du traitement destinés à faire vivre le curé, sa femme et ses enfants ; et tous néanmoins se disent bons évangéliques. » « Tout est si triste et si humiliant parmi nous que je n'ai plus le moindre goût à prêcher. Il ii'v a plus de justice nulle part, rien que n'-volteet insubordination. » « Si les paysans sont retjuis de faire une haie à leur pasteur, ils murmurent. Ils vont jusqu'à le forcer de garder les vaches et les cochons, comme les plus pauvres gens de la campagne. Sous l'évangile, personne ne veut l'aire que ce qui lui convient; non seulement les pasteurs et les prédicants sont méprisés, mais ils sont mal entrctenns"-. » « .lusque dans la noblesse, » écrit-il en LjiOdans la pr(''face de son grand catéchisme, « on rencontre des rustresgrossiers qui prétendent que l'on n'a besoin ni de prédicants ni de pasteurs, aftirmant qu'on trouve dans les livres tout ce dont on a besoin; aussi laissent-ils en toute sécurité de conscience les paroisses tomber et dépérir et voient-ils sans s'émouvoir pasteurs et prédicants souffrir de la faim et delà misère; voilà comment se comportent nos Allemands insensés ^. »

Luther sentait lui-même el avouait franchement que depuis la prédication de « l'évangile )i, c'est-à-dire de sa doctrine de la justilicalion par la foi seule, la démoralisation du peuple avait fait de rapides progrès.

> l\vtiKHxn:)T, Visitationen., p. 198-200.— Voy. p. 150-134. ünecitation empruntée aux rapports des inquisiteurs va montrer jusqu'où allait dans les églises le peu de respect pour la maison de Dieu : « Pendant les oflices et les sermons, des paysans, malgré la présence des femmes et des jeunes lilles. satisfont à leurs nécessités. » l'oiir répriiier la licence des mirurs, on avait quelquefois recours à d'étranges punitions. Ainsi, à .Mupperg el Jechheini. les adultères étaient obligés, pendant trois drmanches consécutifs, de se tenir devant l'autel nus jusqu à la ceinture, tenant une verge en chaque main, et confessant leur crime à haute voix selon la formule donnée par le prêtre, üans le duché catholiquede Saxe, où Geor,'es le harbu. voyant la négligence de l'autorité épiscopale, s'étaildécidé à faire faire des inspeciicos dans les couvents {l5.').^-lo3H , des faits regrettables furent aussi signalés « .V peu d'exceptions près, » ocrivjit l'un des inspecteurs au duc, <■ nous avons trouvé partout une ailministration mauvaise. du gaspillage, en beaucoup de couvents, une vie peu édifiante, un grand nombre de ces couvents ne possèdent plus le tiers de leurs anciennes propriétés. » — Gkss, p. i'J etsuiv., p. Ht3.

•- S.immti. IVVrÂv, t. 'VI. p. IHi, {M. H\7 . iOH, 3i5.

' Summll. Werke, t. X.\l, p. 20-i7.

7Ü SITUATION HELIÜIEUSE DANS l'ÉLECTORAT DH SAXE. 1527.

(' Cerlesiloûlélé juste, »écrivail-il, ((dCiiteiidiect de recevoir celle doctrine avec une grande joie, et d'en profiter pour s'améliorer, pour se sanctifier; au lieu de cela, c'est le contraire qui arrive, et le monde devient de plus en plus pervers; c'est là assurémenl l'ouvrage du malin esprit, car nous voyons autour de nous les gens devenir plus avares, j»lus égoïstes, i)lus licencieux, plus méchants et plus ell'rontt'S (juils ne lélaient sons le papisme '. »

w Nosévangi-licpies, » écrit-il encore en lo:il), « sont sept fois pires qu'ils ne l'étaient autrefois. Après avoir reçu l'évangile, nous dérobons, nous mentons, nous trompons, nous nous bâfrons, nous nous soûlons, nous nous livrons à toutes sortes de vices. Un démon est sorti de notre maison, mais sept autres plus méchants y soutrcntrés, comme on peut le voir maintenant parmi nous, aussi bien chez les princes, les seigneurs et les nobles (jue ciiez les bourgeois et les paysans. On n'a plus l'ombre de pudeur, nulle crainte de Dieu, point d'cllVoi de ses jugements-. »

Il n'apercevait de tous côtés : « qu'abime d'iniquités, que noire ingratitude envers le saint évangile. » « La noblesse gratte, racle et pille les princes et tout le monde le plus qu'elle peut, et surtout se plaît à piller les malheureuses églises ; les nobles foulent aux pieds, comme s'ils avaient à faire à des démons, curés et prédicants. Les bourgeois et les paysans se livrent de leur coté à l'avarice, à l'usure; ils ne rêvent (ju'insubordination, qu'émeute; ils ne rougissent point de tant de vices, ils les commettent impunément. Ces choses crient vengeance au ciel, et la terre ne peut plus les supporter. » Et un peu plus lard : « Bourgeois, paysans, hommes, femmes, enfants, donjcsticjues, princes, employés, sujets, tous appartiennent au diable! » « Paysans, bourgeois et nobles sont, depuis ([ue l'évangile les éclaire, plus avares, plus arrogants, plus orgueilleux et dix fois pires (ju'ils n'étaient sous le papisme. » « S'il fallait maintenant baptiser les adultes, je tiens pour certain (jue la dixième partie ne se laisserait pas faire. »

La jeunesse surtout lui causait les plus cruels soucis : d C'est l'esjirit du mal (|ui rend maintenant la jeunesse si dissolue, si farouche; nous ne voyons grandir autour de nous (jue des enfants du démon. »

« Tous ne songent (ju'à engraisser leur bourse, en volant, en pillant le bien d'Kglise. » et l'évangile w est allamé ». « {)uo l'on compte, (|ue l'on calcule sur ses doigts ce que donnent pour les pauvres ceux «pii jouissent à |ir< sent de l'évangile: si nous n'étions

* Stimm II. Werke, t, I, p 11.

* Sutuiiill. \\er/iv. t. X\\\l. ]. ill

INNOVATIONS nP.I.KWF.lISKS DANS LE DUCHÉ DE IMllNSSVICK . 77

encore de ce monde il n'y aurait depuis lon^'teinps ni prédicant ni écolier. > -« Oui, si nous n'avions entre les mains, {,Màce à nos p/rcs, des le^'s charitables, des dotations nombreuses, il y a longtemps que, par la faute des bourt^cois, de la noblesse et des paysans, I evani,'ile eut péri, et (jue l'entretien d'un seul prédicant serait devenu eliose impossibli', car nous autres, nous ne songeons qu à nous emparer par la violence et par le vol de ce (]ue nos pères avaii-nt donné et tonde avant nous '. »

(^est en constatant la grossièreté, la démoralisation croissante >lii peuple (pic Luther, en l'i^?, crut pouvoir justifier le servage .1 en conseilla le rétablissement tel (ju'il avait existé chez les Juifs -.

Il disait eu parlant de lui-nirnie : c Pour ce qui est de moi, je confesse, et sans nul doute d'autres se jugent de même au fond de leur cœur, que je n'ai plus cette ardeur, ce zèle que j'avais autrefois, et que je suis beaucoup plus négligent que je ne l'étais sous le papisme ; on ne voit plus depuis l'évangile celte gravité de mœurs (ju'ou voyait jadis reluire chez les prêtres et les religieux. En ce temps-là, on faisait dos donations, on bâtissait ; nul n'était si pauvre qui ne tînt à honneur de faire quelque oflrande. Mais à présent où trouver une seule ville qui consente à fournir l'entretien d'un prédicant? Rien chez nous n'a de succès que le vol et le pillage, et nul ne soulîre d'être réprimandé '. Personne ne veut plus faire le bien, personne ne soulage les pauvres '*. »

Comme la Saxe, le duché de Brunswick-Lunébourg, gouverné par le duc lernest, zélé partisan de Luther, ne tarda pas à devenir protestant (i");27). La nouvelle doetrine ht aussi de rapides progrès dans le duché de Mecklembourg, dans la Frise Orientale et en Silésie.

ThomasAderpuI, nommé prédieantde Malchin par Henri de Mecklend)0urg. abandonna sacharge après de longues années d'exercice, et (juittala ville. « Je n'ai malheureusement pu rien faire ici, » écrivail-il; <« je n'y ai trouvi'- <]ue mépris de Dieu, de sa sainte parole et des sacrements; chacun, en parfaite sécuiité de conscience, ne songequ'à entasser de l'argent; on jure, on se livre à la d('bauche et

• S.niuntl. \\V,/.v, t. IX. p. r:iO; t. VI, p. 8, !<•, li:). iil ; l. XIV. p. ;}.'<9 30J ; t. XXill. p l(.3-lül.

- Vuy. no'.re second volume, p. üUO-ölO. 9 Sumnill. Werke, l. XIX. p. 4Ui.

♦ L.ellre à Spalaiin,ii sept io3ô. — Voy. DBWKTre.l. V. p. il. • iDtorim. » ajoutait il, • iioslra f]ii;primus usqae ad furoiem. Eh bien faluni urgel mundum. •

78 INNOVAIIO.NS HKLUJIEL'SES ItA.NS l.i: DUCIIK HE ItKlNSWKK.

à toulrs Stilles d'excès, l'cisoimo n'ose se lier à son voisifi '. » « La fiiisère est giaiulc parmi !•■ peuple. I/aliiiiciitalioii est de plus en plus mauvaise ; rien ne prospère. Les biens dont autrefois les pauvres avaient leur part, les londalions faites jadis en leur faveur, toutes ces ressources nevisteiit plus, rien ne semble bf'ni de Dieu. »

Dans la Frise Orientale, le comte Knno. après s'être lait apporter tous les objets précieux provenant des églises et des raonastître.s. s'en appropria la plus i^iande jiartie. (lliacun puisait à pleines mains dans le trésor de ILglise, et ne songeait qu'à mettre l'occasion à prolit. Les serviteurs et les valets des nobles ne se mon- Iraieiil pas moins habiles à ce jeu «pie leurs maîtres ; ils ne portaient plus(]ue des vêtements de soie, d l'eu àpeulecomte conlisqualousles biens monastiijues et une l)onne partie des biens et revenus paroissiaux; letiersde la propriété foncière fut bienhit entre ses mains. » « 11 est mal de dévorer ainsi le trésor des pauvres pour satisfaire son luxe, » dit une complainte du temps; « il est coupable d'accapareràson protit les biensdcs couvents et des églises, car tout cela n'a pas été donné par le comte, mais appartient à ses pauvres sujets -. ')

Frédéric II, duc de Liognitz et de Hrieg, « i)ersécntait durement les CallioIi(iues :»). En 15^7, il avait embrassé la nouvelle religion, déclarant en même temps à ses sujets (pi'il avait pris celte détermination, (' non seulement pour lui, mais pour eux-' ».Une larda pas à faire jtaraitre un édit sur le mode d'administration des sacrements, et abolit entièrement le culte calholiquedans ses états, sous prétexte que« le Dieu Tout-Puissant défend expressément toute superstition et faux culte, et (jue le pays se verrait exposé à de grandes calamités si l'on y tolérait plus longtemps la diversité des doctrines et des cérémonies ». Ceux ipii entendaient rester fidèles à la foi do leurs ancêtres et de leur jeuiii'sse, prêtres ou laïques, obtinrent, comme dans la liesse et en Saxe, la « permission de s'expatrier ». a Nous leur octroyons par la présente, » disait une ordonnance rendue par Frédt'ric en cette occasion, « toute liberté de se retirer avec leurs biens et avoir, et nous les engageons vivement à aller chercher ailleurs un»- chance meilleiu'O). Des ra|iporls(( très vraisemblables » ayant ajquis auductpi'une grande partie de ses sujets n'assistait pas aux pii'dieations «t né;4li^eail c le vr.ti culte ». il ordonna sous les peines les plus sévères que pciMmiie à lavi-iiir n'ciil à se dispenser du prêche ''.

' HoLt, i. I. p. i'>l>. — \<j\. l.-hi.ii, p '.('t

Voy. ScuLKtiKL, t. II. p. 1II-H3. — Wokkh, p. 5:H el suir. ' KlciiTfcti, Ktvi-hrniivduttiufru, l. I, p. 7J-77.

* Hmhtep. t. I, p. sawiii. 3Ö0 3fli.

HKVOI.tnn.N HKI.n.lKl SF. I.ANS les KTATS l'IîlSSIENS. 7'J

Mais liiilolérance envers les Calholiques ne fut iiullr pari portée aussi loin (pie clans les élats prussiens de l'Oitirr Teuloniciue.

I.e ;irand-niaîlrc de l'Ordre, Albert de Brandebourg, sélanl rendu .11 irrj;{à la Diète de Nuremberg pour solliciter des secours contre la Polo'MJC*, était entré en relations avec le prédicant Osiander. <-l [»eu de t.Mupsaprès, selon ses propres expressions, il avait éU- c arra.lié des ténèbres du papisme pour être introduit dans la divine, claire et précise intelligence des cboses de Dieu ». Luther, qu'il vint visiter Tannée suivante à Wittemberg, lui conseilla, d'accord en cela avec Molanclitlion,d'ai)andonncr la règle « fausse et niaise »de son ordre, de se marier, el de l'aire de la Prusse un duché héréditaire. .\Ibert 1,'oûta extrêmement cet avis que déjà, du reste, son Irère.lc margrave Georges, lui avait donné.

Le't juillet lü^i't, Luther, écrivant à un prédicant de ses ami's, fort actif en Prusse pour la propagation de sa doctrine, lui expli(iue .-n grand détail comment Albert doit s'y prendre pour amener la noblesse et le peuple de Prusse à l'exécution du grand projet formé à Wittemberg. Si ce projet rencontrait les sympathies de ses sujets, le prince aurait alors une raison plausible et puissante de faire ce (ju'au fond personne ne désirait plus que lui, et sou changement de religion fournirait en même temps aux autres princes spirituels, disposés à l'imiter, mais retenus par des scrupules de conscience ou ne voulant pas être les premiers à agir, un exemple et un précédent. L'évêque de Samland devait, (juant à présent, s'abstenir de dire son véritable sentiment : mais plus tard, une fois le peuple entièrement gagné, il pourrait se dire vaincu par l'opinion générale, puis soutenir de tout son erétlit le nouvel ordre de choses.

' L'Ordre Teutonique, d'après les articles de la paix de Tliorii, signés eu ilGO, avait ùléforcéd'abandonueràlat'ùlognelaparlieoccidentaledelaPru-iscelderecOQi.ailre. pour la partie orientale, le droit de suzeraineté de la l'ologne. Celte paix, que la necessit.- avait fait conclure, était très préjudiciable à l'Kmpire, aussi .M.iximilieu ne tarda-l-il pasà ladéclarer.. nullect non avenue ..(1500 . défendant au grand mailiede rOrdre de jamais prêter le serment d'Iiommage. Depuis celte fiuiqii.-. les chevaliers, teutons avaient toujours été en mauvaise intelligence avec la Pologne. Knir.ll. l'Ordre idut pour son grandmailre le margrave .Mbert de llrand.bourg- Culmbarh.dans l'espoir qu<> les puissantes alliances de famille du prince lu» feraient trouver le moven de i.tablir lentiôre indépendance desetatsecclcMasliques de la l'russc.Mais Albert n'était pas homme à justifier cette conliancc. l'our obtenir des subsi.lesde guerre et pouvoir attaquer Sigismond, auquel il persistait à refuser le«ermenl d'iiommage.il céda, de sa propreautorile. la Livonie ella.Courlai.de auxchc^aliers Porte glaives en échange dune lonue d'or; contre des pron.esse^ de secoure, il renou.a au dro U de dégager .Neumaïkt, ville autrefois dcuucc en caution à l'IJec-

80 RKVOI.l riO.N HEI.K.II ISi: liANS LKS ETATS l'HlSSIENS.

LVv^^que de Saniland, tieorgos de Toi« nt/., était depuis longtemps aü.iclii' au nouvt'l rvangilo. et Luther lui avait nn"me envoyé l'un de ses disciples, <( afin que la Pruss«-, elle aussi, pût dire un t'-terncl adieu au royaume de Satan • ».

Krhird (le (Jueis. <'vê(iue de Poméranie, autrefois cluincelier du duc lutlirricn Frédéric «le Liej,'nitz, était devenu, comme Albert, « un docile instrument du Seigneur pour la cause de l'évangile ». Lorsqu'en l'd'i le peiq)Ie, pendant la luire de Kie^enhourg, avait jeté les images hors de l'église avec d'horribles blasphèmes et linalemenlles avait livrées aux flammes, l'évêque avait laissé faire Dans plusieurs villes de son diocèse, des brisements «limages avaient eu lieu, les monastères avaient été pillés, et des « prédications haineuses » excitaient tous les jours les passions de la populace -.

Averti de la désorganisation intérieure de l'Onlre cl du genre de vie scamlaleux de beaucoup d«' ses membres. IcPape Ailrien VI avait plus d'une fois supplié legrand-maitre d'opérer dans son Ordre une réforme d«'venue urgente, et «le lui rendre son ancien prestige '. Le 8 juin [i'y2'.\. Albe't, faisant mine dVtre enlièrement docile à ses avis, lui demandait «le lancer un bref sévère contre ceux des chevaliers de rOnlre <|ui avaient embrassé le Luthéranisme; en même temps, il le priait de vouloir bien lui tracer des règles sûres de conduite, alin qu'en sa qualité de grand-mailre il pût s'«)pj)oser efficacement aux nouveaux docteurs. Dans la même luissiv«-, il jetait (juelijue doute sur la loyauté du roi de Pologne, insiimant «pie. dej)uis des années, ce prince semblait vouloir nietlre l'Ordre sous la dépendance du pouvoir temporel, et voyait sans colère le « subtil j)oison », c'est-à-dire la doctrine de i>,ulher, s'insinuer, pour l«Mir malhe .r, parmi les chevaliers Teutons '•. Huit jours jusio après r<'Xpr-iliiion d«' celle «lépêche^ Albert envoyait seci'èt«'nient à Luther

leur de Ilranileljoiir;;. Toiilcfois, la guerre a\L'c la l'oiogne IM'.l n'iMil pas une !ieureuse issue |>oiir l'Unlre L Knipercur ßüil par intervenir avril l.'lii) et par obtenir un arrniïtlice «le quatre ans, au bout desquels l'archiduc Ferdinand, le roi de Hongrie, le duc (ieorgc« de Saxe, munis des |)leins pou\oirs de Sigisiiiond et constitués arbitres entre les états biliigi'rants. devaient pr<!'ciser les oliligalions du grand maître par rapport auscrmeni d'hommage. Alherl, en l.*>i."{, >'ti:ait rendu h Nurem berg pour solliciter lu protection de IKmpire à ce grave moni'^nl. et avait donne sa parole de prince au Conseil de Mégenre « qu'il resterait in\iol:ibleuiont le lovtj et (idéle serviteur de l'Kmpereur et île TKinpire ».

' De \Vi;ttk,1. Il, p. 'iTi. — Surdeorgfsde l'olentz, voy UiTTRirii, //l'.v/ Jahrhurk der ii>rri:s-(irsrllsrli(ifl. l. X (iKS'ti, p. lliüti. — L'ouleur s'uttoclie h réfuter I« tableau de fantaisie tracé par I'. Tschackert dans le» Kirclienijcs-hic/êHirhcu Sliiitirn l.tipsick, 1H88), p. Il» lui.

• Tour plus de detail«, voy l'Asion. S't'ue Quelleitherichlr, p. 2G.\ i07, J83-I81. ' Voy. IIuki.i:m, Aürmn 17. p. W3,

* IliiKLi.n, .Ulrian 17, p. 135.

R KVO I. l ri(».\ llKl.Ki It l' s i; ItANS l,KS K 1 A T S l'fl U S S I K.N S 81

IUI « lidî'le m«'ssager '>, porU-ur diiiiti lettre écrite de sa inaiii i-i dans l;;(|iielle il déclarait être t(jiit dispose à oiilicpn-iidrc la rélorii.M' derOrdre dans le sens où l'iMilcndait Lullier. Pour achever d'endoiniir les inéliances de Home, il litassnrei- le Pape que c jamais il ne prendrait aucune mesure cafiable de blesser le Saint-Siè},'e, et se conduirait en prince chrétien, en ineuibre loyal du Saint-Enipiie. i'\'ii:nant de suivre les avis du l<''i;at, il écrivit à ré\é"pii' d«' Saniland (S novembre lo-Vi, d'avoir à abolir ininiédiatenicnl Ions les usaj,'es o non chrcHiens » nouvellement introduits, et de ne rien tolérer dans son évêché qui pût causer le moindre déplaisir au Pape. (x'Ia neremiièclia point d'informer l'évêque, le même jour, dansunc lettre conlidenlielle, ([u'il ne lui avait donné cet ordre ([ue pour « la montre » et à cause du b'^'at, et ([u'il pou\ail, avec [»n'-caution, continuera marcher dans le clieniin commencé, pirmiettant de le couvrir de sa jjrotection c aussi lonf^lemps (jue Dieu le garderait en sa sainte grâce* ».

Telle avait été la très loyale conduite d'Albert de Brandcboi/r^'.

Par l'entremise de Georges, son frère, et du duc Fn-déric de LiegnitZjSon beau-frère, il fit sonder le roi de Pologne Sigismond pour savoir s'il ne consentirait pointa lélever àla dignité de duc temporel (le la Prusse. En retour de cette faveur, il s'engageait à prêter au roi serment de foi et d'hommage, et à le considérer toujours comme son seigneur suzerain. Heancoup de voix s'élevèrent contre cette proposition lorsque Sigismond l'exposa devant son conseil. L'accepter, disaient les uns, c'étaitsc brouiller avec le Saint-Siège, qui avait droit de propriétéet de suzerainefi'' sur la Prusse; c'était en même temps blesser les droits de l'Empire romain, dont Albert «'-tait prince; mais surtout c'était porter un grave préjudice à l'Eglise Gatholi que. D'auti-es membres du conseil soutinrent (|u'il ne fallait avoir égard (jiTaux seuls inti-rèls de la Pologne, et (pie l'drdre lui avait toujoui's été hostile. Peu inqxjrtait à (jui appartiendrait la Prusse. D'ailleurs. l'Ordre «'tait hors d'état de s"ac<piitter de la mission pour iaipielle il avait été jadis institué : la guerre contre les infidèles. Un ne devait rien au l'.ipî' qui avait autrefois encouragé le grand-mai- Ire dans son refu> de prêter serment d'hommage à la Pologne. Après (jiie le roi eut reconmi la justesse de ces arguments, il y eut en-

' NicoLovifS, hiebischii/liclti' Wiinlr in l'rewisens cvaiif/i'lifi'/ier Kirch'', p. 21. — Voigt, l'n'uss. Ilrsrfi., l. IX. p. 7i7-7;}7. — Le ihèoloReii protestai;! i'.. .\. G.ilo Zezscliwiiz dit ä ce sujet : « [..es dettes d'Albert, qui I exposaient aux poursuites de ses créanciers ù.iDs tous les coins «le IWIlcuingne. lirent un «lue du RranJ-maitre de l'Ordre. Tandis qu'il reniait les Lulliéricns de Wiltemberg en s'adressant au l'.ipe, il jouais dans ses propres étals le rôle île réforniat "ur. • LV/"V 'lie irrscnli. Vcr/usftiiKjszieic der iulhcrischcii Uc for ma Hun (Leipsick, l*>tî7), p. il .

Si ni.\ OLITIO.N UKLH.IKrSE DANS LK.S KTAIS l'HlSSIENS.

coro plusieurs pourparlers avec quelques délégués de l'Ordre cl des Klats prussiens; puis enlin.daiis nue cuiiférence secrète entre le roi el Allicrl. un traité fut eonelu. Or, ce traité, comme TKinpereur devait le déclarer plus tanl dau'-; son arrêt de cassation, était « une sanglante injure faite à rivalise clirélienne. à la religion, à lEmpereur, à l'Empire, à l'Ordre Teutonique el à toute la noidesse de nation germani^pie. dont il lisait gravement les droits et les intérêts •' ■>.

' l'Ius lani. I;i ('.li;imbrc Impériale cita AILerl à son trib.irial pour crime de félonie; il lefusa Je comparailre, el le ban d'Kiiipire fut lancé contre lui. In jour que Stanislas liosius, envoyé comme aj,'ent diplomalifju- ä l'.liarlcs-Quiul et au roi Fenlinand pour la conclusion d'un traité entre la l'ologne et l'Kmpi re. combattai avec grande acrimonie le procétlé de la Chambre Imperiale (l'rincipem, in quem juris nihil haberent, Hegibus et lU'j^no l'oloniae subjeclumi. le chancelier Granville lui rt'ponJit que le grand-maitre , en rendant lail'rusi-e vassale de la l'oloirne, avait trahi ses prcniières déclarations, par lesquelles il avait autrefois reconnu que les Etats l'russiens formaient partie intentante de l'Empire. Il ne voulait pas. au reste discuter à fond cette question; mais ce qu'il savait bien, c'est qui' le même homme qui maintenant s'intitulait duc de l'russe avait jadis préîé serment de fidélité il l'Empire, avait pris rang parmi les princesdu Saint-Empire, et que. par conséquent, la Chambre Imperiale u" avait faitqu'exercerson droit en le citant devant sou tribunal. Hipleii. //o.vi/ f/-/'«/.,p. 38li.) L'u chevalier de St-Jean. IMiilippe de Creuzl. nous a lais-é le récit détaillé delà manièredout les choses s'étaient passées. (Voy. M. TiKi'PCN dans les Srripl. rer. I'nisüianum, t. V, p. 36<)-3Si|. « Voici, » dit-il au débulde son récit. « les motifs qui montdclerminèà publier la présente relatiou. A cause du changement si complet qui s'est opéré en l'russe, à cause de l:i ruine de notre Ordre, nous autres chevaliers de St-Jean. nous nous voyons exposés au mépris général, nous portons la peine de ce qui s'est fait sans notre aveu, nous sommes regardés comme coupables dans les pays allemmds. et notre honneur e>t en jeu. ainsi qu'on me l'écrit, el comme on mel'a dit àmoi-mùme bien souvent On ne peut nier que plusieursd'enlre nous n'aieulagi peu loyalement envers l'Or.lre etenvers la noblesseallemande. cl ilm'asembléque ce serait grand dommage que ces personnages ne fussent pas clairement désignes et connus, alin que les innocents puissent être distingués des coupibles. » Comme principaux agents de toute celte intrigue et trahison. Creutr dés-gne tout d'abord (p. 3ti7) lévéqne de Samland elle chevalier Frédéric de Hevdeck.lesquelsonl séduit el entraîné d'autres chevaliers, des noble.s, des barons. (Vov. p. 3i'.i cl.'lHi.) »Or tous ces gens se font gloire d éire bons Evangeliqucs. • u Je voudrais bien, moi aussi, être evangélique ■• ! s'écrie Creutz. -Il est vraiment commo le de d.iiouiller les autres de ce qui leur appartient, de piller les églises et les monasleres et de vivre ensuite selon toutes les convoitises de la chair ! C'est une chose merveilleuse que cette science ! Oui, vivre évangeliquemenl. c>>i, à dire le vrai, un grand art! >• o La pauvre l'russe abusée me fait peine, l.e gros de la population irc>t nullement responsal '.i Je ce qui s'est pas.se. Voyant les plus hardis s'em presser d aller |ir6ler le serment »l'hommage, les .simples y sont ailes à leur tour, pensant bien faire. Ceux (jui les ont entraînes voulaient un souverain laïque el héréditaire sous le(juel on put obtenir des emplois, des charges de conseillers: mais ils ne le» tiennent pas encore, car leur félonie les a rendus suspects, de sorte iiuils se bOiil avilis pour une chimère. Ils n'ont pas eu en vue l'intérêt île loui. Ils n'ont pen»><- qu'au bonheur de jiorlcr des chaînes d'or, des perles, du velours, de la ^oic; ils ont eu uns<ti de l'ambilion pour leurs enfanls; pour aux il (allait den titre.H, des et don» de prix, des panaches it b-urs eha|>eBux. Tout cela, ils le paieront de leur» deniers, ou bien on leur prendra tout ce qu'il« |iO»hèdculdan» leurs chùleaux ou maison». l.e nouveau duc. ainsi qu'on m'en

informe, a prononce uu discour« dan« lequel il adirinc avoir institue le duché ru tenu l'un traite conclu ovcc le roi de l'ologne. A lentcndie tout »'e»l

L'i'tii.isE d'État en I'iilssk dkitis l.'i:2o 83

Albert, en eilet, agissait comme s'il eût considén* la Prusse, dont l'administralioii lui avait été seulement eonliéi', comme son propn* cl ié^ilim«' lirrilage, trahissant à la fois ses devoirs envers rK;j;lise et rEmjiire, et livrant au roi de Pologne les chartes et documents en vertu (les(|nels les chevaliers de St-Jean avaient rceu jadis de Krédéricllla tutelle de la Prusse. Le 10 avril l;i2.j. l'ex-grand-maitre rceut à Gracovie l'investiture du nouveau duché de Prusse, devenu lief de la couronne de Pologne, pour lui. ses frères et leur descendance légitime. Albert s'engageait, en son nom et au nom de ses sujets, à garder à la Pologne une fidélité inviolable. A partir de ce moment, il porta toujours à son cou, comme insigne de sa nouvelle dignité, l'aigle de Pologne aux ailes étendues, marqué au chillie de Sigismond '.

A rAsscnd)léedes Ktats prussiens, réunis à Königsberg vers la fin de mai pour lui prêter serment de fidélité, Albert déclara que « l'a-' mourde la paix l'avait seul déterminé à transformer la Prusse en duché héréditaire - ».

Georges de Polentz, évéque de Samiand , renonea ce jour-là à ses droits de juridiction, céda au nouveau duc ses terres et ses sujets, et reçut en récompense d'une condescendance si intéressée des domaines autrefois propriétés de l'Ordre, et de riches indemnités en argent et eu nature. « L'évéque de Saraland, en présence de tout le

passé du plein consenlement de tous les chevaliers teuloniques de la terre de Prusse. Et moi je soutiens que cela s'est fait sans la connaissance et la volonté des chevaliers Livoiiiens, Prussiens ou Allemands, et par la trahison de quelques félons que j'ai déjà suffisamment désijrnés. Nous n'avons ctéinformés de rien, on n» nous a demandé ni noire conseil ni notre assistance. » « Oh ! nouveau duc de l'russi^. que tu t'es montré déloyal envers le; tiens! Nous t'avions élu et fait prince du Saint-Empire dans l'espoir que l'Ordre et toute la noblesse teutouique recevraient de ton élection avantage et joie. Nous avions mis en toi tout notre espoir et confiance, sans nous douter que nous ne pouvions les placer plus mal. eussions-nous fait choix d'un turc. d'un pa) en, d'un tarlare.Il nous est arrivé la même aventure qu'aux grenouille» lorsqu'elles prirent une cigogne pour reine afin d'être bien protégées, et que la cigogne les croqua l'une apn-s l'autre sans qu'une seule fût épargnée. C'est ainsi que notre grand-maitre en a agi envers nous. Celui qui devait nous protéger nous a fait violence, celui qui devait nous pourvoir s'est emparé de tout notre bien. Au lieu de suivre de pernicieux conseils, que n'as-tu consulté ton honneur de prince ? » (p. 383). o Les seigneurs, les gentilshommes traîtres à leurs serments, à leurs devoirs, ont aidé les gens de justice à tomber sur les pauvres paysans ignorants et sans malice qui comptaient sur eux, et n'auraient jamais fait la millième partie du crime que les grands ont commis envers leurs seigneurs légitimes et envers la noblesse teutonique. •• ■ Vous ave/ décapité, passé aux piques, écartelé les pavsans, vous avez elTroyablenient rauconnc toutce qu'il en restait, traitement que Sa .Majote Impériale et les conseillers de l'Empire romain vous feront un jour .«ubir à vous-mêmes, je n'en doute pas, car vous vous êtes conduits envers vos légitimes seigneurs comme envers des ennemis. Oui doue se lèvera pour vous défendre, puisque voire rébellioti est cent fois plus criminelle que celle des paysans? » (p. 3Si .

' Voy. Hase. p. .12-.13.

- Falk, Chroivk, p. 140.

84 1. IM.ISK ÜKTAT EN I' l< T s S K IHIIM IS 1.'»^.*)

i>eii[»lf. vioiil (Ir faire abandon de suii cv» rlic an duc. (iliacnn penl adiiiir. r ici la sainte conduite <lc et t c\c<|ue cl la lé},ntiinité d'nn lel acte. l/t'NiMjue \eulloiil uniment |ireiidre feuiine. et ce n'csltjuc pour cela (|u'il se nionlie déloyal cl lélon et ne recule devant aucune action nialliitnnète. Des pierres précieuses cpii oinaient sa mitre épiseopale, il a fait faire une parure pour s:i noUNeile t'pouse. Il a eul'vé de IV'ulise vinirt-cpiatre mni-ceaii\ (l'<H(»lle lamée d'nr <|ui formetil maintenant les cuurlines tl' son lit. Il s'est emparé des couvents et <I<'S éi^'iises; avec les richesses (piil y a trouvées, il s'est procuré de la vaisselle darjjent. et tout ce <)ui llatlail sa fantaisie ♦. » I/évé<]ue (if INiméranie, à son exemple, lit plus laid cession au duc <le tous ses droits de juridiction.

I'm lïrand nombre de chevaliers de rOnirc récurer. t des charjjes et des domaines. Frédéric de lle\deck, tout pui>sant favori d'Albert et principal ai:enl de ses m'-j^'ocialions avec la Pologne, fut le mieux récompensi' de tous. <- lley<leck, » rapporte la c!ir(»ni(|ue Inlliérienne de Freiberg, « voulait être bon chréiien pour lui tout seul; mais()our les|>auvres sujets (piil avait à i^'ouveriier, e'élail un tyran et un dt-mon -. »

Le l) janvier io^.'i. le duc adressa à tous les prédicants de ses nouveaux états un é-dit de religion leur enjoi::nanl ije prêcher «lésormais « le saint é-vangile et la doctrine de Ji'-sns-(^hrist ilans leur sens littéral, pin-emenl et simplement, et d'inculquer au peuple la soutnis>ion <pril devait au pouvoir ". w Nous soni'.nes déL'idé-s à ne tolérer sous aucun préli'Xte dans notre duché de Prusse, » disait le due d'un tonmenavant, « ton! individu <pii refuseraitdcse conformer à cet édil chrétien, et oserait enseigner ou j)iMiuetlre d'enseigner contrairement à ce qu'il ordonne ; nous servant du glaive de la loi, connue Dieu nous en donne le droit et nous en impose l'oldigation, nous nous projxisonsde sévirénorgiqtienient contre les n'-calcilrants, et surtout contre les s'-dilic:ix'. " L''S prêtres s -culiers et les religieux qui refusèrent de prêcher l'évangile luthérien et de se conformer aux nouvelles ordonnan-esdans li's cérémonies du culte furent privés de leurs traitements, chassés de h'urs demeures et jtlaci's d:iMs l'alternative d'aposlusier ou <le s'expatrier. Tous les monuuienis de I ai:ne'inefoi. calvaires ou pi<'ux or.iloires des champs, lurent ab.illus. Ou menaça de la potence ceux qui oseraientencore se r.ndreau «saint

' ßerichl tle$ D^ulMrhontfnarillevs Philipp l'on Cr.'ii':, tlan> la >'./•///. tmim Priutctfuin. l. Y, p. 377-37H.

' Vov. ÜAtK, p. 33-31, Cii. — IleyJeck devint plus lar>l I iiiluint piolerteur de» An ilMpii-Uït. • Il ciilraiii« dan« »a pcru'i i.-UHO erreur.« cent I rcihrrj;, • non Mut«-inrn! i| ir!'|iir« meinbrct de la liaul" uobl<'«M<, mai« encore tuUc lié- grarirui ■eignAur ■• (In dur .

» Vor. Ka'Zko, iieiirh. PrtUitfnt, t. IV, p 173 cJ »uiv.

i,'k(;lisk d'état en i-iussr dri-l'is iTiio 85

tilleul ->, l'iiii des lieux de prleriii:i^'e les plus véiiéiés de la coiUive. (jiielijues pMerins rérraelaiivs luieiit pendus pour rexemple '.

Alhcrl. eu ii}2{\, ayant demandé à la noblesse et anx villes de ses états de lui fournil- le moyen c d'entretenir une cour et di- soutenir son rani,' d'une manière convenaMe ». il lui fut ré|)()ndu (ju'il était de toute impossihililé de le satisfaire, et «|u'il ferait bien de tirer parti de l'orfèvrerie (pii restait encore dans les sacristies. « Un calice par autel suffirait j,M-andement pour une é^dise. » «En consé(pience.on onNna des églises tous les calices, tous les objets précieux, et bii'u loin de laisser pour clKM|ue autel un calice, à [)eine si |)Our toute l'église un seul lut concédé. Dans plusieurs eglisesdcvdlages.il fallut, pour le service divin, se contenter d'un calice d'étain. Lorsque tout l'argent des sacristies eut (''té employ«'. on s'en prit aux cloches. Dans les églises de campagne, à peine une cl iclie fut-elle laissée. Toutes les autres furent transportées au château de Königsberg, et il y en avait pour une grosse soiimie. Le duc encm[)Ioya une partie à acheter de la vaisselle d'argent et autres objets (ju'il jugeait nécessaires à l'éclat de sa maison princière '. » Seuls les chanoines de Marienwerder restaient encore eu possession de leurs propriétés et de leur orfèvrerie d'f>glise, abrités qu'ils étaient par la protection du roi de Pologne; mais ils eurent l'imprudence de se plaindre au roi de l'évêque Erhard de (jueis, (|ui s'était emparé des biens du chapitre; le duc intervint aussitôt, et termina le dilir-rend en s'assurant de leurs personnes. Ils furent conduits chargés de chaînes à Preuschmarck-'.

Albert, peu à peu, réunit entre ses mains toute l'autorité ecclésiastique; lui seul nomma les préd.cants et les pasteurs. Trente ans après, il fais.iit à son c confesseur » Fuiik cet aveu plein de tristesse : « De tous côtés, je n'ai expérimenté (pi'aflliction. Vous savez aussi bien que moi que malheureusement juscpi'ici nous avons rencontré peu de vrais pasteursdes âmes, mais en revanche beaucoup de mercenaires et de bavards; on les reconnaît à leurs œuvres '. o

Eu loi'j, le duc, au mépris de son vœu de chasteté, épousa Dorothi-e, lille du roi Frédéricde Dauemarck. « Eutin délivré «des pièges humains », parvenu à la lumière et à la véritable inti-lligencc de l'évangile, » il écrivait à Luther en l'invitant à ses noces: i' Nous avons

' ll.viiTKNocu, p. 57.S. — Le gouverneur nommé parle duc. Disciiroill. enipioyait à Il culUire des jardins de pluisance du princeles moines el les bourgeois coupiible-i de persister dans leur aUacliement à la i"\ ratiialifj le. 11 li's faivaii irava.ller-ciiargés de chaînes «. — Uaczko. t. IV, p. il2.

* Falk, fhronili, p. 157- lo8.

' Baczko, t. IV. p. -iUS et suiv. — Vü\ IIifi i:i.. t. Il, p li- I »■'

< Voy. IIask. p. i:r..

8C «KJ.NSEOfK.NCES DES I^^OVAIIO^^ llKI.ir.lKL'.SES DANS I.KS CITKS.

renoncé au sif,Mie de la croix pour enibrasscr l'état laïque. Et comme lions désirions, à votre exrni|>l(' cl a l'exemple de plusieurs autres, travailler à l'acoroitre, nous nous soninirs uni en Dieu à demoiselle Doriitliée, et nous avons résolu de célébrer nos noces prinriéres à la Saint-Jean prochaine, à Kuni^slxit;, en l'russe •. »

Mais au j»oinl de vue de l« accroissement de {'('tat laï(|uc et de la bénédiction des enfants j), le duc n'éprouva «ju'araère déception*. Il ne fut pas plus heureux dans le gouvernement spiriluel «'i icmpiuel de ses étais.

Le duché évangélifjue nouvellement érigé devint le tumultueux « hamp de bataille des plus violentes <|uerelles lliéolo^i(|ues, et hrej^ime lai«pie sembla « n'avoir attiré <pie calamités sur le |>euplo <>. La n(»blesse prussienne <pii jadis avait pris part, dans le chapitre de l'Onlu'. aux allaires du [>ays, ne voulut à aucun prix renoncer à ses |»ri\ lièges. Le duc, dans les premiers temps, parvint à apaiser les mécontents en leur abandonnant des propriét(''S et des revenus ecciésiasii(|ues ; mais, sans cesse tourmenté par le mauvais état <le ses liiiances ^, il unit par demeurer impuissant en face île tant de réclamations cupides. Alors la noblesse opprima les paysans dépouillés de tout appui légal, auxquels une servitude d'esclave fut bientôt imjiosce. Le duc se plaignit à j)lusi<'urs reprises de ne pouvoir compliT sur la loyauté d'aucun de ses sujets. De son propre aveu « il eût pn-IV-ré garder les moutons (pie gouverner des liomnifs * >).

Dans les principautésde l'Allemagne, la foi, la conscience, lesdroiLs des (latholicpics étairnt 0|)priinés sans aucun ménagement, mais néanmoins on n'y vil jamais se produire les grossiers et publics outrages envers l'ancienculle (pli, dans lesnombreusesvilleslibresoù la

• IlikE. p. iO.

' iJe« sept «•nfants il'AU>ert, six moururent en l>as ;ij;e. Une fille seule lui resta. De son »ecüDil nuriaf^e aver Aiiiie-Marie, |iriiiresheile liruiiswicl, il cul d alioiii une lille qui Mai|uit avru^'lc. Puis viurent plusieurs couches mallieurcuses. Son iita unique. Albert Kreiléric, fui loule sa vie eu proie it *le noir« acc^s d'Iiypocouilrie. Taiiiùt. «aiti iruneraKi* souiiaiiie.il jetait k la ligure de Heu hùt4>s un broc d'arf^nl (autôl il tombait <lai)S un tel uliatieuicui qu'on craignait à rlistpie insltint de la »oir meltr< ho k %t» jour». — IIask. 7'J. I;I7. SIS, 3HI». a95-3yö.

' I.ei dettea perfonn<-!lea irAlbcrl finirent par »'(lever b plus «l'un million de ihahr-«. — IIask, p. 3^3.

' ll*^r. .'liJ-ÜW. — Il liiiit m«''me par faire metlre nu cachot, puis cond.imiier au deruicr supplice le predicaiil Kunk. sou aumônier et < confe%seur > tt\ec deux de se» complices, pour aïoir " dilapide Irsilmiem publics et trahi la patrie >•. ()ntr u \era sur ce point de plu« ample» détails dan<t Üa^k, p. 331 -.')7i. — Vuj. aussi notre quatrième toluuie.

«;onskquem:es dks innovations nr.LKWiasKs dans u.> <.iii>. m <l..(liinr lutlu'iifnnesï'tait introduite, étaionldovonus des laits ([iioti.h.-ns. IV'U à iu-u,fomiiie il fallails'y allciidre, ratraihlissement du seiitiineiil religii-ux suivit ces agressions brutales. C'est surtout aux citéslil»r»'S(|uepeut s'appliquer cc(jue Georges di- Saxe écrivait v<rs la lin de l'iiü : « <>n n;.' songe qu'a abolir les anciens usages el les lois de l'Eglise; les monastères sont pill<'-s, les pr«"lres expulsés; on lire parti pour son propre avantage des biens consacrés à l>i<u et à ses seiviteurs. Mais ce (piil faut !e jdus déplorer, ce sont les outrages el blasphèmes didil le très saint Sacrement du Corps et du Sang de Notre-SeigneurJésus-Clirist est tous les jours l'objet. L'im[»iété va si loin (ju'on peut assurer en toute vérité que jamais aucune créature n'a été aussi indignement traitée (jue ne l'est parmi nous Notre-SeigneurJésus-Clirist. En même temps, Marie, la sainte Mère de üieu, la Vierge bénie entre luutes les lemmcs, l'armée céleste et notre mère l'Église chrétienne sont insultées de telle sorte qu'en vérité nos Allemands surpassent en impiété les Turcs eux-mêmes. Par où nous pouvons assez comprendre combien nous avons peu à attendre de la miséricorde de Dieu, pauvres créatures que nous sommes* ! »

A Stralsund, sur les planches d'un théâtre de carnaval, h- Pape, le clergé, l'Empereur, le Sauveur lui-même étaient clia(iuc jour l'objet des plus indécentes plaisanteries. Pendant plusieurs jours, les religieuses de Sainte-Brigitte, (pic les prédicants appelaient en pleine chaire « les courtisanes du Paradis -), lurent criblées de pierres et d'ordures jusque dans leur chapelle; plus tard, on les chassa de leur couvent, (pii lut pillé, détruit, et dont on conliscpia les biens. D'autres églises et monastères subirentle même sort; les prêtres, tandis qu ils célébraientla sainte messe, ét.iient brutalement arrachés de l'autel; on profanait les tabernacles, on brisait les images elles crucifix, on foulait aux pieds les saintes espèces. Dans l'église Saint-Nicolas, le bourreau de la ville, en présence de membres du conseil et d'une nombreuse assistance, porta de tels coups à un prêtre (jue, u séance tenante, il perdit bien un seau de sang ». Vu lecteur du couvent de Sainte-Catherine, également en présence du conseil, faillit êlnégorgé, et le syndic de la ville loua la générosité des conseillers i|ui avaient permis aux prêtres et moines volés, pillés el mallrailés. daller où bon leur plairait*.

' lliifLEii. Cfidritan t'irkheiiiter, CXi-CXlI.

= Pour plus de déUil, vi.y. les liatlisrhen SItidieii. t. XVlll. p. lo'.»-l6(>. — Vov. t. XIV, p. 132, l;io. — Voy. aussi la juslificalion teotée par Stralsund, et les dépositions des témoins, .Wil, cahier 11, p. '.lO-l'iV. Ledileur Kosegarlen dit en lerminaut(p. '.'il. •• L^s témoins ne pouvaient nier les aclesde violence commise Stralsund. • " Ces altentaU étaient trop notoires pour qu'il fut possible de les pallier à orce daYOcasserie. ■ — Voj. t. XlV.f). IM. lu"). — Sur la « H-forme >• à Königsberg

88 CONSKOUKNr.KS DIS INNOVATIONS lU.I.IGIEl.'SKS hANS I.KS CITIIS.

A Brauusborg, dans rEimelaïul, le hoîirgiiiestie (loorges Habe (( louniait la mosso en dérision loiit <'ii brassant sa bière, et portail la sanl«' des siens dans nn caliie. " lu autre boiiri,Mneslre. Lt-onaid de Roder, revêtu d'ornements sacerdotaux, se moquait de la messe (levant tout le peuple sur la place <lu marelié. A l'installalion d'un prêtre caliioiiijue. il s'éeria un jour en i)leiue église : « Au Idup ! au loup! » donnant ainsi le signal d'un soulèvement populaire •.

A Hrunswick. 1»; jour de Pâques I.'itiT. l'auditoire jeta des pommes pourries à la lèic du pn-dicaleur eatlioli(|ue, bientôt contraint de descendre de chaire-. L'année suivante, les autels lun-nl détruits; les images des saints, les ornements d'église publiquement vendus; les calices et autres pièces dorfèvrerie envoyés à la monnaie '.

Des brisements d'images eurent également lieu à Hambourg; les biens eeclésinstiques lurent conlisqu(''S, le eulle catbolitpie interdit, le couvent des religieuses cisterciennes d'Harvesfehude,oùles prêtres célébraient encore la messe, détruit de fond en comble; une auberge s'ouvrit sur l'emplacement où s'élevait jadis le monastère '•.

A Wismar (iriifOi, un c tumulte eflroyable » épouvanta la ville. Des fagots, des tonnes de poix furent apportés sur la place du marché; on obligea les prêtres catholiques à soutenir une dispute pubHijue avec le prédicant Nevcrus, ex-moine. Le peuple [)ri'teM(lait être juge de la dispute, et menaçait de « sacrilier à Vuleain » le docteur incapable de faire triompher ses opinions '.

« De toutes parts, an nord, au sud de rEm|)ire, ce n'était (|ue barbarie, brutalité, discorde ''. »

« On a inventé dans notre ville un étrange sabbaf'. »écrivait Lachmann, prédicant d'ilcilbronn (mai l.*)i7); « on y danse tout nu, on y blasphème la Gène du Christ, prétendant qu'elle ne vaut pas uu froiu Ige ; j'aurais honte de rapporter les exécrables biasph "mes qui y sont proférés ; à mon avis, l'aulorit'' prend piaisirà ces indignités, à ces crimes, à ces (juerelles; aussi ne serais-je pas étoiuK- s'il V(Miait

et dans les environs, et sur les forfaits coninina celle /"poque, voy. Erluulrrlt's Prciusen, l II, p. 32'l. î\î>, et l. III. p. ISJ. l'.t.» Les p:iys.nns de l'rnsse euronl un moment la pensée « d'alTuiuer ■> leurs pn-dicanls. — Voy. l. III. p. i'i"'.

' Hahtknocii. p. lOlU.

» HiLtii:uiiANi>. Arrliir tnerkwiirdif/er ('fkiindfn und Sarlirirlttfu, 1813, p. 54.

' VoT. l'arlicle /'<> Hrformatinn in Hrnunsrlnreif/. dans le KiilolH; de Ma>ence. Avril (hTJ, p. S/.i-AM.

* Voy. le récit de ce» faits dans hArPKVBKitc. p. Kfl, •">7l) — (Jai.i.oi«^, t. 11. p. WO et (luiv. 7ii, li'l. Kn \'ii>. lo ronsiil ciail prirveiui à faire expulser de la ville un prédicant • dont In doclrinf |)(iuvait meUrc l.i cité en pi-ril, un ancii-n moine, devenu apprenti forgeron, chassé ilejft de bien tli-s pays,entrc;iulres de Ma,!;>lel)Ourj;. ou il avail |)lusifiirs fois fomenté des éineules. m l'eu de temps .nprés, lo conseil éuil cotnpiftemciit débordé par la populace

» Wi'.r.Kiis, p. UO.

• • Aufseic/iniinr/rn, voy plus haut, p. !'.•, n^ie 1.

r.ONSKQUKNr.F.S DKS INNOVVTIONS HRMOIRUSES DANS LES CITÉS. H'.)

un jour à plfuvoii' sui- nos lûtes du soufre et de la poix '. » Mèuie à Francforl-sur-le-Mein, ville aulrefois si ciîlihrc par lagraviicdi-ses dignes échevins, sa bourgeoisie si honorable, ses mœurs pures, la licence f)ril la haute main. Le conseil se déclara impuissant eu l'ace des a;^'issemeuls séditieux de deux préJieanls, .\lelau 1er et Algcshcimer, lesquels tonnaient journellement en chaire contre le Pape et le clergé, la confession, les jeûnes, et répétaient quo le sacreineiU de l'autel n'éliit (|u'eau cl farine, cl la messe que l'œuvre ilu démon.

« NoussupplionsIrèsliMinblcmentVotre Grâce, »écrivait le congru (le Francfort à rarcheveijue de Mayonce (jui réclamait l'cxpulsidu (les deux agitateurs populaires, « dédaigner prendre pitié de nous, car nous ne saurions renvoyer les prédicants sans encourir grand péril. Nous avons réussi jus(]u'à présent à apaiser les troubles sans qu'une goutte de sang fût répandue, mais nous sommes très persuadés que les prédicants ne consentiront jamais à quitter la place -. » La requête pleine de modération du conseil, demandant qu'on voulût bien laisser prêcher en paix le prêtre catholique Frédéric Nauséa et qu'on n'excitât point d'émeute dans sa paroisse, demeura sans efïét-, ie peuple, pendant !e service divin, se livrait « à des actes séditieux, et tournait en dérision les choses saintes. » Un jour ([ue la plusgrande partie des conseillers prenait pari, à une procession, le peuple se livra à mille plaisanleries impies, eise jetant sur les saintes espèces, les détruisit •*. « La croix du cimetière, enlevée puis traînée jusqu'au Mr\n, fut jetée dans le tleuve; l'orfèvrerie d'église, (' donni-epar de bonnes àraes pour l'ornementation desautels. » fut vendue sur la place du marché, par mépris *.» A la Saint- Pierre, comme le culte catholi(iue était encore célébré dans la ville, les deuxpri'dicaiits, du haut de la chaire, sexpi'imèrcnt avec la dernière insolence sur le conseil, l'accusant de n'être pas sincèrement attaché à l'évangile, et engageant la comniunaut(' à prendre l'initiative «afin qu'un tel scandale » fût promplcment aboli. L'n nouveiu soulèvement populaire «'•tait imminent •',

Des membres du conseil ne rougissaient pas de prendre part à la guerre brutale et sauvage entreprise contre la religion catholique elle clergé. Le bourgmestre Nicolas Scheit, accompagné de ses gens, atta- (|ua un soir sur la voiepublique un chanoine de Saint-L-'-onirJ. et le blessa grièvement ". « Au moment (jù le clergé ilTj mai L"i:27) portait

' JAOEn. Mittheilun</en. t. I, p. 76-77.

» Voy. KiiMir.sTEiN, Tiif/cl)w:/i. AiiIiukj, p. 203. iu.'i.

' KiiNiGSTKiN, Tnrjebuch, p. 103. 119.

* König STEIN, p. 100, 113. — Hitter. Evangelisches Pen/nnal, p. lli. » Ritte«, p. 120.

• KoMCSTEiN. p. M:i

<J0 CONSKOIENCES DES INNOVATIONS RELIGIEUSES DANS LES i.lTKS.

processioniielloinent. selon Tusage, le Saint- Sacivraent à Sachseniiaiisen, Bcclilliuld de Hyn. Nicolas Selieit et autres conseillers organisèrent une sorte de farco de carnaval dans une maison située sur le pont, et devant iaiiuclle la procession devait passer. Ils placèrent a une fenêtre le simulacre d'un loup, garnirent les autres fenêtres de fourrures, au milieu des rires et des quolibets de la foule, et lors(piela procession revint, la populace, rassemblée sur le pont, vociféra di'S refrains impies, criant : a Au loup 1 au loup! » 1.0 Saint-Sacreiucnt, les fidèles qui le suivaient, furent insultés et lionnis : Que Dieu ait pitié de nous* ! »

.' J'avais d'abord espéré, » écrivait de Nuremberg, à Ulrich Zasius, Wilibald Pirkeimer, longtemps zc'-lé partisan de Luther, « qu'une certaine liberté, mais toute spirituelle. sortirait de tout ceci; mais, comme nous ne le voyons (jue trop clairement, tout le mouvement s'est tourné vers les plaisirs des sens,en sorte que notre état actuel est pire que l'ancien. Si seulement mes Nurembourgeois voulaient ouvrir les yeu.\, et ne se laissaient plus abuser par ces trompeurs! » « Ouoi d'étonnant, » dit-il dans une autre lettre adressée au même ami, c à ce (jue des gens dissolus et indignes se présentent maintenant en foule pour remplir les fonctions d'instituteur? Ne voyons-nous pas tous lesjoursaflluer, par troupes, lesnouveaux pédagogues que notre siècle produit en si grand nombre? Non seulement des hommes grossiers et ignorants osent se mêle rd'enscigner le peuple du (^hrist^ mais les femmes elles-mêmes se présentent pour remplir un si noble emploi. Cependant une si grande abondance de docteurs , ne nous rend pas plus chrétiens; nous ne le sommes que de nom ; nos mœurs sont plus détestables (jue celles des payens ; nous nous vantons d'avoir conquis la liberté évangélique.et elle est devenue pour nous lé prétexte d'une licence effrénée. Nous prétendons placer toute notre espérance dans le Christ, mais en réalité nous ne nous servons du Christ que comme d'un manteau propre à couvrir nos vices. Et (|u'y a-t-il de mieux fait (luur llatterles|iassions(|uerespoird'obtenir, sous couleur <le zèle éxaiigéliipie, la gloire, la richesse, les femmes, l'argent, h-s biens, les habits somptueux, en un mol tout ce (jui.dans l'opinion commune, coiislilue le bonheur de l'homine ici bas? El pendant <pie nous jieiisons ainsi et vivons de cette sorte, nous nous faisons une illusion (h'Iicieuse ; nous nous persuadons (pie le Christ

' KoMfîSTEiN, p.! 17. — Le failsiiivaul fui apporte devant la cour de ju.-ticedeSpire : •< Le jour du Saiiil-Sacrcniciit. des bour;;eoisde Trancforl .suspendirent à leurs fenêtres des culollcs en ^niise de itrap, puis ils seuiércnl dimmondices le chemin où devait passer la procession. » Lettre d'ilainan de iloizliausen etdeHcchtold de Ityn au ccnseii df Kr.incfort, llliH (lundi après StJac(]ue.<i). itU juillet. Itcic/islittjafir/rn, t. .\LI, p '»!'.

CONSÉQLK.NCES DES INNOVATIONS HKLKilF.USr.S DANS LES CITÉS. 'M

a satisfait parlaitoment pour nos pc-clirs; nous t-levons la loi au-dessus (le tout, bien qu'elle soit morte sans les œuvres, comme aussi les œuvres sont mortes sans la foi.Ouantà la charité (pii nous brûle le cœur, chacun peut en apercevoir les eflets dans nos actes'.» « I.a plupai-t des évangéliques me criblent de sarcasmes, et me regardent connue traître envers la vérité, et cela parce que je ne prends aucun plaisir à la liberté, non, certes ("vangéliqne mais diaboliciue, de tant d'apostats, hommes et femmes, pour ne rien dire des innombrables vices qui étouffent presque entièrement parmi nous la charité et la ierveur-. ')

« Je crois, et c'est la pure vérité,» écrivait encore Pirkheimcren 1530 à rarchitecte Tscherte, à Vienne,« que les infidèles eux-mêmes ne toléreraient point les roueries, les fraudes de tout genre de nos Évangéliiiucs. Les laits nous font assez connaître qu il n'y a plus parmi nous ni loi, ni loyauté, ni crainte de Dieu, ni amour du prochain. On rejette toute honnôlclé et bonnes mœurs, on ne veut plus des sciences ni des arts. Il n'est plus question ni d'aumônes, ni de confession, ni de sacrements; personne, ou bien peu de gens, ont encore une étincelle d'amour de Dieu. » « Le nouvel évangile a si bien éclairé l'homme du peuple qu'il ne songe aujourd'hui qu'au moyen de hâter l'instant d'un partage général, et vraiment, si l'on n'exerce une active surveillance, si l'on ne se décide à châtier les coupables, il faut nous attendre au pillage de toute propriété ; d'ailleurs la chose s'est déjà passée en bien des endroits. »«L'homme du peuple, voyant qu'on ne partagepas les biens, comme il s'y était attendu, inaudit Luther et tous ses partisans. » « Quant à la (piestion du mariage, les mœurs sont telles à Nuremberg que si le bourreau ne s'en mêlait, on verrait bientôt s'y élabhr la communauté des femmes. »

« Que Dieu, » dit-il en terminant, « préserve à jamais les bons chrétiens et tous les pays du monde de cette fatale doctrine qui, partoutoù elle s'introduit, détruit la paix, la sécurité, la concorde'^: » Dans les villes où la doctrine de Zwingle régnait côte à côte avec celle de Luther, on jouissait bien moins encore de c la paix, de la sécurité et de la concorde » .

^Zasii /ipts/., p. 3i4, 315, 505. — Voy. Düllinger, Refonnation, t. I. p. IOJ.167.

* Lettre à Kilian Leib, voy. Dölmnt.eu. l. I. p.ü.?3. « La langue insolente et libre de Luther », poursuit Znsius, « ne dissimule jamais ce qui se passe dans son esprit; aussi scmble-t-il parfois en délire, ou bien possédé du démon. »

* Imprimé pour la première fois dans Munit, Journal zur Kunslyurhicfite und Lilrralur,\.. \.p. 3^-40. llécditè par LocuxER, Heperloriuin für Kuintluisserui' r/iafl (SluUgard, 1«77;, t. 11. p. 1.

ClIAI'ITIii: V

LV DOCTRINK DK /\Vl\(iI.F. ET SES PREMIERS EFFETS LES ANAM.VPTISTES

Plus radical l'iicore que Liilhcr on ses violentes a,:!;ressions eonlre rK^lise,Uliieh Zwiiigle, depuis I0I8 euit- de la calliédralede Zurich, atta(|uait renseignemeut, la constitulioii et le culte catholiques.

Voici l'abn-j^'é de sa doctrine : I/lioinnir. avec toutes ses éncrf^Mcset toutes ses facultés, est devenu, depuis la faute d'Adam, la proie du démon; aussi ses actes ne sonl-ilsipiillusion, hypocrisie et péché. Le (Christ seul est sa justice, son salutclsa rédrmption, car Ir Sauveur a acco:nj)li pour lui, en son lieu et place, la loi à hupielle il était incapable de satisfaire. Même lorsque lelidèlc tombe dans le péché, on ne saurait dire de lui qu'il vit selon la chair, car vivre selon la chair nest autre chose (pie vivre selon les lumières de la raison, par ses pr(j[»res forces en s'imaginant pouvoir se sanclilier parsa justice personnelle. Niant absolument le libre arbitre. ZNvin;^'le osait soutenir que Dieu est le principe du mal, et (jue la prescience divine est de tout point conforme à la nécessité fatale <pii préside à nos destinées. « Tout est en Dieu, » dit-il dans un traité sur la l'rovidence dédié à l'IiiKjipe (Je liesse; c tout ce (jui existe est Dieu même, et rien n'existe (pii ne soit Dieu. •> (( Mais si Dieu opôr» le mal. s'il nous y ()orte cl s il y contrihu -, il n'y est luianmoins incline que par des Mies très pures, de manier»! (pi'eii lui le biil jtislilie les moyens '. »

* ■ Quod Deuil fnrit. > iJil quelque pari /\vinf(l(*. ■ lil>er« tarit, alirnui ■!> omoi affectu noiio, if;itur el abitque |x>ccalo. ut adullcrium David, qjod ud aurlotvm ||)-uin |irrtin'-l, non ina^i* Lleo ••il pf'ccaïutn. (|iiain cum lauru:« lolum arinriitum inaccntlil cl implcl. • — Vov .Moiii.i u. p. W ih.

I»0i TIIINE DE /.\V1^".I.I. 93

« Ce (jui c>l mal aux yeux de riioininc ce que riiomiiie appelle Irans^iessioi) <le la loi, n'est point péché pour Dieu, j)uis.pie la loi Il'exi^le pas |)our lui. " Mais ici une objection se firéscnlail d elleinérao à lesprit : l'ounpioi Üieu n'a-l-il pas permis (pie lliomine, (Uli ne peut rien par ses propres l'orces, lût incapable (l<- pt'ché.'ou pounpioi nera-t-il pas exemf.léde l'enfer après (ju'il eutsuccombé à la tentation? A cela Zwinj^le répondait :<' Tu me demande.-, pounpioi Dieu net'a pas créé bon -.'Tu peuxlelui demander loi-nirme; «piantà moi je n'ai pas été admis à son conseil; seulement j'ai apprisde saint Taulqu'on ne peut taxer Dieu d'injustice «piaiid il fait de sa créature l'emploi (pii lui convient, de memecjuc le potier ne peut être réputé injuste lors(pie, du même limon, il pétrit un vase destiné à de nobles usages et un autre propre à des usages bas. C'est ainsi ([uele Seigneur dispose de nous autres hommes selon (ju'il lui plait, rendant l'un propre à exécuter ses desseins, à le servir, et rejetant l'autre. 11 peut créer ou briser ses créatures selon sa volonté; il fait miséricorde à qui il veut, il endurcit le cœur de qui il veut. ). Zuingle allait jusqu'à attribuer le désespoir saus remède des pécheurs morts dansTimpéuilence finale à une sentence éternellement porléecontre eux par Dieu

même '.

Entre toutes les doctrines du novateur, celle (pii fait de Dieu l'auteur du mal fut certainement la plus funeste, et celle qui [)orla le coup le plus fatal à la piété et aux mœurs popul. i.-es.

Zwingle attaquait avec violence ce qui forme la structure intérieure de l'Église, les sacrements, il ne voyait même plus en eux, comme l'avaient fait Luther et ses disciples, des gages de la grâce et de la miséricorde divines ; il ne les regardait que comme de simples cérémonies extérieures, par lesiiuellcs le tidèlr témoigne publiquement de son union à l'Église. Le baptême n'était pour lui (ju'un .symbole, qu'une béné-dicticn ; l'Eucharistie (ju'un souvenir de la mort cxpiatrice, de la Passion et des exemples du Sauveui-.

Sa doctrine sur lEucharistie souleva entre lui et Luther les tiuerelies les plus violentes. Luther se séparait delà doctrine de l'Église en ce (jui concerne îa transsubstantiation, mais il maintient toujours avec fermeté le dogme catholi(pie de la i)résence réelle, enseignant que Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie. Aussi regardait-il Zsvingle comme le plus dangereux des héréli(iues, comme l'Antéchrist en personne. a\eili->anl ses di>ciples d<' n'avoir aucun commerce avec lui.

' Pour plus de dclails \oy. MoiiLEn. p. 43 et suiv.. 2r>l-2.->3. — Riifei . t. III. p. Tii ei suiv. — Schulten, Lh' leer tin- hcrvornulf kr,/: (LxiJcn, 1870;. l' éd.. t. 11. p. WV. — Vov. SciKLTK-RoiinnACiiEH, p. i-i^i, 237. — Voy. la brôoi.urc intitulée : .In tr.cinc Kritiker. f. Ii5 12').

y4 I. ' K (; 1. 1 s E I) ' K T A T A / U I\ I •. Il I» K l' t I s ! *>2*»

A|»r«'S qin' ZwiiigU', sans nul éjïanlpour les reinontnmcos du conseil il«' Zurich. tMit pivché quelque temps avec un exlrrine emporlenienl contre les prêlivs et contre toutes les lois, prescriptions et usaj^es «le l'I^giise. après quil eut recruté, en partie dans le clergé, en partie dans le pj^uple. un ^rand nombre dr partisans, il n'-dif^jea, avec I«' concours de neuf pn'lri'S partageant ses opinions, unesuppli- <|ue qu'il adressa à r<v«'que de Constance et à tous les Suisses confrdrrés. dans laqurlle il réclamait l'aholiliondu célibat des prêtres. Oelte mtsur<-. silon lui. était urgente. " étant donné la vie scandalcusc(|ue nous avons jus(iu"à pn'seiit menée avec b-s femmes (pour ne parler cpie de nous, au grand jtréjudice et scandale de tant d'âmes • )i.

Cependant le conseil de Zurich hésitait à s'immiscer dans les affaires intt'rieuns de l'Kglise, car à celle »laie il reconnaissait encore l'autoriti' du Pape et de l'eveijue de Constance en matière spirituelle-.Ce ne fut (pi 'après la formation «l'un parti aussi radical au point de vue politi(pje(ju'au point île vue religieux, et qui. prétendant se fonder sur lévangile, réclamait l'égalité absolue des citoyens et penchait vers le communisme, que le conseil s'unit étroitement à ZN\ingie, lequel avait réclamé, pour la di'fensc de la divine parole, lappui du pouvoir temporel. IVs loi.'i, Ir conseil érigeait une Eglise d'Etat reconnaissant pour orthodoxe, à l'exclusion de toutes les autr«"s,b'S doctrines de Zwingle danslesipielles il reconnaissait la plus pure ex|)ression de l'évangile '. A dater de ce moment, le culte catholi(juc fut proscrit à Zurich et. pour bien mar(pier sa rupture délinitive aM'c tout le passt'* chrétien, le conseil lit - pro|>rcment disparaître et raser » dans les églises les tabernacles et les autels. On boucha les trous avec du plâtre. Dieu ne voulant être adoré (pi'en esj)rit. toute image devait être détruite : <> Quand bien même.)) enseignait

' n l'iu fn'iinHiili liitl tiivl ICrmahii nnff »elc. /.iiiii'jl. ojtp t. I. p. ;»<i. .St.— Sur »e» mauraiHeK mutirH et ses relations avec une fille ■ pultliqiie. /\\iti(;lc lui môme noun acclairéK avec un cynisme sans l't^al — Voy. sa réponse à Myconiiis (('/>;>. 17/. p. r>i, .'•7),.. «1 De virgine stuprala respondc imprinns rogo. » Il écrirait en 1522, à »es frt>res et suMirs : ■• Si Ton venait ii vous rapporirr que l'orgueil, lamour (le la bonne cli^re. l'incontinence sont mes pcrliés lialiituels, ne le niez pas. car la rcriié eii que je suis en« lin à res vices, el à »l'auiri-» encore. » Il linil par épouser une »euv«- avec laqurllr il entretenait depuis longtemps «les relations coupaliles. — Vo\. la rürrrspo!nl.tncc de .Myronius et »le Uurer. "/'/'• '^^ P *'J'*- 2IU, 3.%S. l'our plu« de ilélails sur la tie privée de /v\itig!e. vov aussi mes deu\ opuscules ; .in inruif Ar</i /.»•»•, p. 127. lin. et Hin zufilrs WUrt, p. Hl. 48. — Jugeant les autres d'à pr/">lui-ni<'-me,ZtMngle adirmail en pleine rhaireque. sur mille prétrrs, moines, abbés ou religieui, il n'en était pas un seul qui ne li^l adonné au sicede l'impuret'- — Voy. Ki.li. Aclrntinntnlum/, p 02

' Voy. K<;li. Ar.irn%aminlun<j. p. H«, 210 2:7. o" 33y. 49H. — K<iUi, Züricher Wfdrrtuufrr. p. 8-9.

• l'our plu» de d^-taili. voy .Eoi.1, \\'if<lertnuffr, p. H. 10; — NiTacur. p. 1-10.

SAC, 1»ES Kt;i,ISKS A /l lUi.ll. 'Jo

un disciple de Zwinylf, le prédicaiit Léo Jiida, « nous possédcM'ions réelleineiit au milieu de nous le corps du Christ, il ne fau<lrait pas iMi faire si yrand cas, car la présence corport'lie de Jrsus-Clirist n'a pasconverti les juifs». «Les idoI< s d argent et d'or » «Haient une véritable abomination devant Dieu. Aussi le conseil s'enipressa-til u d'en purilier les églises », et s'empara-t-il de tout«- l'orfèvrerie .pie r.iifermaient les sacristies. Le <- saint butin » fut considérable, et surtout dans la cathédrale. Le trésor, pillé le ^ octobre lo^io, contenait, parmi beaucoup d'autres richesses: quatre bustes en argent des <aints martyrs de Zurich; quatre croix de grande valeur ; (juatre riehes et lourdes monstrances ; une statue en or pur de. la Sainte Vierge pesa ut 00 livres; des chasses arlistcment ciselées et ornées de pierres précieuses; un nombre consid<'Table d'encensoirs; deux riches missels, l'un orné de pierres précieuses, l'autre relié en ivoire; dix ciilices d'or et beaucoup d'autres vases de prix, renfermant des reliciues de saint Gall et de saint Charlemagne; le livre dheures de Charleiuagne, relié en or; une nappe de communion estimée sept cents livres, « où l'on voyait, en une splendide broderie, les images de Melchisédcch et d'Abraham-). L'orfèvrerie d'orpesaitenviron un «luintal, celle d'argent plusieurs quintaux; tout fut brisé etenvoyéà la monnaie. Les étoiles de velours et de soie fure^it vendues « pour de modiques sommes à de modiques gens, de sorte (jue, peu d«jours après, on était tristement surpris, dans la ville, devoir des personnes de basse condition profaner dans la vanité et le plaisir les saints vêtements des prêtres ». La plus grande partie des livres d'heures, écrits et enluminés avec art, furent détruits par ordre du conseil. Un vendit pour un prix d.-risoire à d«s colporteurs, des relieurs, des apothicaires, la bibliothèque de la catlu-drale.

Le butin fut encore plus riche àNotrc-Danie,église collégiale fondée par les lilles de Louis le Germanique. Le trésor, pillé le l'i septembre

10^8 contenait entre autns richesses : plusieurs croix en or massif ; unechàsseenor-.unestaluedelaSainteYiergepesantsoixantehvres:

une reli.iue de Charlemagne avec son portrait ; un .vangehaire recouvert d'or, d'argent et d'ivoire; puis des coffrets d argent, des monstrances, calices, coupes, chand.liers, retables .l'un pouls considérable; outre cela, de riches lap.s .IVghse et beaucoup d omments sacerdotaux artistement brodés. Tout ce qu, pouvait être monnayé fui ielé au creuset *. . , i . .. ,r.i,. ; Kien n'aété laissé dans notre sacristie, p.s me.:e la valeai d un

noy. MÖBUO.». t. I. p. 315310. 3ol, note «T«. c, t. H. P- i^l ^07. note U.

96 SM. HKS i: G Lisi: s a zi incn.

liard, » disairiil [>lus laid avec aiiifrtiime les habitants de Zurich, « et iiialheiireuseinenl, imit aus après le pillage, tout avait disparu, sar)s «jiril ail jamais élt- pc.ssible de savoir uîi toutes ces richesses avaient passé ' ».

Dans la destruction des monuments de l'antique foi comme dans la spoliation des biens du clerj^é, Zwingle fut impitnyable. « Si, après unedélaile essuyée, le eln-ret l'armée parviennent à se maintenir, » disait-il, a il sera lacile au souverain de reconnuencer bientôt la {,'nerre; au lieu <ju'à celui i\u\ est mort il ne reste rien à faire ipi'à demeurer mort, et le pouvoir reste aux mains de ses adversaires. Si donc nous laissons vivre l'armée du Pape, il pourra toujours espérer reiîaguer un jour tous ses avanta},'es; mais lors(iue nous auions bris»'* ses idoles et dispersé ses revenus, sa force tombera aussitôt, et du même coup {»ériront ses espérances et ses projets -. »

Tous les biens des églises et des couvents furent confiS(iués. Thomas Murncr, à Lucerne, ayant accusé les habitants de Zurich d'hérésie et de pillage, le conseil, le l't février 1520, jjorta plainte contre lui près des autorités de Lucerne, soutenant (jue « les eon^eillors cl les citoyens n'avaient fait ipie témoigner extérieurement le saintzèle dont leurs cœurs étaient remplis, et (ju'ils devaient être tenus par chacun pour gens loyaux et honorables. Le conseil ne devait obéissance ni à l'Empereur, ni à nim[)0i le quel prince, il ne devait compte de ses actes à aucune autorité supérieure. Souverain maître chez lui, il pouvait, » tout aussi bien (pie le roi de Trance, les Vénitiens ou autres puissances, décider sur les personnes et les biens ccclésiasliiiucs et en disposer comme bon lui semblait, selon l'occasion, le temps et les eirconstances •' «).

Néanmoins, dôsle 12 octobre, le conseil se voyait forcé de publier unédit contre les curateurs etadminislrateurs des biens du clergé, accusés d'avoir ddapidé et gaspillé k les rentes, redevances et casuels des paroisses ►. Le lU mai loi8,ilse plaignait, dans une lettre adressée à tous les justiciers, administrateurs et prévôts, et à liiu> les bons citoyens, de l'usage coupable et impolilitpie (pi'avaient fait des biens dcrEgliseccux (|ui avaient reçu la mission de les faire valoir. « Plu-,

F)fS le ü janvier l.*ii">, )e conseil a\;iil fail ciilrver des couvents les ornemenis. haccrdolaux el autres objelH précieux; les pitTr> s pncieiiscs cl les perles avaiei-t clé veniiue», le« (/hjcts »le |>eii lie valmr, rouiine les ornements ordinaires, le» aube«, clc . di-.lril»ucs entre le« pamn-s. — fc.(iLi, Artrutitiinnluii;/, p. iJ'J, u° tili

' tr.ui, .{cU'nuimmlitni;. p. Hy.'l, n" iOJl : pror.Hus uihil supercrut.

« Voy. Mü-iiKorKu, t. II. p. K - >'-^

' Euhjni itaiich: Abarliicd', l. IV, .\hl!i. 11', (,7.

l'ii.i.At. I". HKS i;<ii.isi:s A |!i:iim;. ir):2S. 97

sieurs, »dit-il, « n'ont pas rüU{,'i do ks faire servir à hurs honteux plaisirs *. ■)

Le nouveau culte consistait en deux, actes prineipaux : la prédication et la cène. La cène, depuis un étiit publié le jour de Piiques i:ii{), n'était plus distribuée aux fidèles (piaux (piatrc princi[)ales lêles de l'année. Ces jours-là, dans les «-gli.ses, de grandes écuelles do bois, contenant des morceaux de pain, étaient placées sur une table, ainsi qu'un gobelet rempli de vin. Les plats et le gobelet étaient tour à tour présentés aux assistants assis. Chacun d'eux prenait à tour de rôle un morceau de pain et buvait une gorgée. A la ville comme dans les campagnes, ceux qui se dispensaient de l'assistance au prêche encouraient des punitions sévères. Toute doctrine, tout culte dissident, prêché ou céléltré en public, «lait rigoureusement interdit.

Les prêtres, même en dehors du territoire de Zurich, n'<'taient pas autorisés à dire la messe; il était défendu aux laï(|ues d'assister au Saint Sacrifice, elles réfractaires étaient menacés de châtiments rigoureux; surtout, « sous peine de sévères punitions, » il était défendu, même à l'intérieur des maisons, de conserver des tableaux ou des gravures religieuses. Quelipies conseillers, ayant osé faire usage de poisson un vendredi, furent, « pour cet acte séditieux et criminel, » exclus du conseil, « chacun devant vivre conformément à ce que l'église de Zurich tenait {)Oür inspiré de Dieu et pour chrétien - ».

C'est ainsi cpfon entendait à Zurich la « sainte liberté chrélienn«« fondée sur la parole de Dieu ». k Tout devait plier devant la volonté des seigneuis du conseil. »

Dans les autres cantons suisses, lautoriti' laïque, se fondant, comme à Zurich, sur « la pure et claire parole de Dieu -, abolit l'ancien culte, imposa « le nouvel évangile -, coulis«|ua les biens du clergé, interdit sous peine de châtiment l'exercice de la religion catholique et, par des mesures arbitraires, assura et l'ortilîa rétablissement de la nouvelle doctrine.

Le 21 mai loitî, le conseil de Berne protestait encore, en présence des <lélégués de Lucerne, d'I'ri, de Schwitz, d'I'nterwald, de Zug, de Fribourg et de Soleure, de son altachement inviolable à la lui catholique •*. Mais dès l'année suivante, les novateurs obtenaient la

' Kgli. Aclensammtunf/, p. 500, u"' li'H. Ci7, u" 1V13.

' Kgli, Actenfanmiluiuf, p. 4(>i. n"* 975, 65i, n" 153."». — Quiconque assislail à la messe ctail passible d'une ami'ude d'un marc d'jr^t-uU Deux caihijlKjue» dureiit paver ceUe anietide pour èire ailes enteudre la uies.se à biiibiediln. Vuv. p. Oit). u° loli.

3 EidgewJsshche Abschiede, {■ l\'.Abl/i. l\p. y;!7 93S.

•J8 i'ii.i..\(.K HKS K(;i. isr.s v ükiink. l.'i2S.

majorité dans k-sdeiix seclioDS du conseil : à lasuilrd uiide ces collo- (liitsreligiciixdevciius si rré(|uentsàc<'tle époque, lecoiiscil lit publier u:i édit tciucliant « la réforme et amélioration j^énérale >■ (février i:i:2S).Lad()ctriMedeZ\vinj^'ley(''tail,conm)eàZuricli, déclarée la seule lidèle interprétation de IKvant^ile ; tous les Bernois sans exception étaient invités à l'adopter purement et simplement. Tout prêtre (jui, après une première jmnition. persisterait à célébrer la messe, était déclaré hors la loi. Tout laïiiue convaincu de porter sur lui un clia- |)elet était pjssibie d'une amende de dix florins *, La brutale destruction des imaj,'es et des tableaux dans les églises et les couvents, ne tarda pas à témoigner de « l'admirable zèle évangélique des Bernois ■'.(• Les autels et les idoles du temi»le sont renversés. » s'écriait Zwingle avec enthousiasme dans un sermon prêché dans la cathédrale de Berne, c maisil nous reste encore à purger le sol de toutes ces immondices: Yoye/.l ce saint n'a plus de tête; cet autre n'a plus <ju'un bras. Si les saints qui sont au près de Dieu étaient réellement oliensés l>ar ce (pie nous venons de faire, s'ils avaient le pouvoir qu'on leur atlrdiue, au moment où nous nous préparions à al>atlre leurs ima^'es nous eussions tous été cloués à nos places -. »

.Mais on ne luùlait (pie les statues de bois ; celles d'argent ou de métal ('-laient soigneusement mises en réserve ''.C'est ainsi (pj'on enleva du dùme de Saint-Vincent unechàsse contenanl le chef du saint |talrûn de l'église et pesant cinq cents loths d'or pur; un diamant estim'' [jIus de deux mille doubles ducats; une statue du Sauveur et unecroix hauled'une aune ctdemie, toutes deux d'or pur, la jjremière pesant lii'iiie et une livres, la seconde dix-huit li\res; trois chasses d'or contenant dillV- renies nlicpies ; une monslrauce de ;{30 lotlis d'or ornée de tuiquoises, esliuit'e à trois cents couronnes ; soixante-dix calices d'or, cinipiaiile en argent doié : un encensoir |tesanl huit livres d'or; une statue d'argent de la Vierge surmont(''e d'une couronne d'or ornée de pierres précieuses, estimée sept cents

' Arrélé du conseil, .mlrcsNé au gouverneur d'Aigle. — Vo\. ilcnsiiNJA »ii» p. 1Ü7.

* '/Aiini/iii f'i'l'.t ia, p ii><. — « .\ beauroup," dit !liilliiif,'er .'i propos des brisetneulK d'imaf^es, (l. I, p. i;iHi. •. ces actes parurent odieux et rrxollanls. (^'pendant tout se \>as%a nuun < meules, sans troubles, sans elTu^io^ de san^. liien des bourgeoi, iicauiiioins, restaient ^onlb^es cl mécontents, mais hicu dans su miséricorde nou» epiirgna la jjuerrc civile. •• — Vov. la brochure intiiulcc : Hin zui'ilt's W'urI, p. ü2-&o.

'Sai.at. Chronik. — Vciv. .ircliu. fur srliirrlzrrisrfirllr/'driiiiiliiiii.tfft'fihirfilr.t-l, p. 172. •< l'endanl qu'on brisait et brùhit les images ii /.olingen.un catholique couragfUT s'empara d'un ('■norme et admirable crucifix le chargea sur sou dos cl, jouant de l'i-piT, parvint ft s<- faire jour ù travers les ^-meutiets ; puis il gagna Ira p'irles de la villi-, et alla mettre son précieux fardeau eu Mirotr dans iCglise de St Jean, pf*« de Hrvdcu ■• p. IW7.

l'Il.l.-M. i: IH'.S K(.I.ISi:S A UKIIM.. l'iliS. 'J9

couronnes, une cliàssf d'argent ornée de pierres précieuses, pesant cent tiualre-vingt-dix. livres ;<iualre cent cin(|uante ornements sacerdolaiix ornés de pierreries de grande valeur; des chapes ricliement brodées, ornées d'agrales d or, la plupart en damas el velours, d'un travail exquis. Le grand orgue de trente-deux registres, admirable instrument, célèbre dans toute la contrée, estimé quinze mille llorins, lut vendu par les membres du conseil pour trois cents couronnes à Sion. une partie des images, après qu'on en eut d'abord enlevél'or, lurent jetées dans l'Aar ou mlouies dans le cimetière '.

Un des plus l'ougueux briseurs d'images de cette époque, le [)iédicant Guillaume Farel, pénétra un jour dans l'église de Tavanues pendant qu'on y célébrait la messe, et prêcha « avec tant de l'oreeet de succès », que les assistants, se levant sur-le-champ, coururent briser les autels et les images -. A Boudevilliers. pendant la messe, son compagnon. Froment, arracha l'hostie des mains du célébrant, et donna lieu par cet acte brutal à une rixe sanglante en pleine église ^. A Neuenbourg, l'ardente prédication de Farel provoqua un second brisement d'images; l'église fut profanée, les crucilix brisés, les saintes espèces jetées à terre ou consommées sans respect comme un pain ordinaire. Néanmoins, ce jour-là, Farel avait été obligé d'eml)runter l'assistance d'une farouche bande de soldats, car la plus grande partie delà population »Hait encore attachée à Fancien culte ; mais Berne lit tant et si bien que la religion catholique y fut abolie '.

' « Parmi les précieux objets darl confisqués parle conseil se trouvaient : 1' un calice de Herchtoldi. donné par le duc de Ziihringen. corne ciselée et orne de quatre pierres précieuses ; à l'intérieur les armes du duc ciselées el eu argent, objet estimé à ioO couronnes environ; i-deux auges en argent mélang.' d"or. jadis placés de chaquecôtédu chœur, pesant chacun huit livres; 3' trois appliques d'argent: Vj26 grands chandeliers d'argent pesant ensemble 171 livres, donnes à l'cglise en 1471, hauts de trois aunes; :W la coupe d argent du prieur, estimce environ oOU llorins d'argent; Ü' une croix en argent pesant 5 livres: 7" une chasse en argent, pesant y livres, et dorée; 8" ^0 corporaux lames d'argent, en velours, damas, etc. ; U* 0 bassins en argent doré; lU" 'JO burettes d'argent dore ; U une cuve baptismale ou argent ; li plusieurs bassins d'argent pour les saintes huiles et le saint chrême, toutes en argent et .' »ne assez grandedimension ; 13"qiiatre autiphonaircs sur grand parchemin, estimés o.UOU couronnes; 14^ un missel donné par le duc de Ziihringen, parchemin orne de lettres d'or pur; il est impossible d'estimer sa valeur; lo. soixante-six missels; 1Ü un orgue à neuf registres, autrefois plac- pr.^s de l'autel du chœur, avant coûté i.OUO livres ; 17' un second orgue de ou/e registres apparlenint à laulel Nolre-Üarae, estimé l.iUd Qorins (l'etaiu fut enlevé et tout le re>le brûle); IM un cvangcliaire ferme d'a-rafes el de serrures d ar- "eul l'ar dérision, on attacha une epée à la statue colossale de St Christophe el Cn la plaça près de la porte de I église, une hallebarde à la main, connue pour -Tirder l'cglise nue, où tout avait été vole. " — Voy. Simleh. t. l. p. 4^-^i- ** î FuouENr. Actes ri neshs mfrctulteu.r, etc. — Voy. IIeiiuinjaiii). t. il. p. i5-.

J IIkhuinjaiiu. t. 11. p. 270.

• llmiMiNJAHU. t. 11. p. tJiiOo. Le 6 août 1530 le conseil de Berne s adressant a ses delcgJésà NeulchateVleur recommandait dérilerqu'un voie ..e fût amené tur

j(,0 I. KVANOn. i: \ IIAI.K.

« Jamais, » dt'claraienl les conseillers de Herne, ■ nous no consentirons à punir les bnseurs d'iina^'es * 1 A Grandson, Farel et se-^ compagnons furent très mal accueillis, c l.es prédicants, ■) dit une relation du teni[)S. « furent lellementéj,'ralif;nés au visa^'c <|u'on eût juré qu'ils avaient euallaire à nos chais. A leur arrivée on sonna le tocsin, comme ou \r fait ici d'ordinaire pour avertir de la chasse au loup -, »

A Bàle, le prédit ;inl (Hù'olampade était l'ainf du paili n-volutiounairo.

Pendant\rautomnede 1527 l'évêque de Bàle avait été dépouillé des derniers vestiges de son auloril«'- spirituelle et teinpoielle. Les monastères avaient et«'- fermés, leurs biens en giande partie conlis- <}ués, plusieurs églises, jusfjue-Ià affectées au culte catholique. * purifiées >i. Néanmoins, le conseil ne s'était pas encore décid«' à interdire l'exercice de l'ancienne religion. Le 4 octobre 1527, il garantissait encore à tout conseiller le libreexercice de sa foi, déclarant que nul ne serait contraint soit à "entendre la messe, soit à assister à tel ou tel prêche. Mais cette décision ne sati.>raisait nullement '< le zèle » dont les nouveaux croyants étaient animés. Aussi Ol^Cdlampnde pressait-il les corporatiotis « d'épurer •> le conseil, de remplacer les membres suspects par des conseillers bien pensants, et de reviser la constitution selon l'esprit de « IKvangile >. 11 fallait à tout prix retirer au conseil le droit de se renouveler, et donner toutes les charges aux membres des corporations ouvrières. IMusieurs de ces corporations, pour faire honneur à Œcolampadc et à ses amis, l'invitaient frécpummeiit à de grands ban(|uels de cinquante à cent couv( Ils. «' .Nous avons Um'- un dernier délai aux papistes. » écrivait (fr^colampade à Zwingle le '2'.\ décend)re 1528; « à son expiration, ils seront mis en demeure de se prononcer et de nous dire s'ils veulent oui (ju ion risler a\ic nous ou s'expatrier. Le htup nes'echapjMra p:.s , nou>> le tenons par l'oreille'. » (^e même ü;{ déci'mbie. plusiiurs centaines il'oiiNricrs déclaraient, dans nm- adresse cpi'ds

iciinupht f^tiü religieii^f», craipnaiii qi:e la majorité rr fût encore mal tlispos/-e pour |o nouvel <^vaiif(ile. — Vo> . lit iiminjahu. (. Il, p. WHi.

' Lettre du c(/ii»eil >le Ik-riie li 1« ilnuio de Valai gin, dnnx llriiMiNiAun. t. Il, p. .1i4 l.e G août ITiuO le conceil drfniilit n<aiinioii<8 au pn-dirant Pure! d'autoriser ,t l'avilir, de» bri^enieni« d'iirin«i« ou de provoquer des votes tourlinnt la foi, parce que iltr lellei iniliativrk Muieiit exrlu'ivenicnt ri'M-rvt'-ei« aux biquet«. (<Juod Ismen iinn tiit: -aeculanliuk roiivenil . Ili iiMi.\i.Mii>, t II. p iC7-i) S.

' llKttNIMAHD, I. Il, p. 'Mi. liole.

' Xuiri';lii ojtjt., t N lil. p. il<>.

BRISEMKNTS DES IMAfiES A BALF ET A SAINT-GALL. 1529. 101

envoyèreiil au conseil, c qu'il était du devoir des autorités chrélictin'es d'abolir les Taux proi)liètes, et avec eux tous les scandales dont ils étaient cause » : l'ne mère serait-elle excusable si, donnant à sa fille la compafrnie de femmes perdues, elle s'en excusait en pr«'tcndantijuc c'cstà Dieu de veillersurson enfant? Si la messe est une abomination devant Dieu, pourciiioi, par faiblesse pour les prêtres, laisser le courroux de Dieu s'appesantir plus longtemps sur les habitants de Bàle et sur leurs enfants? Les dissensions religieuses ébranlaient chez les citoyens la loyauté et les croyances, c'est pourquoi, une fois pour toutes, les papistes doivent être évincés *. » Depuis longtemps déjà, un ramassis de gens sans aveu, la pire canaille de la e<)ntrée,se rassemblaient dans laville et dans les faubourgs. alléchés par l'espoir de pouvoir bientôt prendre part « au triomphe de IVvangilesurl'abomination papiste, m «llestdéfenduà tous, soit à l'intérieur delà ville, soit au dehors,» lisons-nous dans une ordonnance du conseil, « de ]ioiter une arquel)use sous son habit ou dans sa manche; d'exciter à l'émeute ou au trouble la population étrangère à notre cité qui se rassemble autour de la ville; il est également défendu de se mêler ou de s'associer à elle ^. »

Mais comme le conseil, après avoir reçu l'adresse des corporations, ne se décidait pas assez vite au gré des meneurs, une émeut« éclata (février 1529). « Mille insurgés environ envahirent soudain la maison des douanes, le marché au blé et les rues adjacentes, brar quèrent des canons sur la ville et« demandèrent à traiter avec le conseil, i Avant que celui-ci ait eu le temps de répondre, trois cents insurgés, pénétrant dans la cathédrale, se mirent à en briser les images avec une sorte de furie, tout en proférant mille blasphèmes. Ils s'emparèrent du grand crucifix et yattachèrent une longue cordp ; une troupe de jeunes garçons de huit à douze ans le traînèrent jus(iu'à la halle au blé, chantant: « Hélas, pauvre Judas! » et autres chansons impies. Ils disaient par exemple : (.<■ Si tu es Dieu, défendstoi, si tu es homme, saigne! » lis finirent par porter ce crucifix daqs une bouti(|ue et là, le brûlèrent. Dans la cathédrale, l'église entière était jonchée de débris; telle statue n'avait plus de tête, telle autre plus de mains, on se serait cru sur un champ de bataille après la lutte. Les insurgés, insultant aux saints, se disaient les uns aux autres : <• Regarde, regarde, ils saignent 3 ! « Quatre cents « vandales », conduits par le bourreau de la ville, se ruè-

' Or.H-;. t. V, p. 616.

' OcH«, t. V. p. 6(16 et suiv.

■> Jountal d'un Chartreux ,1e Unir. — Voy. Jabcke, p.531fj:<i. On en attribue la rrdaclioii au .sacristain Nicolas .Molitor. — Yoy. Freiburger Kal/tol. Kirchen liait. 1874, n» 19.

1(>2 IJIIISÜM I N I N DIS IMAdKS \ «AI.K Kl A s A I N I - c; V I. !.. l'):iîl.

rcnt il- jour sunaiil dans les é{j;lises de liàlc et y délruisirciil les plus admirables chefs-d'œuvre : autels, statues, sculptures, ta- Itleaux, rien n't'ehappa à leur raj^e. Les dt'-bris de tant de nionnlUi-nts de la foi et de l'art de rAlleinagne lurent apportés sur la place de la cathédrale : on en lit douze grands tas. auxquels on mit le feu*. » (( (Juel «Jouloureux spectacle pour la stiporslition î »écrit y ce sujet OKcolanipade à Capito ; c les papistes en auraient versédes larmes de san}i î Vois avec (juelle cruauté on a traité les idoles, la messe en est ujorle de ehaj^rin ! " f Mes ennemis. • ajoute-l-il sur le même ton d'ironie, cr veulent absolument in<' lendre responsable de tout ce tapa^^e. »

L'autorité se vit «< débordée». Le boiirj;meslre,nn ;:rand nombre de conseillers et de bourgeois quittèrent la ville, .\lors leconseil envoya ses agents dans le petit Bàle, leur recommandant d'y briser les images avec « modération », car là tout était à peu près resté dans l'ancien ordre de choses. Cependant, au couvent des Chartreux, on ne se borna pas à briser les images; tout ce qu'on put trouver dans la sacristie ou dans les cellules en fait de nuinnserits on de papiers fut livré au.\ llammes. ('e fut pour le monastère une perte de huit mille llorins "-.

Le ia février lij29, peu de semaines après ces attentats, le conseil de Saint-(iall, pour satisfaire la rage de destruction de la populace, autorisa le brisement et l'incendie des « idoles » dans l'é-glisc collégiale. A peine le bourgmestre Vadian eut-il donné le signal à la foule rassendjlée dans l'église k (ju'elle se met à l'œuvre 3V(;c furie »; aussitôt ks autels sont brisés, les tableaux, les murs, lescolounes tombent sous les coups de hache ou sont broyés par les marteaux. cOn aurait puse croire sur un champde bataille, »rapporte le protestant Kessler. « Quel tumulte, (piel fracas, cpiel bruit assourdissant sous les hautes voûtes! Au bout dune heure, il ne restait plus rien d'intact, rien en sa place. Nul. pour emporter son butin, ne trouvait le fardeau trop lourd, nul n'avait peur de se hisser le plus haut possible pour atteindreunest;itue. Kl les i«loles de pierre et de bois tond)aient sur le sol de tout lein- poids, avec leurs niches el leurs supports, et les débris, pré-ci piles à terre, allaient s'<-elaboussant au loin. Que de délicats ouvrages d'art, (juo de pn-eieux chefsd 'lîuvreont fM-ridans ce désastre 1 L(-s peintures de la lable de comiriuuion, dans leclKi'ur. avaient demandé dix ans de tra\ailà l'Abbé Krancisco, et les sculpture;, des boiseries avaient certainement du

Ociiii. t. V, p. 0.'i«»-0.'>)î. • ('x>nuiir houvenl l'homme s'ivilit ilan» le triomphe ' •• ^crrio ici Ihonuétr écrivain. — IIotuv.ih //,/,,/ ^ ,../., ..,„f. /,.' /. i |i| p li

- ItOLLIKCiKM, l. li. p. 41.

' jAfickL*. ciiKitn/. p. '.;ti ri.iii

i.i: huoii SEi.'iN i.i: NULS 1.1. i;\ .vn<.ii.k. io3

coùl«'i' plus lie <|iiin/.e cents llürin.s. Les stalles du chœur, »iiin travail si beau, n'üiil pas mùine été épargnées; quarante voitures ont porté à H.ile <I<'S inonc-eaiix df débris. Aussitôt on alluma un grand feu, et tout fut jeté dans 1rs llainnirs. •> Ia' brasier avait (|uaranle-lrois pieds carrés, ce ipii pourra faire juger de l'intensité du feu '. »Après ipie les a«liniiables frfS(iu«'S repriscntanl la vie de saint lîaH et de saint nthinar eurent étt- recouvertes de cliaux, les éuieulicrs revinrent aux eliapelles latérales et s'y livrèrent à la ni<*'ine rage de destruction. La eliapeile de Saint-Jean fut cliaui^'ée i-n atelier, celle de Saint-Jac(|ues en un four à chaux. Avec les cloches, le consiil lit fondre une énorme bombarde <pii reçut le suriionide f{')/ira//.

Lucerne, Schwyt/ et (llaris, villes sous la protection desquelles était placé le monastère deSaint-Gall, portèrent plainte à l'assemblée des Etats confédérés, et cela avec d'autant plus de justice que l'abbave n'était pas enclavée dans le territoire de la ville. el([u'elle avait été dotée de beaucoup de privilèges. Mais les conseillers bàlois (() mars 1529) soutinrent la complète légitimité de leurs actes. « L'église collégiale. » dirent-ils, ^( étant livrée au culte public, ils s'étaient vus forcés d'en bannir les idoles et la superstition, alin que les paysans eussent satisfaction, et pour ([ue des amertumes encore plus grandes fusseni épargnt'-es à l'Abbé. ■> Au reste, si rAbl)é refusait d'accepter l'élection d'un prédicant k enseignant la pure parole de Dieu, telle qu'elle avait été récemment expliquée et interprétée », ils sauraient bien se charger d'aller l'installer eux-mêmes -.

Les religieux de l'abbaye l'iaient sans défense, et contre les faibles on procédait en ce temps-là. en Suisse, d'après le principe nouvellement mis en honneur : c L'Kvangile justifie tout. >

Lors(pieles pauvres religieuses de Sainte-Calherine. près de Diessenhofen, protestèrent contre l'envahissement de leur couvent que des bandes années avaient envahi et dont les autels et les statues avaient ét<' bris''S, lors [uVlles en appelèrent au droit divin, au droit des confédérés, au droit impérial, on se contenta de leur ri'pondre (( i(ue les émeutiers représentaient à eux seuls le droit, et (|ue le saint Kvangile n'en soutirait point d'autre ■>. Les liord«'s pillardes se comportèrent de telle sorte dans leur monastère que la prieure et les religieuses écrivaient : « Hélas! nous eussions bien pu mourir de frayeur, cela n'eut pas été bien surprenant I ■> Des déle^-ués de Zurich, de IJerne et d'autres cantons, accompagnés de ()lusieui"s préilicants, lirent d'inutiles ctForts pour convertir les s<eurs à la nouvelle doctrine. « Aucune de nous ne s'est laisséi' iiilimi'ler. »

' Kessler, Snljliala, t. Il, p. 19'.'.— Voy. celle n-lalion Jjns Simlcr. l. I. |>. iïJ •: » lutt'/i'noMÏMi'h^ Ahsrhicd-', t. IV, .Vbll». I'». p. 81.

10k I ^ iHMiiiiNi; m /.vNiM.i.K A ^ I n \ si'.'ii H(i,

rapporleiil elles dans l«'iir chronifpio; « nous leur disions : nos paiciits non-; ont mises dans et' convenl pour servir Dieu dans ce saint ordre; nous ne le renierons jamais, nous sommes décidées à y vivre et à y mourir. Alors on nous a arraciié de force le saint liabi»., cl nous avons dû. lune après Tautrc, subir cette violence. Ils ont entassé dans un sac nos habits cl nos voiles, après quoi ils s'en sont allés, répétant par toute la ville mille quolibets cl infamies. A la lin, ils ont allumé uu jrrand feu, et lout a été jeté dans les llannnes '. »

La doctrine de Zwingle commonea de bonne lieuiv à se répandre aussi <ians les villes libres.

A Straslto'.irg. en irji;}. le conseil était encore d'avis que c desimpies bour^'eois. absolument ignorants des questions tli('olofritpies, ne pouvaient se mêler d'introduire aucun clianc[ement dans les choses de la ivlifîion ». j'^u février 1.^:2'*, il appelait encore la messe une instiliition bonne et louable; mais queiipies mois plus tard, elle n'était plus à ses yeux (ju'une exécrable invention de Satan, qu'une insulte à Dieu. Dans cet intervalle, Bucer et Capito, devenus tous deux zvvin^diens, avaient déployé dans la ville le zèle le plus actif. Dès il'i'i'i, des brisements d'images avaient eu lieu-. I..e joui' de l'àques de loi.-). j»our bien afiirmer la liberté chrétienne (pi'ils venaient de conquérir, un grand nombre d'ouvriers éiaienl allés à leur besogne comme aux jours ordinaires. L'année suivante le conseil menaça d'une amende de trente llorins (juicon(pie oserait faire brûler un cierg«; devant le S.iinl-Sacrcment ou devant une « image de saint «. (domine la messe était encore célébrée dans h'dome cl que le conseil ne s'«'-iait pas encore décidé à faire cesser ce « scandale abominable t. un f)rédicant, du haut de sa chaire, expli(jua à l'assistance que le ."sauveur avait autrefois chas-«' les marchands du temjde, et que le devoir était maintenant de pénétrer dans le eho'ur et d'en chasser les prêtres à coups de fouet. lOu vain les (/ilholiques s'eflorçaienl ils de faire con)prendreaux nouveaux croyanls(|ue. puisque persoiuie n<' les contraignait à assister à la nu-sse. ils devaient, de leur côté, tolérer que des gens paisibles, attachés ù la foi de leurs

' OtU" rolation se troiixe dins ]' ir /nv fur srliwciicri.ic/ir Kcfuriualionsgi'ichirhle, l III, p. Ml m

» Voy notre «rcoml volamr. p .Ml Sli — L<" S.'l novemlire IS2i, \c% prédicants Ae Sira^bjtir^' /ri-rivairiit it Luther : •• Idob. Kcualus aiiclürit;ilc. c tcmplin Kiil)inota KunI, Nc<l laiilum aii^iiHt ora. Speramuit, pnulo pnst omoia saltciii m aliquibuü Irinpli« :iino>eti(ia TnreinuH, q lod Anli.'liriilijui in igaoïniiiiain Evaiige'ii in-

pCItHIU^ i:' ii'ilii- i-iiImiiI » — \"V K MT t II p (..Ni.

\.\ i)(m;tiii.m; i»i: zwi.nci.k a stiiasboihg. iüö

pères, pratiquassent leur religion sans avoir h redouter des scènes de violence, tout fui inutile. A Strasbourg comme ailleurs, la messe fut abolie, les sacrements retranchés, les dernières consolations refustVs aux mourants. En irjiJî). le conseil ordonna la destruction de tout ce (jui restait encore d'autels, de tableaux, de croii, etc. , et ne tarda pas à interdire, sous peine d'amende et d<mf)risonncment, lassistance à la messe en dehors de la ville, la dispensation et la léception des sacrements. Plusieurs églises et couvents furent démolis. On lit servir aux travaux de fortifications les pierres tombales enlevées aux ét:!ises'.

. Le premier devoir de lautorité chrétienne, >) disait le conseil pour sa justification, « c'est de mettre en honneur la vraie religion et d'abolir toute doctrine injurieuse à Dieu ». Si lesautels elles ima^'es avaient été enlevés, c'est que « des àmcs ignorantes, par une idolâtrie manifeste, s'imaginaient trouver près d'eux une grâce et un secouis particuliers, et parce (pie a le Dieu tout puissant avait sévèrement défendu ces représentations impies- ».

Dans la nouvelle Église de Strasbourg, le baptême et l'Eucharistie n'étaient pUis considérés, comme à Zurich, (jue comme de pures cérémonies extérieures. Bucer ne retrancha pas même de la communauté ceux qui préféraient différer laréception du baptême •'. Mais le peuple restait sans amour et sans zèle pour le nouveau culte, et Capito, dans une lettre à Zwingle, se plaint de cetteindiffércnce : « L'évangile mesul'lit, >* disent nos gens, o je puis le lire tout seul. Prêche à ceux (jui désirent t'entendre. » Les prédicanis liédrot

' Pour plus de délails, voy. de hv^sitnE, Ilist. de l'clablissemcnl du l'roteslanlisme à Slrasltourf/, p. 2il-3GV, 443-4o0. — Ghandidikh, Essai hislor. et topofjrapfi. sur riîf/lise cal/icdiale (9<ltaf,houTg, 1782). éiiunière plus de cinquante autels brisés dans la cathédrale. — Voy. aussi un article intitule : La rt« formation à Strasbourg, dans les //(>/. pol. ïiL, t XVllI, p. 607-7ni, et t. XIX. p. ".»o et suiv. — Parmi beaucoup d'autres faits, le traitement que les religieuses du couvent de Sainle-.Madeieine durent subir met en pleine lumière la tyrannie brutale avec laquelle étaient alors traités les Catholiques (Hcssilue). p. 3fiO-3ÜH. Les sœurs furent à peu près soumises aux mêmes persécutions que les religieuses de Sainte - Claire à Nuremberg. (Voy. notre second vol., p. 373-385.) Plus triste encore fut le .sort des Dominicaines de Ste-Marguerite ; la relation de leurs épreuves, publiée par Uussiëre (llisl. des religieuses douiinicaines du courent de Sie-Maryueril'' et Slr-A(ji(ès, à Strusliourg\ Strasbourg, 1800, appartient aux monuments les plus intéressants de Ihisloire de la Hcforme. La fermeté dont firent preuve les religieuses, leur attachement à la foi sont vraiment admirables. On ne peut lire sans inilignation le récit des abominations dont se rendirent coujtables en cette occasion les partisans du a pur évangile ». Voy. surtout p. 83 litt, 133 lii Les religieux Cuillaumistcs, qui refusèrent également dapostasier, furent clia'^.sés de leur monastère sans qu'on prit aucun souci d' leur assurer des moyens d existence. — lk>siKnE, lltst. du dévclopj'eine/il du Prolestunlisiiie ù Slrasl^our;/. t. 1, p. îO«

' Justilication des actes du conseil à la Diète de Spire (lo29). — Voy. Jing, Gesc/iichtc des Heirhsiaijs zu Speyr, Acleuslucke. p. 69 et suiv.

^ Voy. HùtiHicii. t. 11. p. 328. — De Bissilhe, p. 4o2.

IOC I. r.N A.NGM.K A CD N S r A N (. K DKPLli» l*i28.

et NVülfliarl gémissent aussi delà complète inutilité de leurs t'flbrts; les prédicants n'avaient plus d'auditeurs; on « raillait tout haut la saint»' Kcriturc, on riait drs choses Irs plus sacrées ». Hiiccr, le plus iiilluent promoteur de la nouvelle religion à Strasbourg, laissait échapper cet aveu l'année même où il l'avait introduite : « Chez nous, il n'y a presque plus d'église; nul respect pour la parole; les sacrements sont mis en oul»li •. » « La dépravation des Kvaugéli(iues va toujours en croissant, » écrit-il en lo2S. Et dix ans plus tard : « La plupart des nôtres méprisent et ahandonnent tout pieux exercice, l'audition de la parole. 1rs sacrements, la consolation de l'absoliilioii. la ju'ii re. en un mot la communauté et l'Eglise. » Il ajoute avec Iraneliise : « Le reproche que l'on nous adresse d'avoir retranché les prières, les jeûnes et autres usages et exercices religieux observés jusque-là, et abandonné, avec la prière elle jeime. toute vij^'ilance et tout zèle pour mener une vie commode cl sensuelle, n'est (jue trop fomlé -. »

Lasituation religieuse de Constance étaitanalogue. Le 10marslo28, la foi catli(jli(jue y était abolie de par un arrêt du couseil. « La parole de l)ieu, telle qu'elle vient de se manifester parmi nous, prime tout droit, ')) répondirent les magistrats civils à plusieurs catholiques venus pour se plaindre des attentats commis dans leurs églises et de rinterdicliou de leur culte Lors(iuc l'Abbé du monastère de Pctershausen, dans son livre intituN'- « [Prérogatives d'un prrlat (VEmpire », en appela au roi Ferdinand, sous la juridiction duquel son abbaye était plac(''e, le bourgmestre Zeller lui expliipia « (pie «lans cette (|uestion on n'avait que faire du droit, <t (|ue la volonté expresse et directe de Dieu exigeait la suppression de tout ce qui Taisait injure à sa divine Majesté ». On brisa les autels sous prétexte <|u'à la dernière cène le Sauveur et ses disciples s'étaient servis d'une simple table. On eideva les orgues, instruments d'idolâtrie. Le conseil ordonna que les images fussent enlevées des temples sans « fracas et sans tunudte ». Les ost«'iisoirs, calices *■[ autres pièces d'orfèvrerie d'église lurent envoyé-s à la monnaie •'.

Ouelfpies année> après rinlroductiou de « l'évangile ' à Constance, Jean Jung teri\ ait de Petershausen au prédicant Ambroise

' Voy ConNri.irÄ. Mihislerlsr/ier Aiifni/ir. t. II. p. TO-Sä. pi les lettres, p. îrtu i<iO. — A o>'- a'""*' la lettre de Hoiiif.nce Wolfharl à iJuillaiime l'';irel. 7 (cv. l'MX, >l:ins IlEttHiNJAni), t. II. p Kilt-iu'i.

' Voy. ces aveux de Hiicer cl li'aiitre-i tout semblable"; iluis I)<ii.i.i\fiEn, Ht'fi<rrn/ition, l. II, p.äl»-3.'i.

' « Si nous avions laiBsé aux prtMres ce qui leur apparleiinii. " rrril un chroniqueur nouveau rroyant en revenant sur les alllulions qui plus lard désDli'rentla cilt^, « le seijfiii-ur Üieu .lur.iil i|);ir?in* noire bn-n, .. Tire des dorumcnts manuscrits collectioniii-s par ('.hrisioplic Schultliaiss, dans les llislor. pof. H/., l. LXVII, p <)7, 3i'>-.'lit'), 141 •.■(7. Voy. \\ ai.i iivcn. p.ll-7i. — ViEimnoT. p i7;t.

LA DOCTIUNK DI. ZWINGI.F. F.N SOlAIîF. DI-PIIS l^t'IS. IGT

Blaier, à Esslingen : o Je ne dont.- pas (jiie tu lu- sois exactement informé de la situation on nous sommes actuellement, nous et nos voisins. Dans mon pays (Constance), les prédicants sont en mauvaise intelligence avec le conseil, aussi tout le mondr a-t-il pleine liberté des opposer à l'évangile. Tu connais la manière de voirdu bourgmestre sous ce rapport, rlibien, le conseil dillèn-à peine de lui. Dans le peuple, il en est peu (|ui ne récriminent ouvertement contre l'évangile. pi'U (jui consentent seulement à l'entendre prêcher, encore moins qui le goûtent. En même temps, tous les maux qui nous affligent passent pour être, non le châtiment de nos crimes, mnis la consé(jnence naturelle de la nouvelle prédication *. ;»

En Souabe, la doctrine de Zwingle, « grâce à une lumière toute spéciale de Dieu, >> trouvait tous les ans plus de partisans.

A Ulm. Conrad Sam, disciple exalté de Zuingle, soulevait le peuple par ses prédications -; à Augsbourg, Michel Cellarius en 1528 provo([uait un brisement d'images, et profanait les autels et les églises •'; à Memmingeu, la même année. Schenk, le prédicant de la ville, s'exprimait avec la dernière violence contre la messe qu'on devait, selon lui. haïr plus que la peste. Quant aux images, aux orgues, ce n'étaient que des pièges de Satan. Le trop docile conseil souffrit donc que les admirables orgues de Saint-Martin fussent détruites, et tança dételle sorte un bourgeois qui avait émis l'opinion « qu'il seraitpeutêtre possible de laisser l'orgue en sa place, et ([ue si Ton ne voulait passen servir, on pouvait le laisser fermé», que le pauvre homme pensa payer son imprudence de sa tête. Memmingcn fut de toutesles villes souabes la première où la messe fut interdite, ou, pour parler le langage du temps, la première où le « chien fut chassé hors de la boutique ». La nouvelle que le sacrement de l'autel avait été délinitivement rejeté comme une « cérémonie ») inutile ou inditi'érente parvint à W'ittemberg. Luther écrivit au conseil une lettre de reproche(2i mai lo29 : « Ce que vous avez fait, » dit-il, « me rempli! d'effroi et d'horreur. Hélas! voici la dernière invention de Satan : il a commencé par attaquer ce sacrement, bientôt il le détruira tout à fait, car il veut anéantir le (^^hrisl. Ayant été si loin, il ne se reposera (]u'après lui avoir porté le dernier coup •. ■> Lorsque le culte catholique eut été interdit dans la ville sous des peines st'îvères. le conseil « éprouva la résistance la plus »'-nergique de la part des sœurs grises du cloilre de Maria Carten. A toutes les [>ro-

' LeUre tiu 15 no\ . 18:11, dans I'kessei., p. i.tS-2<)9. î Kkim. Il,», p.iii-fi.i.

' Keim, Siliwtifusche Refonnntiousyesrhichlt', p. 08. * Db NVette. t. m, p. 453-454.

lOS I. \ DnCTltlNK DK ZWI.NGI.E EN S (I l A H K KKI'IIS 1528.

ni('ss<'s(|ui Ii'iir lurent faites, bieiilùl suivies »linjuresetdc menaces, ellt'S 0|ijiosL'ienl un coiii'ii^'c, une cunslance admirables, et le calme d'uoe bonne conscience. En vain les assimilait-on « aux lilles les plus infâmes, aux courtisanes les plus viles " : toutes ensemble, au nombre de treize, resl«!T«Mit inéiiranlablemenl lidùles à leurs vu-ux *. « Si l'autorité ecclésiasticpie s'avisait de troubler les potentats, leurs conseillers ou fonclionnairesdanslexercicede leurs devoirs, » disait en eliaire. le jour de.Noel,un chapelain de Memminj^çen (1529), ft on appellerait cela sédition, révolte ; on ne le tolérerait point, et Ton ferait bien, car Dieu a mis le f,'Iaive aux mains de Tautorité et elle doit en faire usage parce (juelle représente sur terre la justice de Dieu. Mais que l'autorité temporelle, ses conseillers ou ses juristes troublent les docteurs et prédicateurs dans l'exercice de leur ministère, quelle leur prescrive ce qu'ils doivent prêcher ou ne pas prêcher, cela passe pour juste et équitable. Le conseil ne veut souffrir ni réformateur, ni censeur, pendant (jue Jésus-Christ et ses serviteurs sont obligés de se laisser réformer par le premier polisson ou bourgmestre venu. Les nouveaux prédicants font preuve d'une telle complaisance envers le pouvoir qu'ils vont jusqu'à se laisser imposer par eux le textede leurs sermons, les moments, les casoù ils doivent punir. Le pasteur reste- t-il sourd à ces recommandations, lautoritéa le droit de le destituer et de le décrier partout conmie une tête chaude et comme un séditieux. Aussi le pouvoir est-il devenu le véritable seigneur féodal héréditaire des biens des clercs, eu ([uoi les nouveaux prédicants l'aident de tout cœur, esjiérant (pie leur doctrine et hérésie gagnera ainsi du terrain et fera de rapides progrés. Là où auparavant sept ou huit prêtres étaient nécessairei, un prédicant à la nouvelle mode suffit à présent, et le gouvernement touche los revenus des prêtres si.pprimés.On ferme la bouche aux anciens pasteurs calholiijues ; on laisse au contraire la bride libre et lac lie aux exaltés et aux séducteurs. Le Christ est contraint daller demander à Pilale conmient il doit prêcher et enseigner. » (( Le faux monnayeur qui s'efforce d'écouler des pièces de mauvais aloi est »nvoyê au bûcher ; mais celui qui défend et propage de fausses doctrines, ce qui est enc(jre mille fois plus grave, est en jileine sécurité sous la protection du jmuvoir; bien plus, le pouvoir laide à parvenir aux honneurs et aux charges. (In glorilie l'hérésie, on l'honore, on la protège ; on chasse au contraire les vrais apôlre.s catholiipus, on les tourmente, on les torture, on les déchire, on les monl ; cela s'appelle faire œuvre chrétienne, et lou s'en glorilie •'. »

' Tirée (le la CJiroiiique du inon.iHt^rr. piililioe dans le« liistor. fol. lil , t. LXIV,

' Voy l'.NoLh. Hrformalionsf/efrhit'hlf ih-r <i>i'll Mnnminffen, p. 7H-7l>.

DISSIDKNTS »Kl.ir.lKI X. 109

Les dissensions rclii,'icuses, lai^Mciir de> ospiiisjcs désordres qui IroublaieiJl rKmpirc aiii,'nieiilaieiit ('lia(|ue UDiK-e dans une ellVayanle proportion. Les nombreuses sectes <jui ne cessaient de se produire et (pii. ne possédant pas un fonds de doctrine précis, ne constituaient pas un corps religieux bien distinct, ayant son chef et ses membres, étaient surtout cause de ce déplorable état d'anarchie. Luther avait dit : « Tout chrétien est le juge libre et pleinement autorisé de tous ceux <pii lui enseignent la doctrine, car Dieu l'instruit intérieurement. » Se fondant sur ce principe, les dissidents rejetaient non seulement la divine autorité de l'Eglise, mais encore les doctrines des nouvelles églises d Etat imposées par des gouvernjments luthériens ou zwinglieus. Dans l'opinion de la plupart des dissidents, Luther et Zwingle •'■taieiit de plus grands corrupteurs et ennemis du « vrai Christianisme -) que le Pape lui-même et que le clergé catholique. Surtout ils repoussaient comme fatal et pernicieux le principe luthérien de la justification parla foi seule.« Cette doctrine, » disaient-ils, c prêche aux hommes un Christ tout miel, qui a tout souffert pour eux et donne tout pour rien ; elle flatte, sous une fausse couleur évangélique, « la liberté de la chair, elle remplit les cœurs d'orgueil et de présomption •>.

Parmi ces dissidents, les nombreux sectaires ordinairement désignés sous le nom « d'Anabaptistes » tenaient le premier rang •.

Si l'efficacité des sacrements, comme Luther l'avait enseigné, n'était attachée qu'à la seule foi, pourquoi conserver le baptême des enfants, puisque, dans la Bible (uni<|uc source de notre foi, selon Luther), il n'en est parlé en aucun endroit? Les Anabaptistes en réclamaient donc la suppression ; mais, f en signe d'alliance extérieure avec la seule véritable église clinHienne, w ils se donnaient les uns aux autres un second baptême. « La véritable communauté chrétienne, » enseignaient-ils, j est la réunion des élus du Seigneur, des âmes illuminées par l'Esprit-Saint et favorisées de visions particulières. »

La source unicjue déjà révélation, ce n'était donc plus la parole extérieure et morte de la Bibie, c'était la lumière du dedans, et toute la vie spirituelle des Anabaptistes consistait en ré-vi-lalions, en comnjunicalions mystérieuses et personnelles avec Dieu. Comme

' Vuy. noire seronJ vol., p ilJ i|.1, cl, pour ce qui suit, les excelleoLs documcnls fournis par JJohler. sur les Anabapiiste«, p. Kit» iTO. — Ci.RNtut«, t. M. p l-'.l'^. — Joiii;, p. C."i7 et si.iv. — J;>ii(:kr. p i::|-i'tS

j,„ nmiHINES HKS ANAlîAI'TISTES.

Luther cl Zwiiigle, ils niaient le sacerdoce et son caractère sacn'. Coinmeeux. ils refusaient di- reconnaître I»' clergé fiour un ordre spé cial. institué par leClirisI et distinct de la société laupic. Mais, allaiii j>lus loin qu'eux, ils rejetaient toute fonction «ecclésiastique et ensei- :,Muintc »; surtout ils avaient en hornurlesprédicateuis établis en des lieux détcrniint'S, n'admettant que des apulns du royaume de Diiu « individuellement éclairés ••. Le chrétien, muni du sceau de lalliance, devait, aussitôt <|u'il percevait en lui la voix, de l'Esprit, se présenter devant ses frères et sœurs, en qualité d'env(jyé. de propliète,de docteur, d'apôtre des révélations divines, et s'ellorcer, a partir de ce moment, d'amener à la vérité de nouveaux frères et sœurs. 11<> ne devaient jamais luécher à des heures ni à des endroits déterfiiinés. encore moins dans les espaces restreints dt-s églises, parce (lUe les temples étaient » des maisons d'i<loles ».

Les Anabaptistes, en ce (jui regarde les églises, allaient donc encore plus loin »|ue les nouveaux croyants de Suisse et d'Allemagne, les(|uels, recKUiiaissant une église d'Ktat, se bornaient à demander la (' purification » des temples et la «leslruction des autels. Pour sou tenir leur manière de voir, ils pouvaient invoquer les paroles de Luther, (pii. daus ses sermons publi<iuement prècliés à Wiltemberg et rt'pandus depuis par de si nombicuses i-ditions, n'avait pas craint de dire : « Si le tonnerre tombe plus Iréquennnent sur les f-glises (pn- sur toute autre maison, c'est (pie D'un les déteste davantage, car nulle caverne de malfaiteurs , nulle maison de lilles publi(|ues ne voient se commettre plus de pi-chés, blasphèmes, meurtres d'âmes et scandales ([ue les t'glises. Aussi ferait-on bien de les détruire une fois pour toutes dans le monde entier, ahn (jue désormais la prièn*, le baj)téme et tous les actes du culte chrétien soient célébrés sons le ciel libre ou dans les maisons particulières ♦. »

Le « royaume de Dieu » prêché d'abord en Suisse par les premiers Anabaptistes devait amener la totale réorganisation delà socit'l«'- religieuse comme de la sociétt- civile, i' Ajtrès l'extirpation des nnpies.» leroyaumedn (Christ devaitélablir entre tous les (Chrétiens delà terre une conqjlèie cornimmaulede vie, sans loi extérieure, sans autorité, tout etilièrc appn\<'e sur la force sacrée de la loi morale écrite au c<iîur de Iniit homme. Dans ce royaume des parfaits enfants do Dieu, la loi <le la guerre cessi-rait d'nppiiinei'. tous les biens seraient communs, personne ne prétendrait à un privilège <|uelcon(|ue, nul ne voudrait posséder quehpie chose en bien propre, aucun « inariago «-rimmel » ne serait contract«*. Les enfiiits. fruits sans tachu d'unions

• S>imm(l. W'rrkr. l VII, p ISI. «.II. 321 .UO.

nue. Till m: s i»ks an ah ai» ris tes. m

saintes, vieuilraieiil an m uule sans (jue les mauvais désirs de la chair aient eu part à leur naissance.

La l'oidcvail in'-cessaircmenl porter des fruits de salut; lu doclrinc des pit'dicants de l'école doLulher et de Zwingle (Hait fausse et antichrétienne ; elle n'aboutissait, selon les Suisses Aiialiaplisles. «ju'à la liberté de la chair; elle trahissait la liberté chrétienne [)ûur la livrer au bras séculier. Luther et Zwingle n'avaient prêché l'héré- ^ie <pie dans un but intéressé; ils n'avaient été guidés «pie par un esprit de crainte et de cupjdité. De plus, leur enseignement c(»niredisait manifestement la parole de Dieu, l'ersonne ne peut être sauvé par cela seul (|u'il croit au Christ ; il faut joindre à celte foi le mérite coopératif de nos œuvres et de nos sûuu'rances, car le Seigneur a dit : « (]rhn cpii ne prend pas ma croix et ne me suit pas. celui-là n'est pas mon disciple; » et encore: <- Si vous vouh'z entrer dans la vie, observez les commandements *. » c Les prédicants, disaient les Anal):iptistes de Strasbourg, n'avaient su que détruire; ils étaient incapables de fonder la communauté chrétienne selon la vraie discipline du (Christ, encore bien moins de la consolide;-. Ce sont de vrais pharisiens; ils n'ont su que briser les images, les autels, les églises, que chasser malgré eux les moines et les religieuses de leurs monastères, (jue faire violence aux consciences 2, ■> « Le nouvel évangile. » prêchait l'anabaptiste Melchior Uink . très intluenl à llersfeld à dater de 15:28, i( était un évangile d'hypocrite et de faux dt'-vot. » Luther, à la vérité, avait d'abord élêclairé par l'Esprit-Saint, mais actuellement il était impossible de voir en lui autre chose que le véritable Antéchrist; lui et ses disciples menaient tout droit les hommes à Satan '.

L'attente du règne de mille ans, la chimère «riiu bonheur idéal goûté dès cette terre, l'espoir d'un divin royaume composé d';imes pures, saintes et bienheureuses, tous ces rêves exaltaient res[)rit populaire et inspiraient à des milliers de cœurs cette force, cette énergie, cette constance dans les persécutions et les supplices qui ont excité l'admiration de tous leurs contemporains.

a J'ai vu do mes propres yeux.» écrivait Conrad Ihaun, assesseur à la Chambre Impt'riale. « (jue rien n'a été capable de faire revenir les .\nabaplisles de leurs erreurs, et de les décider à l'abjuraliou. Le j.lus dur cachot, la faim, le feu, l'eau, le glaive, toutes sortes

« Vov, CoiiSELici. t. 11. |i. 47 el suiv. — Egli, Actensainmltiny. n* G-W. 640, 071. »tlO. Ii78. 1757 (p. 7*li 7oii.

J CofcNKLios.l. H. |> 8J 8:1.— Lanubjpliste llins Ailam déclara qui! aimait mirut être parli.san du diable q le disciple des prédicauls de Slra -bourg. — it<iiiitii.ii, Stru'sliurt/i.scfic W'ifdcrtaufrr, p. 7i.

^ Vov. S<:iiiiiDr, Jiistic Mcnnis \.. |. p i:\Ct, 111 lii

lli l'HiM.IU S ItKS SRCTKS A.NAIt A I' I I.M KS KKPIIS l'ÜCi.

d'f[)Ouvanlab'cs supplices ii'oiil pu les ébranler. J;ii vu suuvciil d«'S jeunes gens, (l-»s hominis, d<s fcinin.'S, aller au bùclier en cliautaiit. rejnpiis d'allégresse, et je puis dire que dans le cours de toute ma vie rien ne m'a ému davantage*. »

<i Le [<n)grîs des Anabaptistes fut si rapide. .> écrit Siîbaslien Franck. « que bientôt leur doctrirje se répandit dans toute la contrée ; ils lormèrent un parti consid«''rable, baptisèrent un grand nombre de disciples, attirèrent à eu\ beaucoup de braves e(purs. Ils n'enseignaient tjue charité, foi, amour des soulFrancos, et se nïontraient |)alients cl humbles au milieu des plusgVandes tribulations. Ils rompaient le pain ensemble en signe d'union et do charité, s'aidaient lidèlemenl les uns les autres par des prêts sur gages, des cautions ou des dons, enseignaient la communauté de biens et vivaient eu frères. » « On les persécute en maint endroit dune manière très injuste, on les emprisonne, on les torture; le feu, le glaive, le bûcher, l'eau, les cachots, sont tour à tour employés pour les réduire, et (lueltjues-uns estiment cpTen peu d'années ()lus de deuï mille de ces infortunés ont été mis à mort. Cependant ils ont enduré tous ces supplices avec la douceur et la constance des martyrs. » c Je tiens pour certain (juc celte secte a compté im grand nombre d'àmes pures et ferventes et «pie beaucoup, soit parmi le simple troupeau, soit parmi les chefs, ont été animt'S d'un véritable zèle pour le Seigneur -. »

Mais beaueouj) d'entre eux, surtout dansles « confiéries secrètes »> et parmi « les initiés aux vrais mystères », n'aspiraient, pour hùter l'avènement du royaume bienheureux qu'ils rêvaient, (ju'à bouleverser le monde présent parla violence, parlant «d'exterminer les inqjies. les idolâtres > et d'établir de f«»rce la communauté des biens. D'autres, abusés par un fanatisme féroce, <( se livraient aux |)lusgros-

' Voy. IloiiTLEUCii, /'■.?«</('■«, p. il". — On les coiisiilérail comme ile< •• martyre» dasmoiiiii». — ■ Alrocissime caeni al-jcres et riJiMites illa |><-r((>rebar)t. > It \v.\ALn.ad a. !5i7. n* 71». " Secla nova Anybiptisianun, » écrivait l^utber le 3! iliciinbrc lî>i7 à J. l'robii, • mire cre»<il m.-tKiia -tperii« viv(*iitium, maf^na auilaria por ignrm ei ■quam iDoriciilium. • — Kt daiii» unr lettre ii Jean II««»» : « Similia (^Tunlnr in jiarjria nec ferro oec i^i.eposüuut (-ubib(Ti,(J<'Scruut uiore«, librrot. famili.-is et farulutes. Sic (urit Satan bac buia, velul uotisNJiua. » — Mk \\ kttk, l III. |> i.*'3,ifi^l. — t^rtqu'à Au(,'<.buurj( J'> atril l.'tiS.i trenie cinq An-nbapiiNtc«, parmi lrKi|urls six femmes, furent cbai»»^i« «le la »ille, • on le» vil quitter Irur» fumillrü avec joi«. et sortir dra porte» pleinii «l'alb-Krc»««. • Voy. Jumo, p. "H. l'n an.ibapti^ie mis au cachot t (jruiiiiiKcn fut nix mui» maUdr; il ^lail lellemenl enfle ilr|iuis le» pieds jusqu'au cou qu'il ne pouriiil ai marcber m »e tenir debout. (>|>Fiidaiil il refusa de quitter •a prison, et préféra mourir avec »es compagnons de caplitilc qu i'^tr<- iranspurlé au chàte4U ' K'iLi, .\t:trniammhnMj, u' liHÖ. — Sur la (rrmeté d ànie de beaucoup d'anabaptiste* condamné» à être peudus. voy, Uacm, Captto und lM:rr, p. 3tik.

* Chronik, t. III. fol iVi VA.

l'KHSK«:i Tl TION DKS A N A BAI'T I Si K S . 15^6. Ii:{

sieis C'xcrs, commettaient les crimes les plus uflrciix, adoptaient la c( mmiinaiilr dtslcnimes et pK-lcndaicnt quela volonlr expresse de Dieu leur prescrivait d'exéciabics foi faits, comme par exemple lu meurtre de leurs projjres frères *. >

La persi'CUtioM des Anabaptistes commt-nra à Zurich. Le consed exigea (|ue les nouveaux dissidents se soumissent sans restriction, conjme les Catlioli<|ues, à la nouvelle religion diktat, adoptassent les opinions des sei^'muis du conseil et assistassent au prêche zwinf^lien. En vain les Anal)a|»listcs en appel.rent-ils ;i la doctrine do la libre interprétation de 1 Ecriture, principe jadis 'iivo(pié par le conseil lui-même lors de l'érection de IK^dise nationale; « i\e tourmentez pas ma conscience, » disait llans Miiller de Médicon, soupçonné dhérésie à cause de son refus d'assister au prêche. « caria foi est un libre don < t présent duSei^Mieur. Je vous prie, serviteurs de Dieu, laisse/.-moi libre dans ma créance. On ne saurait charger la foi sur ses épaules comme une pierre ^)). Un autre anabaptiste, Hans llollinger, reproeliailà Zwinglede prêcher« aujourdhuiainsi, demain autrement ». « il y aquelques années,» disait-il. « il soutenait qu'on ne doit point baptiser les petits enfants, raainleuani il affirme le contraire '.» « C'est avec raison <iue nousfuyorjs renseignement des prédicants, » disaient les Anabaptistes; « linterprélation qu'ils ont tout d'abord donnée à l'Evangile et qu'ils nous ont proposée, n'a servi (ju'à fomenter les troubles et les scandales. Ils vivent et agissent contrairement à leur première doctrine. » k En ce moment, au lieu d'employer la puissance et le glaive spirituel aux affaires et aux intérêts de la foi, ils se servent, sous un pieux prétexte, du glaive et du pouvoir tcmporeli^ dans des (juestionsspiriluelles et ecclésiastiques, abus contre lequel les prédicants «'vangéiKjues se son! si fort «'-levés au (b'-bul, et (lu'eux-mêmes ont appelé lyrannique avec tant d énergie*. ->

En lij2(), le conseil se décida à recoiuir aux ê-dits les plus rigoureux contre les nouveaux se(lair<'S. 11 lil publier eu tous lieux un arrêt portant (}ue tout anabaj)li.Nte réfraetaire serait enfermé « dans la nouvelle tour, condamné au j):iin et à l'eau et réduit à coucher sur hi paille i. Défense l'iail laite à tous de visiter les rebelles ou de re-

' Voy. Eicl;/eii is-sisr/ie Ahsrhinlf.t. IV, Ablh I., p. Uli. — Jona. p. G7u-6si. — Ki.Li. .irlrnsammliing. n" 35.'S, 60i. 795. — Cobnklics. t. Il, p. iT.» IM . — Keim, Ihn. p. itl. — Voy. aussi oolre »econd vol.. p. 406-4<>9.

» EcLI, luruhrr W'iederliiiif'-r. p 80.

' Kgli. p. i6. — Zwiiigle lui-mô:iie «vouait que pendant un certain Irir.p* il avait été d'avis « qu il serait beaucoup mieux de ne baptiser les enfanU que lorsqu ils STairnl atteint un certain ige ». — /.uingtU Opp..i*.\t. H't. — V. .Nitschi:, p I«

' UiLLi.NoCH, l>\e WieUerliiufer L'rspruivj, i loJ.

JJ4 iM.nsi.<:rTin.N im:s an aüai* i isii:s. loifi.

clamer pour eux. même m cas de maladie, un chaugemenl de cachot. Ils étaient condauiu»'s ^< à uiourir et à pourrir daus la tour* » Les femuies et les filles étaient passibles des uiéines peines. L'anabaptiste converti, puis retombé dans son erreur, serait jeté à la rivière. Ordre était donné à chacun de se rendre à l'église dans sa paroisse régulière. Il était dél'eudu de recevoir ou d'héberger les Anabaptistes, et de leur oflriisoit à boire .soit à manger. « Les seigneurs du conseil avaient résolu de l'aire noyer, brûler ou décapiter les n'calcitrants, selon qu'iU le jugeraient bon et utile ■. » Le ojanvier 1327, Félix Mang, pour servir d'e.vemple à ses Irères, fut jeté à l'eau. ■• pour relus d'obéissance envers l'autorité, pour s'être séparé de la communauté chrétienne, lui et ses disciples, par un second baptême, et pour avoir voulu fonderde son chef une socle nouvelle au moyen d'assemblées et de rassendjleraents; en punition de <|uoi il lut lié de cordes et précipité dans la rivière (-pour y mourir et y pourrir >. Ses biens lurent conlisqués ■'.

Même peine lut portée contre tous ceux (jui, bien que n'appartenant pas aux dissidents, tenaient île grandes assemblées dans les maisons privées, « au mépris de l'autorité, au détriment de la société chrétienne; prêchant et exposant leurs doctrineset hérésies ->. « .Nous sonunes résolus, » déclaraient les membres du conseil, c à les faire noyer sans miséricorde aussitôt qu'i)n les découvrira soit réunis. s<tit isoh'S. tout aussi bien que les partisans d'un second baptême, et nous n'é|)argnerons personne '. »

A la suite des persécutions de Zurich, la nouvelle doctrine se rejtandil rapidement, d'abord dans les cantons voisins ••, puis dans la ilaule Allemagne et en .Vutriche; en loiC et loi7, du Hliin juMpfen ,Mora\ie, de la liesse àl'Eslhonie, les Anabaptistes formaient comme un va-te réseau de petites communautés sépan'-es '"'. \ Esslingen, en irii»». on en comptait deux cents, hommes et femmes, jeunes gens

' I^e n*ot >■ pourrir •> (ul plus tant retranché.

: KoLi, .\rtensaiiimlun<i,\). iii-iiS, ii"* 'Jili, 930, 937

^ Ki.tl. .{< h'nsamtnluiKj. p. ^Ji», ir 1 Id'.l. — KoLI. /.unt hir \\ .m, ri.,ii/rr, p. (.1 Gi. NiT'Ciie, p. 45-i7.

' E«iii, ArlfiiMiiiiiiiliiiii/, \K Mi, n"l(i71.«('efui unp»iiibleilcvoirpourZ»vingle. ■• Jil Kgli, • que «l« conibaUic »le» guiis avec losquelH il avaii un (oml commun «le cioctrine. .Mui» leur lot.ile iKiiotauca de ce qui était i< j||.»aLle ou pratique dc lui I»ermit lias d'.iK'' a"'f«-'""^'»t: ►

' l'our pluH de détail» sur h dilTii»ion des doctrines auabapti&tes en Sui»se, \oj. NiT'Ciii;,p. IT tt »uiv.

' ('.i<M.\KLti.'ii, l.II. p 43. — La>cctedrs Anahaptiittet h'elail montrée à l'lmd^iii5äi, — Ki.iM. l lin, p. iü."». — Sur leü Anallapll^ll•l» eu .Mor.itie. \o\. l'article dc Lo-

»KMTU. dan« 11* /.'</*. 7.r./r/«- 1/' /.. ^. /,.. 'w. |...|,h,. |..,r /„.,•,/,,„,/.->,/,/,•,.-

h^trtt, I. I. p. W8-4S7.

l'EnSECUTION IMS A\ AltAI' I IS ir.S. Il,

et jeunes filles, el dans les villages cnviionnanls. la plupart des liabilanls les vovaienl avec synipatliie i, A H:ili>-l)OiMie, leur iionihiv éluil considérable et s'élevait à plusde deux ceiil-> -.Mais c'est surtout dans les yrandes villes (|ue « les frères » se rassemblaient de prél'érence. Leur centre le plus iniporlant l'-tait Au-sbour^,', où la secte comptait des partisans jusque dans les ran;;s les plus élevés de la société. Kuviron onze cents Anabaptistes de toutes classes y tenaient, en l'iiT, des réunions nocturnes dans des pavillons isolés. et s'intitulaient (c les nouveaux chrétiens d'Augsbourj; ». Leurs chefs. Jean Deck, Louis Hetzer, Hans Hut, d'autres encore, rédi{?èrent une edufession de foi où la propriiHé privée était déclarée criminelle; un complet leuianiement de tout l'état social y était aiuioncé comme très proche. On litilans un des articles de ce siuirulier symbole :<' Uicj àdeux ans, le Seigneur descendra visiblement du ciel et viendra combattre en personne les princes temporels; les impics seront exterminés; les saints el les élus régneront sur la terre avec le Seigneur. » «Aux frères éloignéson faisait parvenir des messages: des« apùlres » étaient envoyés de tous côtés pour prêcher le royaume de Dieu et baptiser ^. » En Souabc, Guillaume Reublin, de Rothenbourg, proposait d'établir le nouvel évangile au moyen du massacre de tous les inlidèles ou payens '. A la Pentecôte ou à Noël de l'année lo28, les Anabaptistes d'Hegcnsberg projetaient de se mettre en campagne ; renforcés par un millier de frères attendus de .Moravie. d'Augsbourgel de Zurich, ils devaient se réunira Reutlingen, s'emparer des armes (pi'ils y pourraient trouver, puis exterminer sans pitié, connue des payens, « et de par l'unicpie autorité du ciel », tous Christ ceux qui croiraient dilléremmenlqu'eux, de manière à « fraver au le chemin de son avènement glorieux parmi les hommes ^ ».Dans le Kraischgau et la Haute Souabe, les .\nabaptisles se réunissaient par groupes de cinquante à cent personnes, prêchaient le royaume de Dieu el prédisaient la ruine prochaine de tous les pouvoirs, par le ministèredes Turcs''. Dans l'évéché de Wiir/bourizetcn Franconie, Georges de Hassan, l'un de leurs chefs, lit preuve jusqu'à son exécutiou du plus intrépide courage, (janvier L*i:28). Il alliiniait que « la tin (lu UKtnde suivrait de trois ans et di nii la révolte des

' Kkim, KsslinijeJt, p. iA-i'.K

■ Gemkimer. Hr forma/ il, n, p. .'SO.

^ Voy. Jonc, p. 710, »>77-(J8i. — Keller, p. 3.1-3i>. —Jean Denk, à cau«e de la grande iniluence qu'il exerrait sur ses coreligionnaires, élail surnommé le « l'ape • el le «Dieu • des .Aii.ili:iptistes. — Vo\ . Killeh. Ani Ajjnslel der Wieder- Imiter. Leipsi;;, \mi.

' kr.iM. I.lni, p. lii.

• ï^atilkm, Uesch. dex llerzoglhunis Wurlmtlierg, I. lit, app.. p. 20 el suii . — Kkim. Hsxlhujm, p. 30.

' tlEïi.. l. Il, p. 317.

l'I HSIt ITIUN DR S A\ AllAI'TISTKS. I'ÜC.

paysans, et (pic 1rs Turcs ne taril<i:ii<i)l pas à Miiir chàlier les iiii- [Mes '.

('oniiiit' lui, heaucouj) de ehifs dcN sectes aiiaba()listes plavaieni tout leur espoir dans les Turcs. « (j»'and le Turc arrivera <!ans la contrée, les Analtajitisles d«- Franconie, de Souabe et autres [ia\s feront cause commune avec lui; ce (jue le Turc laissera en \ic, princes, moines ou gentilshommes, sera massacré par les élus du Sri};n( iir.qui n'auront plus désormais d'autrcclief (pie Dieu.à moins (pi'iis ne se d.-cidassent à élire un roi. » « Le Tiircdélruira tout pou voir laïipie ou ecclésiastique, >< prêchait le pelletier Augustin Bad< r. l'ami des chefs analtaptistcs Denk, llel/er et llut : <■ ensuite un nouve.iu royaume composé de chrétiens, de juifs, de payens et de Turcs sera fondé. » .\ugustin devait en être le prophète; après lui son plus jeune fils et sa posléi ili- devaient régner sur la terre pendant milleans. Le prophète, commeautivfois les juges des tribus dlsrael. aurait douze serviteurs; du reste, dans le futur royaume, les biens seraient communs et tout le monde travaillerait. Déjà on avait préparé pour le prophète Bader les insignesde la royauté : la couronne. le sce[>tre, lépL-e, la ehaine d'argent doré- et le manteau royal. Plu>ieurs juifs de Worms, de Leipsick et de (îiiuzbourg éîaient initiés à ce grand mystère. « Ik'S émissaires prudents devaient désigner l'endroit où le prophète pourrait le plus commodément attendre laiiiH'-e musulmane. Il devait s'y rendre avec ses compagnons, munis des insignes royaux, et comme autour de Leipheim et de liun/bourg les juifs étaient fort nombreux, on espérait pouvoir faciliMiient se rendie maître du pays. » Mais tout pr-s de IMaubeuern, peutlant une réunion nocturne, le prophèlf^ fut pris, <'l comme il refusaitde renoncer àson dessein et annonçait la coalition et la révolte de tous les .\naltai»tisies ses frère«, on le conduisit à Stuttgard.oii il hit tortureavecdespincesbriilaiiles.il subit ensuite le <lerni«'r supplice, et son cadavre fut livré aux (lanunes

AAugsliouig.au commencement de l'iiSet surlurdre duiiituve;iu consi'il lulliéiieii, cent soixante-dix anabaptistes environ, hommes et lemnies, rurent ou emprisonnés, ou bannis, ou classés de la ville à eou|>s de fouet ; plusieurs eurent la tête traiiehée, d'autres les jours brùlé-es, la langue arrachée '. Les Anabaptistes d'.Xugsbourg étaient dirigés par <■ douze frères » cpii tous subirent le martyre, soit |)ar le glaive, soit sur le bùeher. La Ligue Souabe février itiiH) urdonu'i au\ capitaines desdivrTses niions où elle avait autorité de

< JAno, p. 6Xi.

• Vo> Jour., p (>K»-093. - IIku>. t. II. p. 3l8-3ttf

' \uyrt Ifurs noms (lani Jont;, p. 7lii 7M.

PKnSKClTION DF.S A N A K A l'T I STKS l'ÜC). 117

raellrereiil cavaliers sur la piste des Anabaptistes, Icurdoniiant [»leiti pouvoii lie faire passer de vie à trépas, sans jugement préalable, sans d»''lais ni sentence, li'S f;inati(|ues surpris. Leduc (luillauine de Bavière alla niènie jusqu'à édicter cet atroce arn-t: « L'anabaptiste (jui se rétractera sera décapité, celui qui s'übstin«'ra serabrùlé vif. » (les infortunés étaient par conséquent déclarés hors la loi; on leur lisait leur .sentence, puis aussitôt on les faisait cxé-cuter, o car en pareil eas, » disait le secrétaire du duc.Vndré Perncder, «les droits de l'autorité priment tout '. » Kn Tyrol, << où les Anabaptistes, les rebelles et les fanaiicpics étaient l'oit nombreux, » le roi Ferdinand, en l'i^fT, ne publia pas moins de dix édits dont le fre(|ueiit renouvellement et la ri{;rueur croissante prouvent assez l'exlension (pi'avail prise la secte, et l'importance (|ue le pouvoir altacbail au nionvenient religieux et .social qu'elle avait provoqué *. « Je crois en vérité, " écrit Georges Kirclimayr, « (pie rien que dans le Tyrol et à Goritz mille liommes ont été brûlés vils, décapitésou noyés, car les Anabaptistesoiil fait preuve d'une très grande obstination. Dès qu'ils apprenaient qu'un prêtre célébrait la messe en quelque endroit, ils couraient aussitôt à l'église à l'heure où beaucoup de monde y était assemblé, arrachaient le calice des mains du célébrant, jetaient la patène et les saintes espèces par terre, répétant que le baptême diS enfants était inutile, que celui-là seul devait être liaplisé qui pouvait croire, quedire la messe é'tait faire acte de magie, que le Très Saint Sacrement n'était rien, qu'on trompait h-s gons, que le Christ n'était mort que pour .\dam elEve, et<jue nul ici bas n'avait Icilroitde commanderaux autres ■''. » L'Empereur, le 4 janvier loiS, publia aussi un édit contre les Anabaptistes, décla.és dignes de iinrt k de par !•" droit ecclésiastique et civil ». .Mais il ordonnait qu'on les avertit d'abord, ([u'on essayât de les convaincre, et ijue les véritables coupables fussent seuls suppliciés ou rigoureusement punis, selon la gravité de leurs méfaits. « Dans l'édit impérial», ('crit Jean Swarzcnberg. le ijl janvier ITiÜS, aux autorités lulhériennes d'Anspach-Baireuth, « vous admirerez sans doute la 'ibelic modération chrétienne de l'Empereur, car il ne parle pas seulement de bourreaux et de bûcher, comme en beaucoup d'autres ordonnances de ce temps, mais il recommande d'essayer de p«'rsuader les sectaires, et dans le châtiment il a égard aux différents degrés de culpabilité '. » l)'après un second t'(lit impérial, les \i docleurs et baptiseurs », et parmi les simples anabaptistes, les endurcis

' Voy. J"«' , p. 7iJ. 7i:. 7il 7i:l. » Kripp, p. i8 3H.

' KiHCiiif «III. p. 4s7 ■ JuRG, p 71^

118 PROGRÈS ET l'ERSÉClTIO.N DES A.NAHAI'TISTES DEPUIS 13^6.

et les récidivistes devaient seuls être mis à mort. Ceux qui témoif>:n;iici)t quelque repentir étaient j^ràciés.

Philippe de liesse cùl voulu (pie les princes luthériens ne punissent pas du dernier supplice les Anabaptistes récalcitrants; un emprisonnement rigoureux, lui eùl paru sullisant. « Autrement, » disait-il. « il faudrait aussi mettre à mort les juils et les papistes, (\n\ blasphèment si manifeslement le Christ i. » L'Electeur de Saxe, au contraire, était pour l'extrême rigueur. La doctrine chère aux Anabaptistes, que.le salut pouvait être obtenu sans prédication et sansculte, était, selon lui, « une révolte ouverte contre l'Eglise et contre ses lois, et cette révolte devait être réprimée aussi sévèrement que toute autre sédition ». Le souverain avait mission de défendre et de maintenir le (' ministère public ». c'est-à-dire la loi religieuse, et pouvait par consé(juent sans aucun scrupule sévir contre ceuX(|ui sobslinaient à soutenir que' le baptême et le prêche luthériens étaient impies et que Téglise évangéli(iue n "était pas l'église du Christ- ».

Cette ligne de conduite avait été tracée à l'Electeur par ses théologiens, aussi bien par Luther, qui tenait les Anabaptistes pour les émissaires du démon, que par Mélauchthon : « Les iK-rétiques, »

' Dans les états de l'hilippe, les Anabaptistes suliiretit le supplice de la flagellation (I3;{7;; d'autres eurent les joues brûlées. Uommel. t. II. p. 1:20. — Eu l^russe. ils furent condamnés « à de rudes et perpétuels travaux ». Hartknoch. p. 1286.

- Le traitement infligé à l'anabaptiste Fritz Erbe montre avec quelle dureté on agissait alors envers des hommes inotlensils. Erbe était du bailliai^e d'Ilausbreiteubach, pays oii l'Electeur de Saxe et le Landgra\e de liesse avaient des droits égaux de juridiclion. Erbe avait déclaré durant son interrogatoire (1.^3ii que peur tout ••lirétien qui avait reçu la doctrine et la parole de Dieu et adorait son Créateur un premier baptême suffisait; mais qu'à son avis chacun devait être laissé libre d'en recevoir un second. De plus sa conscience ne pouvait admettre le dogme de la présence réelle. Comme il refusait de se rétracter, l'Électeur de Saxe le trouva digne du dernier supplice, mais le Landgrave opina soil pour la proscription sù.l pou? le cachot. L'infortuné fut enfermé d'abord ;\ Eisenach, puis ;"i la Wartbourg, où il ne resta pas moins de dix ans: le gouverneur du château crut alors pouvoir itnplorerde riileelcur un peu d'adoucissement dans le sort du prisonnier. • L'âge et la santé d'Erbe. » écrivait-il à l'Electeur, a lui rendent la prison presque intolérable, et nous pouvons rendre de lui ce témoignage qu'avant ses erreurs doctrinaires, il avait été connu pour mener une vie honorable et s'était toujours coniluit en sujet obéissant. Son travail le nourrissait, lui, sa femme et ses enfants; aussi, .«clon mon humble avis. Votre Cnàce pourrait-elle, après lui avoir demandé une caution raisonnable, l'exempter de prison, au moins pendant quatre semaines, et nous permettre de le conduire au couvent des Carmes déchaussés, alin qu'en ce lieu il pùl se livrer ù l'élude de la saine iloctrine; il y assistei-ait au prêche revêtu «l'un cilice, comme il sied ä un .\nabaptiste pénilcnl, puis serait reconduit en son logis. Le seigneur Nicolas Evantler, qui exerce ici les fondions de prédicant, s'oiïre à le conduire au couvent, à le loger, ii l'instruire de son mieux, et il a bonne espérance qu'avec l'aide de Dieu il l'amènera par l'instruction à une prompte conversion. >- (^etle suppli(|ue resta sans résultat, et Fritz Erbe demeura sous les verroux jusqu'en I.'IVS; la mort vint alors le délivrer de ses cruelles soufl'rances. Schmidt, Jiisln.i Mi-/nii.t, i. I, p. |().S-177. — Voilà comment on prali(iuail la tolérance eu un pays où l'on avait si hautement proclann' la liberté de conscience.

PROGRHS ET PERSÉCUTION DES ANABAPTISTES DEPUIS lo26. ll'J

écrivait ce dernier au Landgrave, « doivent être punis dans leurs corps, et même, si la nécessité l'exige, condamnés au dernier supplice, car l'autorité a le devoir de proscrire de ses états des doctrines manifestement fausses, un culte et des hérésies condamnables; elle est obligée de les réprimer avec énergie dans les sujets soumis à sa juridiction et démettre à mort non seulement les Anabaptistes qui conspirent contre le gouvernement temporel, mais encore ceux qui répandent de fausses et grossières doctrines sur le baptême des enfantsetsur le péché originel, introduisant d'inutiles singularités. * » Le théologien luthérien Brenz, pour justitier les supplices, écrivait: « De même que l'autorité a le droit d'empêcher que des corporations se forment là où elles n'existent pas encore, de môme elle a le pouvoir de sopposer à toute secte naissante. Si une secte s'élève en dehors de l'ordre établi, il faut qu'elle appuie cette prétention sur des miracles. On me dira : En ce cas, les prédicants évangéliques ont commis, eux aussi, un grand crime, puisquüls n'ont prouvé leur mission par aucun miracle. » A cela je réponds ([u'il ne s'agit pas ici de la doctrine, mais bien de la fonction de docteur: les prédicants évangéliques, ayant été élus par l'autorité, n'ont aucun besoin de miracle. S'il était juste de laisser à chaque secte les doctrines et les C('rémonies par lesquelles elle s'imagine plaire à Dieu, pourquoi la sainte Ecriture nous aurait-elle défendu de nous en rapportera notre propre sens? A quoi servirait-il d'avoir un gouvernement chargé d'interpréter la loi divine 2?

Tous les gouvernements, selon Luther, devaient avoir grand soin d'extirper les doctrines séditieuses, pour éviter, dans l'avenir, de nouveaux troubles : <■ Et s'il se rencontre des incroyants dans la communauté, il faut, à cause des dix commandements, les forcer d'assister au prêche, pour faire acte d'obéissance, au moins extérieurement 3. »

« Ainsi, au sujet de la sainte foi, d'innombrables dissensions et erreurs se produisaient dans un grand nombre de pays du Saint- Empire. On voyait do tous côtés s'élever de nouveaux docteurs, prêchant des doctrines toujours plus séductrices et plus malsaines ; ces docteurs parcouraient les villes et les villages et semaient en tous lieux la discorde. Aussi n'y avait-il aucune union parmi les membres de l'Empire, car les dissensions religieuses ne permettaient à la paixdes'établirnuUe part. Leduc proscrit du Wurtemberg étaitleplus

1 Corp. lieforij)., t. III, p. 198-200. — Yoy. Mèlanchthon, leUre à .Myconius, t. II, p. 5W.

ï Hartmann ü.md ,Ia6ep., t. 1, p. 296. 297, 299. 3 Lettre à Levia iletzch, 26 août 1326. — Voy. de Wette, t. III, p. 498.

lio pro(;hi;s i:t I'i:rsi-:cution des anabaptistes mki-hs 1520. ardent à pousser à la guerre, pensant servir par là ses propres inté rets, et le Landgrave de liesse se n.oiiti-ait extrêmement empressé à le seconder. En 1528, Philippe lit de grands préparatifs de guerre • il était en de coiilmuclles intrigues et complots pour abattre là puissance des évê.pies, afin d'agrandir son propre pouvoir et pour afTerm.rl évangile prétendu. Et Ion disait de lui qu'il voulait devenir roi en Allemagne '. »

' Aufzeichniaujen, voy. p. 19. no'e 1.

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