‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 69 sur 572 · PHILIPPE EXIGE DES INDEMNITES DE GUERRE DES EVEQUES · texte numérisé non relu

PHILIPPE EXIGE DES INDEMNITES DE GUERRE DES EVEQUES

ligue de Breslau 1. Néanmoins il est bien difficile d'admettre que ce motif ait été la principale cause du changement de résolution du Landgrave. 11 est plus vraisemblable de l'attribuer au refus de Jean de Saxe de commencer la campagne, au retard apporté par la France dans ses envois d'argent, enfin aux armements commencés de la Ligue Souabe.

Cependant Philippe enicndait bien ne pas se retirer « les mains vides,)), se promettant de suivre les exemples de Sickingen, qui avait eu pour constante habitude, après ses attentats à la Paix-Publique, de se faire indemniser de ses frais de guerre par ceux-là mêmes qu'il avait injustement attaqués. D'aprrs un traité dont les princes médiateurs posèrent les conditions le 5 juin, l'évêque de Bamberg promit de lui compter vingt mille florins et l'évêque de Wurzbourg, quarante mille. De plus, Philippe menaçait encore Mayence, et déjà s'était avancé jusqu'à Gelnhausen avec son armée, se promettant d'extorquer à l'archevêque «autre chose que de l'argent)). Cependant, il consentit à traiter avec lui le 14 juin, mais à la condition qu'Albert lui donnerait quarante mille florins d'indemnité, et renoncerait à sa juridiction épiscopale dans la Hesse et en Saxe jusqu'à ce que l'Empereur et le concile général aient pourvu à la réorganisation définitive des évêchés 2.

Pour s'excuser d'avoir si facilement ajouté foi au prétendu complot de Breslau, Philippe assurait avoir été frappé des prétentions élevées tout à coup par l'archevêque de Mayence, lequel, après s'être tenu coi pendant trois ans, s'était soudain avisé de vouloir exercer ses droits de juridiction 3. Mais après avoir si gratuitement porté atteinte à la paix jurée, le Landgrave put bientôt

' HoRTLEDER, Ursachen, p. S67.

* Kopp, Hessische Gerichtsverfassung, t. 1, p. i07 aux pièces justificatives, et p. 213. — Hassencamp (t. I, p. 125-i26et 166) tient les exactions de Philippe pour très légitimes. « Etant persuadé de l'existence du traité, » (nous venons de voir que Philippe ce l'était nullement, puisqu'il écrivait: « Nous sentions bien que nous avions été abusés), » Philippe ne voyait dans ses réclamations que la juste restitution des frais nécessités par la guerre. A son point de vue, il était évidemment dans son droit; l'intérêt de ses états, de ses sujets, lourdement grevés par les charges de la guerre, exigeait cette compensation. » Mais pourquoi les évêques devaient-ils supporter ces frais de guerre '■'! — Schwarz dit de son côté : « Bien que la conduite de Philippe et ses réclamations d'indemnités de guerre paraissent absolument justes je ne fais point difficulté d'avouer qu'il était inconséquent de sa part de s'en prendre exclusivement aux évêques. La prévision des embarras nombreux et compliqués que la poursuite d'un tel dessein devait entraîner avec elle explique cependant que Philippe ait renoncé à des exigences parfaitement légitimes à son point de vue. » Quelles injustices ne peut-on pas amnistier grâce au prétendu « point de vue », à la prétendue « conviction » des personnages qu'on a à cœur de justifier! Jarcke, avant moi, avait rapproché la conduite de Philippe de celle de Sickingen. — \'oy. Jarcke, Landgraf Philipp, t. XIV, p. 742.

^ Philippe au duc Georges de Saxe, 23 juin 1528. — Ranke, t. VI, p. 133.

i:\\ suhpiuse kt pillagk de furstk.nwalde. 1528.

Sf sentir en parfaite sécurité, car l'archevêque lui promit« de ne plus jamais lui créer d'oi)stacles en ce qui concernait la parole divine ». L'Electeur de Saxe « tira aussi (jucUjue profit de l'aventure ». tout en n'abusant pas, comme Philippe, de la iaiblesse militaire des princes ecclésiastiques pour d'indignes réclamations d'argent ^

Albert, quelques années plus tard, se vantait de la pusillanimité dont il avait fait preuve. « Plusieurs ont été scandalisés de ma complaisance envers la Hesse, » disait-il aux délégués de Nuremberg pendant la Dièled'Augsbourg; « mais mon humeur, à moi, a toujours été pacilique ; à aucun prix je ne voulais la guerre ; je ne demande qu'à rester en paix et en un ion avec tout le monde ^. »

La faiblesse etla lâcheté des princes ecclésiastiques contribuaient à encourager l'audace de leurs adversaires.

Nickel de Minckwitz ayant pris à sa solde une partie des troupes licenciées par Philippe (quatre mille fantassins et mille cavaliers), envahit tout à coup Fürstenwalde, résidence de l'évéque de Lebus, Georges de Blumcnthal ; la ville et le château furent pris d'assaut, et les bourgeois, menacés d'un pillage général, furent contraints de payer rançon et deprèterhommageau vainqueur. I^essoldats pillèrent l'église cathédrale ainsi que l'hôtel de ville et les maisons des chanoines, se livrèrent à toutes sortes d'actes impies et grossiers, profanèrent les vases sacrés, les ornements d'église, et détruisirent les livres de redevances et les archives de l'évéque et du chapitre. Minckwitz lU charger sur des chariots toute l'orfèvrerie d'église, les ornements sacerdotaux, les objets de prix, puis rentra paisiblement, le 9 juillet, dans son château de Sonnenvalde. « Ils ont poussé l'audace jusqu'à porter leurs mains sacrilèges sur le Saint-Sacrement, ils ont volé le calice. » rapporte en gémissant l'évéque dans une relation adressée à Joachim de lirandebourg. Jamais, ajoutait-il, il n'avait vu Minekwitz, jamais il ne lui avait donné le moindre sujet de mécontentement.

' M('lanchtlion mandait le l.'J juilli'l It'dS h Camerarms que l'Klectenr n'avait demande aucune inJemiiité aux évoques ; « alter le Landgrave) sane odiose extorsil liecuniani nobis valde dissuadenlibus : aî^wi 'î cO/ 'a-jaOf, -/.E/.ir.u.Èvw "av<5'ct Mélanclilhon se montre inconsolable du tort fait à la cause de l'évangile par la faute de l'Iiilippe, C'irjj. hr/onn.. t. I. p. U9.S. — « La conduite inconsidérée et fou{jucu>e de l'iiilippe, >. dit Knstlin(iV'/r/'// Luther, t. 11. p. IJO). «eut pour les Évangéliquesce mauvais résultat qu'on put désormais les appeler à bon droit les j)erlurbateursde la paix et du droit commun. » Du côté catholique on s'cirori^ait d'excuser la faiblesse des évoques : « Malurrunt pecunia sccleratum niililom avertere, quam agroruni depopulalionem, oppidorum eversionem, aul suorum stragem videre. >■ — Latomds. p. ;■««. — a .M(,ius frat, <• dit tlociii.AKUs {(yoiiiiiicnt.. p. ISti . n nespeciosus verbi Dei praelexlus Kvanpeliique defendendi litulus tolam (iormaniam in tumultum cxcitaret. » — Voy. Kiisks, Oi-srli. dn- Pnriisrhcn llmulrl, p. '.t|-iO().

- Helalion des bourgeois de Nuremberg, iti inni j'j;{(). Cor ji. Ho form., t. Il, p. tiö.

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