‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 70 sur 572 · I.UTIIER CONTRK GF.ORflIlS DESAXK · texte numérisé non relu

I.UTIIER CONTRK GF.ORflIlS DESAXK

rifn lie pouvait justifiei' une conduite si inicjuc, si brutale. Il était du devoir de T'EIccteur, sous la protection duquel était placé 1 evéché, d'exiger la réparation de ce qui venait de se passer, la mise en liberté des prisonniers et le châtiment des coupables. Pour satisfaire à cette juste requête, Joachim s'apprêtait à marcher contre Sonnenvalde. lors que Ferdinand, craignant renvahissemeni de la Lusace, lui interdit formellement toute représaille, et promit d'accommoder le différend à Prague selon les lois du royaume de Bohême '•. Néanmoins la chose en demeura là. La violation de la paix, la campagne de pillage restèrent impunies, et dès l'aulomne de 1528, Minckwitz recommença à enrôler des troupes. On ne savait s'il comptait envahir le duché de Brandebourg ou se mettre aux ordres de Zapoli -.

Il avait été convenu, lors de la signature du traité entre Philippe, les évéques et la Ligue Souabe, qu'il ne serait plus reparlé du complot imaginaire de Breslau, et qu'on regarderait la chose « comme morte et non avenue » afin d'éviter de graves complications et déplaisirs ». Néanmoins de « graves complications et déplaisirs » ne tardèrent pas à survenir. Luther entama avec le duc Georges une véritable guerre de plume. Il sobstinait à nier que la ligue de Breslau eût été inventée à plaisir, et dans un écrit livré à la publicité, il en appelait à Dieu même de la déloyauté du duc Georges et de tous ceux de son parti.

«. Des lèvres perverses me déchirent, » s'écriait-il, « sous prétexte (juc les sectes, l'émeute;, l'effusion du sang provoqués par moi ont fait grand tort au royaume du Pape. 0 mon Seigneur et mon Dieu, prends ma défense contre ces tyrans! Ils savent assez qu'ils me calomnient, eux qui ne sont ([ue des homicides et des buveurs de sang ! Jusqu'à présent on les a beaucoup ménagés, mais ils ne veulent à aucun prix de la miséricorde. Montre-leur donc que ta colère est plus puissante que leur rage ; laisse-les se précipiter vers Vabime, se heurter, tomber, périr, et confirme ainsi la mission déjuge et d'apûtre que tu m'as confiée, et pour la(iuelle tu m'as envoyé ! » « Le Seigneur sera vite équipé, il va combattre contre eux, leur ruine est certaine; ils pc'-riront par le glaive, et des maux innombrables sont prêts à fondre sur eux. Oh! si nos tyrans et nos saints hypocrites pouvaient comprendre ce qui les attend! Mais non, rien ne les touche, ils veulent faire et ils feront

' Pour plus de drlails sur celte campagne de pillage et sur les négociations qui la suivirent, voy. Falke, Minckwitz, p. :29i-3iü. — Voy. aussi l'article de E. Philippi, dans la Zeitsc/nifl für prcussisclte. Gesch. und Landes/iiindi'. t. 111. p. 5U-">i>l.

- Luther à Spalalin, 20 oct. 1328.— Voy. de Wette, t. III, p. 3'JI.

13ü I.IIMI.H CO.NTÜK (i i: OIUÎKS DKSAXK. 1528.

l'expérience dos cliùlimenls que Dieu leur réserve. Pour nous, nous les leur annonçons, parce que nous avons lacerliludc do lourapproclio, el nous disons : Amen, car ils n'ont pas voulu qu'il en lût autromcut '. »

' Sï'nimll. Wer/,!', t. XXXl. p. 2;)-27. << Une fois lu paix conclue, Luther recouiiriPiK^a la guerre à propos du Irailcde IJieslau, » dil l'Iaiick. t. 11. p. 43i. La querelle survenue entre le ddc Cnorfres et Luliicr, interessante au point de vue de la situation g"nérale, peut être résumée ain-^i qu'il suit : Kerivant 'a Venceslas Link, à Nuremberg (li juin lü2^J. Luther avait dil qu'en dépit des excuses fournies parles princes impies, il savait pertinemment que la ligiiede Breslau n'était pas une pure invention, un conte, une chimère, et qu'il regardait la froide dénégation du duc Giorge^ comme un aveu. Georj;es était fou entre les plus fous; comme Moab, il entreprenait toujours bien au dessus de ses forces; il lirait vanité de sa puissance, et avait toujours été bouffi d'orgueil, « Prions », disait-il, « pour ces princes homicides, et [)ardonnons â leurs crimes passés; si ä l'avenir ils osaient tramer quelque nouveau complol, nous aurions recours à Dieu, puis nous ferions appel à nos princes, afin que nos ad\ersaires soient per lus sans ressource, puisque ces insatiables vampires ont juré de ne se reposer qu'après avoir vu l'Allemagne nager dans le sang » De Wette, t. III, p. 34(1.^ — Link livra cette lettre à I impression; mais Cüchlaeus prétendit que Luther ne l'avait jamais écrite, el que Link ne l'avait publiée que pour attiser le ressenliment populaire contre les princes cllesévêques de la prétendue ligue. (Seidesia.nx, firlaiilrntngrn, p 13":).) — Mélanchlhon écrivait à ce sujet à Camerarius: « Sane violenter scii|)la, sed ego non tam auctori irascor, qui siii similis est, nunquam enim magnopere videre studuit, quid hominum judicio dcceat, idqu«-" certo quoilam consilio vel fato etiam, quam illi. qui talem epislolain non e.^t veritus istic ciicumferre el ostentare. » {('orp Refuni:., t.Lp-lOOl.') — Ceorg'S ayant reçu copie de la lettre à Link, interrogea Luth'r pour savoir s'il en était réellement l'auteur (Seideman.v, p. 1 i3.) — Lorsque Luther, le 31 octobre, lu' eût ré|)ondu négativement en jouant l'oflensé (de Weite, p. 397j, le duc l'accusa auprès de l'Klecle^jr de Saxe. Celui-ci somma Luther de s'expliquer, mais il n'en reeut d'autre réponse sinon qu'il s'en tenait à ce qu'il avait déjà écril au duc, auq :.el toutefois, si tel était son désir, il j.ourrail répondre beaucoup d'autres choses encore, ce qui ne serait peut-être pas opportun dans Ii s circonstances actuelles. (I)K Wette, 1. 111, p i'il.) — Vers le même temps, Luther fil paraître un nouvel écrit sur les deux e>-pèces da sacrement de I Eucharistie. Il y faisait allusion « aux complots et ligues perfides ourdis contre \e< p-inces luthériens ■>, et « dont les auteurs eux-mêmes semblaient honteux, comme on l'avait pu voir par l'exemple ds .Maycnce ». {Sdiniiill. \\>//.'', l. X.W, p. 378.) — Sur ce, Georgesse plaignilde nouveau à l'Kl'.ct( ur et publia contre Luther un écril où il l'appelle « mé|)risable parjure homme déloyal et vil ■.. a 11 nous qualifie tous de meurtrier«, d'insatiables bineurs de san.', » dit-il en rappelant la lettre à Link ; « il assure qu'il nous |dairail fo.l de voir couler le sang allemand. Mais, grâce à Dieu, lor-qie nous parcourons tous ses écrit- sanguinaires nous y trouvons d'amples motifs île nous convaincre que nous avons donné moins d" prise que lui h de semblables accusations! N'a-t-il pas encourage le-; princes ä no is proscrire lois saus mi>éri(orde .' Il nous est impossible de rcconnaiire en ces paroles le pacili(|uc évangile du Christ. Ce que nous y constatons, c'est bien plui6' la soif qu'a Luther de notre sang, cl de notre ruine; Dieu merci, il se sent trop faible pour nous perdr»*, .lussi, ne se b )rMant plus ù prier contre nous, comme il le faisait autrefois, il s'efTorce d'attirer plusieurs princes dans sa secle. Mais quels sont ctrs puissants seigneurs .' Il le sait mieux que nous. Kspérons qu'ils apprendront un jour :'i le coiinaiire cl .'i discerner ses mensonges Il ne p:irvienilra pas k nous inliinider par ses menacus, la peur ne nous fera |i.'is renoncer k notre entreprise et ne nous attirera po ni dans sa sccle. De p'js, nojs so.uiuies 1res convaincus que les priiic<'s ne se laisseront pas séduire cl cniraiuer li dus actes indignes d'eux p:ir ce menteur. Kt de noire côté,

l'empereur convoque les ETATS A SPIRE. 137

Lo 30 novembre io:28, l'Empereur, par l'organe de la Chambre liiipi''riaic, convoqua les États à Spire pour lo 21 février suivant. 11 se voyait empêché, disait-il, par suite de la guerre que lui avait si injustement déclarée le roi de France, do réaliser pour le moment son désir depuis longtemps caressé do venir en personne en Allemagne. Les adversaires delà foi catholique n'avaient pas peu contribué par leurs coupables intrigues et complots à attirer on Allemagne l'ennemi héréditaire : de la nation; le Turc s'approchait toujours plus des l'rontières. L'hérésie, les discordes religieuses continuaient à troubler les âmes, il en résultait des émeutes, des révoltes, d"iniques attentats contre la Paix-Publique. Aussi l'Empereur, avec les plus vives instances, suppliait-il les membres du Saint-Empire de se trouver tous réunis à Spire à répo(iue indiquée, alui qu'il fût possible de délibérer sur les mesures à prendre pour le refoulement des Turcs, l'extirpation des hérésies et le prompt rétablissement de la paix et de la justice '.

L'Empereur se flattait d'autant plus de voir ses efforts couronnes de succès, surtout par rapport à la religion, que de meilleurs rapports s'étaient établis entre lui et le Souverain Pontife, et que l'ouverture du concile général semblait proche.

avec la grâce de Dieu nous ne leur donnerons aucun sujet de cous haïr, et saurons nous conduire de telle sorte envers chacun qu'étant sans reproche à nos propres yeux nous puissions toujours, sur tous les points, nous justifier par la seule force de la vérité. »Hortleder, Ursachen, p. 806.)— En réponseàcet écrit, Luther fil paraître l'opuscule intitulé : De lettres volées et secrètes, suivi d'un pxaume paraphrasé contre Georges de Sa.ie. Là encore il n'avoue point la lettre qu'on lui reproche, et se répand en nouvelles invectives contre le duc. « El quand bien même, » s'écrie-l-il, « je ferais imprimer aujourd'hui ce que je pense, c'est-à-dire que je tiens Georges pour fou, et que malgré toutes ses excuses je ne le crois pas innocent de la ligue séditieuse, qu'en serait-il ? » 11 range le duc parmi ces hommes <■ qui non seulement se déchaînent avec rage contre la parole de Dieu et ses commandements, mais encore méprisent les lois du gouvernement temporel et leur propre serment, comme l'ont toujours fait les homicides, les séditieux et les rebelles ». a Qui pourrait me blâmer de dire ou d'écrire mon opinion sur le duc Georges, mon plus amer, mon plus arrogant et implacable ennemi? » — « Luther, » remarque ici Schomburgk [p. 211;, « traite avec une légèreté souverainement mopri.'-ante la question qu'il s'agissait de traiter; il la tranche comme il lui plait. » — t..e 18 janvier 15-9, l'Electeur le fit prier de ne rien faire imprimer à l'avenir contre le duc Georges sans qu'il en ait pris connaissance et avant qu'il n'ait donné le permis d'imprimer. Il l'avertissait en même temps que " dans les écrits où il aurait à traiter delà «doctrine chrétienne » il devait se diriger d'après l'ancienne ordon" nance de l'Elecle ir Frédéric. Rien ne devait être public sans avoir é;é préalablement examiné par le recteur de l'Université, et plusieurs autres savant? du même corps. UuhKii.vnDr, Lulher's Brlefu-cchsel, p. 153. ' Nuv. p. 291--2'.ti.

CIIAPITRi: Ml

GUERHE KT IIIT.ONCII.I ATION ENTUF. LE PAI'C ET l'eMPEREIH (1520). — DIÈTE DE SPIRE l'J^iM. — PROC.RÈS DU ZWINGUAMSME

Cli-int'Ut \ II avait fait saiicliouner par le sacré collège les articles de la ligucdc Cognac binais, dès le mois d'août l'j:2(), il envoyait un cardinal à l'Empereur pour s'entendre avec lui sur les conditions d'une paix générale "-. Gharles-Quint reçut avec joie ces ouvertures. Il brûlait d'envie, disait-il, « de prouver au monde, non seulement par des paroles mais par des actes, combien il avait à cœur le bien de la Chrétienté et quel iils dévoué, sincère et soumis l'Église avait en lui ». La paix était l'unicjue moyen de rendre la sécurité aux peuples chrétiens, de repousser les Turcs et d'extirper les hérésies. Pour le redressement des erreurs nouvelles, il se déclarait prêt, de concert avec le Pape et les princes allemands, à employer, soit les mesures pacifiques et les remontrances amicales, soit la force, disposé à sacrifier pour cette cause son sang et sa vie. Si le Pape d<-sirait qu'avant toute autre chose il s'occupât du refoulement des Turcs sans songer pour le moment à la question luthérienne (qu'on pourrait peut-être résoudre pacifiquement), aussitôt que Clément aurait proclamé la paix générale, il entreprendrait en personne la campagne. Quant au concile, il s'en remettait entièrement à la volonté du Souverain Pontife, sachant bien qu'il n'appartenait (ju'au chef de l'Eglise de convoquer en assemblée générale tous les évêcjues de l'Eglise chrétienne l'Empereur affirmait de nouveau ne revendiquer le duché de .Milan que pour le restituer à l'Empire. Personnellement, il n'y avait aueunt» prétention, non plus «pie .son frère Ferdinand. Il ne demandait pas mieux cpu' dentrer en pourparlers avec François P"- au sujet d'un nouveau traité de paix, et couq)tait ollrir au roi les conditions les plus modérées et lesj>lus é(juitables. Si le Saint-Père était d'avis qu'il si- rendit en Bourgogne et en Flandre pour y lairi' reconnaître juridicpiemeut ses droits,

' Voy. plut* liaul, \). H.

■ Hu<;nii(H,rz, l. III, p. 47 — Cumpeggio écrit à Wolscy le 28 seplcmbre IK*'» que, selon na coiiviclion. le l'ape « will use every effort for pe.Trc aiul an cxpcdilioii against ihc Turk» ... — Hiiewih, lii. Il2f;, n- i.'.ii

SAC DK ROMF.. lo!27. 139

s'il souliaitait en outre que Icî enfants do France fussent mis en liberté en échange d'une rançon et d'indemnités de guerre, il était tout prêt à souNcrire à ses désirs, pourvu qu'il eût de sûres garanties de la loyauté do François V^ que la paix, universelle pût enfin se conclure et qu'il devînt possible d'organiser la croisade générale des puissances chrétiennes pour l'expulsion des Turc» *.

Mais François, par des promesses souvent réitérées et l'envoi (io sommes d'argent considérables, eut l'art de faire échouer une fois encore tous les plans do l'Empereur. La guerre continua; mais au lieu de venir en aide aux alliés qu'il avait excités contre Charles-Quint, FrançoiS;, absorbé dans d'indignes plaisirs, perdait du temps et dilapidait les finances do son royaume -. Le 17 mars loi'7, le Papo signait un armistice de huit mois avec le vice-roi de Naples, Launoy, le chargé de pouvoirs de l'Empereur. Mais comme Launoy ne parvenait pas à on faire exécuter les conditions parce qu'à ccmomentleconnétable de Bourbon, devenu l'allié de Charles-Quint, marchait de Milan vers Rome à la tête de ses bandes indisciplinées, te Pape crut trouver sa sécurité dans unecombinaison nouvelle: Lo 26 avril il se tournait de nouveau contre l'Empereur et s'alliait avec la France, l'Angleterre et Venise. Mais il ne tarda pas à se repentir amèrement de cette mesure: Le 6 mai, Rome était prise d'assaut et mise à sac.

Charles de Bourbon, ayant conduit ses soldats devant Rome, fut tué d'un coup de mousquet en montant à l'assaut. Pénétrant dans la ville éternelle, son armée, composée de mercenaires espagnols et allemands, surpassa en cruautés, en rapines ignobles, tout ce dont avaient pu se rendre coupables en ce genre les hordes barbares tant de l'ois triomphantes en cotte même cité. Des centaines de prêtres ou de moines inoffensifs sont massacrés. Dans l'hôpital du Saint-Esprit, tous les malades sont passés au fil de l'épée; los couvents de religieuses deviennent le théâtre des plus horribles forfaits. Les lansquenets allemands proclament Luther pape 3, parcourent les rues atï'ublés d'ornements pontificaux, et tournent en dérision les cérémonies sacrées. Ils l'ont porter à un àne des habits ecclésiastiques, et martyrisent un prêtre qui refuse de donner l'Eucharistie à l'animal agenouillé *. Pendant huit jours, ces

' Voy. BuciinoLTZ, t. III, p. i'-oO.

* Haynald, ad a. 1520, n' 11 t. 17. — Robert Acciajuoli, ambassadeur vénitien à l'aris, se montre désespéré de l'iusouciance et de la légèreté française; il blâme surtout le roi, bien plus occupé de sa chasse et de ses plaisirs que d'affaires sérieuses. — Voyez Desjardi.vs, t. 11, p. 870, 88(3, 89i-893.

' Voy. ce récit dans Ü.\rthold, Hcory vun Friindyberij, p. 463.

' Voy. GnEfiORoviüs, t, VIII, p. oW.

14ü INSmi'C TKtN IMPKIIIAL E RELATIVE AT J'Al'E. irj27.

affreux excès se prolongent : les ciiefs-d'œuvre artistiques des (églises ou «les (Icrneuros parlieulirres sont pillés ou détruits ; les archives et les bibliothèques an.'-aiilics. A Saiiit-Pitrre, les tombeaux sont fouillés, et les bandes dévastatrices font pour plus de dix millions de butin. « Le plus pauvre lans(pienet, -) lit-on dans une relation contemporaine, « avait entre les tnains de trois à quatre mille ducats. )> «■ Nous venons de prendre Rome d'assaut, » écrivait froidement Sébastien Schärllin, l'un des chefs des lansquenets ; (. six mille liomiUi-s ont l'-lé massacrés, toute la ville saccagée ; dans les églises, dans la campagne, nous avons lait main basse sur tout ce que nous avons pu rencontrer; une bonne partie de la ville a éti- incendiée. En vérité nous avons mené une étrange vie ! Au château Saint-Ange, nous avons trouvé le Pape cl douze cardinaux ; ils se tenaient dans une salle basse. Clément a élc'- fait prisonnier. Lui et les siens se lamentaient piteusement et pleuraient beaucoup. Nous voilà tous riches * ! » « L'infection des cadavres est épouvantable, » rapjiortait un espaijnol un mois après le sac de Rome; « hommes et bétes ont la même fosse. Jai vu dans les églises des cadavres rongés par les chiens. Sur les places, les tables sont garnies de joueurs, et les ducats amoncelés sont livrés au hazard d'un coup de dé. Les blasphèmes emplissent lair. et les bons, quand il s'en trouve, souhaiteraient d'être sourds-. »

Lors(]ue la nouvelle des attentats commis à Home parvint en Allemagne, Thumanisle Eoban llessus s'en montra ravi. « Ne l'avais-jc pas prédit, » s'écria-t-il, « n'avais-je pas annoncé, alors que je défendais la cause de Luther, que le règne du b'roee tyran de Rome était tout près de finir? La bête est prise, lorgueillcuse Babel est tombée! Ü siècle de salut! C'est seulement aujourd'hui que je m'estime heureux dïtre né, c'est seulement maintenant (jue ce siècle m'est cher ^î » Mélanchthon, au contraire, ne dissimulait point la profonde douleur que lui causait le sac de Rome. « Comment ne pleurerions-nous pas? » dit-il en un discours prononcé à WiitiMiiliri -. ' I5itnie. la ville mère de tous les peuples, est tombée!

' Lehenshesc/iveibutif/,p 19. — Voy. aussire qiiedil lltnnERUKR, XlII.nLesLuth^rien.s donnërcnl ii tousdes preuves de leur re.s.srnlinieiit amer contre ri"."glise romaine elle l'ape ; ils rouillcrciil les lomlicaux des anciens [Kipcs. foulèrent aux pieds les reliipiesdes apôlres, firenl une écurie île la cliapeile du pape, il ininnl sous les pieds dtsclievaux des bulleseld :s induites d'indulgences.» description du sac de Itonic par W ùlgaiig de Derbissdorf. — Noy. Kiisir,. tifuinlinjischf AilclK/iiilnrif, t. III, p. 39- 4U — Vo>. Il' rata logue des livres hc r.ipporlanl au sac de Home. — V . Kkimoxt, t. 111, Ablli.2", p. HiO. — Onlitdans uncdepèilie daUe du i7 juin l.'ii" (l<rc\^cr,4ll, liöö, u'îiilHI, : ' It is no longer Home. Iiut Homes grave, non urbs, scd buslum urbts. »

* Voy. UAr»ic;\iiTi:.N, t. Il, p .'iil '>'fi.

' Khai'sk. l. H, p 01 üi

INSTRUCTION IHl'ÉIUALK RELATIVE \U PAPK. 1327. IH

En vérité, je ne ressens pas moins si dr- tresse (pie s'il s'agissait do ma propre patrie! Les hordes pillardes n'oiit été arrêtées ni par la majesté de la ville, ni par le souvenir de tout ce que ses lois, ses sciences et ses arts ont été pour le monde entier. Voilà le sujet de notre douleur. »

« Mais ce n'est pas l'Empereur, » ajoutait-il avec raison, i c'est l'armée seule qui est responsable de ces forfaits. Le sacde Rome s'est fait à l'insu de Charles-Quint. Par nature, il est enclin à la clémence, et son àme est trop élevée pour avoir jamais pu autoriser tant de cruautés et de dévastations ^ »

Le 30 juin, l'Empereur n'avait pas encore été informé « d'une manière positive ï des événements de Rome. Aussi, comme il l'écrivait à Launoy, ne savait-il (juel ambassadeur envoyer au Saint-Père pour lui témoigner sa douleur et se justifier envers lui. Enfin, vers le milieu de juillet, il chargea Pierre de Veyrede porter à Launoy une instruction où il lui mandait avoir appris avec le plus vif déplaisir la violence brutale qui venait d'attirer de si grandes calamités sur la ville sainte. Il n'avait, certes, jamais prémédité ni voulu pareil attentat. Mais puisque le fait était accompli et que le Pape était encore captif, l'Empereur devait croire que les derniers événements avaient été conduits par la main de Dieu et par sa divine Providence pour frayer la voie à une paix solide entre les princes chrétiens, pour le bien el la tranquillité de la Chrétienté, et afin que le concile, si nécessaire à la réforme de l'Eglise et à l'extirpation de l'hérésie de Luther, pût enfin se réunir'^. C'est à ces fins, non pour son avantage personnelni déterminé par des vues humaines, qu'il voulait faire servir la victoire que Dieu venait de permettre. « Nous sentons bien, » poursuivait Charles-Quint, ft que le meilleur parti à prendre en ce moment serait de partir immédiatement, de nous rendre auprès de Sa Sainteté, de baiser ses pieds et ses mains, de lui rendre sa pleine liberté et de le replacer nous-mêmes sur le trône de saint Pierre ; mais nous nesommes pas préparés à une telle expédition, et nous ignorons si nouspourrionsobtenu' des royaumes deSicileet de Na pies les galères ctl'argent nécessaires. Le Pape nous a souvent proposé de venir nous visiter en Espagne; plus que jamais nous souhaitons la réalisation de ce projet, car la paix de la Chrétienté deviendrait, grâce à Tin-

< Corp. ne form., t. IX, p. 130. — Voy. Scumidt, Mélanchtlion, p. 135.

- Même le cardinal Cajelan, que les lansquenets traînèreut dans les rues de Rome, coilTc d'un bouuel de meunier, lanlôt en le cliassant à coups de pied devant eux, tantôt en le partant, écrivait plus tard à propos du siège et du sac deUome : « Nos Ecclesi;c pr;clali Uomœ in pr;cdam direptionemque atque caplivilatem dati non iiifidelibus, sed Christauis juslissimo Dei judicio, quia, cum in sal terrx^ electi esseimis. evanuimus, ac ad uihilum utiles nisi ad exleruas cœreŒonias LXternaqiie l) )ua. » Voy. Gregorovus, l. YllI, u» 563.

142 INSTULCTION IMI'ÉRIALK RELATIVE AU l'Al't. loiT.

tervenlion de Sa SaiuLcté, beaucoup plus aisée à conclure, du moins celle piix enlie nous el le roi de rraiice qui est en ce moment à mes yeux la chose la plus importante pour tous.» Si Clément consentait à se mettre en roule, Launoy était charj^'é de prendre les mesures les mieux entendues pour la seeiirilé de son voya^^'e, et pour que le Souverain Pontife ne fut surpris ni par les Frauçaisnipar les Maures. 11 devait se garder de laisser supposer « (jue lu Pape ne venait pas en Espagn«' de son libre mouvement et (|u'il y était amené par contrainte ». Si le vice-roi ne croyait pas pouvoir garantir l'heureuse traversée du Pape, (Ùharles-Quint le chargeait, comme son représenlant en Italie, de remettre Clément en liberté et de le rétablir sur le trône. Mais avant de lui rendre cette liberté, « qui devait s'entendre seulement du libre exercice de son pouvoir spirituel, » Launoy avait ordre de se procurer toutes les garanties possibles, car l'Empereur entendait n'être pas abusé une seconde fois et, comme parle passé, ne recevoir ([ue dommage el mortiheatiousen échange de bienfaits.

Charles exigeait comme garantie la remise des places les plus importantes des États de l'Église; il ne les réclamait pas pour lui, mais uniquement pour en garder le gouvernement entre ses mains jus- (ju'à la signature de la paix universelle et la convocation du concile général, appelé à statuer sur toutes les affaires et réformes ecclésiaslicjues.

Au Pape personnellement, l'Empereur faisait exprimer la profonde douleur que lui avaient fait éprouver les abominations (jui venaient de se commettre; il le priait d'oul)lier les griefs passés pour ni' plus s'applicjuer qu'à guérir avec lui les plaies de l'Église. Il ('■tait vivement aflligé des dissensions des princes chrétiens, el surtout de la situation de l'Allemagne ([ui, par sa grande puissance, eut seule été en état de repousser les iulidèles, et, par le lait des nouvelles hérésies, se trouvait désunie, déchirée, impuissante et réduite à déplorer la ruine dt; tant d'églises, de monastères et de cités '.

Aussi l'Empereur souhaitail-il l'entière libertédeClémenldans toutes lesquestions spiiiluelles, etdésirail sincèrement la paix, sansprélendrequanta lui, a «le nouvelles coïKiuélesen Italie. lle>perail(iue le Pape, humilié comme souverain temporel, serait plus disposé à lever les obsla<'les(]ui s'opposaient encore à la convocation dueoneile. C'est pouiquoiil ne voulait pas lui rendre immi'ilialemeiil son autorité tem-

' \o). Ul'chii'ii.tz, t. 111, |). '.i7 lut — Avaiil de qiiilliT l'K.spaf^ne, l'Kiii|)ercur,ilaiis un (liHcours |iublic, avail dil : « t'rbi quoqiic Ituiiut- siiccurreiuiuui est, quae a noiilriH iiiililihus, iiic itiscio cl absente, direpla el uiiiiiibus u|iibus cl (urtuui» spoliala luit, ijuo (aciiiure Icütor Üeiiru (Ipl. .Mas. niliil niilii luolcsliu!» aul accrbius accidcre poiiiil. « Laumi.h /'*■ h ■-■/■■■■■'■ h ■ ','• p in il

DÉFAITE DKS FRANÇAIS. ATTITUDE DU PAl'E. 1528. 143

porcllc, craignant ({u'alléguanllcs mauvais traitements subis, il n'en lit le préte.Kte de nouvelles guerres *.

Pour bien prouver son bon vouloir, Charles-Quint déclara au.v ambassadeurs d'Angleterre et de France (septembre lij27j qu'il était prêt à accepter les propositions de François I^' par rapport à la IJourgogne et à la libération de ses fils en échange d'une rançon, pourvu ([ue le général français Lautrcc évacuât immédiatement ritalie et restituât les villes de Gênes, de Pavie et d'Ale.vaudrie ".

Mais la France et l'Angleterre, qui, le 18 août 1526, s'étaient de nouveau liguées contre l'Empereur, ne voulaient pas entendre parler de paix, et François la mit à des conditions si onéreuses qu'il l'ut impossible à Charles-Quint d'y souscrire. Le roi exigeait que le duc de Milan. Sforzc, (jui avait pris part à tant de ligues et de conspirations contre l'Empereur, lût, sans condition et sans en((uéte, rétabli immédiatement dans ses états, et (juc Charles-Quint libérât les princes français avant même que Lautrec n'eût été rappelé. De plus, il entendait faire reconnaître son autorité non seulement en Lombardie, mais à Naples.

En janvier 1528, Lautrec envahit le royaume de Naples et occupa la plupart de ses villes fortifiées. La capitale seule, et Gaëte, demeurèrent au pouvoir des Impériaux. Les Vénitiens s'emparèrent des ports d'Apulie, et Philippe Doria battit la Hotte impériale près d'Amalli; mais Charles parvint à attacher à ses intérêts le génois André Doria, en lui garantissant l'indépendance de Gênes. Peu après, la peste sévit avec une telle violence dans l'armée française campée devant Naples que sur vingt-cinq mille hommes, cinq mille seulement échappèrent au fléau. « Nous Times une sortie contre la ville, » ('crit Scharllin de Burtenbach; « nous n'avions qu'une méchante petite armée, et néanmoins nous battîmes notre ennemi à la merci de Dieu; nous lui prîmes son artillerie et tout ce qu'il possédait. » A Aversa, ,les Français furent mis en déroute « En somme, ce qui n'était pas massacré mourait de soi-même ^. C'est ainsi que

' Voy. liocHHOLTZ, t. III, p. iOo. — Le 7 octobre 1527, un ambassadeur anglais mandail de Home à Londres : « The gênerai of ihe Franciscau order came from Spain 10 Home, and told lUe l'ope, in ihe Emperor's name, lliat he should be liberated on condition of hoidin;^ a gênerai council for ihe reformaliou of the Church... The l'0|)e answered that he would agrée lo a council, but Christian princes uiust (irst agrée with each olher about the (dace where it shall be held. « Bkewek, iu, 1373, u- 3476.

- UucHuoLTZ, t. III,p. il i- Uli. — Dépêche de 1 Empereur du 3 février 1328 .^ N. Ftrrenoi, ambassadeur à Paris. — Voy. Lan/, t. I, p. 259-202.

■' L''ljrnht'sbi\^cliieihun(/,\).i5-iù. — Le 2J août löJS, Morone écrivait de NapI-'S à l'ambassadeur impérial près du Saial-Siége : Victoria, viclona, Victoria ! Li Fraucesi sooo dcbellaii et roii et alcuiie rcliquiese ne fugieuo verso Aversa. » Daus MoLixi, l)u,um,-„li ihsl^ria lluL, t. Il, p. 81.

144 ÜKCI.ARATION IMPÉRIALE A LA DIÈIK DE SPIRE. 1529.

nous pûmes rostiliier ce pays à Sa Majesté l'Empereur. » Le 12 septembre André Doria délivrait sa pairie du joug des Français.

Clément Vil, en vertu d'un traité signé avec les plénipotentiaires de Charles-Quint (20 novembre 1527), recouvra non seulement le libre exercice de son pouvoir spirituel, mais eucore ses droits de souverain temporel. Charles ne gardait sous sa domination que quol(pies places Tories, et cela seulement juscpTà ce qiieClémeut eùl rempli loyalement ses engagements, «< autant, du moins, que cela lui serait possible ». Glémeut, assisté du sacrécollège, promettailde conclure la paix, et, pour la réforme de l'Eglise et l'extirpation de l'hérésie luthérienne, de convoquer le plus tôt possible le concile général. En vain les anciens alliés du Pape voulurent-ils l'entraîner dans une guerre contre l'Empereur, le Pape s'y refusa nettement. (( Nous sommes décidés à rester neutre, » écrivait-il le 6 mai 1528 au gouverneur de Plaisance. « Père commun de tous les fidèles, nous ne souhaitons que la paix. » Après le succès remporté devant Naples par les armes impériales, il rentra à Rome à linslante prière des ambassadeurs de Charles-Quint. Il écrivait à l'Empereur le 2'ir octobre 1528 : « Un horrible cadavre mutilé s'est offert à nos regards épouvantés, rien ne peut tempérer notre douleur, rien ne peut relever la malheureuse Rome et consoler l'Eglise, si ce n'est la perspective d'une paix solide et durable ^ »

Sur le désir de l'Empereur, le Pape promit d'envoyer un légat à la Diète de Spire.

La déclaration impériale, apportée à la connaissance des Etals le jour même de l'ouverture de la D^ète de Spire (2o mars 1329), portait en substance : « Les doctrines et pernicieuses hérésies qui se sont introduites en Allemagne, non seulement sont injurieuses aux saintes ordonnances et traditions du passé, mais encore deviennent la source de guerres funestes, d'insurrections, de calamités de tout genre et de rixes sanglantes; elles ne subsistent qu'au mépris manifeste des édits im[)ériaux et des décisions prises par les Etats. Le concile général, dont les Etats eux-mêmes ont réclamé la convocation, est sur le point de s'ouvrir. Le Pape, réconcilié avec l'Empereur, se déclare prêt à l'accorder à la Chrétienté dans un espace de temps très rapproché; on va pouvoir enfin travailler ellicacement à l'extirpation des hérésies, au rétablissement de la vraie

' Vu). vo.N Ukuhont, t. m, Abh 1'*. |. ils J32.

QUESTIONS RELIGIEUSES A l,\ DIKTK DE SI'lllE. lü2Ü. 14^

foi. et tous pourront en paix demeurer ions chrétiens. Le désir et la volonté de l'Empereur, <|ui s'adressait dans ce but à tous les membres de la Diète, riaient donc (|ue, sous peine de perdre leurs droits régaliens et féodaux, leurs libertés et privilèges, sous peine aussi d'encourir d'autres châtiments également rigoureux, aucun prince séculier ou spirituel n'osât, jus(iu'au concile, faire violence à un autre prince ou pouvoir sous prétexte; de religion, soit par la conliscation ou l'interdiction de son autorité spirituelle ou civile, soit en le contraignant à professer une foi tronquée ou étrangère soit, enlin, en l'obligeant d'adhérer aux sectes nouvelles, comme cela s'était déjà passé en plusieurs lieux. Celui qui, au mépris do cet ordre, se rendrait coupable de quelque acte de ce genre, s'exposerait à se voir aussitôt frappé du ban d'Empire.

Cette déclaration condamnait formellement les actes tyranniques dont les Gatholi(jucs venaient d'être les victimes.

L'article du rece/ de la précédente Diète, portant que, dans la question de l'édit de Worms, tout membre de l'Empire, ainsi que ses subordonnés, serait libre, jusqu'au concile, de se comporter, d'ordonner et d'établir touchant la religion à l'intérieur de ses possessions, selon qu'il le jugerait bon, et comme il espérait pouvoir en porter la responsabilité devant Dieu et devant l'Empereur, « ayant été interprété et expliqué par plusieurs d'une façon arbitraire, il en éta.t résulté beaucoup de troubles et de malentendus par rapport à la foi, et de graves rebellions des sujets contre les autorités ».

Afin donc que ledit article ne fût plus à l'avenir interprété selon le caprice de chacun, l'Empereur, en vertu de la toute-puissance qui lui appait^^nait, le déclarait nul et non avenu, « l'anéantissant dans le passé et pour ,1e présent ». A cet article serait substitué purement et simplement l'ancienne formule approuvée par l'Empereur, lequel était bien résolu à faire respecter sa volonté parles Électeurs, princes et autres membres do l'Empire ' .

Mais les États ne reconnurent pas un tel pouvoir à l'Empereur sans y a[)porter des restrictions.

Une commission, nommée pour délibérer sur ce pjint, décida le 22 mars à une très forte majorité que l'article de la Diète de Spiie serait supprinii et l'article impérial inséré en son lieu et place, mais à la condition qu'on le présenterait à l'acceptation des États non dans sa forme primitive, mais « a louci » -. Le rapport de la commission portait: a II appartio.it à lEmpiroar, en

1 Proposition impériale. — Voy. les Frankfurter Reichslai/sacten, t. XLIil. fol. 61B-72. — .M \n.FA\, Historie coii der euauyeLStu/iJe Prülestatiu/i und ^.ippcllaiioii, p. a — et suiv.

» Voy. Nicv, p 127.

14ü (JUESTIONS RELIGIEUSES A LA DIKTÜ DK SPIHK. loii7.

sa qualité de tuU-iir suprême ol de eher temporel de la Clirélienté, de convoquer un concile libre et général dans le délai d'une année au plus; et ledit concile s'ouvrira au plus tard dans deux ans, à Metz, Cologne, Strasbourg ou louteaulrt- ville d'Allemagne. Mais si, ]jour un molilquelcontjuc, le concile ne pouvait se réunir, ce qu'à ])ieu ne plaise, l'Empereur serait tenu de convoquer eu assemblée générale les Etats de la nation germaui(|ue, et devrait y assisteà en personne. En outre, comme l'article de la Diète de Spire de lo2(j, a été cause de beaucoup de graves malentendus et a permis à dr nombreuses sectes et bérésics de se produire, les États déclarent que ceux qui jusqu'à ce jour se sont conformés à l'édit de Worms devront s'y tenir allacliés jusqu'au procbain concile, mais que les autres membres du Saint-Empire, dans les états desquels ces nouvelles doctrines se sont introduites et qui ne pourraient les en extirprr sans courir ris(jue de soulever des émeutes et des séditions, s'engageront, autant que la cbose sera possible, à interdire toute innovation dans la foi jusqu'au futurconciie; les doctrines, ou sectes opposées à la foi au Très Saint Sacrement du corps et du sang du Sauveur seront réprimées; la messe ne sera pas abolie, et personne, dans les lieux où la nouvelle doctrine prédomine, n'aura le droit de défendre qu'elle soit célébrée ou ouïe; d'autre part, personne ne sera contraint dy assister. Unédit sévèie sei a publié contre les Anabaptistes. Aucun membre ecclésiastique ou séculier du Saint- Empire ne i)Ourra en opprimer un autre, soit en usurpant son autorité, soit en eontisquant ses biens, rentes, redevances ou revenus, de quelque manière que ce soit. Et si un attentat de ce genre était commis, la Cliambre Impériale seraitautorisée à fra])perle coupable de proscription; les pouvoirs voisins sont menacés de la même peine dans le cas où ils oHriraient aide et protection au banni.

Assurément ces modilieations « adoucissaient » singulièrement la pcijsée de l'Empereur ; elles donnaient pleine liberté d'action aux autorités lutliéiiennes, et leur permettaient deprolesser leur religion en pleine sécurité juscju'aux décisions du futur concile. La commission ne demandait aux men)bres protestants de rEm])ire que de laisser aux (iatholiijiies la liberté de leur culte et la possession de leurs biens.

Cependant ils rejetèrent des propositions si modérées. AjJiès (lu'ellescuieiil ('te- ll^é^elll('■es à la Diète (,'J avril), le délégué de Francfort, Eur.sli ndterg, (( rivait à .son gouvernement (7 avril) : (( La [ilupait des cités .^onl liés aigiies au tujel de l'article sur la n'Iigion ; pour beaucoup de motifs, elles ne sont i)as d'avis de l'adcqjter, car on y a mêlé nue (piaiililé de c j)elils mots » (jue les

QUESTIONS RELIGIF.USES A LA DIKTK DK SI'IIIK. l.')2ü. 147

villes, pour lesquelles, d'ailleurs, on se montre mal disposé, ne trouvciitni lolérablesni acceptables.il yest dit, parexemple, qu'il nescra lait violence à personne dans son autorité ou dans ses biens pour motif de religion. Or, si ce point est adopté, le clergé aura toute liberté d'élire ou de déposer les prédicants, de rétablir les abus et (le faire encore bien d'autres merveilles ^ »

Nuremberg, dès le 27 mars, proposait de protester énergiquemenl contre le retrait de l'article de Spire ^, et le délégué deMemmingcn trouvait le projet de la commission « inacceptable, romain et diabolique ■' ».

« Le roi et les commissaires impériaux, « écrit Furstemberg, (( virent bien que le recez de la Diète ne serait pas accepté par les villes » ; Ferdinand résolut donc de faire appel aux délégués de huit cités rhénanes et des huit villes souabes restées jusque-là fermement attachées à l'ancienne foi; il leur exprima sa gratitude pour l'obéissance qu'elles avaient jusque-là montrée aux ordres de l'Empereur^ les supplia de repousser à l'avenir avec la même fermeté tout changement, toute innovation dans la religion, et de s'employer avec zèle auprès des villes luthériennes pour qu'elles retournassent à l'unité chrétienne. Jl représenta ensuite aux délégués des vingt et une villes luthériennes, parmi lesquelles Strasbourg, Francfort, Nuremberg, Constance, Augsbourg et Ulm, que, rebelles envers les édits, elles avaient adopté beaucoup de doctrines plus capables de fomenter la révolte et la discorde que de procurer la gloire de Dieu. Il les conjura d'y renoncer, de ne plus s'occuper de controverse religieuse jusqu'à la convocation du prochain concile, et de se conduire de telle sorte, par rapport aux délibérations de la Diète, qu'une entente cordiale pût enfin s'établir sur la base de la déclaration inip(''riale. A ces ouvertures, Jacques Sturm, délégué de Strasbourg, répondit au nom de ses collègues beaucoup de paroles disertes et fleuries, assurant Ferdinand que si les villes avaient fait quelques innovations dans la religion, ce n'était point par esprit de rébellion, mais seulement pour obéir à leur conscience, et qu'elles n'auraient pu agir autrement sans compromettre la paix et l'union entre les citoyens ; les cités, plus encore que les princes, avaient en horreur les séditions et la guerre civile. Renoncer à l'œuvre commencée était contraire à leur conscience ; en ce (jui concernait la religion, elles n'obéiraient qu'à l'évangile, mais elles ne

» ReichslausucU'u, t. XLIil, fol. 81. — Ngy, p. 338.

« Ney. p. 143.

' Keim, Schwäbische ReformaÜonsgeschichle, p. 90.

I lg nli:sll(i.N> HKI.KMEUSES A I.A Uli IE DK SI'IUK. 11)19.

rerusiTait-nt piis df sc lai.ssi-r aviTlir. rcpicndiecl jj'nidtT paruii concile clirétien ' )).

Pour d(''('i(ler les villes à signer le reccz, pour leur faire accepter le passnge ([iii les rebutait le plus dans le piojcl de la couuuissiou : « [»ersonue ne sera in(|uiélé dans son autorité, tous pourront rester fidèles aux traditions du passé; » ll'^lecteur Palatin et le njaryrave de H.ide réunirent leurs ell'orts, et réussirent à faire adopter de nouvelles modili'.'ütions. Un prépara donc un second ]Mnj(t. dans le(|uol on eut soin d'éliininei- les mots " autorité » et (( tradition », et Ton remania l'article de la nianiàe suivante: «Aucun (uenibre temporel ou spirituel de l'Empire ne p(jurra. sous j)iélcxle de religion, opprimer, contraindre ou envahir les possessions d'un autre, ni confis(pier ses revenus, redevances ou biens. Aucun pouvoir ne pourra nonjtlus prendre sous sa protection les sujets d'un pouvoir voisin, sous peine d'encourir les cliàliments portés à Worms contre tout perturbateur de la Paix-l'ubli(iue -. »

Mais cet adoucissement ne parvint pas encore à satisfaire les Luthériens.

a Je crois, o écrivait Furstembcrg le 11 avril à propos de l'article adouci, « (jue les clercs redoutent un piège et que le préseul leur cause infiniment moins d'anxiété que l'avenir. Ils mettent tout leur zèle, toute leur (''uergie à conjurer les maux (pi'ils pressentent. Ils voudraient bien aussi recouvrer ce (ju'ils ont perdu ■'. »

Le 1^ avril, h-s l^^lecteurs et les [)rinces adoptaient à une grande niajoritt' les conclusions du rapport de la commission avec les moddicalions (jui y avaient été apportées. Avis en fut donné aux villes; vingt et une se tinrent pour satisfaites, mais dix-huit rerefusèrent leur adhé'sion. et s élevèrent avec chaleur, ainsi (jue les princes luthériens, contre les conclusions de la majorité '*.

pour liiu^ ces mécontents, le discours prtuioncé en séance solennelle par le légat <Ju Pape, Pic delà .Mu'andole, demeura sans ell'ct. Le Pape, avait d^t le légat, s'olFredc grand cieurà l'oiu'niraux Allemands des secours contre les Turcs; d ne désiie rii'u taiii (pie de travailler au rél:il»li>seinent de la paix entre I Kmpereur. le roi de l'raiice et les autres puissancis; il ^e propose de con\oquer l'été [)rochain un concile général, aliii que rAIIeraagne, en bonne inlelligencü avec

' 'i.ctlrc'le l"iirsie(iil)i!rK. " avril, 'laus les i'rau/ifurivr Ueichs(iijslaclcii,\.. Xl-lll. fol. H[, — et Nkv. \>. Iti.'ilTo, m: M'J. ' Nky, p. 170 17«.

•> nr!rlislitns,irl.;i. t. ,\L1II. fol. k:î. — Nkv, p. M)'i. ' i'uur plus (Je tlclail» itur ccmIi libc^raliou^-, voy. Ntv, p. I78cl suir.

INTRIGUES DF. FRANÇOIS I'". l'i^i). 119

les autres nations rlir.''licnnes. puisse s'enteudre avec elles sur toutes les questions religiens.-s déhallucs '.

Depuis la violation de la Paix-1'ublique par Philippe de Hesse, la inéli.mce, les ressentiments, l'aigreur n'avaient cess«- de régner parmi les membres de la Diète. et les rancunes mutuelles s'y accentuaient toujours davantage. L'Électeur de Saxe écrivait à son iils qu'il n'avait encore reçu de visite d'aucun des membres du parti opposé au sien. « Le Palatinat ne connaît plus la Saxe, « ('-crivait le comte Albert de Mansfeld au prince Jean -, et Mélanchthon croyait lire sur le visage des princes ecclésiastiques, plus nombreux à Spire qu'aux Dittes précédentes, la haine violente qu'ils nourrissaient contre les Luthériens, et les projets hostiles dont leur esprit était agité ^. « Le Christ est encore une fois aux mains fie Gaïphe et de Pilate, » écrivait Jacques Sturm au conseil de Strasbourg '•. Le vendredi saint, au grand scandale des Catholiques, Philippe de Messe autorisait une chasse au loup, profanant ainsi ce jour, jusquelà sacré pour tous les chrétiens ".

De son côté, François V' n'oubliait rien pour semer les méfiances et pour exciter les membres de la Diète contre l'Empereur. « La [)lus extrême prudence était nécessaire, mandait-il à l'archevéquedeMayence, car le zèle religieux dont l'Empereur faisait montre était loin d'être pur; ce n'était qu'un manteau dont il se servait pour dissimuler son insatiable ambition. Il ne visait évidemment qu'à Fasservissenieut des princes allemands; ceux-ci devaient tout aulant se défier de son frère Ferdinand, qui ne donnait de bonnes paroles qu'afin d'obtenir l'argent nécessaire à l'entretien de son armée et àrafiérmissement de son pouvoir en Hongrie, buts qui n'intéressaient en rien la noble et puissante Allemagne ^. » Le 25 mars, François faisait part aux États du profond chagrin qu'il éprouvait de voir l'Allemagne opprimée par la maison d'Autriche, accablée de maux, cl soumise à la dure tyrannie de l'Empereur. Quant à lui, il aimait lAllemagno, il no voulait que la paix, et son plus grand désir était de marcher contre les Turcs avec les princes allemands. L'Empereur seul portait la responsabilité des invasions musulmanes.

' Ney, p. 207-20S.

* Voy. Flanck, t. II, p. 435-436.

^ Le 15 mars, à Camerarius, Corp. Reform., t. I, p. 1039.

* Voy. JuNO, Helchslag zu Speyer, Aclenslücke, 4.

" Voy. la chanson populaire contre Philippe, dans Liliencron, t. IV. p. 3a9.

A Spiro, aux yeux de tou«, Il a cliassole loup dao» la campagne, Par pure vanlfric, un vendiedi aini, Par ou il a élé l■au^c que plus d'un chietien N'a pas élé enlcndie la Passion.

" * Senckb.nberg, Ac'a el Pacta, p. 543.

l.iO AI.I.1AN(.ES KNTltE I.KS POUVOIHS PROTESTANTS. l.*):2î).

Au fond, la maison d'Autriche mi'-prisail rAllema^Mje, et sa trislf ainhit on n'avait d'autre visée (juc la possession derilalie, «ce bourbier, où venaient se réunir tous leslléaux de la terre et qui n'avait jatnaisapporté que misère et calamités à la noble Germanie* ».

A ce même moment, François, (jue l'ardent désir de posséder le « bourbicrde tous les lléaux de la terre » avait seul poussé à continuer la guerre, dirij^eait de nouvelles troupes vers l'Italie dans l'espoir de reprendre le Milanais à l'Empire en s'appuyant sur les Vénitiens.

A Spire, son chargé d'affaires avait ordre de nouer en sous main des relations secrètes avec les princes « bien intentionnés - ».

Opeiuianl, tandis que les Ktats délibéraient, les princes nouveaux croyants formaient entre eux des complots pour la défense à main armée delà « divine parole », et Philippe de Hesse déployait un zèle extrême dans l'organisation d'une ligue puissante, « destinée à la défense et à la diffusion de l'évangile ».

Le 4 avril, le jour même où Ferdinand parlementait avec les délégués des villes, le député d'Ulm. Besserer, mandait à son gouvernement que le Landgrave s'était entretenu avec lui du rétablissement du duc Ulrich, «lequel tenait bon pour l'évangile, » et qu'il avait ajouté: « Si le diable empurtait le margrave Joachim, l'Électeur de Brandebourg et mon beau-père le duc Georges de Saxe, C(; serait une bien bonne aubaine, car ils ont tous deux des fils bien <lisposés pour la bonne cause, et alors nous regarderions les curés d'un tel œil qu'ils ne demanderaient pas mieux que de nous laisser en paix! »Philippe ayant dit à Besserer que le conseil d'Ulm n'avait a attendre de lui que des preuves de sa bienveillance, Besserer répondit que« parmi le peuple d'Ulm le Landgrave était en grande laveur >.

Déjà le Landgrave s'était vanté de la popularité dont il jouissait lorsqu'en lo28 il était venu solliciter l'appui de la France •'.

Une armée de quatorze mille hommes suflirait pour faire baisser la tête à tous les ennemis de l'Évangile, assuiait Pliili|)pe aux délégués d'Ulm. Aussi ces derniers exprimèrent-ils à leur gouvernement le désir de voir Ulm entrer en relation avec Strasbourg et Nuremberg. Lindau et Constance seraient faciles à gagner, et par elles on pourrait donner la main à la Suisse, aflirmaient Philippe et le di'puté de Saint-(iall, zt-li- zwinglien. « Ft remaniucz (]u'en pareil <"is, non seulement les gens du pen|)le, mais les princes et les villes s'empresseraient d'riilrer (l.ins notre ligne, cai' les pouvoirs

' Jung, Heirhstafj :u Spp;/rr, Arlenslih l:t\ p. i(l 2J. — Weiss, t. I. p. l.'i.'l '«."iS. * Voy. les Aufzrirhiiiiiif/( II, p. 19, note 1. ' Voy. plus liaul.

ALLIANCES ENTRE LRS POUVOIRS PROTESTANTS. 1529. loi

<jiii voudraient nous tourner le dos seraient chassés par Icnis sujets *. »

(yest ainsi ([ue le parti des nouveaux croyants ne craignait pas (le fonder leurs csprranccs sur un soulèvement populaire.

Donner la main à la Suisse par l'entremise de Constance semhiiiit, vn effet, chose aisée, car dopuislongtempscelte ville avait faitalliance avec les confédérés suisses. La première d'entre les cités impériales, die avait, redoutant l'Empereur et les princes catholiques voisins à cause <les violences et des persécutions dont elle avait accablé rancieii culte, cherché aide et protection du côté, de la Suisse et, parle fait de son entrée dans la confédération, avait rompu tous les liens (]ui l'attachaient l'Empire. Le jour de Noël 1S27, Constance et Zurich avaient signé entre elles cequ'clles appelaient «le traité de garantie chrétienne », c'est-à-dire une alliance offensive et défensive dans tous les périls qui pourraient survenir au sujet de la religion. D'après les conditions de ce traité, les citoyens des deux cités devaient réciproquement se traiter en frères ; leurs pouvoirs dirigeants étaient laissés libres d'agir sous leur propre responsabilité dans les affaires de religion. En cas d'attaque, les villes se promettaient un nuiluel appui. Outre cela, dans la prévision de succès militaires futurs, elles avaient stipulé que si des seigneuries, châteaux, terres ou domaines venaient à tomber en leur pouvoir, le pays concjuis appartiendrait à l'une aussi bien (ju'à l'autre cité, l'une n'y ayant pas plus de droit que l'autre. Aussitôt que ce contrat fut connu, la Régence d'Empire, la Ligue Souabc et le roi Ferdinand firent entendre de vives réclamations, et protestèrent hautement contre ce prétendu « traité de garantie chrétienne ». Us ne pouvaient admettre que la ville libre de Constance fût ainsi détachée de l'Empire, et rappelaient que lévéquc de la cité, injustement dépouillé de son autorité et de ses biens, était prince du Saint-Empire et, par •conséquent, sous la protection immédiate de l'Empereur. Mais ces protestations restèrent sans effet. Le 31 janvier 1528, Constance associait Berne au « traité de garantie chrétienne » ; puis vinrent d'autres conventions et alliances entre Zurich, Sainl-Gall, Biel. Mulhouse et Bàle. A l'instigation de Zwinglc, Zurich, au moment «lême où Philippe de Hesse s'apprêtait à envahir les états de l'archevêque de Mayence et les évéchés de Bamberg et de Wurzbourg, pressa le conseil de Berne de s'armer contre les cantons catholiques 2. « Pour nous, nous serions fort aises de rester en paix, » écrivait, de Lucerne, Thomas Murner à un ami de Strasbourg, « mais

' Keim, Ulm. p. lo'J-löO, et Schwäbische RefonnaLionsQeschichle, p. tl2. * Pour plus de détails, voy. Kourer, p. 4-9.

ir.2 AIJ.IA.NCKS ENTRE LES POUVOIRS PROTESTANTS. lo2'J.

la nouvelle rolif^ion a l'art de ne jamais rester en repos et de ne pas l;iisser la paix aux autres '. » Kii mai l'j:28. des négociations avaient déjà été entamées au sujetde l'admission de Strasbourg dans le« traité (k' garantie elirétienne - ». VA comme, à cause des violences cxcrcé.'s par le conseil contre les Callioliciucs, le député de Strasbourg, Jacques Sturm, était menacé de perdre le siège et la voix aux assemblées de la Diète. Slurni, tout en colère, s'écria un jour en pleine séance : « Si, pour avoir pris les intérêts de la gloire de Dieu, Strasbourg se voyait privée de ses droits, lEmpire n aurait plus rien à attendre d'elle à l'avenir! -> Plusieurs princes lui ayant alors demandé où donc Strasbourg comptait trouver aide et poteclion, Sturm répondit : « Depuis longtemps le roi de France nous presse de nous réunir à lui. Il nous oïïvc un revenu mensuel de plusieurs milliers de couronnes d'or; la Suisse désire aussi nous voir entrer dans sa confédération, à l'exemple de Bàle. » Jacques Sturm prêta l'oreille avec empressement aux propositions de Philippe de liesse, relativement à la formation d'une ligue entre les princes et les villes appartenant à la foi nouvelle, et le Landgrave ne tarda pas à joindre l'adhésion de Strasbourg à celles de Nuremberg et d'Ulm'^ Mathieu Pfarrer, autre délégué de Strasbourg, écrivait de Spire à son conseil, « qu il ne pouvait s'empêcher de plaindre les Catholiques, parce que, s'ils ne se convertissaient et ne laissaient toute liberté à un peuple altéré de vérité, ils périraient tous comme Pharaon et son armée avaient péri dans la mer Rouge '* ».

Dans une séance générale des liltats, et sur la proposition de la commission, les deux collèges princiers rédigèrent une adresse à l'Kmpereur. Ils y remerciaient Charles-Quint du zèle dont il avait fait preuv<' dans l'affaire du concile et le suppliaient d'eu hâter la convocation pour l'heureux apaisement des dissensions religieuses ; ils le conjuraient de se rendre le plus promptemcnt possible en Allemagne, pour y travailler au r(''lablissement delà paix entre les puissances chrétiennes.

Le 19 avril, les commissaires impé'riaux déclarèrent en séance générale des Ktats (|u'en vertu des pleins pouvoirs dont ils étaient r<'vêtus,au nom de rLnipereiu' et au leur propre, ils acceptaient, touchant la foi, la dédaralion de la majoriti' des membres delà Diète, etse proposaientde la publier sous forme de reeez. Quant au cahier de d(jléances pr<'senté ()ai' I l'Jecteiir de Saxe et autres j^ouvoirs hitlK--

' j:i,lf/eN',s.sic/i<- Ah.srliinlr, l. IV, .ihl/i. ll>, p. 7:1 - UoiiiiF.ii, p. Ht.

^Kkim, Scliw;i/jiiir/ie UrfunnaUonniji-srliirlilr. p. \\'.\. — Jun.;, Jh'ichsioff :u Spcir, Artenstilrke, p. .33. — Nrv, p. 218-219. * Ju.NO, Arlrnstii<-/;i-, p. 25.

LES TURCS MENACKNT d'i.NVAHIH I.'f.VPIRF.. 1o20. 103

riens, ils le laissaient subsister tel quel, pTsuadés que les plaignants, selon l'ancienne et louable coutume du passi'*, ne refuseraient pas de signer le procès-verbal approuve par l'Empereur et accepté par l:i majorité '.

Ce recez. comme on Ta vu, garantissait aux pouvoirs luthériens le libre exercice de leur religion et de leur culte à l'intérieur de leurs possessions, cl se bornait à réclamer la tolérance pour les Catholiques restés fidèles à leur foi. Il ne nous nuit en rien, » avouait Mélanchthon ; « nous sommes, grâce aux conclusions de la Diète, mieux à l'abri que nousneTétions après la dernière assemblée de Spire -. »

Mais les princes et les villes, qui n'étaient parvenus à établir les nouvelles églises qu'au moyen de la persécution, entendaient maintenir le résultat obtenu au moyen de la môme intolérance.

fis protestèrent donc contre le recez qui leur faisait un devoir de la tolérance, et c'est à dater de ce jour que le nom de protestants leur fut appliqué.

Le 19 avril, .Jean de Saxe, Georges de Brandebourg-Culrabach, Philippe de liesse, les ducs Ernest et Frantz de Lunébourg et le prince Wolfang d'Anlialt présentèrent leur protestation. De graves raisons, d'impérieux motifs, prétendaient-ils, les empêchaient de souscrire à tous les articles du procès-verbal proposé, il avait évidemment été dressé en haine de Dieu, de sa sainte parole et du précédent recez de Spire. Ils déclaraient s'en tenir à la décision de celte dernière assemblée. Les efforts de leurs adversaires pour l'anéantir étaient vains; ils regardaient leur décision comme nulle, non avenue et ne les obligeant en rien. Au nom des villes qui partageaient cette manière de voir, Jacques Slurm se joignit à la protestation des princes.

Mélanchthon, dans une lettre confidentielle datée du 21 avril, appelle cette protestation « une mesure grosse de périls ».

(c Nous n'aurions rien à craindre, » écrit-il, « si les nôtres étaienplus maniables, plus habiles ou plus expérimentés, et, sur deux points, se montraient plus équitables, à savoir : quant au contingent à fournir pour la campagne contre les Turcs et quant à l'entretien de la Chambre Impériale ^. >)

Depuis qu'en Hongrie les affaires de Ferdinand avaient pris une mauvaise tournure, on s'attendait à chaque instant, en Allemagne, à l'invasion des Turcs.

» Ney, p. 215, 223-229.

- >( Arliculi enim ibi facti non gravant nos, imo plus tiientur nos. quam supcrioris conveiitus decrelum.» Corp. Reform., t. I. p. lüo9. — Voy. Nev. p. 2:21, note. » Letire à Camèrarius, Corp. Reform., t. f, p. loOn.

i:,l LK5 TUni.S MENACENT d'eNVAIIIR I.*KM1'1HK. I.'ji9.

Jérôme Lasky, le chargé de pouvoirs de Zapoli, avait remis au sulUui un plan de guerre où se trouvaient exposés dans le plus grand détail les moyens les plus sûrs de vaincre Ferdinand. A la vérité, le grand vizir, Ibrahim Pacha, n'avait pas donné son assentiment à toutes les parties de ce plan, mais cependant il avait consenti à fournir cincpianlu bombardes, et avait autorisé Lasky à échelonner les troupes de Zapoli en Moldavie et en Valachie. F.e sultan, avouait-il à Lasky, « brûlait d'envie d'aller altatpier Ferdinand au cœur de ses états ». Lors<iuc Ferdinand, au commencement do juin 1ü28, fit offrir la i)aix au sultan de Constanlinople par l'entremise de deux ambassadeurs, en revendiquant, toutefois, les forteresses et villes enlevées à la Hongrie, dût-il donner pour leur rachat des indemnités considérables, le grand vizir lui répondit : t Le jour où le cheval de mon maître touche de son sabot un coin de terre, celte terre lui appartient. Si Ferdinand veut la paix, il n'a (ju'un seul moyen de l'obtenir : qu'il renonce à la Hongrie et à Bude; nous verrons ensuite à traiter avec lui des affaires de l'Allemagne *. »

Les partisans do Zapoli, s'appuyant sur les promesses du sultan, recommençaient à se rassembler en Hongrie, et le voïvode leur envoyait des troupeset de l'argent. Vers la li;i de septembre, l'armée de Ferdinand subit un grave échec à Saros Pafak, et Zapoli rentra aussitôt en Hongrie. Les bandes turques se répandirent en Croatie, dans la Carniole, désolèrent tout le pays par le meurtre et l'incendie, et emmeurrent en caplivit('' trenti; mille prisonniers, hommes et femmes -. Le sultan se préparait à la guerre par un déploiement considérable de forces et signifiait comme il suit ses intentions à Ferdinand : « Tu peux t'atleiidre à recevoir sous peu notre visite, nous le jurons sur notre couronne. Nous entrerons à Vienne avec nolrearmée, riche des dépouilles de treize royaumes, et notre intention est de faire périr de la plus horrible mort (jne nous puissions inventer tous ceux (jui t'auront prêté secours. Attends-toi également à voir avant peu rAllemagno proprement tlite envahie et attacjuée, car nous avons juré ta perte et celle de ton fn're ^ ».

Ferdinand déclara aux Etats, réunis à Spire, *\\ie de sûres informations l'avaient averti de l'approche deSoliman ; (ju'il s'avançait à la tête d'une armée de trois cent mille hommes, et prétendait étendre sa domination jus(prà Cologne. Il eonjura les membres de rKmpire d'agir avec grande céN-rilé et énergie; il fallait à tout prix

' Kelalion île l'aiiibassade de llabordanoz et Weirh^elLerger, voy. Huchholtï,

t. III, [>. .'iu^-öo:;.

- LeUre deconvocalion de TKinpcreur, ;tü novtiiiLrc l."»'iS, dans Nkv, p. "iUi. ■■ .ifizfi</er fur Kuiulr der Uculschen Vurzril, |.s7('>, p. I 12.

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