LES NOUVEAUX CHOYANTS MAINTIENNENT LEUR PROTESTATION. 15Ö
devancer «le coininiinciiiiemi )),se trouveraiix froiili»'' res avant lui, et l'empr-clier d'exercer sa fureur eu Allemagne. Ne serait-il pas houleux pour les Allemands, disait le roi, que Soliman, (jui avait à traverser tant de contrées désertes et sauvages, fût plus tot arrive au lieu du combut, avec sa formidable armée, fjue les princes allemands, qui avaient toute facilité, en descendant le Danube, d'être les premiers eu étal d'olTrir la bataille ? Oubliait-on que si les Turcs imposaient leur domination à lEmpire, ce serait un effroyable malheur pour le monde entier * ?
Néanmoins ce ne fut qu'après avoir appris que la flotte turque longeait les côtes de Sicile- que les États se décidèrent à agir. Malgré l'imminence du péril, les princes et villes protestantes refusèrent nettemeut de fournir aucun secours avant d'avoir obtenu ce qu'ils désiraient par rapport à la religion ^
Dans leur protestation du 19 avril, ils avaient annoncé leur intention de quitter Spire immédiatement, et de ne plus assister aux séances de la Diète. A leur requête, Ferdinand avait consenti à leur donner audience pour les entendre formuler « leurs griefs et leurs désirs «. Cependant les princes ne parurent point, et se bornèrent à faire remettre au roi, par l'entremise dequekiues-uns de leurs conseillers, une nouvelle protestation, plus étendue que la précédente.
ils y déclaraient de nouveau qu'ils ne pouvaient consentir ni à l'abrogation, ni aux prétendus adoucissements du reccz de Spire.
Jamais Charles-Quint n'avait sanctionné ce recez ; il en avait au contraire ordonné la suppression.
Et cependant, pour justifier leur conduite, les Luthériens en appelaient à l'Empereur, « Nous protestons, » dirent-ils, « surtout parce que nous tenons pour indubitable que Sa Majesté Impériale est un souverain chrétien juste et équitable, et que nous sommes certains qne la majorité des hauts et puissants seigneurs de la Diète n'est pas moins que nous inébranlable dans sa volonté de tenir, exécuter et accomplir loyalement ce qu'elle a une fois consenti, signé et scellé, et cela à la lettre, sans hésitation ni restriction. Il nous est impossible, devant Dieu et devant les hommes, d'adopter les conclusions de la majorité ; nous ne saurions prendre une telle responsabilité. Comment consentirions-nous à ce que ceux de nos sujets qui s'en sont tenus jusqu'ici à ledit de Worms soient autorisés à agir de même jusqu'au prochain concile? Nous ne serions en aucune manière excusables devant Dieu, si quel-
' bucHHOLTz, t. m, p. 2ö8--2tiO. — .\'ev, p. 1U3-101.
» LeUre de Mélancluhon, 4 avril 1329. Corp. Reform., t. 1, p. lui?.
'Nev. p. Ii9 etsuiv., p. iilO-ilO.
156 NKGOCIATIO.NS AVEC I.KS PUOTF.STvMS A SI'IIIK. \'')i^.
(|ii"iiii. pnr suilo do nolro adlii-sioii, s'écartait de ce <|iu' nous tenons polir diviDoinenl et clirétioiirioniont établi sur le témoi^'na^'e de Dieu médie, et si, routre notre eonscifiiec. nous devions le eonliaindrc à obéira ledit, car ce serait condamner nous-mêmes noire propre doctrine. «
Ils ne pouvaient pas da vantaire. comme on le leur dem indait. autoriser la célébration de la messe, leurs prédicants ayant combattu et réfuté l'instilution du saci'ilice catliolicpie au moyen des textes saints, divins, irrélulahles de la sainte l-]crilure, et en sa place établi^ d'après l'institution du (Christ ei l'usafre des Apôtres, la sainte et vén(''rable Cène du Hi'-demptenr et Siiuvenr. comrnunemeot appelée messe évangélitpie. Tolérer la messe catlioli(]ue serait condamner comme fausse la doctrine de leurs prédicants, et provoquer dans la nation, surtout parmi les amis vraiment zélés du nom et de la gloire de Dieu, les dissensions et 1 émeute.
Mais tandis qu'ils refusaient d'autoriser chez eux le culte catholique, les princes favorisaient une doctrine que Luther avait condamnc'c avec la dernière violence, allant jusqu'à jui^^er son auteur digne des sévères jugements de Dieu et des peines éternelles. Le recez de la Diète demandait (jue la doctrine et la secte opposées à la foi au très saint Sacrement du vrai Corps et du vrai Sang de Jésus- Christ fût interdite, et qu'il fût défendu de l'exposer en chaire. Néanmoins, par complaisance pour les villes zwingliennes, avec ]es(juelles il semblait important de rester en bons termes, les princes r.^fusèrcnt d'accepter cet article, prétendant que Sa Majesté Impériale ne s'était pas encore expliquée nettement sur ce point, et que les disciples do Zwingle n'avaient été jusque-là ni entendus ni examinés. S'agissait-il de la foi catholique, ils tranchaient d'eux-mêmes la (piestion, et rappelaient culte idolàlrique, ou même, avec Philippe dellossê, culte dial)oli(pie. S'agissait-il au contraire do la doctrine dejZwingIc surlKncharistie, ils déclaraient vouloir s'en remettre aux décisions du concile. « Si de si importantes question» sont tranchéesen dehors doTauforitédu fulurconcilc, pesons bien, » disaierilils, « les malentendus qui pourraient en résulter et quel tort serait fait parla à Sa Majesté Imp-rialc et à tous les membres de l'Etnpire. »
Le 21 avril, Ferdinand fit prier l'I^lecteur de Saxe, ainsi cpie les autres princes prolestants.de se rendre le jour suivant dans la sallo du conseil, où la Diète tenait'ordinaircment ses séances *. « Par écrit, » disait-il, « aucun bon résullal ne peut être obtenu. ^> Il se déclarait prêt à discuter avec eux au sujet de leur protestation et des conclu-
' Vov. Ne V, -lill-iiH, note.
NKUOCIATIO.NS AVEC LKS l'ROTKSTA.NTS A SI'IRK. lo^î). ].,-
sions de la Dièto, dt'cidé à tout tenter poui' qu'on ne se quittât point dans un si pénible désaccord.
Mais les princes refusèrent de répondre en personne à cet appel. Par l'entremise de leurs conseillers, ils firent savoir au roi qu'ils ne croyaient point à l'utilité de discussions nouvelles, après avoir vu leurs précédentes représentations rester sans aucun etiet. D'ailleurs, ils avaient lait au duc Henri de Brunswick et au marf^iave Philippe de Bade, (pii étaient intervenus comme médiateurs, toutes les concessions (jui pouvaient s'accorder avec leur conscience.
Voici à quoi se réduisaient ces concessions. Ils ne consentaient à signer le recez qu'à la condition qu'on leur céderait sur les points suivants : Toute allusion à l'édit de Worms serait soigneusement évitée, parce qu'ils ne regardaient point cet édit comme légal; l'article de l'ancien recez de Spire subsisterait « avec la déclaration et la clause que les membres de l'Empire restés fidèles à l'ancien culte et aux cérémonies demeureraient dans l'ancien état de choses jus(ju'au prochain concile sans (|ue personne pût à ce sujet leur l'aire violence et leur porter préjudice en quehjue manière que ce fût ; même liberté serait laissée aux Protestants. » Les nouveautés et sectes qui pourraient se produire à l'avenir seraient, autant que cela était humainement possible, réprimées, et les autorités leur refuseraient leur sanction. La célébration et l'audition de la messe traditionnelle seraient tolérées, mais la messe nouvellement introduite par les Électeurs et princes serait également autorisée ; pour l'amour de la paix, l'un et l'autre parti se supporteraient mutuellement, de sorte que nul pouvoir, en dehors du cercle de sa juridiction temporelle, ne pourrait faire violence à un autre, et le contraindre soit à assister à son culte, soit à s'en abstenir.
Toutefois, les princes protestants ne s'engageaient point par là à tolérer le culte catholique à l'intérieur de leurs domaines.
Ils consentaient à retirer leur protestation sur l'article relatif à l'I^ucharistie, parce que, comme leur lit remar(juer Jacques Sturm, « à le prendre à la lettre, cet article ne condamnait pas positivement et nominalement la doctrine de Zwingle, et servirait plutôt à éviter les disputes inutiles (juà les faire nailre ; d'ailleurs les Zwingliens parviendraient peut-être à démontrer (\ue leur doctrine n'était pas contraire à la foi au très saint Sacrement du vrai Corps et du vrai Sang de Jésus-Christ.
Les princes firent savoir à Ferdinand que si leurs nouvelles [)rcpositions n'étaient point acceptées, ils s'en tiendraient au recez de Spire, conformément à 1( ur déclaration première. Ferdinand
1j8 négociations AVRC I.F.S l'HOTISTANTS A SPIUK. 15i9.
essava vainement <le leur faire cnU'ndiv qu'il avait à s'entretenir avec eux de choses iniporlautcs. intéressant le bien général ; ils refusèrent de paraître à la séance du 22 avril, et ce l'ut par l'entremise des princes médiateurs (ju'ils apprirent que la majorité avait délinitivemeiit rejeté leurs propositions. Le recez de la Diète^ sous sa l'orme primitive, fut adopté ce jour-là. Quatorze villes, parmi lesquelles plusieurs villes zwinf,Miennes, signèrent la protestation (les princes. Voici le nom de ces villes : Strasbourg, Nuremberg, Ulm, Constance. Lindau, Memmingen, Kempten, Nordlingen, lleilhronn. Heutlingeu, Isny, St-Gall. Wissembourg et Windsheira.
Comme les protestants avaient insisté pour (jue leur déclaration lut insérée au j)rocès-verbal, annon(;ant leur intention de la publier, Ferdinand et la majoritécatliolique leur firent savoir, le 28 avril, par une députalion de leurs conseillers les plus autorisés, qu'on ne pouvait leur concéder ce point; que ce serait aller contre toutes les traditions du passé et créer un grave précédent ; (jue dans le procèsverbal on avait eu soin de taire les noms des princes, et qu'on les suppliait de renoncer à publier une déclaration ollensanfe pour, l'Empereur et pouvant donner prétexte au roi et aux membres des États de rendre à leur tour leurblàmc public; de nouveaux et graves débats pouvaientètre lerésultat d'une telle faute. Ferdinand et la majorité assuraient aux princes protestants que s'ils consentaient à travailler avec eux au maintien delà paix religieuse, ils la respecteraient, de leur côté loyalement, car tout leur désir était de rester en bonne intelligence avec eux jusqu'au concile. Ils exprimaient l'espoir que tout finirait par bien tourner et que le concile rendrait la paix à la Chrétienté, ajoutant que pour le moment les princes devaient se contenter de voir leur protestation demeurer dans les archives de J'Ftat, bien quils fussent libres d'en donner connaissance à l'Empereur.
Les protestants s'obstinèrent. Il leur était impossii)le. répondirentils, de consentir à ce que leurs noms soient omis dans le recez et leur protestation passée sous silence. Leurs adversaires, ignorants de la manière dont les choses s'étaient passées, ne maïKjueraient pas de les accuser d'avoir, sans raison sérieuse et plausible, refuséde signer. Or, leur très juste opposition n'avait d'autre luit (pie la gloire de Dieu, la concorde et la paix <.
Le 2o avril ils di'e.ssèreiit un ikmincI acte dans leipiel ilsen appelaient de tous leurs griefs précédents el fulnrs à rKinpeieuf ef au prochain concile libre, aussi bien (|u";i un juge inij>artial eti-clairé; ils déclaraient que leur intention était d'eiivoyeicel acted'appellation
» Vu), pour plus lie dclails, Nky, p. iS3-20S. — Vo). Hlt.iihoi.t/. l. III. p. ;»'.»7-i(l(>.
NÉGOCIATIONS AVEC LES PROTESTANTS A Sl'iRE. dri:29. loft
à l'Empereur par une ambassade particulière. Eu alteudant, ils se hâtôreul de publier dans leurs états et la protestatiou et l'appel, h; Landijrave le 5 uni, le 13.
A Spire, et dès le 22 avril, la Saxe, la liesse, Strasbourg, Ulm et rsuremberg avaient couclu « une étroite et secrète alliance ». Prévoyant les agressions de la Ligue Souabe, de la Gliambre Impériale et du Conseil de Uégence, les autorités de ces pays prenaient d'avance leurs mesures « pour la défense de la parole de Dieu » et s'engageaient à mettre sur pied en cas de pressant danger six mille hommes d'armes et deux, mille cavaliers. Dès à présent, les princes alliés offraient douze mille cavaliers et les villes trois mille lansquenets pourvus d'artillerie. Déplus amples pour])arlers sur les contingents^ ù fournir devaient avoir lieu à Rotacli le 0 juillet *. Philippe de Hesse, peu satisfait du résuUat de sa campagne de 1528, eût voulu recommencer les hoslilités dès le mois de janvier 1529 ^. Peu de temps avant l'ouverture de la Diète, il avait pris à sa solde le duc Otto de Brunswick-Lunébourg, lequel avait sous son commandement cent cavaliers bien équipés ^
Par le fait de leur protestation, les nouveaux croyants venaient de prendre pour la première fois une attitude franchement hostile. Désormais ils formaient dans l'Empire un camp retranché, une armée prête au combat. L'Empereur, les membres catholiques du corps germanique eurent dès lors à compter avec un parti politique menaçant et redoutable.
C'est de la Diète de Spire que date la véritable scission du peuple allemand.
Mélanchthon entrevit clairement et avec épouvante les conséquences qu'allaient avoir pour l'Empire et l'Eglise cette scission fatale et la formation de la ligue protestante.
« L'efiroi qui me saisit fut tel, » écrivait-il à un ami peu de temps après son retour de Spire, « que les premiers jours j'en étais comme écrasé. Toutes les tortures de l'enfer semblaient m'assaillir à la fois. » (( C'est là une grande détermination, et grosse de périls! Il esta craindre que ces prémices ne soient suivies d'une révolution complète dans l'Empire; mais ce n'est pas seulement l'Empire <iui est
' Keim, ^cfiuabisc/te Ue/urmalionsgesc/ticfile, p. 113. — Ney, p. ;ä7l)-271.
= .Mc-lauchlhoii écrivait le 23 janvier 15:29, au sujet de Philippe; «ApudnosUanquilla' res aJliuc sunt, seil iile, de quo iiuper, iioo quiescit. quem quidem nostri i>uiunia tJde conanlur relinere, » Corp. lie form., l. 1. p. 1U33
•»KOMMEL, t. 11, p. 21i.
1(10 .NKGOCIATIU.NS AVKC LKS l'HOTESTA.NTS A SPIUE. 1529.
menacé, c'est la religion elle-naême *. » « Les affaires de l'Église, >) disait-il avec l'accent de la plus vive douleur à son plus intime ami, Camérarius, « me causent de tels tourments que rien n'est capable de les adoucir. Il n'est point de jour où je ne désire quitter cette vie -. »
« A quoi bon se liguer, »('-crivait de sou côté Luther à l'Electeur de Saxe. « du coté des papistes nous n'avions rien à craindre. Ces sortes d'alliances ne sont bonnes qu'à donner à la partie adverse la pensée d'en former à son tour de semblables pour sa défense et sa protection, ce (jue peut-être elle n'eût osé faire sans cela. En outre, il est à craindre, et peut-être u'est-il déjà que trop certain, que le Landgrave, l'auteur de tout ceci;, ne sache point se tenir en repos. Ce prince est jeune et turbulent et, comme l'année dernière, il se peut qu'il trouve bientôt (pielque prétexte, non seulement pour protéger son parti, mais pour attaquer ses adversaires. *> « Le plus triste de lalfaire, c'est (juàcelle ligue sont mêlés des Zwinglicns, aussi opposés à Dieu et à l'Eucharistie que les pires ennemis du Seigneur et de sa parole, de sorte que nous serons obligés d'endosser leurs fautes et d'excuser leur impiété et perversité ^. »
Luther n'avait pas grande confiance dans les ressources que pourraient fournir les villes, en cas de péril, non plus que dans leur dé vouement à l'évangile. «Si l'Empereur jirenait l'initiative do l'attaque, >> ditil dans un mémoire rédigé pour l'Électeur,« on ferait bien vite, mais trop tard, l'expérience que les villes sont hors d'état de répondre d'ellesmêmes, et la ligue tomberait à rien, à notre grande confusion et dommage. N'avons-nous pas vu comment les choses sesont passées à Mulhouse, Nordhausen. Erfurt, Augsbourg, Nuremberg, Schwebisch-Hall et d'autres? Il semblait ([ue ces villes voulussent dévorer l'évangile, tant elles s'y disaient attachées, et soudain, et bien facilement, elles ont tourné casaque. Il est donc à craindre qu'il n'en soit de même à Ulm, à Strasbourg et ailleurs, parce ((ue là se trouvent encore beaucoup d'ennemis de l'évangile. 11 est fort possible qu'unoutleux hommes n'-solus, ([ui maintenant se taisent i-t souirrcnt, se (nontrent tout à coup, et lassent vn un instant chanj^erde sentiment à toute la ville. » Luther, en ce même rapport, démontre combien la ligue est
• Vov, ces leUres ilüiis le l'nrp. l{i'fi)riii..\..\. p lOiiS 1070. — 11 écrivail le 17 mai 13:29 'd Lazare Spi'iifjler, à Nur« iiiber^' : « l'aeiieexaniriialus siiinharuin reruui cogila- Uone. Kl est periculuin, De qua impirii rmilalio ex his principiis sequalur. iMagua res est et periculi pleiia. AJinoiuiiiiiiis eliain iiostros, scd quid facturi sint nescio. Ob^ecro vos propler Druin, ul hiijus rei curam pro vn>lra priiJeiilia et pietate suscipiatis. Non eiiim laiituin iinperiuoi, scd religio eliam p .riclilalur. »
'- Corp. licf'jnn., t. I. p. 1110.
3 Voy.de WtTTi:, t. III, p. '».Jl-löÜ.—Voj'. aussi Blhkhaudt, Luthcr's Brir/ucc/isi't p. IÜÜ.
NÉGOCIATIONS AVKC LKS PRO ÏKSTA.NÏS A SPIRE. 1329. 161
dangereuse, à cause de Pliilippc. «Si le Landgrave, comme il l'adt^jà fait, entreprend (juelquccoup de main, bouleverseévêchés et abbayes sans noire assentimenl, nous passerons pour ses complices et nous serons accusésd'avoireu part à tous sesactes.» « Baie et Strasbourg, » dit-il plus loin, «ont pris et gardé des évèchés sur lesquels elles n'avaient aucuu droit, et nous avons été obligés de prendre leur défense *. »
Au moment où Luther (mai lo^T) adressait ce mémoire à l'Electeur, la guerre religieuse menarait d'éclater en Suisse.
Les cantons catholiques se virent obligés d'opposer à la ligue zwinghenne une contre ligue défensive -. A Lucerne, où se tint leur assemblée (janvier irj20;,le conseil exposa l'état des choses aux cantons de Sclnvytz, Uri, Unterwald et Zug. Zurich et Berne, dit-il, enrôlent des troupes à l'intérieur et en dehors delà confédération, menacent la Thurgovie, le Rheinthal et vont cerner les villes cathohijues. Il faut donc, de toute nécessité, que nous formions une ligue pour notre défense, comme le roi Ferdinand nous y a plus dune fois invités, et cela non dans un but politique, mais uniquement poumons mettre à l'abri des agressions de nos adversaires.
Le 22 avril, la ligue était organisée. Les alliés s'engageaient, en présence des hérésies qui s'étaient produites, des troubles et d'S guerres survenus à leur sujet, de persévérer fidèlement dans la foi catholique et de poursuivre et punir à l'intérieur de leurs possessions tout agresseur de leur religion. Déplus, ils juraient de n'en treprendre aucune guerre contre les sectaires, si ce n'est en cas de nécessité absolue; alors ils se prêteraient un mutuel secours. La ligue n'était formée qu'en vue de la défense delà religion et n'avait aucun rapport, soit à la politique, soit à une revendication quelconque. Elle était ouverte à tous les catholiques animés des mêmes sentiments. On se proposait d'inviter les ducs de Lorraine et de Savoie, Tevecjue de Constance et les vilies d'Ueberliiigen, de Ravensburg, de Wangen, de Fribourg, de S jlcureet tout le district dj Valais, à en faire partie. Le oO avril, Ferdinand in formai lia Confédération de la ligue formée entre
' De WuTTE.t. m. p. 405- iü". Le "2 août loi», Luther écrivait à Jean Brismannau sujet de Pluli[),je de Hesse : « Juveais ille Ilassiac inqiiietus est et cojjitationibus îiesiual. Dominus servavit nos ipso bieanio a duobus ma.ximis iiiceuiliis, quibus lou Geruiania tlagrasset, nisi üeus iiosler miierlus poleiui et mirabili manu obstitisset et consilia lurbasset. lia undique aobis plus est periculi a noslris, q lam ab aJversariis. » De Wette, t. 111, p. 41)1.
^ Voy. plus haut, p. 151.
40» l.\ (.U.ltllE HEI.IGIKISK MKNACK 1» KÙI.ATKU KN SUISSE.
lui el It's ciiKj ^iIlt■s ralliolicjucs, insistant en nirnie lomps sur son caraclrrc purement défensil" '.
Longtemps auparavant, Zurieli convoitant la riche abbaye d'Empire (le Sainl-(iall et ses vastes j)OSS('ssions, avait songé à la transfitrnicr en domaine temporel. L'Abbé alors en charge, Kilian, avant pnbli<piement déclaré « (ju'ilne renoncerait jamais à la messe, et (juil était déridé, pour la défendre, à exposer son corps et ses biens », le conseil resolut de se saisir de sa personne. « Le genre de vie des moines impies est injnrienx à Dien et à sa divine parole, il est en abomination devant le Seigneur » écrivait le eonseil de Zurich à ceUii de (llaris. On a donc l'intention, puisqu'on a pris rengagement île proléger la parole de Dieu, de s'emparer de la maison de Saint-tiall, avec ses biens, terres, juridictions et appartenances, et de les remettre entre les mains des villes alliées-. Le conseil faisait appel à tous les« gens de bien ,) de Thnrgovie, du Rhein- Ihal. ileToggenliourg et de Sainl-Gall ipii, après Dieu, s'en remettaient à Zurich et la considéraient comme «l'interprète envers eux de la divine volonté ». Herne n'était pas d'avis de faire la guerre : » Nous savons assez, » disait son conseil. « (ju'au moyen des piques cl des hallebardes on ne saurait implanter la foi dans les cœurs; nous ne vovons donc aucun UiOtif de commencer les hostilités. » Mais Zwingle insista : « Ne craignez rien, » répétait-il, u la miséricorde de Dieu nous protège, noussommesbieu préparés, et nous conduirons l'enlieprise de telle manière (jue vous n'aurez point à rougir ni à regreller de vous être joints à nouS''. >>
Le ."i juin. Zurich lit avancer ses troupes dans les bailliages neutres; le iour suivant, ordre lui donné aux chefs mdilairesde choiiir (juatre cents soldats bien armés pour occuper la Tliurgovie et les environs de Sainl-tjall; ils devaient se saisir de la personne de l'Abbé, et faire jurer aux connnunes (pie désormais elK's regaideraieiil le conseil de Zurich« comnie leur aiilorin- souveraine et légitime, ayant |)lein pouvoir de les régir '' ». l.e S juin. Ziuicli enxovail une déclaration de gueire aux cin(| villes (•alholi<pies. Zwingle à cheval, armé dune pique, enllammait p;ir ses discours le courage des troupes. Après (lue les villes calholi(pics, coiiliaiiiles par la nécessité, Se furent mises en étal de défende, on ne songea plus des deux côtt'S (|u'à en venir aux njams.
» Yoy. ce< actes dans j I" 1/«7im'. für achweizrrisi/ie llfforuKitiitusfiescliichh', i. III, p. M7 el suiv. Eiiliimossisrlif .liac/iici/f, t. I\ , Ablli. lu. li()7 cl huiv. — Vov. Hi.iiiiKH. p. H-SI, et le» Hislor. jtuL lilnllir, l. LWII. p. i:>-l\-2.
- Vo)'. ces acles ilaiis les ICiJyn msischciiAOscfticde, l. IN, Abili. 1", p. .113, 101,
î .MoniKtiFEli, t. Il, p. liM-l.*in. — LiTiii. p. ii cl suiv.
♦ Lidiji-nusiisc/tc ACscliutlv, l. IV, purlic 1", p. ilU.
iM.A.Ns MI i.i lAi H i:s I) i; l'ii 1 1. ii'i« i; i>i; iiKssr.. 152'J. icj
Mais les Catholiques ('laienl luiii de^'aler leurs adversaires en noiiibrc.
Perdant toute espérance d'ol)tenir de l'Autriclir les secours demandés, ils se virent forcés, le 2o juin, de signer la paix de Cappel. h'jipnVs les articles decelte paix, ils s'engageaient h payer l'indemnité de guerre, à rompre le traité conclu avec Ferdinand, ponr adoj)ler en sa place le « traité de garantie chrétienne » qui unissait entre elles les \illesz\vingliennes. I)ansJes(juestions intéressant la foi, assurance leur fntdonnée (jue ni eux ni les leurs ne seraient persécutés ou in- (piiétés; Catholiques et Protestants promettaient c de ne se point opprimer, attaquer ni haïr ».
Ignorant encore que la paix de Cappel eût été signée, Philippe écrivait le l' juillet à Zwingle : « On m'assure que les villes évangéli(juesde la Couiédération se préparent à la guerre, (|ue peut-être on en viendra à l'attaque, et que de graves événements se préparent. S'il en était ainsi, et comme il est probable que vous rencontrerez une opiniâtre résistance, mon avis serait d'attendre quelque peu et devoir si Ton ne pourrait d'autre manière remédier au mal; car en vérité c'est triste chose que la ruine et dévastation d'un pays. Je ne doute point que, de votre côté, vous ne soyez disposé à attendre un peu, et ce délai vous serait très utile dans le cas où vous auriez à redouter quelque autre ennemi. A bon entendeur, salut *. »
Philippe formait à ce moment de nouveaux plans pour le n'-tablissement d'Ulrich de Wurtemberg. En mai 1521), il avait pi'onu's à Eck, le cupide chancelier de Bavière, quatre cents florins, et la même somme de la part d'Ulrich, s'il voulait s'employer à rendre les ducs favorables au proscrit. En retour il s'engageait à soutenir les intérêts du duc Guillaume dans la question de l'élection romaine-. François I'-"", entrant dans leurs vues, exciterait en Allemagne la discorde et les ressentiments ^.
En (( jouant à la guerre » avec les cantons catholiques, les Zwingliens avaient appris à connaître leur puissance. Zwingle, à dater de ce moment, ne songea plus qu'à triompher par la force de la résistance des cités catholiques. « Que dirais-tu, » demandait un jour un citoyen de Zurich à un Suisse des cantons calholi(|ues, c si Dous autres de Zurich nous étions un jour vos maîtres, et si notre
' Lenz, l'hllipp u>ul /irinr/li.p. 30-31.
*Les tiellJniai lô'JO. IIkyu, l. II, p.377-378.— En juillet 1ù"29, Mclanclitlioiiccrivail. parlant de IMiilippe : « Dicitur diniillere milites et mutasse consilium apparanili bellum ... Corp. Reform., t. 1, p. lUISU.
^ Voyez la lettre de .Mélanchthon à Camérarius. 20 juillet lo29 : « Omuiiio cerlum est pecuiiia exterua (üallica mullos iu Germania sollicilari. ut aliquid nioveant, sed (Christus respiciat uos et propler sui nomiuis gloiiam retineat pacem. » Corp. Ih-forin., t. 1. p. 1083.
it.i l'i.ANs M 1 1. IT \ I im:s iik l' Il 1 1. ii'I' (•: in: iii.ssk. l.'iiU.
Ulrich devenait le luul-puiäsaul protecteur de toute la Confédératitm ' .' »
Peu de scinainos apr's la paix dr Cap[)f'I. de nouveaux pourparlers avaient lieu p )ur ririeorporation de S.rasboui'g Jans « le trait«« de gjarantie chrétienne ». Les villes sou:d)es, Ulm, Memniingeii, Lindau, Kempten, Uilieraeh, Isny, c pour la proteetion de la foi et des iiilhvts s'v rattachant, » ne tardèrent pas à demander d'y être admises à leur tour. Comme Cunstmce, ces villes aspiraient à s'alfranchir peu à peu des liens qui les unissaient à l'Empire. Constance, le Ü!> juillet ir):*l),aj»|»uya leur reipiète, assurant i|ue leur exemple encourag:erait d'autres cités éj,'alenient dévouées à l'évangile et « prêles, c'ies aussi, à s'élever contre les enni-mis du Christ - ». Les membres du conseil secret di' Z irich s'expiimaieul en termes non uîoins éililiants. Us écrivaient le 31 juillet à leurs cunfrères de Herne au sujet de la pétition des villes: « Le Dieu de bonté nous donne, à nous, les amis de la divine véril('', la foiTC et la victoire sur les intrij^ues perfides des impies. » Les Bernois, répondant au désir qui leur était exprim«'', devaient se consid«''rer conune les instruments choisis de Uicu pour le maintien et la pioj)agation de sa divine gloire ^. Zwingle plaidant lui-même la cause des villeslibres. faisait ressortir les avantages matériels et poiilicpies qu'aurait une alliance avec elles. « Constance et Lindau, » écrivaii-il, h nous seraient, en cas de guerre, de la plus grande utilité, parce (pi'elles dominent le lac de Constance. Oue personne ne dédaigne Strasbourg, car avec e'Ie viendntnt à nous Schelestadt et Colmar, qui serviront en tout temps de r.ieile passage. Strasbourg deviendra aussi un rempart de defense pour ceux de Constance et de Lindau, car si l'Empereur veut les traiter en villes rebelles, elles s'abriteront aussitôt derrière Strasbourg, entrée commeelles dans nolrealliance. » « Mais à dire le vrai, » ajoutait Zwingle. (' rEmpereur^nesongeà attaruer jiers(tniie; si jamais l'idée lui en jn-enait, Strasbourg serait d'un si'cours merveilleux, car entre cette ville et nous, d n'y a (pie deux pays sans défense, le S.nidgau et l'.M-'ace; il nous serait aisé de nous en emparer, et de Ci'tl'' inani're, sur toute la rive du Mliin. il n'y aiiiail qu'un peuple, (pi une alliancr. D' > lors il (li-\ icnlrail iiiipos>il>lc, jtrndant les guerres, de faire maiclu-r contre nous une aianée considérable. Nous pourrions toujours envoyer deux corps d'.iruK'-es de «punze
» Voy S'ildl'a ChiDirli, Arrhir. filr nclircizen'srhr Ilcfotnnnlion^ijcsrhiclite, t I, p. 2H8. Voy p 217, i'-- — Surle fanatisme île Zwingle el des proieslanis do /uncli. voy. le!« delail» foirnis par I«; idiliviiMi l.ililn. p. X\ el suiv. •< La rconciliatiun ei la pnix seraient renlrt^cs d ins les e>prils si Zw mgle a^ail obicrvc ioyale- Dietit la paix de Cappcl, « |>. '>3
' IH'l ,rn:ssls,lu' Afiscfm-itf, t. iV, Ahlh. I». p. ."Kli.
» Eidf/en /Ä«m7»e Absnlticdf, l. 1\ , ALlh. 1», p. 3uü.
co.nfkren<:e ri;ligi euse de marbourg. 15:20. 105
mille hommes cliacun vers deux points dillérents. Tun en remontant le Khin, vers le Hegau et le lac; l'autre du coté du Sündgau et de l'Alsace; ou bien les envoyer tous deux contre une armée ennemie, ([u'ils atta'jujraient à la fois par d?rri're et par devant ♦. »
Au dire de Zwingle, rien n'était plus facile que d'envahir une grande partie de l'Allemagne. Le paysan, pendant ce temps, ferait bonne garde en Suisse -.
Philippe de liesse, très partisan de l'alliance des villes souahes avec la Suisse et fort d ;sircuK lui-môme, pour la réalisation de ses vastes i-Ians révolutionnaires, d'être admis dans le « traité de garantie chrétienne ■>. ne tarda pas à entier directement en pourparlers avec Zwingle.
Inilueneé par Luther et M-'-lanclithon, l'Electeur n'était plus disposé à s'allier auv villes zwingliennes. En vain le Landgrave lui répHait-il (ju'au sujet de l'Eucharistie les points controversés n'avaient pas une si grande importance (ju'd l'imaginait, iju'il no fallait pas se séparer pour si |ieu les ui:s des autres, que les sa\ants eux-mêmes ne s'accordaient point sur des ijuestions toujours sujettes à des controverses embrouillées, douteuses, problématiques, et que si l'on prenait trop à cœur ces détails, il y aurait tous les ans de nouvelles scissions. « Chaque jour, lui disait-il, les docteurs élèvent des diflieultés nouvelles sur des questions inutiles et controversables. Urjrter la re([uête des villes qui se donnent si volontiers à nous, serait les humilier et mépriser un sérieux avantage '. » « Nos prédicants nous ont souvent raconté, » écrit-il dans un mémoire relatif à Celte (|uestioii, « (|ue les Hob '-mes du temps jadis s'étaient brave:nent et légitimement défendus, et qu'ils avaient vaincu l'Empereur et I Empire. Pounjuui ne pourrions-nous pas nous défendre comme eux? Nous sommes, vis-à-vis de 1 Empereur, dins une situation toute semblable *. »
Depuis un grand nombre d'ann"'e^, le Landgrave, i|ui mettait la doL'triue de lTLuehar!stie au rang des qut;stions u douteus;'s et problématiques », n'avait pas reçu une seule fois la communion ■•.
Mais lEIecteur demeura inébranlable dans sa résolution, et Philippe rie songea p'us qu'à amener une entente entre Luthériens et Zwingliens au moyen d'une conférence religieuse dont il avait déjà été ([uestion à Spire. L'union une fois faite, il espérait pouvoir
' Zuinglii 0pp. -2c. 27. Eidgenössische Abschiede, t. IV, Ablti. 1«, p. 3U8-3U9. Voy. RoHRER, p. 28.
- Voy. Keim, S':Ii wabische Refirmalionsgeschichle, p. 118-tlO.
^ RoMMEL, Uikimdenband, p. ^fj-SI. — I^lan'ck, t. il. p. 4o3-4o9.
♦ RouMEL, t. II, p. -ils.
^Lettre Je Philippe à Lulher, o avril loi), daas Lenz, Briefwechsel Philipjj's mit Dutzci; p. 361.
IGG CONFKRENCK REMGIELSE DE MARBOURÜ. 1529.
organiser entre tous les princes protestants « une ligue générale contre les papistes et leurs infâmes desseins ». Il invita donc les principaux représentants dos deux i)artis à se Irouver à Marbourg le l'-" octobre 1529.
Luther qui, dans le cours des années précédentes, avait écrit avec la dernière violence contre Zwingle, n'accepta celte proposition qu'avec répugnance, convaincu d'avance qu'il ne pourrait réconcilier ses adversaires à sa doctrine de l'Eucharistie. Zwingle, à l'entendre, s'était complètement séparé du Christ; ses livres étaient aussi dangereux que le poison de l'enfer; toute sa science n'était que bavardage et invectives. Il était incapable de discuter et de comprendre rien aux choses divines. Entre Zwingle et lui il ne pouvait être question de paix, de charité fraternelle, d'union chrétienne. « Nous aflîrmons, selon le témoignage du Christ, que le Corps et le Sang du Sauveur sont réellement présents dans l'Eucharistie. Or, admettonsquenouscroyionset prèchionsunc doctrine erronée : en ce cas, que faisons-nous?Nous mentons à Dieu, nous disons et prêchons ce que le Christ n'a point dit, et très assurément nous sommes des blasphémateurs, nous mentons au Saint-Esprit, nous trahissons le Christ, nous séduisons le monde. Nos adversaires affirment qu'il n'ya que du pain et du vin ordinaires dans lEucharislic; s'ils se trompent, qu'arrive-t-il? ce sont eux qui sont blasphémateurs, eux qui mentent au Saint-Esprit, (|ui trahissent leChristet séduisentlemonde. L'un de nous doit nécessairement être l'ennemi de Dieu et appartenir au diable, il n'y a pas de milieu. » Luther n'espérait pas la conversion de Zwingle : « On n'a pas encore entendu dire (|ue l'inventeur d'une fausse doctrine se soit jamais rétracté. Le Cbrist luimême n'a point converti les princes des prêtres, mais seulement leurs disciples *. )>
Mélanchtlion, lui aussi, voyait avec déplaisir la conférence de Marbourg; il eût voulu persuadera l'Électeur de Saxe de refuser l'autorisation du voyage. Mais Jean-Frédéric, au contraire, souhaitait
' Pour plus de détails sur les opinions de Zwinj^le à ce sujet, voy. Planck, t. Il p. V64-üUtJ. Dès octobre l')27, Luilicr avait dit, en réfutant ("iiéfjoircC.asel, que C>apito et bucer avaient envoyé à Witleniberg pour travailler à établir l'union sur la doctrine de l'Eucharistie : « Je considérerai toujours ceux qui affirment que le Corps de Jésus-Christ n'est pas présent, comme étant en deliors delà foi. » « Jésus Christ, au n;oment où il prononça Us paroles de l'institution, était dans son bon sens, il n'était pas pris de vin. » L'un des deux partis devait être celui de Satan ; il ne fallait pas confondre le Saint-Ksprit avec un avocat bavard : « l'eu importait que Capilo n'ait jamais cru à la présence réelle, » lit-on dans la relation de Casel, n Luther affirmait avoir eu souvent la preuve évidente de la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Kucharislie, car fréquemment il avait eu des visions elTrayantes, des an"es lui étaient apparus, de sorte (|u'il avait été obliijé de s'abstenir de liire la messe. » Ilelation de Casel, 29 novembre lî>2o, dans Haum, p. 334-337.
CO.NFKRKNCE II K I.l (1 1 K US K V MAIinOLRti. 1 O^D. l'.T
voir SCS théologiens soutenir la «lispute, de sortr que Lutlier '•! Mélanclillion furent ol»lii,'t''s d'acct'cler à son désir.
Les pn'dicants zwinj^liens, pour IcsiiulIs de graves intérêts politi<|ües rtaienten jeu, acceptèrent avec joio la proposition de Jean- Frédt'ric.
« De nouveaux plans polilitpies sont sur lo métier, »«'-erivait (faillit) à Zwin^'le au mois d'août 1529; aussi est-il à souhaiter (|ue le Laiidgrav«' IMiili|t|n*. destiné à devenir le ehefel l'àme de ces vastes (•nli»'[)riscs, s'entende avec Zwin^'Ie. alin (jue tous deux soient bien au fait de leurs intentions et desseins mutuels. Si seulement on pouvait f,'a{;ner le Land;^'rave à la vraie doctrine, on obtiendrait aisément, à cause de la grande dépendante où «'taiiMit IKleelcur <lo Saxeet le marfîrave G«*orf;es do Hrandebourg-Cuhnbach vis-à-vis de ce grand prince, l'adhé-sion de tous les autres, car l'influence île IMiilipiK- est grande. » c (îràce au crédit de ce « zélé serviteur de Dieu ». «'crivail ù son lnur Hucer. u on pourrait facilement mettre en meilleure voie tous ces chrétiens qui poussent trop loin le culte de Luther '. » Zuingle. lorsqu'il s'adiessail au Landk'rave, l'appelait « 1res saint |)rince ^ ».
Le colhtque de Marbourg n atteignit point sou but. Il hit impossible de s'entendre sur la doctrine de l'Kucharistie ; les esprits n'en devinrent que plus aigris, plus excités; lesdeux partiss'attribuèrent également la victoire et se vantèrent tous deux d'avoir triomphé de leurs adversaires.
Hucer, résumant la conférence, accuse surtout Melaiichllion du peu de résultats «pi elle a obtenu, et prétend que. plus (jue tous les autres, f il n"a cessé de jeter de l'huile sur le l'eu >. Luther était sur le point de reconnaitre les Zvvinglieus pour frères, lorsque Mélanclitlioii l'en avait t^ut à coup dissuadé. .\ cette conduite de Mélani lithon. Bucer cherchait une raison politique : < II a coutume de parler avec une grande bienveillaücc de l'Empereur et de Ferdinand, » disait-il. « il se met volontiers de leur parti '. »
« Pour terminer le dilVérend, » écrivait Mf'Ianchthon. rendant compte à lÉlecteur de la conférence do .Marbourg, * Zwingle et UEcolampade nousont beaucoup pressésdeles accepter pour frères;
' Le lire du i aoùl Ibi'J. /uiii'jltt 0/jp., t. Vill, p. 33iJ-3lO. « l'rinceps hic zeum I)ei haltet et valet judicio, ut ab eo partim peiideant, partim qucant in viam reduci parvo negotio, quicunque '.'.hrisùaiii Lullierum nimium adorant. »
* • Saiiolissime priiiceps. » Opp. VIII, p. 6ùi.
' Haum, p. iüi lui. Voy. la lettre de Uucerù Ambroise Illarcr. 12oct. I;'.i9 dans la Zcils, fir. fur kiii/ifii;/rsiliithli', t. IV. p. 015. — Voy. le juj^ement porti- par Zwingle sur .Mélanchthon. Opp. Vlll. p. 309. Juste Jonas approuvait (F.colainpade et lledio. mais non Zwingle et Hucer. >■ lu Uucero calliditas vulpina, perverse imltata prudentia et acumea. " Cy/y. li'-/'orin., t. I, p. 1097.
108 CONFl'liKNCE RELIT. IF.USE DE MARBOUIIG. 15^9.
maisjamais nous n'avons voulu y consenlir, et nous les avons repris sévèrement à ce sujet, nous étonnant que leur conscience leur permît de nous tenir pour frères, alors qu'ils nous traitent partout (1 liéréti(jues. Gomment pourraient-ils souffrir que dans leurs pays notre opinion fût enseignée, prècliée et défendue côte à côte avec la leur ? N'est-ce pas chose impossible, puis([ue nous nous sommes excommuniés mutuellement ' ? »
Hédio rapporte qu'à un banquet auquel il assistait, ainsi que Luther, Mélanchthon, Oslander, Jonas, Brenz, Myconius et le bailli d'Eisenacli. Luther, disant le fhuiedicile, avait pressé fortement ses mains l'une contre l'autre, au moment de la demande du Pater : « Que votre nom soit sanctilié, » et qu'il avait ajouté à haute et intelligible voix, et d'un ton irrité : « Et que le nôtre aille à tous les diables- ! »
Zwingle écrivait au conseil privé de Zurich : a Les théologiens de Wittemberg se sont tordus comme des anguilles sur l'herbe ; ils n'ont cessé de flotter d'une opinion à l'autre. » « Luther s'est montré plein de hauteur, et s'est tout le tempsexprimé avec arrogance; selon sa coutume, il prétendait imposer à tous sa manière de voir sans l'appuyer sur aucune raison solide. Parmi les gentilshommes et seigneurs présents à la conférence, on dit communément que Martin n'est pas bien vu, et n'a d'autre force que son orgueil. Plusieurs prédicants de Saxe se sont plaints amèrement de lui dans des lettres confidenllelles, disant qu'ilsn'osaient devant lui confesser la vérité, à causede ses violences et de ses emportements insensés >'. » Zwingle, écrivant à Vadian le jour même de sou retour, dit, au milieu de beaucoup de vives récriminations contre Luther: « Nous l'avons si bien battu que le Landgrave lui-même a passé de notre côté, tout en ne voulant pas en convenir publiquement, par égard pour([uel(pies princes. Parmiles personnages delà cour de Philippe, presque tous ont rompu avec Luther ''. » Il est certain que les Zwin-
• Corp. Reform., t. 1, p. 1101.
s Baim. p. 4fil.
' Keialioii des conseillers privés Je Zurich à leurs confrères de Borne. le 'l'i octobre lijâ'.t, dans les Eidg^n'issicheii Abachiede, l. IV, Ahlh., 1b, p. 417- il8. Le protestant Planck (l. Il, p. 508) porte sur Luther un jugementencore plus sévère: « l'ne maladie menaçait de mettre un terme à sa vie, et cette maladie ne venait évidemment que du refus de son corps d'être plus longtemps le réceptacle d'une àme depuis tant d'années en butte aux passions les plus violentes et les plus conlrailictoires. Pourtant il guérit, car la violence môme de ses ressentiments lui reiulaitdes forces; mais la sourde rage qui le minait entretenait dans son àme une niysanthropie sombre, qui de plus en plus se faisait jour dans son caractère, et, à celte époque se trahissait trop clairement, non seuIcmetU dans ses (■crits mais «ncore dans ses actes. Le controversiste aigri devint plus d'une fois, dans le cercle où s'étendait son influence, un véritable persécuteur. »
' Zui/t'jlii 0pp., t. VIII, p.;i7ti.
nxri'nociiEMENT km he Philippe de iiesse et zwinci.e. l.'i^O. ici
glii'Hs eurent l'avantage à Marbourg. Non seulement Philippe à dater de ce moment, autorisa la propagation des écrits do Zwingle dans ses états, mais encore il rappela les pr'dirants z^vingliens (ju'il avait chassés. « Ne doutez aucunement de moi, ») écrivait-il à Zwingle, c je serai fidèle à la vérité en dépit du Pa|)e, de l'Kinpereur, de Luther ou de Mélanchlhon. >
Ce «jui se lit de plus important à Marbourg, c'est l'entente entre Philippe et Zwingle et la mise en commun de leurs complots révolutionnaires, politi(pies et n-ligieux. Ils r«'-digèrent ensemble le (tlan d'un traité de € garantie chrétienne ■> pour l'union il«' la liesse à la Suisse (traité que plus tard Philippe ratitia, et convinrent que la plus urgente affaire pour li- inoment c'était le nHabli>sem<nl du du«- llrich de Wurtemberg'. Mais leurs regards portaient plus loin encore : «t Je liens pour certain devant Dieu, >> écrivait Zwingle :j Philippe à son ntour dv .Marbourg (i novembre loi'.)), « que le Se.grieuraélu Votre (iràce, etqu'ilen veut fain linslrumint de grandes choses. Ces choses, je les entrevois, mais jo n'osf 1rs dire. Il faut premièrement attacher le grelot au chat -. »
Il ne s'agissait ilc rien moins qui- de fond« r un Kujpire « évangéli<iue » sur les ruines de l'Empire romain de nation germanifpie. Ce but «levait être atteint avec lesccoursde l'étranger, et particuliènnit'ut de Venise cl de la l'ranci*; on fondait aussi de grandes espérances sur les Turcs.
' UcLLivr.Eri, t. II. p. i.lt'».— Sur le* premier» r-ipport« <lr Zwingle a»cc t irirh ilc WurttMiiberg. roy. lex pan «âge« cités dans l'ouvrage «ic Li:nz. l'hilip/j iiiid /.wingli, p. 50, not«. Voy. Lknz. p ii, W-50. Staliv, t. IV, p. VM. Hetd. t. Il, p. 3Ö0 etsuir.
' Lkxz. f'hilijtp und Zwingli, p. 3}.
CIIAPITIU: MU
I-ES TURCS DEVANT VlRNNi: RT LES « TURCS CHRÉTIENS ». — LES ZWIN- GLIE.NS LKIUI'S CONTRE l'eMPEREUR ET l'EMPIRB (lo29-1530).
Le 9 avril Io29, tandis que les États dt-librraient à Spire, Soliman ([uilfait Gouslantinople pour aller altacjucr au cœur de leurs états Charles- Quint et Ferdinand, et conquérir toute rAllemagne. Ecrivant à François I"*", il s'intitule orgueilleusement «le distributeur des couronnes de la terre, l'ombre de Dieu^ ». « Après Allah, notre maître est le souverain seigneur du monde, » disait à Jérôme Lasky, chargé de pouvoirs de Zapoli, Mustapiia, gendre du sultan: « De même qu'il n'y a (ju'un soleil au lirmament, il n'y a qu'un souverain sur la terre. »
Sur le champ de bataille de Mohacz, Zapoli s'était jeté aux pieds du sultan, et, lui baisant les mains, l'avait appelé le libérateur du monde, confessant ([ue les Chrétiens, aussi bien que les serviteurs du Prophète, lui devaient obéissance. Au nom de Soliman, il avait publié un édit ordonnant à tous les sujets do Ferdinand de reconnaître l'autorité du sultan. En cas de rébellion, il leur avait déclaré (jue le pays serait mis à feu et à sang et les réfractaires soumis aux châtiments les plus rigoureux. Le très puissant Empereur des Turcs avait juré d'exterminer tous les rebelles -.
i/approche des Turcs hâta la conclusion de la paix entre l'Empereur et le Pape. Elle fut signée à Barcelone le 'i\) juin 1529, deux mois après la publication du recez de Spire. François !•', « (jui d'aucun côté n'avait été en état de résister aux armes victorieuses de Charles-Quint, » se vit forcé d'en signer les articles (5 août 1529). Il renonça |)ar un sciinent solennel à tous ses droits en ritalie;mais, comme autrefois à Madrid, il déclara, dans une protestation secrète, (juela paix lui avait été imposée par la nc'cessilé. et (ju'il ne renoncerait jamais à Asti, à (Jenes ni à Milan.
Il resta en sous-main l'allié des Turcs, cl conclut, ic i""septembre, un traité avec Zapoli, d'après lequel le voïvode s'engageait à adopter
' Voy. (>iiAiiiiii;iiE, t. I, p. lH"'.
' Voy. Ht'ciiiioLTZ, l. m, p. iX'i l'I suiv.
LES TURCS DEVANT VIENNE. lo^O. 171
le duc d'Orléans, fils du roi, pour son fils et son successeur, et à donner plus tard en héritage à ce prince la couronne de Honsirie '.
Après (jue Bude fut tombée au pouvoir des Turcs, Soliman, le 8 septembre, donna ordre à son armée de marcher sur Vienne.
Sur sa route, toutes les villes et châteaux forts se rendirent au féroce vainqueur. Presbourg seule se défendit.
Le 21 septembre, les premiers éclaireurset incendiaires paraissaient aux portes de Vienne. Sur leur passage tout fut brûlé, pillé, dévasté. Les Viennois mirent d'eux-mêmes le feu aux faubourgs de la ville •et rasèrent le château de Kahlenberg, ancienne résidence des ducs d'Autriche. Leur garnison se montait à peine à douze mille hommes, cavaliers et fantassins '^. De l'armée d'Empire consentie par les États à Spire, cent cavaliers seulement et quatorze compagnies de lansquenets étaient sous les armes.
(( Lorsque le sultan arriva devant Vienne, » écrivait plus tard Ibrahim Pacha, « il n'y trouva point d'armée royale; alors, s'asseyant, il laissa s'échapper de son sein l'incendie, le pillage et tous les fléaux de la guerre, afin que l'univers put comprendre que le véritable Empereur était là, environné de toute sa puissance 3. » Soliman avait juré de ne prendre aucun repos avant que la prière du Prophète aitété annoncée du haut de Saint-Étienne et que toute la Chrétienté ait reçu sa loi. L'armée turque occupait seize camps; elle était forte de trois cent cin({uante mille hommes, et comptait ving-cinq mille tentes. Les assiégés, commandés par le comte Nicolas de Salm, tinrent bon pendant dix-huit jours. Indifférents à la mort, intrépides et ardents, ils faisaient chaque jour des sorties contre les assaillants ; bourgeois et soldats soutinrent héroïquement cinq furieux assauts. « Ces maudits, » rapportent les historiens turcs, " sortaient tous les jours do leurs retranchements et ne négligeaient aucun moyen de défense. Les méchants luttaient avec les justes; nos sabres étaient semblables à des lions en furie. Nos vaillants soldats, pleins de rage, arrachaient à la pointe de leurs lances des lambeaux de cœur aux idolâtres, puis ils les dévoraient. » Après le dernier et inutile assaut du 14 octobre, les janissaires brûlèrent vifs les prêtres et les paysans faits prisonniers, et firent une effroyable boucherie de plus de mille femmes et enfants. Néanmoins, leurs soldats mécontents se plaignaient de la rigueur de l'hiver. Le sultan fut contraint
' Dans CiiAiiniÈRE, t. I, p. ltJ2-160. — Sur les rapports secrets de François 1'^' avec les Turcs, voy. Menaggio délia pave di Bologna, dans ALiiÉiii, ser. Il, vol. 111, j). loü. — Voy. aussi le jugement porté par l'ambassadeur de France à Home sur la paix de Cambray, dans Dittwicu, Regesleii, p. 63, u" 2tö.
- [lépèche des gouverneurs de la Basse -Autriche au roi FerdinaïuJ. 50 septembre 1529, dans Bucuholtz, t. 111. p. 619. Voy. Uricundenband, p. lo^-loi.
3 Uelaiioa de Lamberg et Jurischitsch, dans Gevav, Zum Jahre 1530, p. 3ö, 80.
ITi^ LES TURCS R.\ IlO.NGniE. io^d.
de lever le siège (16 octobre lo21)) : « La volonté du Dieu toutpuissant remettait à un autre temps la conquête. »
Mais les liist'U'icns turcs eurent du moins plus d'un «haut fait » à relater : « Pojr recueillir tout le mîrite d'une guerre si sainte, le sultan qui dirige co siècleet gouverne l'univers a envoya devant lui ses (''claireurs, et le sol s'est eirondrésous le sabot des chevaux. Villes et bourgades, hameaux et villages ont été livrés aux flammes. Des monceaux de cendres marquent seuls la place où s'élevaient naguère des maisons et des palais. L'armée triomphante a traîné en captivité des prisonniers de tout âge, hommes et femmes. L'Autriche, jadis si i)iencultivée, est devenue semblable à l'empire des ténèbres. Sous les tentes, dans les marchés du camp, on vend publi(|uement de belles femmes, et le butin est immense *. »
Le sultan n'avait pu s'emparer du boulevard de l'Allemagne, la Chrétienté d'Occident n'était pas réduite en servitude, mais en revanche il régnait « en seigneur et en maitre » sur la Hongrie. « J'ai conquis la Hongrie, » écrivait-il le 10 novembre aux Vénitiens, « et j'ai permis à Zapoli de prendre la couronne tombée entre mes mains. »
Les Vénitiens, qui n'avaient cessé de rendre aux Turcs des services d'espionnage 2, se hâtèrent de féliciter le voïvode de son élévation au troue de par la grâce du sultan, et tirent tous leurs eflbrts pour décider Soliman à laisser une forte armée en Hongrie 3. Jérôme Lasky, que son maître Zapoli avait chargé de jeter les Turcs sur l'Autriche, mandait en novembre 1529 à Weissen felder, secrétaire du duc de Bavière : « Si lo roi Ferdinand ne cède de bonne grâce, les Turcs traiteront la Bohème comme l'Autriche. Quant aux autres princes d'Allemagne, ils n'ont rien à redouter pour leurs états, pourvu qu'ils promettent de ne point prendre fait et cause pour Ferdinand. Je me suis mis moi-même à l'abri par une semblable promesse *. )) Le 26 novembre, Zapoli envoyait à Munich le juif Lazare, dont les ducs de Bavière se servaient fn-quemment dans leurs négociations, et le chargeait, pour les princes, d'instructions secrètes ^. « Nous n'avons à choisir qu'entre deux partis, » disait-on dans lecercle des ennemis de Charles-Huint ; « ou nous aurons le sultan pour ami, ou nous
• Voy. BccHHOLTz, t. III, p. as.ö-aos.
- Voy. la (]é[)ôclie du voïvoJe datée de Bude << per le quali ringrazia questa republica di avère avvisale coiilinuameiite la Felice Porta de Signor Tuico degii avveuiiiieiiti e .successi cesarei da qaeste parti. » Maneqijio, dans ALoiini, ser. 11, vol. lit, p. 15-2.
' .M.WKGGio, p 159-100.
' MUKFAT, p. 70.
5 .Ml'ki'.\t, p. 71-7J. — Voy. sur Cît agent, aux pages 117, 123, 125, iOl, — Zapoli désirait entrer daii,s une alliance plus étroite et plus intime avec les ducs. Il prisait tort leur amitié, écrit Lasky. Voy. p. (30-02.
COLRONNEMENT DE l'eMPERELR. AMBASSADE DES PROTESTANTS. i530.173
obéirons à l'Empereur. » La république de Yenise, bien qu'elle eût tout récemment fait sa paix avec Charles-Quint, lit assurer Soliman, p ir une solennelle ambassade, « qu'à tout événement elle était décidée àr. ster toujours en alliance et bonne amitié avec le Grand Turc^ ». La paix entre Venise et l'Empereur, qui avait débarqué à Gènes au mois d'août suivi d'une nombreuse armée, fut signée à Bologne en d('cerabrelo29. Longtemps auparavant, Charless'élait réconciliéavec François Sforza, auquel il avait généreusement pardonné le passé et qui avait reçu de lui l'investiture du duché de Milan. Bientôt la paix de Bologne s'étendit aux autres états italiens; seule Florence, qui, d'après les articles de la paix de Barcelone, devait être restituée auxMédicis. ne put être soumise que par les armes.
Le Pape cl l'Empereur eurent une entrevue à Bologne, et pendant plusieurs semaines s'entretinrent en toute conliance et cordialité de la situation générale -. Le ;2i février looO, Charles reçut des mains de Clément VU la couronne de Lonibardie,et le 24, la couronne impériale; dès lors il ne songea plus qu'à hâter son départ pour l'Allemagne.
Une ambassade, par laquelle les membres protestants de la Diète tentèrent de justitier et de pallier la conduite qu'ils avaient tenue à Spire, fut, à Plaisance, assez mal reçue par Charles-Quint : « 11 nous eût été impossible, ))préte:idirent les délégués,« d'accepter le recezde Spire sans nous exposer à la colèredu Dieu tout-puissant, qui n'aurait pas manquéde punir un crime manifeste et dainnable. Quand il s'agit de la conscience, nul n'a de devoirs qu'envers le ciel et son propre honneur. Si on nous avait prouvé notre erreur en s'appuyant sur les textes de la parole divine, nous nous serions empressés de renoncer à notre sentiment; mais il n'en a pas été ainsi. Tout chrétien soucieux de son salut ne doit avoir ég:n'd ni au nombre, nia l'antiquité des usages, ni aux traditions reçues, mais uiii([uement à la pure parole de Dieu. »
Ce que les Protestants se gardaient bien d'ajouter, c'est quedans le
1 CI Seqtia ciô che si vuole, noi eravamo di cosiante animodi perseverare in
ogni tempo uuiti di amicizia e pace coii qr.ei signore. » Maxeggio, p. 16J, voy. les dèlibératioQS du Sénat du 8 décembre 1 d9, p. 210, 21-2. — Gradenico faisait au Sénat la remarque suivante: « Questo illusLrissimo stato, in ogui tempo che il Sigaor ïurco ha fatto qualche impressa e se ne ritorni a casa, suole mandargli un ambascialore per congralularsi s?co dei siiol prosperi avvenimenli. »
- Contarini, dans sa relation écrite à Venise, remarque, au sujet de la légation romaine, que le Pape depuis ses longues conférences avec l'Empereur, avait changé d'opinion sur son compte. « A me ha ella (sua Beatitudine, pià volte det;o con ogni asseveranza, che he cjmpreso cerlissimo essere in Cesare baonissimu intenzione e sommo desiderio délia conservazioue ■lella pace d'italia. >> Aibèri, ser. 11, t. 111, p. 2J6. Contarini lui-même dit au sujet de Charles : « Quanto alla intenzione sua a me parebaonissima, attende île massime alla coiiservaziane délia pace, » p. 270.
174 co.N \ oi.A rniN A LA DiiVri-: i>r. wtniMs. irjiJO.
rect'Z de Spire il n'avait jamais été (iiicstion de les iinjuiéter dans Iciir aiiprécialiun de ce (ju'ils appelaient c la pure parole de Dieu ». I/Enipereur le lit renianjuer aux députés ilans sa réponse du 14 octobi'e. « Lereeez de Spire, » leurdit-il.« n'avait danlreliut (pie d'interdiie à l'avenir tiuile innovation, et d'en)j)êeher (ju'aucune secte nouvelle, comme il s'en propai,'e tant el de si détestables, ne pût désormais se j)rodu ire. il ne visait (piau i établissement de la j)aix et de la concorde, et 1 électeur de Saxe el ses amis auraient dû s'y couronner. L'Empereur et les Catliolicpies attaclient tout autant d'importance (pie les l*rotestaiili. au salul de leur âme et à la voi.x de leur C(»nscience. Comme eux, ils désirent le concile j,M''néral, bien qu'un concile neùt pas été néces^airesi l'on eut exécuté lidèlemenL l'édil de Worms, autrefois publié avec l'assentiment des Etats, i « Or, coin m L', suivant les lois de TEmjiire, ce cpie la majorité avait une fois décidé ne pouvait jamais être annulé {»lus tard par le fait de l'opposition de la minorité, ri'mjx'reur ordonnait à l'Électeur di^ Saxcet à ses amis d'avoir à se conformer au iccez de Spire en vertu de l'obéissance (pi'ils lui devaient, lesavcrtissantipi'il se verrailforcé, en sa qualité de ebef suprême de l'Empire et pour l'exemple, d'user de l'iijueur envers eux en cas de non-obéissance *. »
Ciiarles-Quint ne désespérait i)oint de paeilicr les (juerelles religieuses et de restaurer l'unité de la loi el l'unité de l'Empire sans recouiir à la force; il lespérait d'autant plus ([ue le Pape venait de lui promettre de convoquer à bref délai le concile gi-néral.
Le 21 janvier l'iiJU, l'Empereur, de Bologne, convoqua les Etats à la Diète d'Aiit^sbour;,' j)Our le 8 avril. Dans sa lettre circulaire, il évite soigneusement tout ce ({ui eût été capable de faire naître (juchjue inquiétude dans les esprits; il se tait même sur les attentats commis sur les propriétés elles ]>ersonnes ecclésiastiipies, el peint sous de vives couleurs rimminenl péril de l'Allemagne, menacée à cha jue instant de l'invasion des Turcs. Il exhorte les j>rinccs et pouvoirs à j)rendrc des mesures ellicaces |)our proléger la Cbrétii'iité coiiti-e les agressions de v rennemi hérédilaii'e » ; il les presse de lui fournir les secour.-^ doni il lui est inij»ossible (lese passer, et leiii' annonce(prà Augsbourg il eom|)le traiter ainplement avec eux toutes ces graves (|ueslions.
l'dur le l'établissement de la concorde (laii> le Saint-Empire de n.dion germaniipie. il se projiose de di-libéier et de décider avec les l'Uals sur les points de loi controversés; aliu (pie la concorde
' l'our plu» de (ititails, voy. IIoiitledkii, l'rsarlini, p. 'i7 cl .suiv. Mulleii. Ilisliiiiv l'un (Il r viinti/-liscfifii Stuiulv l'ruU'staliuii, p. liSli el suiv. Walcii, I.u- //,(■/ >\\V//.r, t. .\VI, p. :.ii-Oil.
COMPLOTS DES ZWI.NGLIENS CONTRE l'eMPEREUR ET l'eMPIRE. 1530. 175
puisse se faire, il les invite à mettre de côté toute aigreur, à sacriiier leurs rancunes personnelles, leurs antipathies, à renoncer à leurs iK'résies pour l'amour du divin Rédempteur, enfin à mettre la meilleure volonté possible à examiner les questions, à écouter calmement les raisons, les opinions de leurs opposants dans un esprit de charité et de conciliation. « Alors les arguments pourront être médités et compris, il deviendra possible de ramener tout à l'unité, i et de rectifier tout ce qui, des deux côtés, a pu être mal interprété. Une religion unique doit régir tous les chrétiens; tous, réunis sous l'étendard du Christ, doivent vivre en paix dans la même communion, la même unité, la même Eglise \ »
Pendant ce temps, Philippe de Hesse et Zvvingle réunissaient leurs efforts pour susciter à Charles-Quint de nouveaux ennemis dont les uns devaient l'attaquer ouvertement, et les autres lui fermer l'entrée de l'Allemagne. Un mémoire de Luther, adressé à l'Electeur vers la fin de 1529, cherche à le détourner de toute pensée d'agression et laisse entrevoir quels étaient les plans de Philippe, et ce à quoi il avait essayé d'entraîner le prince de Saxe. « Quand bien même, »dit ce mémoire, « l'Empereur songerait à combattre l'Evangile avant le concile et sans examen préalable, on ne pourrait être justifié devant sa conscience en prenant les armes contre lui. En voici la raison : D'abord un tel acte serait contraire à toute équité et blesserait le droit naturel, car déclarer la guerre et se préparer à la résistance n'est permis que lorsqu'il nous a été fait violence, ou bien dans un cas d'urgente nécessité. Mais présumer une attaque et s'armer d'avance pour la repousser ne pourra jamais passer pour un cas de légitime défense; c'est une provocation, c'est une bravade contre ceux qui se sont jusque-là tenus tranquilles et ne nous ont encore l'ait aucun mal. Or, il est évident que Sa Majesté Impériale^n'a pas encore publié d'édit contre les princes, et s'il eu a publié, ou se propose de le faire, la peine du ban n'a point été appliquée. C'est bien plutôt de
* Müller, p. 412-419, Forstemann, Urkundenbuch zum Belc/isfage von Augsburg, t. I, p. 7-9. « La modération de l'Empereur, » dit ChARLES-AocLPHE Menzel (t. 1, p. 1Ö8) au sujet de la lettre de convoc ttionaux Etats, « taxée à lort d'acte hypocrite par quelques historiens, et attribuée par eux au besoin d'abuser les Protestants sur la secrète intention qu'il aurait eue de les perdre, n'était, selon nous, que le résultat d'une méditation fréquente des périls delà situation et que la conséquence toute simple du désir que ressentait l'Empereur d'intervenir pour le bien commun de l'Empire etde l'Eglise. Après tant d'iraputalionsinjurieuses à sa mémoire, le devoir île la critique me parait être d3 déclarer qu'il r.'exisle aucun motif de mettre eu doute une bonne volonté si naturelle. »
dTÜ COMPLiiTS ÜES ZWINCI.IRNS CONTIU". I.'l.Ml'I.KICUH ET l'eMPIRI:. 1530.
notre côté qu'est venue l'agression, el ce serait offenser injustement nos adversaircsel les princes de lEnipire si tout à coup, à cause de l'Empereur, on envahissait leurs états, au g^rand dommage de leurs malheureux sujets*. »
En décembre lo29, le conseil de Zurich chargea le professeur Rodolphe Collin, lami le plus intime de Zwingle, d'une mission secrète à Venise; il y devait solliciter alliance et protection contre l'Empereur, au nom de toutes les villes enlrres dans le a traité de garantie chrétienne », et déterminer la Uépublitpie à lermer à Charles-Quint les passages de l'Allemagne.
Collin, à Venise, entra en relations suivies avec le démagogue Michel Geismayr, celui-là même qui, en loi2o, s'était mis à la tête des Tyroliens pendant la révolution sociale de 1525, et, en 1526, avait été le chef des émeutiers de Salzbourg. Geismayr se préparait alors à envahir le Tyrol avec une armée de huit mille fantassins allemands appuyés par l'arlillerie et la cavalerie de Venise. Charles- (Juint, selon lui^ ne songeant qu'à armer les uns 'contre les autres les princes et les cités de rAllcmagiie, il fallait de toute nécessité i' déjouer ses complots ».
Dans ce but, Llrieli de AVurtemberg devait, au même moment, atla([uer l'Empereur dans ses propres états -.
Zwingle approuva les plans de Geismayr, et Philippe de Hesse prit vis-à-vis de Zwingle l'engagement de prêter main-forte à Ulrich aussitôt qu'il saurait exactement ce que les Vénitiens, Zurich, Berne et Bàle se proposaient de faire pour sa cause ^.
Venise, qui venait précisément de conclure un traité de paix avec lEmp^'reur, co;iim.'nea par repousser tout projet d'alliance, et prétendit ignorer les intentions hostiles de Charles-Quint vis-à-vis de la Coid'édération. Néanmoins, le doge avertit confidentiellement Collin (jue la Suisse pouvait compter sur la occrèle sympathie de Venise en cas d'agression, el (jue peut-être même la Republicjue lui
« Voy. deWettf.-Seidemaxn', t. VI, p. 10o-l(i8. Sur la date, voy. Hassencamp, i. I, p 213, noie, 5. « l'ersoime ne craint 1 Empereur, » écrit Lullier le 2'.» décembre lo^y à J. l'rob.-'t. •• Si enini vi aliquid praesuuipserii, periculum est, ut se el universos buos sacerdoles fi.ndilus perUat. Sunt eiiini consilia el auxiiia parala, nisi Ueus adverseliir, salis valida in peniicieni omnium collcgiorum et monasleriorum, quod non sit eis tutum conlemi)la pace et palientia noslrorumaliquid Untare.» Ue Wetpe, t. III, p. ü2i. — En avril l.i.'Jli, Lullier utiles repréACiitationsù l'iilecleur sur l'énorme quantité de inaisüiis qu'il faisait iléinolir j)our la forlifnalion du château de W'illeinberj^. Le tiers de la ville était en ruine. «L'Electeur, lui écrivait-il, devait avoir à cii'iir les cris et les plaintes des habitints. >> Ik'itKAhnr, Ihicfn-pclisel. p. 491-V.Ki.
= Sur Michel llei.sniajr voyez notée Isccond voluine, p. 470-478, üll, elc. ("olliu dit expressément dans une relation datée du i\S décembre liv.".) ; « iJaiis celte alTaire Michel Ueismayr m'a rendu de sérieux services. « LidijciiuSsische Abmh.cilc, t. IV, Abth. II., p. 487-488.
^ Lettre du ii février I.'i3 l dans /.iiiin/lit Oji/i., t. Vil!, p. j3i.
COMPLOTS DES ZWLNGLIENS COMRE l'eMPEREUR ET l'e.MPIRE. lo^JO. 177
enverrait secrètement des soldats, des vivres et de l'argent. Voilà pourquoi Philippe et Ulrich pressaient Zwingle d'amener les négociations avec les puissantes villes libres à des résultats précis. Il n'y avait p.is de temps à perdre, il fallait mettre à prolil le plus tùt possible l'utile bonne volonté de Venise*.
Les conjurés se tournèrent aussi vers la France, bien qu'il n'ignorassent pas quo François I'"", peu de mois auparavant, eût conclu la paix de Gimbrai.
Zwingle présenta au général français Lambert Meigret un projet d'alliance que le consc.l deZurich avaitapprouvé^. Les Suisses invitaient les Français à s'unir à eux pour la défense de la religion chrétienne; et les alliés, pendant les({uinze ou vingt ans quiallaient suivre, nedevaient avoir (|u"un but uniipie : abattrela puissance et la tyrannie de l'Empereur romain, auquel^ plus que tous les autres pays, la France et la Suisse avaient résisté vaillamment pour sauver leur indépendance. Acette ligue, Philippe de Hesse, « avec lequel, » disa:t Zwingle, ((nous pouvons presque tout^, » Ulrich de Wurtemberg, les villes de Strasbourg et de Constance allaient bient(3t se joindre '*. Zwingle espérait aussi décider plusieurs autres cités allemandes à embrasser la bonne cause, assurant avoir toujours exercé sur elles en toute occasion la plus grande influence.
Mais François I*^"" n^pondit que les choses ne lui paraissaient pas suftisamment mûres pour la réalisation d'un si grand projet ; que le sol n'était pas encore bien préparé à recevoir la bonne semence; qu'en outre, les princes français étant encore prisonniers à Madrid, leur délivrance pourrait être retardée si l'entreprise venait à s'ébruiter 2. Le roi préférait parler de l'avenir. L'amitié et l'union qui s'étaient établies entre lui et les Suisses lui étaient, disait-il, plus chères qu'il ne pouvait l'exprimer; quant à lui, il sacrifierait p'utôt tout ce qu'il possédait sur la terre qu'une alliance si précieuse (février lo30) 6.
C'est ainsi que fut déçu l'espoir longtemps caressé par le Landgrave:
' Voy. la déj.êche chilTrèe du 13 fév. Io3i). ZuinglU 0pp., t. VIII, p. 415.
- De foedere Galileo. Zwingiii 0pp., t. Ylll, p. 416-iiS. Voy. laleUrede Zwing^le à Jacques Sturm sur s^oq « Consiliutn de frangendu aul miuueuda poleslate Caesaris ». ï. Ylll, p. 4^-2.
^ « Apud eum possumus fere quicquid volumus. »
' « Argentoratum potens urbs est et ad infestandum Cue^arem opportimhsuna. ' Constantia vero velul clavi- est Helvetiae ad orlum spectantis :... proderit et regi et Helvetiis, si illa arcdus eliam quam solum rhri^llano fœdere ji.ngatur. »
' Lettres de Laiizprant (orator regius) et de Meigret, datées de février 1330. ZuliKjidOpp., t. VllI, p. 'i-ll-'ki'l . — Voy. Zwingle à Vad.an, p 443.
'' Eidgenössische Abschiede, t. IV, Abth^ Iß, p. 530.
178 coMiM.dTs MIS z\vin(;i.ii:n.s co.nthk l r.Mi'KiiKin Kl i.'kmi'Ihk. iriSO.
Zwingle n'avail pas it'-iissi à décidor le roi de Fiance « à faire |irompteiiient ce (ju'il voulait faire ^ ».
-Mais Philippe gardait du moins l'espoir d'organiser en Allemagne une puissante ligue contre l'Empereur.
« Jespère^tout de la divine Providence, » écrivait-il le 1" février 1330 à Zwingle. u Pharaon perdra bientôt de ses avantages, et il lui arrivera ce à (juoi il ne sattend guère, car toutes nos ad'aires semblent s'arranger pour le mieux. Dieu est admirable dans ses voies. >>
11 s'aifligeait de l'échec éprouvé par Soliman devant Vienne, mais il ne perdait pas pour cela couliance : « Que les Turcs aient été obligés de se retirer, ce n'est en vérité la laute de personne et ne peut être attribué qu'à la grande mortalité (jui s'est mise dans leur armée. On s"atlendà les voir revenir cet été-. » «J'ai de vastes espoirs, » écrit-il encore le 10 mars; « je voudrais voir le plus de monde possible se mêler à ce 'jeu, afin que la partie ne fùl pas perdue. Je n'ai pas négligé d'écrire à mes chargés d'all'aires à lîàle, les pressant de traiter avec la ville et avec Zurich. » Tout devait se tramer dans le plus profond mystère : « Vous connaissez ma main, une signature est inutile -K »
Pour décider les villes entrées dans le « traité de garantie chrétienne » à s'unir au Landgrave, le conseil de Zurich leur lit représenterft(|ue Philippe, rien que dans ses propresétats»,pouvailré(|uisitionner deux mille chevaux, « sans parler des secours fournis par d'autres princes et cilésavcc lesquels il était en bonne intelligence ». « Philippe, » ajoutait le conseil, « avait conclu des traités secrets avec le roi de Danemarck, les ducs de Gueldre, de Luncbourg, de Brunswick, de Deux-Ponts, de Brandebourg, de Friseet d'autres encore; ces princes étaient tous attachés à la doctrine évangéli(iue et résolus de la défendre. Si Strasbourg consentait à venir en aide aux bien inleiilionnés, il n'y aurait plus(in'une cause, un mutuel appui, une volonté, depuis la mer jus(prà notre pays. » Le Landgrave avait dit aux d( li'giiés de Zurich : « Si Strasbourg voulait éîre des nôtres, il me seml)lerait la voir deveniu' notre plus proche voisine, et piM'sonne, ahjrs, ne pourrait reinpècher. toutes les fois <|uc la nécessité s'en ferait sentir, d'accourir à notre secours '•. »
Philijqie, par une ambassade envoyée à Zurich. Berne et Bàle, insistait aussi près dr. ces villes pour ([u'elli's admissent dans leur alliance le duc l'lrii-li a pour la plus grande gloire de Dii-u, la
' Voy. ce qu'llricii ilc Wurleruber;; (•criv.iii à Zwiiijjlc au uoiu Je lMiili|>j)e. le i:i février loiW, Ziun;/lii Ofp., t. S lit, p. ii;J. ' Ziiin;/lii O/ip., t. vin, p. i(»:i-i(l(l. ■■> ZuimiUiOpp., l. VIII. p. Üli-ii?.
♦ ludijentiisuichc Abschiede, l. IV, .Vluh. I», p. ii) l.'l.
LES ZVVIXGLIENS CONSPIRENT CONTRE l'EMPEREUR ET l'eMPIRE. 1530. 179
diffusion et 1 etablissemorit de l'Église chrétienne * »,
Mais Berne, en drpit de toutes ces avances-, refusa de s'allier soit avec le Landgrave, soit avec Ulrich. Le 5juinlo30, elle cntraitdans une alliance particulière avec Zurich, Strasbourg et Bàle ^. « Strasbourg s'est liguée avec les confédérés suisses, » écrivait à Brenz le luthérien Lazare Spengler, « j'en suis réellementconsterné, et je crains fort qu'elle ne s'expose par là àdegrands malheurs ; en premier lieu, parce qu'elle abandonne les pouvoirs chrétiens pour s'allier aux fanatiques (les Zwingliens) ; en second lieu, parce que de telles alliances ont pour principal but l'extension de son abominable hérésie, et troisièmement parce qu'elle accepte l'appui, la protection et l'alliance de l'étranger pour s'opposer à son souverain légitime, l'Empereur ^. ))
Pour gagner le duc de Savoie, Berne, disait un prédicant, n'avait qu'à faire comprendre àce prince que, s'il recevait l'Évangile, la plus grande partie des biens de l'Église reviendrait au fisc ducal •"*.
Le Landgrave, très mécontent du refus de Berne d'admettre le duc Ulrich dans le « traité de garantie chrétienne )>, signa, le 3 avril 1530^ un traité secret avec le duc Henri de Brunswick, beau-frère d'Ulrich. Les deux princes, dans le cas où l'Empereur n'aurait pas réintégré le duc proscrit dans ses états à la date du 24 juin, s'engageaient à entrer en campagne le 2o juillet suivant, avec de grandes forces militaires, pour (c rétablir Ulrich*^». Le 13 avril, le roi Frédéric de Danemark, par un contrat signé à Gottorp, promit d'envoyer au Landgrave avant trois mois écoulés quatre cents cavaliers ^.
Mélanchllion, rempli d'anxiété au sujet des affaires religieuses, écrivait au vice-chancelier Frantz Burkhardt : « Les soucis et les tourments que me causent les embarras où nous sommes me consument, littéralement. Personne ne pense qu'Antiochus ( Philippe de Hesse) consente à assister à la Diète d'Augsbourg. Il parait à peu près sur qu'il est absorbé en ce moment par de grands préparatifs do guerre ^. » Au contraire, les prédicants Capito et Bueer expriment haulemcnt, dans leurs lettres à Zwingic, la vive satis-
' Eidgenössische Abschiede, p. 371.
- Voy. Zuinglii 0pp., t. II, p. 81.
'■' Eidf/enössische Abschiede, t. IV, Abth. i", p. iSS-iOJ.
' Voy. Hartmann u.\d Jager, t. I, p. 4o3-4üö.
» E. Perrot à P. Giron, le 3 février 133U, dans Hermi.njaku , t. 11, p. 238.
'' H'ORTLEDER, UrsachcN, 1U38-1UÖÜ. Le duc Henri, dans une assemblée tenue au Zapfenburg (voy. Wille, p. 40), avait déclaré dès ioid qu'il était préL à tout teuter pour rétablir son beau-frère.
' Voy. Stalin, t. IV, p. 337.
=> Yoy. ScuuuuiAciiER, Briefe und Acten, p. 372.
180 l.r.S ZWINGLIFAS CONSPIRENT CONinF l/KMPKnr.lR FCT i/eMPIRK. 1330.
faction que'leui' cause la résolution de Philippe : « Lui seul, » écrit Zwiuglc le !22 avril,« asouci des affaires publiques; les autres princes dorment; pour lui, il nnet tous ses soins à préparer l'expédition <. » (( Philippe, plein de zèle pour la cause du (Christ, » écrivait Bucer le 4 mai, « est tout enllammé de colère, non seulement contre les papistes, mais encore contre les Luthériens maladroits et mal avisés -.»
Zurich. Berne et Constance délibérèrent, dans une assemblée tenue à Bàle, sur les moyens de mottreles Luthériens «dans le jeu », qu'ils lo voulussent ou non. dans le cas où l'Emper-ur, les laissant en repos, ne songerait à combattre que les seuls Zwingliens. On convint de faire avertir secrètement François i*"" que Charles-Quint, selon toute probabilité, allait chercher à se rendre favorables les villes allemandes ; s'il y réussissait, les princes luthériens se verraient bientôt obligés de courber la tète sous le joug impérial. La France, alors, enclavée entre l'Allemagne et l'Espagne, aurait fort à souffrir; il lui deviendrait impossible d'enrôler des soldats allemands, et surtout des lansquenets ^.
Tel était l'état des choses au moment où s'ouvrit la Diète d'Augsbourg.
'. Zuinghl 0pp.. t. YIII, p. 446.
* «Nemo omnium Christi negotium majore et siuceritate et (.lexieritate curat, quapropter jam non papistarum taiitum, sed eliam maie consullorum Lutheranorum odio flagrat. » /uin>jln 0pp., l. VIII, p. 4i9.
^ Etats de Bàle, les 9 et 10 m;irs 1330. Euli/ui'jxaisc/te Absc/tiedc, t. IV, Abih. iB, p. 5C4.