‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 76 sur 572 · LA QUESTION DE LA JURIDICTION ÉPISCOPALE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA JURIDICTION ÉPISCOPALE

Evangéliques, » écrivait Luther à Lazare Spengler qui le mettait en garde contre les ruses des Catholiques d'Augsbourg, « il y a bien d'autres finasseries, et les papistes peuvent à bon droit nous les reprocher. Mais que peut la prudence de l'homme contre la volonté de Dieu? Que votre cœur soit donc en repos : nous ne ferons aucune concession qui puisse nuire à l'évangile » (c'est-à-dire à la doctrine de Luther i). « Dès que nous aurons échappé à la violence et que la paix sera obtenue, » écri\dii-il à Mélanchthon pour le rassurer, nous réparerons aisément nos fautes et nos subterfuges -. )>

Mais les concessions faites aux évêques parles théologiens protestants semblaient inacceptables, exorbitantes, aux princes et surtout aux villes. C'était à qui les rejetterait avec le plus d'indignation, car les autorités entendaient bien ne pas céder la moindre parcelle du pouvoir qu'elles avaient usurpé, et tenaient par-dessus tout à rester entièrement libres de disposer des revenus du clergé.

Les villes surtout résistèrent. « Yous ne sauriez croire, » écrit Mélanchthon à Luther, « combien les Nurembourgeois et je ne sais combien d'autres avec eux me harcellent au sujet de la juridiction des évêques. Nos Evangéliques ne luttent que pour garder le pouvoir; au fond, l'évangile leur est fort indifférent. Habitués maintenant à la liberté et affranchis de l'autorité des évêques, ils ne tolèrent pas l'idée de reprendre l'ancien joug. Les villes libres, surtout, montrent contre les évêques un amer ressentiment. Elles ne se soucient nullement de religion : la seule chose dont elles aient cure, c'est de conserver le pouvoir, et d'échapper à la juridiction épiscopale 3, »

Mélanchthon, à cause de ses concessions et de ses compromis, était à peu près considéré comme un traître par ceux de son parti. 0 Dieu nous a fait une grâce singulière, » assurait Jérôme Baumgarten, l'un des délégués de Nuremberg, au secrétaire d'État Lazare Spengler, « en permettant que notre Confession ait été une bonne fois remise à l'Empereur ; sans cela, il y a longtemps que

de Nuremberg, Mélanchthon disait : « De episcoporum autoritate, jurisdictione et ordinatioue. . agi nihil potest, nisi prius vere conveniat de doctrina et de rebus necessariis. Si episcopi mordicos retinebunt errores et impias ceremonias, necesse est Paulinae regulae obtemperare : si quis aliud Evangelium docuerit, analhema sit. » Corp. Reform., t. 111, p. 964.

' 28 août 1520 ; de Wette, t.lV, p. 159. Voy. lu lettre à Spalatin, t. lY, p. 155, cil il est dit à la fin : « Porro in isto praesertim articule, in quo petitur, ut a legato et papa postulemus nobis coucedi, quae nobis permittere velint, obsecro te, ut Amsdorfice respondeas in aliquem angulum : que le Pape et le légat devraient nous lécher le... »

- « ... Si vim evaserimus, pace obtenta, dolos (voy. Riffel, t. Il, p. 422, note), ac lapsus nostros facile emendabimus. »De Wette, t. IV, p. 136. Corp. Reform., t. II, p. 328-336.

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nos théologiens en auraient composé une nouvelle, et ils l'eussont fait très volontiers si l'on avait voulu le leur permettre, bien qu'ils ne s'entendent pas entre eux. » Mélanchthon, au dire de Baunigarten, s'était montré dans toute l'aflaire « pins naïf qu'un petit enfant ». Brenz avait été non seulement maladroit, mais rude et grossier; aussi le margrave Georges do Brandebourg, qui n'agissait que sous rinfluence de ces deux docteurs, restait-il indécis et craintil'. L'Électeur, en cette circonstance, n'avait eu pour le seconder aucun homme intelligent, si ce n'est le docteur Bri^ick, et Brück, toujours hésitant, ne trouvait personne sur qui s'appuyer, car les théologiens de Saxe n'osent résister en face à Philippe, et celuici le prend de si haut qu'il disait dernièrement, en faisant allusion au chancelier de Lunébourg : « Celui qui ose dire que les mesures récemment prises sont anti-chrétiennes, ment comme un misérable. » A quoi ceux qui l'entouraient répondirent humblement : « Personne dit le contraire! » En même temps on ne cesse d'accabler d'injures ceux qui se montrent bons et courageux chrétiens. « Si la bouillie qu'on nous a cuite ne nous plaît pas, on se montre indigné, et les théologiens vont criant partout que nous ne voulons de la paix à aucun prix. »

« Durant cette Diète, nul, jusqu'à ce jour, n'a fait plus de tort à l'évangile que Philippe. Il en est venu à un tel excès d'arrogance et de présomption que non seulement il ne soufiFre point qu'on le contredise ou seulement qu'on le conseille, mais qu'il se laisse aller à jurer, à injurier les gens à tort et à travers, effarouchant ainsi toutle monde et affaiblissant le respect et la soumission qui lui sont dus ^ » Luther, auquel étaient rapportés ces propos, consolait son ami : « Ne te fais pas de chagrin des reproches qui te sont adressés. Laisse les gens dire ou écrire que tu fais trop de concessions aux papistes. Il faut bien qu'il y ait des faibles parmi nous; supporte leur façon d'agir et leurs ;léfauts; ils ne comprennent pas dans quelle mesure tu veux rendre aux évoques le pouvoir ni les restrictions que tu apportes à ce ^.ouvoir. Plût à Dieu que les évéques eussent accepté tes offres ! Mais dans leur propre cause, ils ont le nez fin 2. »

S'il en était ainsi, si les évoques, devenus clairvoyants, refusaient à bon droit de se laisser duper, Luther était-il excusable d'exciter contre eux, du haut de la chaire, l'indignation de ses auditeurs? (( Combien crois -tu qu'il y ait eu de diables l'an passé à la Diète d'Augsbourg? Eh bien, sache <[ue chaque ('vèqiu^ en a apporté avec

• T. II, p. 26:i-272. Voy. Kolde, p. 148-149. » U sepU 1530, DE Wette, t. IV, p. 1Ô3.

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