DISSENSIONS ENTRE LUTHÉRIENS ET ZWINGLIENS
lui autant qu'un chien a de puces dans sa peau à la St-Jean i. » — « Dieu, » disait-il plus tard, a fait perdre la tête aux évéques pen dant la Diète d'Augsbourg. Voulant les confondre, il leur a enlevé le sens commun et le jugement 2. »
Philippe de Hesse était, do tousies princes, celui qui en voulait le plus à Mélanclithon. « Que vous dirai-je? » écrivait-il à Zwingle, (( Mélanchthon recule comme une écrcvisse, et fait grand tort à l'évangile du Christ; avec'sa sotte timidité, il s'est fourvoyé de telle sorte qu'il ne peut plus sortir d'embarras, et pourtant, bien des gens ne jurent que par lui. « Mélanchthon, »dit-il ailleurs, « jouitd'un grand crédit ; Luther et Zwingle ne lui sont pas opposés pour le moment ?. » Mais il est avéré qu'à Augsbourg Mélanchthon n'a jamais fait allusion à sa communauté de sentiments avec Zwingle. Bien au contraire, il s'exprime sur son compte dans les termes les plus durs, recommandant à chacun de se méfier des « intrigues et des pièges » des Zwingliens.
(( Zwingle vient d'envoyer ici une confession de foi, » mando-t-il le 14 juillet à Luther. « En la lisant, on pourrait le croire devenu fou \ Sur le péché originel et les sacrements, il renouvelle les antiques hérésies; il parle un véritable jargon suisse, c'est-à-dire un patois barbare et incompréhensible; des cérémonies, il veut tout abolir; il soutient avec violence sa doctrine sur l'Eucharistie, et ne veut à aucun prix tolérer les évoques^ » « Notre cause ne serait pas si détestée, » écrit-il tristement à ses amis, « si les Zwingliens la compromettaient moins. Non seulement ils soutiennent d'intolérables doctrines, mais encore ils nourrissent des projets de révolte contre l'Empereur et se vantent qu'avant peu ils bouleverseront l'Empire. On ne peut attendre de leurs intrigues d'autres résultats que la ruine lamentable des églises et des autorités 6. » « Les partisans de Bucer, » écrit -il encore, a ont seuls mis obstacle à la réconciliation; si je n'ai pu l'obtenir, eux seuls en sont la cause, car nous avons ofïertà nos adversaires des conditions très équitables '^.)) De leur côté, Bucer et Jacques Sturm se plaignent dans leurs lettres à Zwingle de la fureur des Luthériens et de l'irréconciliable haine qu'ils portent aux Sacramentaires ».
« Sàmmll. Werke, t. XVII, p. 210.
'- Sàmmil Werke, t. LVII, p. 199-200.
3 Zuingld 0pp., t. VIU, p. 503.
* ■■' ... dicas simpliciter mente captum esse. »
* Corp. Reform., t. li, p. 193.
•■• Corp. Reform., t. il, p. 93. 103, et t. IV, p. 1038. Voy. ce qu'ildit des Strasbourgeois, t. II, p. 34.
' Corp. Reform., t. II, p. 389. Voy. Pastor, p. 57, note 3.
« Zutnglu 0pp., t VIII, p. 459-473. « Nihil potest fingi Lutheranorum in nos
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Tant de discussions, tant de malentendus parmi les nouveaux théolofiiens jusliliaient. il Tant Tavouer, bien la question que le princeélecteur Joachim de Brandebourg posait aux membres protestants d.' la Diète, en son nom comme au nom de la grande commission dont il était membre : Pouvait-on sans scrupule de conscience se séparer de l'Kglise et des lois de la religion chrétienne pour s'en remeltreauxprédicants? Ne voyait-on pasccs derniers, deleur propre autorité, rédiger des confessions de foi, édicter deslois, se contredire ]cs uns les autres pour se sé[)arer ensuite en de nombreuses sectes? Les Etats ne feraient-ils pas bien de réfléchir, et de se demander s'il fallait croire les prédicants, ou bien l'Église universelle, dont faisaient partie tant de prin?es, leurs parents et alliés, les membres catholiques de l'Empire et TEmpereur lui-même ? Les doctrines nouvelles avaient-elles jusqu'à ce jour produit d'autres fruits que de funestes séditions, des émeutes, des troubles, et toute sorte d'horribles et trop réelles calamités ' ?
Les théologiens de Saxe eux-mêmes ne faisaient nulle difficulté d'avouer que, depuis le commencement des troubles religieux, des maux affreux accablaient la nation, v. On ne s'aperçoit que trop, » dit un Mémoire présenté aux Électeurs et aux membres protestants de la Diète, « que ce schisme a contribué à troubler les esprits; les hérésies, les sectes, les séditions croissent tous les jours. Et que n'a-t-on pas à redouter en cas de guerre ? Ce malheureux schisme rend impossible l'établissement d'aucune discipline dans les écoles ou les p.aroisses. Chacun craint aujourd'hui de donner de l'instruction à son fds, et cela se conçoit : personne n'expose volontiers son enfant, et les étudiants sont certainement exposés à de grands périls aussi longtemps que dureront ces désordres. Ce qui n'Cït pas toléré en un pays l'est dans un autre; établir une règle quclconijuc est impossible. Il est fort à craindre que le peuple ne devienne tout à fait inculte et pnyen; il vaudrait mieux être juif, et comme tel vivre sous une règle précise, dussent quehjues-uns la transgresser, que d'être exposés à devenir de vrais payens. de \rais sauvages -. »
Les princes spirituels, de leur côté, représentaient aux pouvoirs protestants que le renversement de la constitution de l'ancienne Eglise, les moyens violents par les(iuels leurs doctrines s'intro-
odio ini|)!;icaljilius, nihil neqiiealrox et diniin. » —Le 17 juilicl lo;i(l, Uucer ccriv::il d'Aiig-houri,' au sujcl de .Müiaiiclithoii : « Audio liac nocle l'hilippum scripsisse cuidam : it'jii p(jsac paron rcslilui lii'nnaniac nis'i iiuhis intcniecioni ddlin." 15 lECG n, ZrUsrhrift fur Kircltcuf/rsrh., t. IV, p. 62J], note 3.
' .Mui.i.EH, p. 72i>. — Walcii, t. XYl, p. 1023, 1638. — Voy. Bucuholtz, t. 111, p. 480.
«Corp. l\,'f.,rm., t. 11. p 2SI. SciiinitM.\cii!;u, Uilcfi' und Arb-n, p. 287-288.